Et la suite... du Bonheur des Hommes
Bonne lecture, et merci à tous les gens qui laissent des reviews, je les lis toutes avec délectation ! nan vraiment délectation je vous jure.
Xx
CHAPITRE 10
Son adolescence. Draco se retourna dans son sommeil et fronça les sourcils.
Il n'avait que peu de reste de son adolescence.
Tout ce qu'il en retenait c'était deux yeux verts qui le regardaient sous un soleil d'été.
Les rayons tombaient sur lui et il ressentait le besoin presque bestial d'embrasser ces paupières presque closes qui taquinaient son nez. Ces paupières lourdes, ces paupières lourdes de promesses d'un été chaud, d'une chaleur consumée d'un désir contenu, de tout ce qui fait l'homme et de tout ce qui de l'homme ne peut apporter ni joie ni bonheur mais seul le désir de se sentir aimé, adoré.
Et dans ces yeux là il sentait qu'il pouvait être adoré.
Lui qui n'avait jamais été aimé, il était à ce moment-là : adoré.
Comme une vague vient se briser violemment et passionnément sur un rocher écorné, tout ce que ces yeux verts lui promettaient, c'était l'amour et la violence.
Peut-on aimer violemment ? Peut-on aimer mal ? Peut-on aimer en étant mal, en ayant mal ? Un amour peut-il effacer tous les autres souvenirs. Peut-on tellement aimer à en devenir biaisé de ses souvenirs. Qu'il ne reste qu'une image ineffable, parfaite, splendide qui vient effacer toutes les douleurs les chagrins, la pluie.
Peut-on oublier la pluie quand le soleil vous brûle la peau chaque instant ?
Lucius était la pluie, son enfance était la pluie, une averse, un torrent et pourtant Harry était ce soleil si chaud, si beau.
Il avait tout cramé, carbonisé. Enterrées les années de sa vie où il passait son temps à se morfondre dans un climat gris-noir, perché sur un accoudoir délavé d'un canapé usé jusqu'à la moelle car passé entre trop de mains, trop de générations. Il ne voulait plus de velours, il ne voulait plus de porcelaine, il voulait juste cette herbe sèche et piquante sous lui et ce regard vert, flamboyant qui asséchait tout sur son passage.
Il voulait ce soleil qui lui cramait la peau, qui lui rappelait qu'il était jeune, beau, flamboyant aussi. Il avait des cheveux d'or, une peau si blanche qu'elle brillait sous les rayons de lune, une voix qui portait jusqu'aux dieux. Il était flamboyant. Harry étani flamboyant. Leur amour se consumait, brûlait tout sur son passage. Il n'y avait que lui pour être aussi flamboyant quand il était dans ses bras, il était dans une vague.
Comme lorsque tout semble fini, emporté par la vague qui est arrivée trop haut, trop loin, trop brutalement. Lorsque l'on se noye, trimballé par les bourrasques de l'eau déchainée, on boit la tasse et l'on s'évanouit au fur et à mesure.
On accepte la mort, même s'il est trop tôt.
Draco avait accepté l'amour même s'il était trop tôt.
Il avait tout donné, et bordel il était jeune ! Trop jeune pour toutes ces foutaises de sang-pur, de race, de supériorité, de….De quoi ? tout ça n'avait absolument aucune importance. Aucune ! Qu'est-ce que la race, le sang, la nationalité, d'où l'on vient, la famille … d'où l'on vient ? Oh Draco le savait pertinemment. Il venait de Lui. C'était Lui qui l'avait construit, c'était Lui qui l'avait fait naître.
Peu importe le sperme et l'ovaire de sa mère. Grand bien leur fasse qu'ils se détruisent leurs vies à ne vouloir que calculer sur les origines. Les origines ne sont rien si elles ne sont pas solides.
Et Draco avait trouvé son rocher, son rocher d'Arthur. Il était Excalibur, à jamais cloisonné dans cette masse inerte qu'étaient ses origines, sa famille, son espèce de foi réductrice. Et Harry était son Arthur, si fort, si puissant, il avait empoigné ses idées, ses préceptes et l'avaient tiré de toutes ses forces hors de son rocher.
Et maintenant il était libre, voilà, il était libre ! Plus de rocher, plus d'humidité, plus de mousse et de champignons qui venaient grimper sur son dos, sur son corps pour l'emprisonner à jamais dans cette légende réductrice qui disait qu'un Malfoy ne peut ressentir, ne peut aimer. Un Malfoy entretient ses actions dans un seul but : sa famille.
Mais qu'est-ce que sa famille lui avait apporté qu'Harry ne pouvait sustenter ? Rien.
L'amour, il l'avait. Plus grand, plus puissant, plus pur qu'aucun sang-pur ne pourrait rivaliser.
L'honneur, il l'avait. Plus fort, plus libre, meilleur, bien meilleur que tout ce que ces chacals de Mangemorts ne pourraient un jour découvrir.
Il avait fait honneur à son nom en reniant son nom.
La famille, par Melrin ! il ne l'avait plus. Mais la famille n'est pas que le lien du sang. Et si l'on voulait parler de lien du sang, alors celui qu'il avait fait à Hermione en la sauvant et se laissant taillader par un mauvais sort valait aussi bien.
Au moins son sang avait vraiment coulé.
Et il ne pouvait s'empêcher de se dire que le sang d'Hermione était de la même couleur que le sien. Il ne paraissait ni moins pur ni moins faible. C'était du sang, juste du sang. Ce sang qui coule pour nous dire que l'on souffre. Si les liens du sang étaient véritables, alors il faudrait verser du sang pour le prouver.
Et souffrir.
Et Draco avait choisi de faire couler son sang si « pur » pour une sang de bourbe. Mais au final, la couleur était la même sur le champ de bataille, entre la vie et la mort.
Harry l'avait aimé. Peu importe son sang, la porcelaine, le velours, la famille, l'honneur, la… la patrie, les diktats. Tout. Il lui avait tout donné. De son corps chaud, de sa voix rauque, ses mains, ses doigts, ses jambes, sa tête, ses pensées. Et il lui avait tout donné. Comment ? Pourquoi ? pourquoi Harry ? Parce qu'il ne pouvait pas, ne voulait pas, être à jamais un être de jamais.
Jamais de bruit. Jamais d'esclandres. Jamais d'amitié. Jamais d'amour. Jamais de passion. Jamais, jamais, jamais, jamais.
Et il avait crié « Toujours ».
Quel mot passionnant, toujours. Toujours des baisers, toujours la passion. Bien sûr il avait découvert ensuite que toujours ne dure jamais. Malheureusement.
Mais pour cet été d'adolescence, pour cette jeunesse vive et fugace, il avait voulu y croire. Et il ne regrettait rien.
Il avait découvert l'amitié. De celle qui ne fane pas après un hiver trop froid, de celle qui dure malgré les violences de ce monde. De ce monde en guerre qui ne parait n'être qu'un hiver sans fin. Et les violences amènent les plus belles passions. On pouvait aussi avoir des passions amicales. Il l'avait découvert avec Granger, Weasley, toute la famille Weasley.
Quelle ne fut donc que son adolescence. Une enfance à demie adulte, où l'on ne sait où penser, quoi admettre, quelle est la finalité, le but ? Quel est le but ? Quel est le putain de putain de but ? Grandir, devenir mieux, mieux en étant soi-même, s'assagir, comprendre qu'on ne peut pas tout avoir, tout, tout de suite. C'est ça le but ? ou bien tout balancer. Maintenant, tout de suite, parce qu'il avait croisé ces yeux.
Oh mon dieu, ces yeux. Qu'ils soient verts, noirs, rouges, violets, que cela fasse le plus grand bien à Merlin, il avait aimé ces yeux. Peu importe sa couleur. Car maintenant, tout ce que ces yeux lui disaient, c'est « aime », « aime-mo comme on ne t'a jamais aimé ».
Alors il avait pris.
Il avait pris tout ce que ce grand brun lui avait proposé, il l'avait pris pour ne jamais le redonner.
A tout prendre, il avait pris.
Et des larmes amères coulèrent dans le creux du cou gracile de ce jeune blond endormi, trop ravagé par la guerre, les soucis, le poids qu'il portait sans le vouloir sur ses épaules trop fragiles, ce tas d'os qui ne supportaient rien à part peut-être le poids de ces yeux sur lui.
C'était tout ce qu'il pouvait porter, et on lui avait enlevé. N'est-ce donc pas normal de ne pas pouvoir porter la misère du monde, de ne vouloir que l'alléger, l'oublier, la magnifier dans une danse tellement plus subtile de l'amour, de la paix, de l'extase ?
Il eut été trop jeune ou trop vieux pour se laisser faire. La jeunesse se rebelle, la vieillesse, par sa sagesse, ne fait rien, ce qui équivaut à se rebeller. Il était bâtard même dans sa quête de paix.
Il ne voyait la paix que par le soleil, ce champ, cet arbre, cette maison au loin ,le chant des grillons à côté, et cet été qui ne semblait ne prendre fin, qui continuait inlassablement, au rythmes des baisers, du toucher, des rires, des murmures. La paix devait ressembler à ça. Il l'avait touché du bout des doigts.
Et lui l'enfant sauvage, dont personne n'avait voulu, en cet instant, dans ces bras, dans cette herbe haute, piquante, marron, desséchée, collé contre cet arbre vert, dense, sa silhouette alanguie qui ne risquait rien, sinon de chasser un insecte au corps luisant de nuances de bleu.
Lui, qui avait été rejeté, parce qu'il voulait non pas la paix mais le rien, le vide, la quiétude, l'absence de soucis.
Lui qui avait fait ce choix égoistement, à qui rien n'importait, car il ne voyait même pas le pourquoi, il ne souhaitait rien que d'autre qu'un baiser et que le monde entier le laisse en paix.
A suivre
