Titre : Jettisonsoul
Il courait, vite, le plus vite possible, le plus loin de ce lieu.
Il avait trahi Phil.
Il l'avait trahi en sauvant Mark, en sauvant l'homme responsable de tous ses maux. Et pourtant, il ne regrettait pas, pas totalement du moins. S'il l'avait fait, ce n'était pas pour Phil, pas pour Mark non plus, non, c'était juste pour lui et lui seul. Pour sa survie, pour vivre.
Car au dernier instant, Jim avait su quoi faire, il avait su ce qui serait le plus sûr pour lui, car si jamais Mark ne mourrait pas et arrivait à se défendre, Gordon ne savait que trop bien sur qui sa colère tomberait après coup. Il savait que Calaway lui ferait regretter de ne pas l'avoir prévenu ou n'importe quoi d'autre de ce genre. De toute façon, le simple fait d'être là aurait suffit pour mériter une correction de l'avis de Mark.
Alors il avait sauvé sa peau en sauvant celle de son co-détenu. Encore une fois, il avait été égoïste et il s'était enfuit pour ne pas rendre de compte ni à Calaway, ni à Brooks ou à qui que ça soit d'autre.
Après quelques minutes de course effrénée, il s'arrêta pour reprendre sa respiration et il se rendit compte d'où il était. Ses pas l'avaient inconsciemment guidés jusqu'à la cellule de Phil. Sa main se crispa sur son t-shirt en sentant les remords monter en lui. Il avait gâché le plan de son meilleur ami qui faisait pourtant tout ça pour lui, il n'avait pas eu assez confiance en sa personne pour lui confier son destin.
Certains diront qu'il est normal d'avoir peur.
D'autres crieront qu'il n'est qu'un lâche.
Tiraillé par le doute et les remords, Jim alla s'asseoir sur le lit de son ami, glissant sa tête dans ses mains pour se calmer. Mais à peine quelques instants plus tard, une voix retentit derrière lui.
"Jim ? Qu'est-ce que tu fais là ? "
Sursautant, il se tourna vers l'endroit d'où venait la voix. Juste à l'entrée de la cellule Brooks était là, le regardant avec interrogation.
"Je...je me suis enfui de la bataille dans la cantine. "
"Ça commençait vraiment à être violent c'est vrai..." il marqua une pause, en se rapprochant de son ami. "On n'a pas réussi à avoir Mark, Jim…"
Il semblait tellement déçu que Gordon dû se mordre les lèvres pour ne pas tout avouer immédiatement. Pour ne pas dire que cet échec était de sa faute.
"Je sais oui, je l'ai vu se battre."
"J'y ai pourtant vraiment cru, quand Gallows lui a sauté dessus je pensais que c'était fini. Putain je suis désolé Jim, tellement désolé. Je t'avais dit que ça serait fini et j'ai échoué, je suis désolé... "
Sa voix se brisa doucement, persuadé d'avoir donné de faux espoirs à son ami, mais une main vint doucement caresser son dos, celle de Jim, le rapprochant lentement de son torse.
"C'est pas ta faute..."
C'est de la mienne..
"On trouvera une autre solution, il y aura d'autres occasions." dit-il doucement pour consoler son ami et tenter d'oublier le poid dans sa poitrine.
"Je suis désolé.." murmura le religieux avant de l'embrasser.
Mark venait de sortir du réfectoire où les combats ne s'étaient pas arrêtés d'après le vacarme qui en ressortait. Il avait l'impression que tous les matons étaient en ce moment-même en train de tenter d'arrêter l'émeute car personne encore ne lui avait repris le couteau qu'il tenait fermement en main.
Le couteau qu'il avait volé à Gallows et qui avait manqué de le poignarder. Il ne savait pas pourquoi il l'avait récupéré, lui qui aimait pourtant tant se battre à mains nues. Au moins il pourrait plus facilement se défendre avec cette arme blanche.
Il fallait qu'il retrouve Jim maintenant, il voulait comprendre ce qui l'avait poussé à agir ainsi, car même pour lui ça lui paraissait illogique que son jouet le protège, alors que c'était le meilleur moment qu'il avait pour se débarrasser de lui. Calaway savait que le plus petit le haissait, c'est pourquoi tout ceci devait être éclaircie.
Le meilleur moyen pour comprendre était de poser la question au principal intéressé.
Au loin de la cantine dévastée, dans une cellule silencieuse, les deux amis s'embrassaient avec bien moins de timidité que durant leurs premières fois. Il y avait ce désespoir, cette déception qu'il fallait oublier.
L'un voulait oublier son échec, l'autre souhaitait oublier sa culpabilité.
Phil ne manquait pas de toucher son ami, ses mains passant sous son haut, caressant ses omoplates, lui prodiguant de petites attentions pour faire monter l'envie en lui, pour qu'il ne puisse résister et clairement Jim ne résistait pas.
Il savourait les doux frissons qui passaient à travers son corps dès que l'autre détenu touchait un point un peu plus sensible, c'est pourquoi il ne tarda pas à se retrouver dos contre le lit avec Phil au dessus de lui, mordillant son cou, enlevant son haut, allant plus loin. Toujours plus loin.
L'une des mains du plus petit était enfouie dans la chevelure du brun, caressant son cuir chevelu ainsi que sa nuque, afin de l'encourager à continuer. Il ne voulait pas que ça s'arrête et honnêtement il devait bien ça à Phil, pour sa patience, ses attentions et pour se faire pardonner de son erreur.
Après quelques minutes, l'orphelin s'appliqua à se dénuder, suivi de près par Jim dont les mouvements étaient plus incertains, mais la main chaude sur son épaule le rassura et il se laissa guider par son partenaire.
"Ça va ?" demanda le religieux, face à son ami.
"Oui, ça va, t'inquiète pas, tu peux continuer."
Et à ce moment là, Philip savait qu'ils iraient jusqu'au bout.
Il n'était pas dans la cellule. Mark regarda autour de lui, où pouvait donc être son jouet s'il n'était pas ici. Il n'avait pourtant pas d'autres endroits où se réfugier ou se cacher.
Il se gratta la tête en réfléchissant, il y avait peut-être un autre endroit mais il n'y croyait pas trop ou plutôt, il préférait que ça ne soit pas le refuge qu'avait choisi son joujou.
Il fallait qu'il vérifie.
Plusieurs sensations s'entrechoquaient dans Jim. La première, la plus importante, était le plaisir, cette sensation qu'il n'avait plus ressentit depuis des lustres, celle qu'il avait pratiquement oublié, cachée derrière ce masque de douleur qu'il vivait en prison.
C'était tellement plus facile avec Phil qu'avec Mark, alors que ce dernier ne faisait aucunement attention aux autres, ne se préoccupant que de son propre plaisir, le religieux quand à lui était son total opposé.
Rien que le fait qu'il l'ai préparé avant intrusion était pour Jim une toute nouvelle découverte, il sentait que son corps supportait bien mieux l'étranger en lui grâce à cela et c'est bien pour ça qu'il pouvait à présent expérimenter le plaisir avec un autre homme. Il comprenait enfin le plaisir qu'on pouvait y trouver.
"Pourquoi tu souris ?"
"Parce que c'est…vraiment bon." haleta Jim avec un faible sourire.
"Je te l'avais bien dit." sourit l'homme au dessus de lui en donnant un coup de rein un peu plus puissant qui le fit gémir.
C'était tellement différent. Il n'avait pas besoin de se débattre, il n'avait pas besoin de crier, il n'avait pas besoin de pleurer, il n'avait pas besoin de se soumettre.
Entre les mains de Phil, il n'était pas un jouet.
Il s'accrocha plus fermement à son ami en sentant qu'il allait bientôt ne plus pouvoir se retenir. C'était terrible car il ne voulait pas que ça s'arrête maintenant, pas alors qu'il avait eut le courage de passer le pas. Gordon se rassurait néanmoins en se disant que maintenant, ils pourraient le faire dès qu'ils le souhaitaient, il n'aurait plus peur.
"Putain Phil...je…"
Il poussa un petit cri contre le cou de son amant qui le suivit immédiatement dans l'apogée. Leurs corps s'affaissèrent et Brooks dû se retenir pour ne pas tomber sur le plus petit. Tous deux haletaient à cause du récent orgasme et les longues mèches de cheveux de Phil s'étaient collées sur son visage, ce même visage où un sourire se formait et où ses yeux brillaient. Jim pouvait clairement voir dans son regard de la fierté, de la joie et de la satisfaction.
Il allait lui faire la remarque pour qu'il enlève ce sourire niais de son visage quand une toute autre expression apparu dans le regard de Phil.
De la surprise, suivi par la douleur.
"Phil ?"
"Alors on s'amuse bien, Jimmy ?"
Cette voix...
Une panique sans nom s'empara de Gordon en reconnaissant cette voix, il vit alors Phil se faire éjecter du lit et tomber lourdement sur le sol dans un bruit inquiétant et Jim pu alors voir cet homme, l'homme de tous ses maux, Mark Calaway et sa vue fut bien plus inquiétante que sa voix, car le regard qu'il lui lançait, jamais il n'aurait pu l'imaginer même dans ses pires cauchemars.
Il pensait avoir vu Mark dans ses pires moments de colère, aujourd'hui il comprenait qu'il s'était lourdement trompé. Il comprenait qu'il allait mourir, ici et maintenant.
Un toussotement fit détourner son regard de Mark pour regarder sur le sol, là où avait attérit Phil après que Calaway l'ai expulsé du lit.
Gordon fut tétanisé en voyant son ami, il crachait du sang et pire que tout, quel était donc ce couteau planté dans son dos ?!
"Phil !"
Le plus petit fit un bond pour accourir auprès de son ami et à peine avait-il fait un mètre qu'il sentit la grande main de Mark sur son torse et qu'il fut violemment renvoyé sur le lit, l'arrière de sa tête frappant le mur derrière lui.
"Toi, tu bouges pas." fit la voix glaçiale de l'intrus.
L'agresseur se tourna alors vers sa proie toujours au sol, il se rapprocha suffisament de lui pour s'accrouprir à ses côtés et pour enlever brutalement le couteau qui était toujours profondément enfoncé dans bas du dos de Phil. Ce dernier poussa un cri étouffé dans ses toussotements.
"Tu vois Brooks, je t'avais pourtant dit de ne pas le toucher." il chercha le regard de l'homme sur le sol et poignarda de nouveau le jeune homme aussi soudainement qu'il avait enlevé l'arme. "Pourquoi tu ne m'as pas écouté ?" grogna t-il en enfonçant plus profondément l'arme, touchant radicalement certains de ses points vitaux, sans se soucier des cris de douleur qui ressortaient de cet acte. "Ça aurait pourtant été tellement plus simple pour tout le monde, abrutit !"
Plus simple oui, car maintenant la peur de Mark venait insinuer le doute en lui. Cette peur de la maladie. Ridicule peut-être, mais c'était bien là l'une des raisons qui l'avait poussé à faire de Jim son jouet, le même Jim qui était vierge avec les hommes avant d'arriver ici, le même qui n'avait pas encore été touché par un autre détenu avant qu'il ne mette la main dessus, le même dont il était sûr qu'il n'avait aucune maladie et dont il pouvait donc profiter pleinement. Mais maintenant ? Maintenant qu'il avait été touché par un rat, il n'était plus sûr de rien et ce doute le mettait dans une rage folle.
"Vous vous êtes bien foutu de ma gueule." il attrapa les cheveux de Phil dans un mouvement brusque et les tira en arrière pour le forcer à le regarder.
"Arrête !" cria Jim qui venait de reprendre ses esprits. "Tu vas le tuer !"
"Et alors ?" gronda l'autre homme en le fixant avec froideur.
Il était dans un cauchemar, dans un putain de cauchemar, ce n'était pas possible autrement. Phil ne pouvait pas être allongé sur le sol en train de baigner dans son sang, ce n'était pas possible. Juste pas possible. Parce qu'il avait promis, oui Phil lui avait promis qu'ils ne leur arriveraient rien, que Mark ne saurait jamais ce qu'il se passait entre eux, alors ce qui se passait aujourd'hui n'était qu'un mauvais rêve. Il allait bientôt se réveiller.
"Jim..."
Mais alors pourquoi la voix cassée de Philip semblait-elle si réelle ? Et pourquoi malgré le fait qu'il se pinçait douloureusement le bras ne se réveillait-il pas ?
"Jim..."
Les larmes lui montèrent aux yeux. Ça ne pouvait se terminer ainsi.
Il courru vers son ami et le prit dans ses bras malgré la proximité de Mark, il n'avait pas le droit de l'abandonner maintenant.
Même s'il l'avait déjà fait une fois.
"Qu'est-ce que tu crois faire, petit con ?!"
"Il va mourir !"
"Évidemment."
La main de Phil était serrée contre Jim, ouais, il allait mourir. Il l'avait sû dès le début quand il avait sentit la pointe de la lame s'enfoncer en lui, ça avait été comme une révélation ou bien une prédiction mais qu'importe ce que c'était, car c'était mauvais.
Philip Brooks avait vécu pas mal de choses dans sa vie, des bonnes comme des mauvaises. Comme tout le monde, il savait qu'un jour ou l'autre il allait mourir, mais il n'avait voulu qu'une chose pour ce moment, une seule; mourir sans regret, malheureusement la vie est cruelle et son voeu ne serait pas exaussé. Car il avait bien un regret, un regret qu'il aurait pu effacer, mais il avait échoué en essayant.
Il n'avait pas pu tuer Mark et sans lui, il aurait pu vivre. Au final, c'était donnant-donnant. Il fallait que l'un d'eux meurt, il avait échoué, il devait donc mourrir.
Phil avait joué à un jeu risqué et il avait perdu. Il était passé à un cheveu de la victoire mais frôler la victoire et la saisir à pleines mains étaient deux choses bien différentes. Depuis le début, il s'attendait à perdre, il espérait au fond de lui que ça ne soit pas le cas, mais on ne pouvait pas s'empêcher de penser à la défaite face à un homme comme Mark Calaway. Il aurait simplement souhaité ne pas perdre de cette façon.
Il entendait Jim qui sanglotait au dessus de lui...au final il n'aurait pas pu l'aider.
"Je suis tellement désolé." entendit-il.
Pourquoi ?
Ah, aucune réaction, voilà qu'il n'avait même plus la force de parler à haute voix. Il remarqua que Jim se déplaçait et soudain il ne sentit plus sa chaleur. Du coin de l'oeil, il le vit se faire plaquer au mur par Mark, il lui semblait que ce dernier parlait mais il n'arrivait pas à comprendre les brides qui parvenaient à ses oreilles.
"Arrête de chialer, petite merde, tu veux crever aussi ?!"
Seuls les sanglots de Jim lui répondirent. Non, il ne voulait pas mourir et Mark le savait, son jouet était bien trop lâche pour ça.
"Non...je vais pas te buter mais crois moi..." il s'abaissa à hauteur de son oreille, un sourire froid fendant son visage. "...un jour tu regrettera de ne pas m'avoir demandé de le faire aujourd'hui."
C'était une promesse, une même promesse comme lui avait fait Phil.
Si seulement la première avait été tenue, alors la seconde n'aurait jamais eut lieu. Si seulement.
Étendu sur le sol, Brooks assistait à toute la scène sans rien y comprendre, il ne comprit qu'une chose, le baiser rageux que donna Mark à son amant. Totalement différent des siens.
Connard.
Puis, impuissant, ne pouvant se relever Philip Brooks regarda son ami se faire tirer par les cheveux hors de la cellule par Mark. Le blessé avait l'impression que son ami criait quelque chose, mais ses oreilles bourdonnaient et il avait du mal à entendre quoi que ce soit.
Il avait froid et il commençait à avoir du mal à garder les yeux ouverts.
Si seulement il avait pu tenir sa promesse.
Une promesse est une dette, mais cette dette allait être effacée.
Car on ne demande pas à un mort de régler ses dettes.
