Disclaimer : Rien de tout ça ne m'appartient (ce chapitre ainsi que tous les autres de cette histoire)
Author note : Un immense merci à mes fidèles reviewers qui me permettent de saisir ce qui plaît vraiment et de maintenir ma motivation. Et merci aussi à tous les autres lecteurs pour aller jusqu'au bout de cette histoire qui devient vraiment long !
Lorsque Klaus projeta ses sens vers l'intérieur de la demeure en face de lui, cherchant les signes vitaux de Stefan, il y détecta dans un choc les émanations de Mikael, son beau-père qui le haïssait et qu'il avait fui des siècles durant.
Un relent unique, âcre et putride sur les bords comme un fruit pourri, dû à son régime particulier fait exclusivement de sang de vampires, du sang de mort-vivants. Une odeur reconnaissable entre mille et que des centaines d'années d'absence n'ont pas pu le faire oublier.
Peu de chose dans la vie pouvait faire ciller les yeux de Klaus mais, à ce moment-là, un frisson de pure terreur le parcourut et il battit en retraite à toute vitesse. S'il pouvait détecter Mikael, l'inverse était possible aussi ! Heureusement pour lui, l'attention de ce dernier était focalisée sur autre chose à ce moment-là, alors que celle de Klaus était orientée vers l'intérieur de la demeure.
Avant de s'éloigner, il avait quand même eu le temps de capter quelques bribes de conversation, assez pour comprendre que Mikael interrogeait l'humaine qui habitait cette maison au sujet des vampires qui y avaient séjourné et qui avaient quitté les lieux depuis.
L'instinct de Klaus lui dictait de quitter la région sur le champ. Il n'avait besoin de rien emporter de particulier, ayant établi de multiples points de chute un peu partout dans le monde. Mais, alors qu'il commençait à s'éloigner de la petite bourgade, une pensée, ténue mais tenace, l'empêchait de partir tout de suite. Pas avant d'avoir tenté quelque chose.
Klaus poussa un gémissement de défaite lorsqu'il céda à cette petite pensée et fit un détour pour repasser par sa chambre de motel, conscient de prendre un risque inconsidéré.
La chambre n'avait pas encore été faite, et il dut prendre sur lui pour ignorer le nœud subit qui se forma dans son ventre lorsque ses yeux tombèrent sur les draps chiffonnés et lorsque son odorat surdéveloppé capta dans l'air le parfum laissé par la présence passée de Stefan dans ces lieux.
Il se concentra sur ce qu'il voulait faire et fouilla dans ses affaires à la recherche du téléphone portable qu'il avait confisqué à Stefan au début de sa venue.
L'instinct de survie de Klaus était toujours là, mais il en avait marre de cette fuite en avant en solitaire, comme il n'en pouvait plus de cette vie sans saveur. Surtout après avoir eu un aperçu de ce qu'elle pouvait être lorsqu'on aimait et qu'on l'était, peut-être, aussi en retour.
Surtout après avoir goûté à Stefan. Après avoir éprouvé cette chaleur de se sentir à ce point unique, désiré et aimé à travers ses yeux si expressifs, alors que, depuis longtemps, les réactions qu'il suscitait chez autrui ne se résumaient plus qu'à haine ou terreur.
Alors, il était prêt à mettre sa vie en péril pour le retrouver et l'emmener avec lui.
Le grand van noir zigzaguait sur la route sinueuse et déserte qui circulait au milieu de la forêt. A l'intérieur, le silence régnait. Ses occupants étaient tendus, aux aguets, pressés de quitter cette région isolée pour rejoindre les grandes artères d'autoroute où ils pouvaient se fondre plus facilement dans la masse de la circulation.
Damon conduisait, avec Jenna et Alaric assis à l'avant. Ils avaient installé Stefan à l'arrière, allongé sur une des banquettes latérales et le laissait pour l'instant sous la surveillance d'Elena.
Les pensées de la jeune fille vagabondaient pendant qu'elle contemplait le visage immobile du garçon qui avait représenté tout pour elle il y avait à peine quelques mois. Elle se souvenait s'être sentie aimée comme jamais auprès de lui, de ce type d'amour intemporel, pensait-elle alors, destiné à survivre en dépit de tout, indestructible et immortel tout comme l'était Stefan.
Et il était parti. Pour sauver son frère. Et tout avait basculé. Pendant qu'elle désespérait de son absence, Damon était là, avec son soutien infaillible et sa présence torride. De rapprochements en complicités, ils avaient finalement cessé de lutter contre leur désir mutuel. Ils n'avaient pas encore franchi le pas fatidique, par égard pour ce garçon qui restait cher à tous les deux, mais ils étaient bien conscients qu'au final, ils allaient inéluctablement lui briser le cœur.
Elena étouffa un soupir. Sa tendresse restait intacte pour ce doux jeune homme qui lui avait voué un amour pur et lumineux auquel elle s'était raccrochée tel une planche de salut après le décès de ses parents. Il lui paraissait à présent tellement à la dérive et vulnérable qu'elle se demandait comment elle pourrait jamais lui faire du mal. En même temps, elle savait qu'elle ne pouvait plus lui retourner tout l'amour qu'il méritait, car Damon s'était immiscé dans son cœur et elle ne lui appartenait plus entièrement désormais.
Elle fut ramenée au présent en voyant Stefan remuer un peu et soulever ses paupières lourdes. Elle savait qu'il était inoffensif pour elle avec toute la verveine qu'ils lui avaient administré, et qu'il devait se sentir très malade.
Lorsque ses yeux tombèrent sur elle, il eut l'air mal à l'aise et détourna son regard. Il essaya de se relever avant de se rendre compte que des sangles entravaient ses mouvements et le maintenaient allongé. A la fin, il se laissa retomber sur sa couche et referma à nouveau les yeux.
Au bout d'un moment, il lui parla. Elle avait oublié à quel point sa voix était veloutée et agréable à l'oreille. « Je te demande pardon, Elena. Je suis vraiment désolé d'avoir dû t'abandonner comme ça ».
« Chut … Stefan, tu n'avais pas le choix. Je ne t'en veux pas. Je m'en suis sortie »
« Oui. Tu as changée » Il avait soulevé ses paupières et la regardait, une lueur admirative dans ses yeux verts dont l'iris remplissait presque tout l'orbite. « Tu es devenue … plus forte ».
Elena était embarrassée par ce regard ouvert et chaleureux, qui lui remémorait comment Stefan la regardait autrefois. Il fallait absolument qu'elle mît les choses au clair. « Il faut que je te dise quelque chose Stefan » dit-elle en baissant la tête, fixant sans le voir le plancher. « C'est … en rapport avec Damon et moi. Nous… ».
Stefan la coupa. « Elena ! Je vous ai vus … ensemble … dans la clairière, il y a quelques jours ».
Elena releva la tête de surprise. Les yeux de Stefan étaient remplis de tristesse. Il détourna son regard comme il les sentait s'embuer malgré ses efforts pour ne pas lui montrer sa peine.
« Je suis désolée, Stefan. Jamais je n'aurais voulu, pour rien au monde, te faire souffrir. Ce qu'on a vécu ensemble, ce que j'ai ressenti pour toi, jamais je n'oublierai … Mais j'ai changé, comme tu le dis. J'étais tellement seule et je ne savais pas si on allait un jour te récupérer, et Damon était là, et…. ».
Et elle essaya encore et encore de se justifier, d'amortir le coup qu'elle venait de lui porter. Mais, plus Elena parlait, plus le sentiment de chagrin et d'amertume que Stefan éprouvait s'accentuait. Et, peut-être était-ce dû à l'état d'extrême faiblesse dans lequel il se trouvait, tous ses efforts pour ne pas pleurer furent vains et des larmes s'échappèrent de manière incontrôlable de ses yeux.
C'était comme si la souffrance qu'il avait réussi à réprimer au fond de lui depuis qu'il les avait vus dans la forêt ce jour-là, qu'il avait réussi à anesthésier dans l'étreinte de Klaus, s'était soudain libérée et se déversait douloureusement dans son cœur. Et il n'avait aucun moyen pour se soustraire au regard de pitié de la jeune fille en face de lui. Il était obligé de rester là, attaché et affaibli, totalement impuissant à cacher son désarroi.
Stefan avait tourné son visage sur le côté, mais Elena pouvait voir qu'il pressait ses lèvres l'une contre l'autre pour les empêcher de trembler. Un élan de pure affection la porta vers son ancien petit ami. Elle tendit son bras et prit sa main dans la sienne, et la pressa en un geste de réconfort.
Le contact familier de sa paume douce et fraîche contre la sienne replongea Elena du temps où Stefan partageait son intimité et la comblait à chaque fois de son amour absolu et épanouissant. Et elle eut soudainement envie de toucher et sentir contre sa peau encore une fois ce garçon qui n'avait fait qu'un avec elle il y avait encore peu.
Elle prit la joue de Stefan de sa main libre et tourna gentiment sa tête vers son côté. Puis, elle se pencha vers son visage et recueillit entre ses lèvres quelques gouttes salées de larmes qui continuaient à s'échapper de ses yeux. Sa bouche s'arrêta enfin sur ses lèvres frémissantes et les embrassa avec toute la tendresse dont elle était capable. Un baiser d'adieu se disait-elle.
Les lèvres de Stefan étaient restées aussi souples et douces que dans ses souvenirs, et, quelque part au milieu de son baiser, Elena se rendit compte, horrifiée, que son désir et son amour pour lui était toujours là, quelque part au fond d'elle, ne demandant qu'à se réveiller.
Mais Stefan ne lui rendit pas son baiser. Alors que ses lèvres l'avaient embrassée moult fois avant avec passion et dévotion, à présent, elles étaient juste passives et inertes. Et, pendant qu'Elena l'embrassait, Stefan se remémorait les lèvres de Klaus pétrissant les siennes, le goût de sa langue dans sa bouche, son souffle chaud qui l'enivrait de ses effluves. Et, peu à peu, il se sentit moins perdu, moins abandonné, et son cœur se remettre doucement à battre, à se réchauffer.
Elena sut que quelque chose avait changé en lui, de manière irréversible. Lentement, elle se redressa et resta ainsi un long moment, caressant sa main. Et, pendant que les larmes de Stefan se tarissaient peu à peu, tous les deux faisaient en silence le deuil de leur amour perdu.
...
Damon fixait la route devant lui, ses doigts agrippant le volant à en faire blanchir les jointures, se contrôlant de justesse pour ne pas le broyer. Toute la conversation à l'arrière lui était parvenue distinctement à l'oreille. Même sans voir, il pouvait deviner à travers le bruit de sa respiration que son frère pleurait silencieusement. Il pouvait sentir sa détresse.
Elena et sa fichue honnêteté ! Stefan n'avait pas besoin de ça maintenant. Pourquoi avoir amené ce sujet sur le tapis dans l'état où il était ? Et ce baiser ! Ne joue pas avec lui, Elena ! Les petits reniflements de Stefan firent bien plus mal à Damon que s'il avait éclaté de colère. Il aurait voulu prendre son frère dans ses bras, le consoler et lui dire à quel point il était désolé. Même s'il savait très bien qu'il était aussi responsable de la peine qui le faisait pleurer.
Damon percuta soudain que Stefan venait de dire qu'il les avait vus dans la clairière. Rétrospectivement, il pouvait même déterminer dans ses souvenirs à quel moment c'était. Comme il avait dû se sentir trahi sur le coup ! Pas étonnant après ça qu'il ait voulu resté avec Klaus !
Et Damon se conforta dans l'idée que Stefan lui en voulait pour lui avoir ravi Elena et n'avait pas d'autre motif plus profond pour désirer rester avec l'hybride, et qu'il finirait donc assez rapidement par se faire une raison et oublier Klaus.
A ce moment, son portable se mit à vibrer. L'appel entrant affichait « Stefan ». Damon fronça les sourcils, montra l'écran à Jenna et Alaric avant de répondre à l'appel. Alaric se dirigea prestement vers l'arrière du van.
« Qu'est-ce que tu veux, Klaus ? »
De l'autre côté du fil, la voix de Klaus lui parvenait, tendue et en colère, avec, en arrière-plan, un curieux bruit de vent. « Je crois que tu as quelque chose qui m'appartient. Où est-il ? »
« D'abord, il ne t'appartient pas. Et, non, je ne sais pas où il est. Et, aux dernières nouvelles, il était avec toi »
« Ne joue pas à ce jeu avec moi, Damon. Où est Stefan ? » Derrière la rudesse du ton, Damon devinait comme une sorte … d'angoisse ? Et toujours, ce bruissement comme s'il était dans une zone très venteuse.
Il détourna brièvement son regard de la route pour jeter un œil vers l'arrière. Alaric avait appliqué un bâillon qu'ils avaient prévu au cas où sur la bouche de Stefan, l'empêchant de parler, fixant d'un air désolé les yeux grands ouverts du jeune homme.
Diminué par la verveine, Stefan ne distinguait qu'imparfaitement la conversation téléphonique, mais il avait compris que c'était Klaus qui appelait et qu'il était à sa recherche. Et c'était comme si on lui avait lancé une bouée de sauvetage pendant une noyade et il s'accrochait à cette pensée incroyablement douce et réconfortante que Klaus tenait assez à lui pour chercher à le récupérer.
Même s'il se disait quelque part que Klaus aurait agi de même pour n'importe quel autre de ses objets qu'on lui aurait dérobé. On ne s'amusait pas impunément avec la propriété d'un Original comme lui ! Mais la simple évocation du nom de Klaus suffisait à panser son cœur blessé et il se rendit compte à quel point il désespérait de retrouver la présence de l'hybride. Si seulement il pouvait lui parler…
« Il n'est pas ici, et, de toute manière, il ne veut plus rien à faire avec toi. Laisse mon frère tranquille », répondit Damon, intraitable.
Klaus fit une grimace. Il ne put éviter un pincement au cœur à la pensée que Damon disait peut-être la vérité.
« Je le laisserai tranquille s'il me le demande lui-même », insista Klaus, détestant en même temps se sentir aussi faible.
« Laisse-tomber, Klaus, tu ne remettras plus jamais la main sur lui. Il m'a raconté comment tu as abusé de lui. Va au diable ».
Klaus serra les dents. C'était une erreur d'avoir espéré. Il s'était leurré. Il n'y avait rien à bâtir avec. « Attends ! … Mikael. C'est vous qui l'avez libéré et lancé à mes trousses ? »
« Dommage apparemment qu'il ne t'ait pas encore tué »
« Imbécile ignorant ! », grogna Klaus à faire sursauter Damon, avant de continuer.
« Grosse, très grosse erreur ! Tu ne sais pas ce que tu as fait. Tu as lâché une bombe sur nous tous », dit Klaus en martelant ces mots. « C'est un tueur, Damon. Un chasseur de vampires et il veut en exterminer la race. Et il ne m'a pas encore tué parce que c'est vous qu'il traque en ce moment. Il veut nous tuer tous. Alors, est-ce que Stefan est avec toi ? ».
« Foutaises ! Je ne te crois pas ». Cause toujours. T'es mort de trouille. Pensa Damon avant de raccrocher au nez de l'hybride.
A peine avait-il remis son portable dans sa poche que la voiture fit une soudaine embardée comme si on l'avait poussée latéralement et bifurqua de manière incontrôlable vers l'intérieur de la forêt sur le côté de la route. Il freina en contrôlant le véhicule du mieux qu'il put jusqu'à ce qu'il se planta contre un arbre et s'immobilisa complètement.
Klaus apparut devant la vitre avant du van, le portable encore à la main, l'air renfrogné et énervé. « Où est-il, Damon ? ». Et il ne plaisantait pas.
Tout le temps de l'appel, Klaus traquait l'odeur de Damon depuis la maison à l'orée de la forêt, s'aidant en plus, une fois assez près, du son de sa voix. Il n'avait aucune idée où pouvait se trouver Stefan mais Damon était la seule piste possible et il l'avait tentée, risquant de perdre de précieuses minutes dans sa fuite pour rien.
Mais la conversation au téléphone l'avait convaincu que Stefan était avec son frère même si, de manière incompréhensible, sa présence était complètement indétectable. Même maintenant qu'il les avait rejoint. S'était-il trompé ?
Sans attendre de réponse, il fila vers l'arrière du véhicule et commença à arracher les portes arrière de leur charnière pendant que Damon et Jenna sautaient hors de la voiture et se précipitaient à sa suite, suivis par Alaric et Elena.
Les deux vampires se jetèrent sur lui pour l'arrêter mais, avant même qu'ils aient pu l'atteindre, la main de Klaus stoppa Damon en le saisissant à la gorge et le projeta sur Jenna comme un vulgaire projectile, les envoyant tous les deux valser avant de retomber lourdement sur le sol. Les deux humains lui décochèrent des flèches en bois induites de verveine avec leurs arbalètes mais Klaus les évita aisément et leur arracha leurs armes en un clin d'œil et les brisa dans un même geste.
Il se retourna alors vers le véhicule et termina d'en arracher les portières arrières, découvrant le spectacle à l'intérieur. Si Klaus avait bien noté dans un coin de son esprit la présence d'Elena, il l'oublia complètement lorsque ses yeux tombèrent sur la forme allongée sur l'une des deux banquettes latérales. Le soulagement qu'il ressentit alors fut indescriptible et sa gorge se noua sous l'émotion lorsqu'il reconnut Stefan.
Puis, son regard prit une expression mélangée entre colère et attendrissement lorsqu'il remarqua son état. Ignorant tout le groupe qui l'encerclait de manière hostile et surveillait chacun de ses mouvements, Klaus sauta dans le van et s'assit auprès de Stefan. Sans le quitter des yeux, il lui enleva son bâillon, puis arracha posément les sangles qui le retenaient une par une.
Sans un mot, il le redressa et le serra dans ses bras, s'accordant une petite seconde. La déconcertante absence d'odeur n'était plus aussi totale à cette distance, et il retrouvait bien son Stefan.
Damon fut saisi de voir le regard subjugué que son frère fixa sur l'hybride depuis l'arrivée de ce dernier, comme si plus rien d'autre au monde n'existait. Il observa comment il se pressa contre Klaus et enfouit son visage dans son cou comme pour mieux respirer son odeur. Ce fut tellement étrange et troublant pour lui de voir son petit frère si intime avec un homme, qui plus est cet être d'un autre âge, que lui-même avait pris l'habitude de haïr.
Il se ressaisit lorsque Klaus aida Stefan à se relever et le soutint pour ressortir du véhicule. « Tu n'iras nulle part avec mon frère. Laisse-le », dit-il en leur barrant le passage.
Stefan lui jeta un regard suppliant tandis que Klaus l'ignora complètement et continua à s'occuper d'aider le jeune vampire vacillant à descendre de la voiture, remarquant au passage qu'il était pied nu. « Tu te débrouilles comme tu veux avec Mikael, Damon. Lui, il vient avec moi ». Sur ce, sans crier garde, il écarta Damon d'un puissant revers de son bras libre, avant de soulever Stefan et s'évapora dans un souffle avec son fardeau.
...
Damon poussa un juron, n'en revenant as de perdre à nouveau son frère. Mais il n'eut pas le temps d'assimiler complètement sa défaite que Klaus et Stefan furent de nouveau de retour devant ses yeux, projetés violemment à leur point initial, atterrissant rudement par terre après un spectaculaire vol plané.
A leur suite, apparut un homme brun d'âge mûr de taille et corpulence moyenne, de toute évidence la raison de ce retour forcé. Il se dégageait de lui de manière indéfinissable une impression de froideur et de cruauté, en même temps que puissance et dangerosité.
L'inconnu balaya l'assistance de son regard glacial, avant de s'arrêter sur Damon puis Stefan, qui était resté par terre là où il avait roulé dans sa chute.
« Les garçons Salvatore, je présume ». C'était à peine une question, juste une affirmation.
Il s'avança vers le jeune vampire à terre, s'accroupit et l'examina comme s'il était une bête curieuse. « Et ça, c'est le nouveau joujou de mon fils ? », continua-t-il d'un ton railleur.
Il était tellement près de lui que Stefan pouvait sentir son haleine sur son visage et il fronça le nez à l'odeur de pourriture qui s'en dégageait. C'était une odeur de vampire, à n'en pas douter, mais tellement intense et condensée qu'elle en devenait nauséabonde.
Je ne suis pas un jouet. S'offusqua intérieurement Stefan, se souvenant que Damon avait utilisé le même terme pour le désigner, mais il ne prit pas la peine de répondre.
« Et vous, vous êtes Mikael ». Répliqua-t-il calmement, détestant déjà l'homme en face de lui.
« Bien. Les présentations sont faites », dit Mikael avec une fausse jovialité en se levant.
L'homme se tourna alors vers l'hybride qui était resté immobile, comme paralysé, depuis son retour. « Alors, Niklaus, il paraît que tu cherches à créer d'autres abominations comme toi ? Pour ne plus être le seul monstre de ton espèce ? ». Le choix des mots était fait exprès pour faire mal.
« Je n'en ai rien à faire d'eux. J'ai juste besoin de me débarrasser de vous, père ». Klaus parlait entre ses dents, comme s'il se contenait, comme s'il essayait de contrôler ses émotions.
« Pourquoi faire, Niklaus ? Pour vivre une éternité sans personne à tes côtés ? Plus personne ne se soucie de toi, garçon. Personne ! » Mikael sifflait ce dernier mot, blessant Klaus au plus profond de son âme. « Qui as-tu d'autre, à part ceux dont tu forces la loyauté ? Personne ! ».
Incapable de répliquer, les yeux de Klaus s'embuèrent au fur et à mesure que Mikael distillait ses mots venimeux. Des siècles d'existence ne changeaient rien au fait qu'il redevenait toujours en présence de ce dernier le petit garçon qui désespérait de trouver grâce aux yeux de son père.
Stefan l'observait intensément, ému lui-même de voir pour la première fois Klaus, qu'il a toujours connu très maître de soi, être à ce point submergé par l'émotion. Et il compatit de tout son cœur à la détresse qu'il ressentit chez l'hybride.
Et Mikael continua, enfonçant le clou. « Et ce petit mignon pour qui tu es revenu alors que tu aurais pu t'enfuir. A ce que m'a dit cette chère Katherine, tu ne l'as eu qu'en échange de la vie de son frère, n'est-ce pas ? Comme c'est pathétique ! ».
Mikael vit avec satisfaction Klaus trembler de colère. Il voulait le provoquer. Lui faire perdre son contrôle. Car, en fait, Mikael redoutait les nouveaux pouvoirs de Klaus depuis que ce dernier était devenu aussi hybride et avait acquis ainsi plus de puissance.
Mais Klaus était trop sous le coup de l'émotion pour se rendre compte de la manœuvre de son beau-père. Il poussa un rugissement et se jeta sur Mikael. Les deux originaux se lancèrent dans une lutte d'une violente surhumaine, soulevant les feuilles mortes qui tapissaient le sol, faisant vibrer les grands arbres aux alentours lorsqu'ils se projetaient contre eux.
Klaus est revenu pour moi en risquant sa vie. Stefan suivait le combat titanesque avec angoisse pendant que cette pensée chemina en arrière-plan dans son esprit étonné.
A un moment, Mikael réussit à jeter Klaus à terre et se jeta sur lui avec dans la main un pieu fait d'un bois blanc. Le pieu de chêne blanc, qui pouvait tuer un vampire original ! Se souvint Stefan, horrifié, de l'histoire que Klaus lui avait racontée.
Il entendit Klaus pousser un cri de douleur qui lui glaça le sang lorsque la main de Mikael transperça son thorax à la recherche de son cœur. Son autre main brandissait le pieu particulier et s'apprêtait à l'enfoncer dans l'organe qu'il avait mis à nu.
Stefan réalisa soudain le tragique de la situation. Le moment où il sut pour les sentiments de Klaus pour lui était aussi le moment où la mort allait les séparer pour l'éternité ! Stefan tremblait. Il fallait absolument qu'il fasse quelque chose. Il ne pouvait pas perdre Klaus.
« NON ! ». Stefan rassembla ce qu'il lui restait comme énergie et se projeta contre Mikael. Mais il ne réussit à faire bouger d'un iota le vieux vampire. Tout au plus, l'avait-il interrompu dans son geste et capté l'attention des deux originaux.
« Ne le tuez pas, je vous en prie ». Stefan était retombé par terre après son action, et n'avait pas d'autre moyen pour porter secours à Klaus que de supplier le vieux vampire.
« Tu veux le sauvez ? Tu veux sauvez ton maître ? », s'exclama Mikael, éberlué par l'initiative du jeune vampire. « Ha ! On dirait bien que Niklaus a quelqu'un qui se soucie de lui finalement », fit-il d'un ton narquois.
« Dis-moi, Stefan, qu'est-ce que tu me proposerais en échange de sa vie ? ». Mikael semblait s'amuser maintenant, jouissant visiblement de son pouvoir sur la situation.
Klaus fixait le visage de Stefan intensément. Du fond de son désespoir, une vague d'émotion l'envahit, et il ressentit une immense consolation après les durs mots que son beau-père avait éructés à son encontre. Même s'il doutait que Stefan pouvait faire quoique ce soit pour le sauver.
Les lèvres de Stefan frémirent. Il y avait une petite idée. Mais valait-elle quelque chose ? Klaus lui avait raconté un jour, en promenant un doigt caressant le long de son cou, cette petite anecdote à propos de Mikael.
Ne le laisse jamais goûter à ton sang, car il en serait tellement accro qu'il ne te laisserait plus jamais repartir. Il avait ainsi mis la main sur un vampire transformé très jeune, vers quatorze, quinze ans, et l'avait gardé pour son usage personnel des dizaines d'années. Jusqu'à ce que le petit vampire réussit à échapper à sa vigilance et à se tuer pour se libérer.
La main gauche de Mikael tenait toujours le cœur palpitant de Klaus et sa main droite pointait dessus le pieu mortel. En désespoir de cause, Stefan se lança. Même s'il ne pouvait gagner qu'un peu de temps pour Klaus, cela valait le coup d'essayer.
« Mon sang. Je peux vous proposer mon sang. Il paraît que le mien est particulier, et qu'il est meilleur que tout. Meilleur même que du sang humain. Si vous épargnez la vie de Klaus, je vous laisserai boire mon sang. Autant que vous voulez »
Non, Stefan ! S'écria Klaus intérieurement tandis que Damon le fit verbalement. Tous deux voyaient les implications d'un tel marché pour Stefan. De plus, rien n'empêchait Mikael de s'emparer de lui et d'en faire ce qu'il voulait une fois qu'il aurait tué Klaus. Et Stefan finissait de toute manière comme garde-à-manger personnel du vieux original pour le restant de sa vie. Sa seule défense était le fait que Mikael ne connaissait pas le secret de son sang.
« Et quel goût de si particulier tu as, petit garçon ? », demanda Mikael d'un air gourmand, curieux malgré lui de la proposition du jeune vampire. « Et ce n'est pas la petite quantité de verveine que tu as dans ton système qui pourra me faire du mal. Tu le sais, ça ? », ajouta-t-il, pensant à un piège minable.
Stefan ramassa une des flèches d'Alaric par terre et en utilisa le bout tranchant pour s'entailler largement le poignet. Le sang gicla de la veine coupée et embauma l'air de ses effluves suaves et capiteux. Le sourire de Mikael s'éteignit sur son visage, son regard devint vitreux de désir, ses canines commencèrent à s'allonger.
Mikael avait renoncé au sang humain depuis des centaines d'années, se contentant du goût médiocre de celui des vampires. Mais cela le rendait d'autant plus sensible et faible devant la tentation d'une saveur aussi envoûtante que le sang d'un vampire au cœur pur pouvait l'être.
Stefan laissa son poignet ouvert dans l'air pour faciliter l'écoulement du sang. De son autre main, il dirigea la pointe de la flèche vers son cœur. « Je vous suivrai tant que vous laisserez Klaus tranquille, sinon, vous n'aurez rien du tout ».
Klaus regardait le jeune vampire braver le vieil original pour lui, et ses pensées se bousculaient dans sa tête. C'était presque le même marché que celui que Stefan lui avait proposé pour sauver son frère, à quelques termes près. A l'époque, comme il avait envié Damon pour cela ! Aujourd'hui, Stefan le faisait pour lui !
Mikael ne réfléchissait plus vraiment. Sa raison s'obscurcissait sous sa soif déclenchée soudainement par la senteur exquise du sang qui s'écoulait à profusion devant son nez. En un souffle, il lâcha Klaus et se retrouva à côté du jeune vampire, son visage se muant déjà sous sa forme vampirique.
Il achoppa Stefan par sa nuque et mordit férocement dans sa gorge, tranchant net la jugulaire pour accéder au maximum de débit. Mikael perdit la tête dans la saveur incomparable du sang qui se déversait dans sa bouche, et il suça de manière incontrôlable le flux vital hors du corps passif qu'il tenait dans la main.
Par-dessus l'épaule de Mikael, Klaus vit le regard calme de Stefan braqué sur lui jusqu'à ce que ses paupières s'abaissassent et que son visage revêtit la teinte grise caractéristique du vampire desséché.
Klaus n'attendit pas que sa poitrine se refermât complètement pour se jeter sur la main de son beau-père qui tenait le pieu mortel et s'en empara. Damon bougea pratiquement en même temps que lui et propulsa par derrière Mikael et son frère sur le sol.
Mikael n'avait pas encore relâché la gorge de Stefan que l'hybride lui enfonça déjà dans son dos le pieu fait de chêne blanc, maîtrisant à grand soin sa force pour s'assurer d'atteindre le cœur du vieil original sans toucher le jeune vampire en dessous de lui. Klaus poussa un soupir de soulagement lorsqu'il vit Mikael s'immobiliser après un bref râle, n'en revenant pas d'être venu à bout de manière si inattendue de cette menace qui pesait sur lui depuis mille ans.
Voyant le corps de Mikael se mettre à s'enflammer, il le souleva et le jeta de côté rapidement pour dégager Stefan, en même temps que Damon, qui s'était aussi précipité, extirpait son frère d'en dessous du vampire mort.
Les deux hommes croisèrent leur regard pendant un bref moment, où, pour une foi, la haine était absente, avant de se pencher tous les deux vers le corps inerte de l'objet de leur rivalité.
A/N - Voilà, je suis tellement bavarde que je n'ai toujours pas réussi à terminer mon histoire. Il y aura donc encore un épilogue. RESTEZ AVEC MOI !
