Hello les amis, et toujours plus navrée du temps que je mets à écrire cette fin. Cette histoire me tient particulièrement à coeur, mais l'inspiration vient assez difficilement - le trailer de GOT, ici, m'a donné un coup de fouet afin d'achever ce chapitre qui, j'espère, vous plaira.
ATTENTION : ceci n'est pas la suite du chapitre 10, mais LE chapitre 10. Celui que j'ai posté l'année dernière ne me plaisait pas, alors j'ai décidé de le réécrire et de partir dans une tout autre direction narrative. Donc, l'accouchement de Margaery n'a pas eu lieu. Jaime et Sansa viennent de rentrer du Nord, et les conséquences du chapitre 9, où Sansa a cherché à fuir pour rejoindre Jon, vont s'abattre.
Les réponses aux reviews anonymes se trouvent en bas.
Sur ce, bonne lecture !
Ton coeur qui crie vengeance
Chapitre 10
"Il est des êtres dont c'est le destin de se croiser. Où qu'ils soient. Où qu'ils aillent. Un jour ils se rencontrent."
Seule Venise, Claudie Gallay.
Jaime.
J'étais parvenu à tenir cinq jours.
Fixant mon dévolu sur diverses occupations que j'estimais plus importantes, telles qu'assister dans l'ombre de la salle du trône à l'audience que tenait le souverain – où, en dépit de remplir ses devoirs royaux, il vidait coupe sur coupe en faisant décapiter tel manant, écorcher vive telle putain, pendre haut et court tel marchand, sans se soucier de la cohérence de ses exécutions, et nul n'avait la bravoure de l'en empêcher, ni la cour terrorisée se forçant à glousser en concert avec lui ni moi-même, mâchoire serrée à l'en craqueler–, combattre ser Illyn, échanger quelques ragots avec Tyrion en se saoulant sec, ou arracher les étoles pourpres recouvrant le corps de Cersei.
Il n'en était pas autrement ces derniers, et j'aurais pu m'en satisfaire, heureux d'être revenu intact du Nord, heureux d'avoir retrouvé ma couche chaude et la beauté aux boucles d'or s'y creusant une place chaque nuit. Nous passions davantage de temps ensemble, ma sœur et moi, afin de nous réconforter de l'absence de Myrcella, et j'aurais dû me satisfaire de toutes ces étreintes fougueuses à la lueur des bougies. Oui, j'aurais dû.
Seulement… mon esprit ne cessait de voguer ailleurs, attiré vers une dimension à laquelle je ne souhaitais songer, à laquelle je m'interdisais décemment. Omniprésente. Rougeoyante.
J'aurais dû l'oublier. Ne plus me soucier de son sort. Après tout, n'avait-elle pas trahi la cause que je défendais – ma confiance– en omettant de me faire part des informations qu'elle détenait à propos du roi du Nord, en cherchant à m'échapper au coeur de ces collines enneigées qu'elle connaissait si bien ? Ce n'était qu'une enfant égoïste. N'avait-elle pas cogné le nez de Ramsay Bolton sans égard au risque bel et bien existant que Myrcella en paye le prix à sa place, quelques jours auparavant ?
Elle était mon ennemie. Rien de plus. Une louve se tapissant sous un apparat de mouton, se prétendant inoffensive et sotte, mais qui se languissait de sang. Je devais m'extraire de la toile d'araignée dans laquelle elle m'avait pris au piège ces derniers mois. Nous ne partageons rien, ni ne sommes liés l'un et l'autre de quelque manière qui soit – ce dont j'essayais de me convaincre.
Et par les Sept, j'ai essayé.
Jusqu'à en avoir la tête lourde, les paupières vacillantes, la nuque douloureuse. La longue tignasse de Cersei serpentant le long de mon buste, nos deux corps enlacés dans l'obscurité, je ne pouvais que voir et revoir cette douleur bleue, cette colère rouge, cette détresse pâle m'extraire hors de mon armure dorée, me toucher inexorablement en plein coeur. Elle m'empêchait de fermer l'oeil. Elle m'empêchait de trouver la paix tant attendue du sommeil. Elle me hantait.
Je ne pouvais l'oublier.
À notre retour entre les murs du Donjon Rouge, cinq jours auparavant, l'oeil étréci de Cersei n'avait en rien manqué l'expression résolue de Sansa, et les liens en corde rêche qui nouaient ses poignets délicats. Elle s'en était aussitôt enquis, avant même qu'elle ne me serre dans ses bras, et j'avais consenti à une explication rapide en mots las à propos de l'embuscade et de la tentative de fuite de la fille Stark. Aussitôt, ma sœur avait dressé sa main garnie de bagues et servi une gifle flamboyante à notre prisonnière.
Je me suis souvenu du soleil accrochant les mèches auburn, se répandant le long de son front, et le regard que lui avait retourné Sansa une fois qu'elle avait relevé le menton. Un regard débordant de la haine la plus pure que j'ai jamais connu. Et j'avais alors saisi que, dès lors, elle ne jouait plus la comédie. Qu'elle ne le ferait jamais plus.
À bas les masques.
Puis Cersei l'a envoyée aux cachots, décrétant qu'une telle ingrate ne méritait plus davantage leur hospitalité. À la suite de cet ordre, Tyrion a violemment protesté, nous entraînant tous trois jusqu'au bureau de notre père. Ma sœur criait, déchaînée, mon frère protestait, empli d'une colère froide, et je demeurais entre eux sans rien dire, sans rien oser avancer. Lord Tywin a fini par reposer sa plume en levant ses yeux froids vers nous et a décrété que Sansa demeurerait enfermée dans le noir le temps qui lui paraîtrait nécessaire.
Et j'ai tenu cinq jours sans descendre la visiter.
La torche jetait sur les murs crasseux m'environnant des jeux de lumière étranges, distendus. Le son de mes pas se répercutait à l'infini dans le silence des cachots du Donjon Rouge.
Je me suis remémoré l'époque où, du temps de Robert, ces prisons étaient débordantes de monde – brigands, putains, tueurs à gage, voleurs – tant et si bien qu'il était impossible de trouver la paix au coeur des hurlements, des sanglots, des ricanements y régnant. C'était tout bonnement infernal, mais au moins ne périssaient-ils pas injustement.
Ce n'était plus le cas, maintenant que Joffrey régnait et s'était découvert un goût pour les spectacles sordides. Tous y passaient. L'avantage étant que chaque prisonnier jeté dans ces sous-sols connaissait le luxe d'une cellule entière réservé à sa personne, mais, revers de l'épée, il se voyait systématiquement exécuté dans d'atroces souffrances sous le brouhaha de rires d'une cour oisive et docile.
Je l'ai trouvée au fond de l'une d'entre elles.
Recroquevillée dans un coin, suffisamment écartée des grilles pour que nul ne puisse l'atteindre en tendant le bras au travers, son capuchon de voyage rabattu sur ses yeux. Je me suis demandé si elle dormait, tête plongée dans ses bras, mais j'ai senti très distinctement le poids de son regard appuyer ma silhouette lorsque je me suis glissé dans sa cellule.
« Que me voulez-vous ? » a-t-elle murmuré. Sa voix était cassée, probablement car elle n'avait pas dû ouvrir la bouche depuis cinq jours autrement que pour se nourrir, s'abreuver.
Ma main valide a suspendu la torche à un mur, répandant une ambiance orangée dans la pièce parée d'ombres. Je me suis tourné vers elle, sans cependant l'approcher, et me suis adossé contre la pierre, ignorant vraiment quoi dire.
Que lui voulais-je ? C'était là une excellente question.
«Tu ne joues plus aux idiotes. » ai-je exhalé au terme de plusieurs minutes de silence.
J'ai vu sa tête s'incliner, presque songeuse.
«C'est vrai. » a-t-elle calmement reconnu. « Je suis lasse de ces manigances. Elle n'ont en rien permis de sauver la tête de mon père, ni de m'attirer les faveurs de Joffrey, ou même d'empêcher que Robb, ma mère, Rickon ne soient abattus les uns après les autres. Elle ne m'ont pas non plus protégée du viol. »
«Joffrey… cela ne lui donnera qu'une occasion de plus afin de te délester de ta propre tête. »
« Eh bien, qu'il le fasse. Je pense… » Sa voix s'est chargée de fissures, et je l'ai devinée sans peine au bord des larmes. « Je pense qu'il aurait été préférable que je meure ce jour-là – que Joffrey se soit lassé de moi et ait réclamé mon exécution sur le perron du Septuaire. Robb n'aurait eu aucune crainte que ses victoires coûtent ma vie, et il… probablement serait-il vivant,aujourd'hui. Peut-être seraient-ils tousvivants. Je ne mérite pasd'être la seule Stark qui ait survé ès tout, n'ai-je pas tué mon propre père ? N'ai-je pas trahi les miens à de trop nombreuses reprises ?»
Ma tête s'est secouée de son propre chef, sans que je n'en saisisse la raison. Pourquoi l'idée qu'elle meure me semblait si insupportable ? Pourquoi m'en souciais-je encore ? Pourquoi donc avais-je fait le choix incompréhensible de descendre dans ces cachots et m'entretenir avec elle ?
«Qu'en fais-tu de ton enfant ? »
« Mon enfant… mon enfant ne survivra probablement pas aux premiers jours passés au sein de ce château. Mais vous le savez pertinemment, n'est-ce pas ? Ce bébé aura trop d'importance aux yeux de certains – Stark, Lannister, bâtard royal, héritier de Winterfell… – et pas suffisamment aux yeux de son propre père. Joffrey m'a promis qu'il le tuerait. Il l'a dit. Si je me laisse mourir dans ce cachot, au moins mon enfant ne connaîtra-t-il pas de souffrances inutiles… »
Elle avait raison. Tantraison que mes entrailles se sont resserrées.
La culpabilité ressemblait à une morsure de loup, ses crocs perçant mon crâne, son hurlement emplissant mes tympans. Joffrey était mon fils, et un fils dément– pire encore qu'Aerys, certains prétendraient. Un garçon –non, me suis-je corrigé avec douleur, un homme, désormais,du haut de ses seize ans– malsain, cruel et parfaitement conscient du mal qu'il provoquait. Un père qui n'hésiterait pas à faire exécuter sa propre progéniture. Un époux ne s'intéressant pas à sa propre épouse, qui était obsédé par une autre aux cheveux de feu, une autre quine lui appartiendrait jamais totalement. Car, à défaut d'être aimé par Sansa, il la possédait. Dans sa perspective psychopathe, il l'aimaità sa façon.
Ce serait un jour au nom de ce même amour que, un jour, il la tuerait. Inévitablement.
Et que pouvais-je y faire, sinon trahir mes serments face à un autre souverain ?
«Te souviens-tu de la nuit où tu as découvert ta grossesse ? » ai-je demandé.
Des images me sont revenus. La vision de son dos, décoré de cicatrices, d'hématomes, de brûlures tel une sordide œuvre d'art. La voix de louve avec laquelle elle m'avait remis à ma place. Les vagues de haine s'échappant hors de ce corps si frêle, si tendre.
«Comment pourrais-je l'oublier ? » a-t-elle soupiré, lasse.
« Je t'ai promis de vous protéger, toi et l'enfant. »
« Vous l'avez fait, et je vous en suis reconnaissante. Mais la situation n'est plus si semblable. Ce que je demande… ce que je vous supplie de faire… » Elle a repoussé son capuchon et son visage amaigri m'est apparu, dévoré par ses yeux luisants de désespoir. « Jaime, tue-moi. »
Une vague de froid m'a parcouru de la tête aux pieds, tandis que je me paralysais à l'entente de ces quelques mots. Mes pensées se sont désordonnées puis rassemblées automatiquementsous une même certitude, un même étendard, une même syllabe.
Non.
Elle ne pouvait me demander une chose pareille – impossible.
La contemplant fixement, j'ai émis un rire mordant en secouant lentement la tête.
« Il n'en est pas question. »
«Pourquoi ?» a-t-elle presque hurlé, se redressant avec brutalité sur ses pieds afin de me faire face. « Qu'est-ce que cela peut bien te faire de prendre ma vie ?Tu ne t'es pas gêné pourtant en exécutant Rory, Aerys, tous ces hommes du Nord venus me sauver !Je ne suis qu'une gorge de plus à ouvrir, alors qu'importe ? Tu ne peux pas me protéger décemment, Jaime. C'est la seule façon de nous protéger de l'emprise de Joffrey, moi et mon enfant.
«Pourquoi es-tu persuadée de représenter une quelconque valeur à mes yeux ? » ai-je ricané méchamment en retour.
Rien n'avait plus de sens.
Rien,rien.
Mes pensées s'emmêlaient, mes paroles jaillissaient, nourries par la souffrance qu'elle avait ouverte en mon sein en… en me demandant de… mettre un terme à sa vie. Comment pouvait-elle… croire un seul instant que… que…
Je m'asphyxiais de rage.
Comme si je venais de la frapper en plein visage, elle a reculé d'un pas. Une expression déconfite, blessée s'est éternisée sur ses traits fins avant qu'elle ne dresse le menton avec défi :
«Si, comme tu le dis, je ne vaux rien pour toi, alors tue-moi. »
«Il n'en est pas question. Tu portes l'héritier du Nord en ton sein. »
« Je suis fatiguée… si fatiguée… »
J'ai regardé les traits de son visage se tordre de façon presque inhumaine – une teinture de chagrin, de douleur, de révolte, d'épuisement noyant son visage qui avait autrefois été si déshumanisé, si froid, et voir toute cette palette d'émotion peindre ses yeux avec une telle intensité a tordu mes entrailles. Je ne voulais pas la voir… morte. L'idée même de plonger mon épée dans cette fillette aux longs cheveux roux déferlait dans ma seule main des tremblements irrépressibles.
«Jaime. »
Mes prunelles se sont automatiquement raccrochées aux siennes. Parce qu'entendre mon nom dans sa bouche… l'intensité avec lequel elle le prononçait…
« Je n'en ferais rien. » ai-je renâclé, et c'était là la seule chose dont j'étais pleinement assuré au coeur de ce chaos émotionnel. « Je n'en ferais jamaisrien. »
Alors, elle s'est jetée à ma gorge.
« Mais POURQUOI ? »
Ses mains serrées en petits poings cognant mon torse, mon visage, tout ce qu'elles trouvaient sur le passage, et je l'ai repoussée sans conviction loin de moi. Mais, crépitante de fureur, elle est revenue à la charge. J'ai senti sa paume claquer contre ma joue, probablement y laisser une marque rougeâtre, ses ongles lacérer mon menton, et son poing s'abattre, fendre ma lèvre inférieure sous le coup. Douleur… Résignation…
Je n'ai pas levé la main pour lui retourner le moindre coup qui pleuvait sur ma personne. Je n'en avais même pas le désir.
«Pourquoi ?» a-t-elle sangloté désespérément, lorsque j'ai fini par la plaquer sans violence contre l'un des murs de la cellule, m'assurant néanmoins qu'elle ne puisse accéder au pommeau de mon épée. Je la considérais telle qu'elle était : imprévisible, n'ayant plus rien à perdre, et dangereuse vis-à-vis des autres et d'elle-même.
En voilà une excellente question.
Pourquoi ?
Nous nous sommes fixés longuement comme cela. Toute une éternité, sans doute, mais le temps avait-il la moindre importance aux tréfonds de ces cachots ?
« Jaime… je t'en prie… »
Tout cela était absurde. Inimaginable. Dément.
Mes lèvres se sont abaissées vers son visage strié de larmes et se sont scellées aux siennes.
Elle sentait le Nord et embrassait comme un loup.
« Voilà pourquoi. » ai-je murmuré, la voix rauque, avant de me reculer et abandonner la cellule à grands pas.
Guest : Merci beaucoup pour ta review, ma belle:) Oui, je trouve les POV de Jaime très intéressants à écrire, tant son personnage regorge de complexité. Je suis contente que tu aimé ce chapitre, bien qu'il n'existe plus désormais. Alors, oui, je peux comprendre que ce ne soit pas très clair : Joffrey est toujours souverain, mais est obsédé par Sansa. Il n'aime donc pas Margaery, son épouse, qui, fragilisée, est soutenue par Tommen. Je sais qu'ils ont une grande différence d'âge, mais j'imaginais Tommen profondément amoureux d'elle et Margaery en proie à quelques sentiments envers lui. J'espère que tu apprécieras cette nouvelle version, si tu repasses un jour par là.
Noemie : Très heureuse que tu aimes cette fic, j'espère que tu apprécieras cette nouvelle version. Oui, oui, pour moi Margaery a éprouvé quelques sentiments à l'égard de Tommen, car il a été le seul à la soutenir au sein de cette période compliquée qu'est la grossesse. Et comme c'est GOT, je pense en effet que les douze ans de Tommen passent crème, bien que ça ne reste que mon avis.
N'hésitez pas à laisser des reviews, que vous ayez aimé ou non ce chapitre, elles nourrissent ma motivation.
Lybeah.
