Entre Lune et Etoile

Disclaimer. pas à moi, non, non, non

Messages : Vous voulez plus de Rogue ? Attendez un peu, ça vient.

10- Secrets à partager.

« Harry, je... je dois m'absenter quelques jours. »

Non, ça n'allait pas. Il avait eu de la chance en décembre parce que le jugement avait été rendu juste après la pleine lune. Mais là, dans deux jours, il devrait se terrer dans une cave en attendant d'avoir cessé d'être une menace pour tous les humains. Comment expliquer ça à un si petit garçon, qui connaissait si peu de choses au monde magique et ne vivait avec lui que depuis quelques semaines ?

« Harry, trois jours par mois, je travaille à Londres. »

Non, décidément, l'idée d'Albus était ridicule. Il n'allait pas entrer de nouveaux dans ces mensonges maintenant que l'ensemble de la communauté magique savait qu'il était un loup-garou ! Même pour l'amour de Harry ! Il était un LOUP-GAROU ! Et si Harry devait être son fils - ou tout comme - il allait bien falloir lui dire !

« Lui dire la vérité », se dit Remus en se levant brusquement de son lit et enfilant une robe de chambre rouge. « Il n'y a QUE la vérité. »

Il se sourit dans le miroir pour se féliciter de sa décision et s'encourager avant de sortir de sa chambre. Il entra sans bruit dans celle de l'enfant. Elle s'était considérablement remplie depuis Noël. Il y avait le jeu de construction magique, - les pièces tenaient dans l'air si on le souhaitait très fort. Il le lui avait offert dès leur première sortie au Pré-au-lard. Molly lui avait confié que ça avait été son jeu favori au Terrier et ça ne s'était pas démenti, même si le choix s'était élargi ! Il y avait maintenant une véritable collection de cerfs en peluche de taille et de couleurs variées sur le lit de Harry, certains offerts par des élèves de Poudlard qui avaient remarqué l'attirance de l'enfant. Pourtant au moment d'aller se coucher, Harry leur préférait toujours le mouchoir métamorphosé. Mme Bibine et Minerva lui avait donné pour Noël un jeu de Quiddich modèle réduit - on y jouait à deux, chaque joueur manipulant les joueurs en les désignant du doigt. C'était encore un peu difficile pour Harry, mais lui et Ron aimaient y jouer quand le benjamin des Weasley venait passer l'après-midi à Poudlard.

« Minerva et son amour pour le Quiddich ! », sourit Remus « L'année prochaine, si je ne l'en dissuade pas, elle lui offre un balai ! ».

Dumbledore lui avait offert un ballon magique - il revenait vers son propriétaire quand on le sifflait. Pratique, vu la taille du parc, devait reconnaître Lupin. Severus - Severus !- lui avait offert l'intégrale des aventures de Joey, le Moldu fou et Hagrid un grand livre animé - bien sûr, mais Harry avait été surpris du réalisme des images - sur les dragons. « Un drôle de choix », avait commenté Minerva mais Remus s'était attendu à pire - un livre sur les loups-garous par exemple. Sans compter le pull-over envoyé par Molly, les dessins de Ron et Ginny, -Rien des Dursley, bien sûr - l'enfant était resté d'abord incrédule puis s'était jeté sur ses cadeaux. Remus sourit en repensant à la joie de Harry, aux larmes qu'il n'avait pas pu retenir.

Son petit protégé dormait encore à poings fermés. Il s'était couché un peu tard hier profitant de ce que Remus, plongé dans ses corrections, n'avait pas fait attention à l'heure. Depuis la rentrée, il devait jongler entre son rôle de professeur et son rôle de gardien. L'elfe Linky le secondait, s'occupant de Harry quand il était en cours. Mais ça ne se passait pas aussi bien que Remus et Linky l'auraient souhaité. Harry grimaçait souvent en la voyant arriver, mais Remus ne voyait pas d'autres solutions. Il avait un moment songé à l'envoyer à l'école du Pré-au-lard mais Harry n'avait pas l'âge. Et, Dumbledore pensait que sa sécurité ne serait pas assurée, se rappela Remus, qui continuait de se demander s'il était très sain d'élever Harry sans autres enfants de son âge. Heureusement qu'il y avait Ron !

Harry s'était retourné vers lui, comme à l'écoute de son monologue intérieur. Ses cheveux rebelles laissaient voir sa cicatrice, immense sur ce si petit front. Finalement, l'enfant s'étira et sursauta en le voyant - la violence des réactions de surprise ou de peur de Harry continuait à désespérer Remus. « Ca ne fait qu'un tout petit mois », se répéta-t-il pour se calmer, « un mois contre quatre ans. »

« Bonjour, petit chat », le salua-t-il en souriant.

« Rem... Remus ? »

« Qui veux-tu que ça soit ? », se moqua gentiment l'adulte.

Harry cherchait maintenant à tâtons ses lunettes, mais sa main fébrile fit tomber le livre de Hagrid avec les lunettes sur le sol - les lunettes flambantes neuves, les plus légères possibles que Remus lui avait fait confectionner à Londres. Se reprochant déjà de ne pas lui avoir donné, le sorcier se précipita trop tard, les lunettes étaient cassées.

« Je...je suis désolé », commença Harry, déjà au bord des larmes.

« Harry, je commence à en avoir assez », l'interrompit Remus, agacé par avance des excuses perpétuelles de son protégé.

Mais ces mots figent enfant dans la crainte, et il leva instinctivement ses bras en protection d'une éventuelle punition.

« Harry, non », soupira Remus, s'invectivant intérieurement pour avoir perdu sa patience. « Non, Harry, non. Arrête d'avoir peur de tout ! De moi, de Linky, personne ne te veut de mal ici. Ce qui est cassé se répare. Tu ne pouvais pas voir sans tes lunettes. Pourquoi voudrais-tu que je sois fâché ?»

En parlant, il ramassa les lunettes et les répara d'un coup de sa baguette magique et les mit sur le nez de l'enfant.

« Franchement Harry », continua-t-il, « ai-je l'air si effrayant ? Je ne suis pas un dragon quand même! »

Après un instant d'hésitation, et une inspection de la réparation, Harry remit ses lunettes et regarda Remus par en dessous :

« Tu n'es pas fâché ? »

« De quoi, grands dieux, serai-je ENCORE fâché ? »

« Je ne sais pas », reconnut l'enfant avec un petit sourire d'excuse.

« Moi, non plus », constata Remus. « Allez, viens me dire bonjour plutôt, non ? »

Harry grimpa sur ses genoux et l'embrassa. Lupin le serra dans ses bras tout en se demandant comment avoir la discussion qu'il avait en tête après ce départ chaotique.

« Harry, est-ce que tu es bien ici ? »

« Ici ? Sur tes genoux ? »

« Non, ici, à Poudlard. »

« Oui, pourquoi ? », demanda l'enfant tout de suite inquiet.

« Tu aimes bien être avec moi ? », continua Remus sans répondre à la première question.

Rendu muet par l'angoisse, Harry hocha la tête avec gravité. Lupin se demanda encore une fois comment continuer : « Merlin que c'est difficile ! »

« Ce que j'ai à te dire est un peu compliqué », commença-t-il, malgré tout. S'il ne le faisait pas aujourd'hui, il ne le ferait sans doute jamais. « Mais si tu aimes bien vivre ici avec moi, tu dois le savoir. Et, je pense que tu es assez grand pour comprendre. » Les yeux d'Harry s'élargirent encore derrière ses lunettes.« Ne t'inquiètes pas comme ça ! Je ne vais ni te renvoyer, ni...rien de ce que tu peux craindre - je ne sais même pas ce que tu peux craindre", affirma Remus, plus ému qu'il n'aurait aimé. Ses émotions devaient impressionner l'enfant. Arrête tes grandes phrases, va droit au but ! "Mon problème est que... je ...suis malade. »

« Tu as de la fièvre ? », s'inquiéta l'enfant.

« Non », répond Remus en souriant plus largement qu'il ne s'y serait attendu. « Enfin pas aujourd'hui.. Mais dans trois jours, je vais être très malade. »

« Comment tu sais ça ? », s'enquit Harry toujours intéressé par les possibilités sans fin ouvertes par la magie.

« Je suis malade tous les mois, au moment de la pleine Lune, depuis que je suis petit », résuma Remus en trouvant presque que, dis comme ça, il n'aurait pas dû se plaindre de son sort. "C'est pour ça qu'on m'appelle Lunard », ajouta-t-il encore peut-être pour alléger l'atmosphère.

Harry ne savait pas quoi répondre. Alors il se tut, se blottissant un peu plus au creux des bras de Remus comme s'il sentait, confusément, que ces paroles annonçaient une séparation.

« Harry, quand je suis malade, je ne peux pas m'occuper de toi », reprit Remus, conscient qu'il devait aller jusqu'au bout. "Quand je suis malade, je me transforme.... en loup-garou », termina-t-il furieux de sentir sa gorge se serrer. Harry avait peut-être toujours peur qu'il le laisse, mais Remus était aussi terrorisé que lui à l'idée de lui faire peur ou de constituer une menace pour l'enfant. Mais Harry ne comprenait pas :

« En quoi ? »

« En une sorte de loup », expliqua Remus en se forçant à garder la voix la plus neutre possible.

« En LOUP ? », demanda Harry avec l'air de penser que maintenant Remus se moquait de lui. Ses yeux verts cherchaient dans le visage de son tuteur ce frémissement annonciateur d'un grand rire, et l'enfant frissonna presque quand il ne rencontra qu'un regard très sérieux et un peu triste.

« Oui, Harry, en loup. Ça ne dure que la nuit de la pleine lune, mais ça me fatigue, le jour précédent et le jour suivant, je dois me reposer. »

« Ah. »

« Tu n'as pas de question ? », demanda Lupin le plus gentiment qu'il put avec l'émotion qui est la sienne.

« Je ne sais pas. »

« C'est normal. tu... tu dois y réfléchir. Tu peux m'en reparler plus tard", affirma Remus, presque bafouillant. Il se força à inspirer plusieurs fois avant de reprendre :" La semaine prochaine, quand je serai malade, Minerva va s'occuper de toi. je serai vite revenu près de toi »

« Mais tu iras où, toi ? »

« Dans un endroit où je ne peux faire de mal à personne », énonça Remus, un peu sèchement peut-être. Harry frissonna de nouveau mais resta contre lui.

« Je... je peux rien faire pour t'aider ? », chuchota-t-il sans le regarder.

Remus le serra contre lui pour répondre :

« Tu peux continuer à être gentil avec Minerva. Je serai vite revenu. Tu sais, j'étais malade bien avant de te connaître et je le serai toute ma vie, Harry. Ne t'inquiète pas, j'ai l'habitude ! », ajouta-t-il un peu amèrement.

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« Vraiment Hagrid, ça ne vous dérange pas ? »

« Non, professeur, non. Et si ça vous rend service, moi ça me fait plaisir ! »

« Je me sens fautive, j'avais promis à Lupin. »

« Allons professeur ! On me l'a bien confié quand il avait 15 mois. Il a presque 6 ans, maintenant ! Et ce n'est que pour une après-midi ! »

« Oui, Hagrid, bien sûr. Si je n'avais pas tout ce travail en retard ! Et puis vous verrez, il est très sage. »

« Oui, même peut-être un peu trop ! »

Minerva lui lance un regard méfiant.

« Vous allez faire quoi avec lui ? »

Hagrid soupire :

« Professeur, faut savoir, si vous me faîtes confiance ! Enfin, si vous voulez savoir, je dois soigner une licorne qui a eu une mise bas difficile, avec toute cette neige ! Et aider M'dame Chourave à aérer les serres. Rien de bien dangereux, si c'est le fond de votre pensée ! Qu'en penses-tu, bonhomme, on va s'en sortir ? »

Harry, qui était resté sagement silencieux aux côtés de Minerva, n'a pu s'empêcher de montrer son intérêt pour les licornes qu'il n'avait pour l'instant vu que dans les livres. Il opine vigoureusement pour montrer son envie de rester avec Hagrid. Le professeur McGonagall finit par quitter la cabane du garde-chasse après moult recommandations.

Le colosse se tourna vers l'enfant, se penchant un peu pour croiser son regard

« Allons, Harry, tu es prêt ? Tu es bien couvert ? Alors, suis moi ! »

Dès les premières enjambées de Hagrid, l'enfant sait qu'il aura beaucoup de mal à le suivre ! Encore plus de mal qu'avec Remus !

« Eh, Monsieur Hagrid, où allons-nous ? »

« Voir les licornes, dans la forêt ! Tu vas adorer le poulain, Harry, je le sais ! Et laisse donc tomber le monsieur !»

« Dans la forêt ? Dans la FORET INTERDITE? ? », questionne Harry à bout de souffle, tant d'inquiétude que parce qu'il doit courir pour suivre le garde-chasse.

« Bien sûr ! où crois-tu que vivent les créatures magiques ? »

« Remus a dit... » - commence Harry

« Que tu ne devais pas y aller ? J'espère bien ! C'est TRES dangereux ! Eh Crocdur, attends-nous ! Harry a du mal à suivre. »

Hagrid attrape son chien pour attendre l'enfant.

« Alors ? » insiste Harry très soucieux à l'idée de désobéir à son tuteur.

« Comment ça 'alors' ? »

« Alors on va y aller quand même ? »

« Bien sûr. Ne t'inquiète pas ! Ton gardien ne veut pas que tu y ailles SEUL - et avec raison - mais il sait qu'avec moi tu ne risques rien. Même le professeur McGonagall le sait.»

Harry ne répond rien, il regarde la sombre forêt qui est encore à plusieurs centaines de mètres d'eux. Il se sent vraiment bien avec Hagrid, mieux qu'avec bien des professeurs. Néanmoins, l'idée du danger reste nouvelle pour lui - ses aventures ont, jusqu'à présent, été surtout domestiques ! Il n'est pas très à l'aise si loin du château. Comme s'il sentait son hésitation, Hagrid reprend :

« Tu sais Harry, nous allons aller dans une partie plutôt sûre de la forêt mais c'est un peu loin. je vais te porter jusque là. »

Joignant le geste à la parole, il charge l'enfant sur ses épaules et repart de son pas lourd mais efficace. La forêt se rapproche très vite maintenant. Harry, qui a repris son souffle, est un peu gêné. Il déteste se sentir une charge de qui que ce soit !

« Hagrid, tu sais, j'aurais pu rester avec Minerva. Elle se sent obliger de jouer avec moi tout le temps mais je peux jouer seul ! Quand Remus travaille, il me laisse jouer dans son bureau. Je ne fais pas de bruit. Je ne le dérange pas ! »

« Tout le monde a bien vu, Harry, que tu aimes beaucoup le professeur Lupin et que tu es très gentil avec lui. Mais, le professeur McGonagall voulait bien faire. Et puis tu es mieux là, non ? »

« Si », reconnaît Harry, « je ne suis jamais allé dans la forêt. »

Bientôt la lisière a disparu, et Harry se demande bien comment Hagrid, qui avance en sifflotant, se repère. Ils arrivent bientôt dans une clairière. Hagrid le dépose doucement sur le sol :

« Bon, elles ne doivent pas être loin, mais elles sont très timides. Je vais aller à leur recherche. Toi, tu restes là avec Crocdur, d'accord ? »

« Oui, Hagrid. »

Le garde-chasse revient bientôt avec une licorne chancelante, son poil argenté est terne. A ses côtés, un poulain doré avance, en lui donnant des petits coups de naseaux comme pour l'encourager. Hagrid l'appelle :

« Viens Harry, mais très doucement surtout. Voilà, c'est bien, donne-lui ta main à sentir. Voilà, maintenant approche toi du petit. Attire-le avec cette carotte, allez jouer tous les deux. Moi, je m'occupe de la mère. vous restez dans la clairière, hein, sinon le professeur McGonagall et le professeur Lupin vont m'arracher les yeux ! »

Harry joue un moment avant le poulain. Quand celui-ci revient s'allonger contre sa mère, l'enfant le suit. Alors qu'il observe les soins qu'Hagrid prodigue, une batterie de questions le hante. Ce ne sont pas des questions nouvelles mais l'accumulation de petites interrogations qu'Harry a accumulé depuis son arrivée à Poudlard sans oser les poser. « Pourquoi ne pas les essayer sur cet adulte là ? » se dit-il :

« Dis Hagrid, tu es un professeur ? »

« Non, Harry, non. »

« Mais... tu as été étudiant ici ? », questionne-t-il encore parce qu'il a bien compris maintenant que quasiment tout le monde a été élève à Poudlard avant d'y enseigner. Même les fantômes et les personnages sur les tableaux !

« Oui, Harry », confirme Hagrid sans surprise.

« Ah. Avec Remus et mes parents ? »

« Peu de temps avant. J'étais déjà garde-chasse quand ils étaient à Poudlard. »

« Alors tu le connais depuis longtemps, Remus. Pourquoi tu l'appelles toujours « professeur » ? »

« C'est son titre non ? Et puis, nous n'avons pas jamais été amis. »

« Vous ne vous aimez pas ? », s'inquiète maintenant Harry, parce qu'il y a ce sombre Severus avec qui Remus a parfois des conversations tendues.

« Si, je crois que si. En tout cas, moi, je l'aime bien. Mais j'étais le garde-chasse et, eux, les Maraudeurs ! Moi je devais aider à maintenir la discipline et eux faisaient tout pour y échapper. »

Il y a trop d'informations dans la réponse de Hagrid, Harry ne sait pas vraiment par quoi commencer.

« Les mar'deurs ? »

« Oui ton père, Remus, Peter et Sirius. »

Peter ? Sirius ? Voilà des noms que Harry ne connaît pas. Il sent aussi qu'il ne doit pas trop insister. Mais, l'enfant a d'autres questions :

« Et Remus, c'était déjà un loup-ga'ou ? »

« Tu veux dire un loup-gaRou, Harry ? », questionne lentement Hagrid qui a arrêté de bander le flanc de la licorne en entendant la question.

« Oui, c'est ça ! », confirme l'enfant, ravi d'avoir retenu le bon mot.

« C'est lui qui t'en as parlé ? », enquête le garde-chasse un peu gêné.

« Oui », confirme Harry sans vraiment se rendre compte de l'inconfort de son interlocuteur.

« C'est un homme courageux, ton tuteur, tu sais, Harry. Il s'est battu pour toi, il s'est toujours battu », constate Hagrid après un court instant de réflexion.

Visiblement le garde-chasse admire Remus, comprend l'enfant sans trop comprendre le pourquoi de cette admiration. Il sent encore qu'il vaut mieux changer de sujet :

« Est-ce que ça lui fait mal ? »

« Quoi ? »

« De se transformer ? »

« Je ne sais pas, Harry, je n'en sais fichtre rien", regrette ouvertement Hagrid. "Je sais seulement que le professeur Rogue lui prépare une potion pour l'aider, donc je pense que ce n'est pas très agréable. »

Harry sait que le professeur Rogue est ce Severus qui vient parfois le soir travailler avec Remus dans le salon. Quand il arrive, Lunard ferme la porte de sa chambre, mais Harry sait quand même que leurs conversations sont tendues comme s'ils se forçaient à faire des choses ensemble. Il a aussi découvert la potion pimentine avec son premier rhume et il est prêt à témoigner qu'on ne prend pas de potions pour son plaisir. Toutes ces informations contradictoires le plongent dans des pensées un peu circulaires. Il caresse le poulain licorne qui s'est endormi entre sa mère et lui. Il regarde Hagrid qui masse la licorne avec des huiles mystérieuses. Il aimerait vraiment que Remus soit là pour répondre à toutes les questions qui se bousculent dans sa tête. Osera-t-il les poser ce soir quand il reviendra ?

« Tu sais quand il revient ? », finit-il par demander.

« Qui, Harry, qui ? » demande Hagrid qui lui aussi était plongé dans ses propres réflexions.

« Lun', enfin Remus », précise Harry qui se souvient juste à temps de la demande de son tuteur : « Tu sais, Harry, je préfère que tu m'appelles Remus devant les autres. Comment t'expliquer ? Lunard, c'est un nom secret, que seuls mes amis les plus proches connaissent, et je préfèrerai que ça reste comme cela ».

« Ah », réfléchit Hagrid. « Je ne sais pas, Harry. La pleine lune est ce soir... Sans doute pas avant as demandé au professeur McGonagall ? »

« Euh, non », reconnaît Harry.

« Tu verras bien. Bon, j'ai fini. On va les laisser tranquille. Il est tard déjà, on ne pourra pas aider le professeur Chourave aujourd'hui. je le ferai demain. On va aller boire une tasse de chocolat chez moi, qu'en dis- tu ? »

Les licornes les regardèrent disparaître dans les fourrés. La forêt bruit de cette chose incroyables : l'enfant des maraudeurs était à Poudlard.

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Remus ouvrit les yeux en sursaut. « Où suis-je ? » Il n'est plus dans les caves du château, le plafond est blanc, il est dans un endroit chaud et confortable. Un lit ! Il lève doucement sa main dans la pénombre : elle n'a plus aucun poil, ni aucune griffe. C'est une main, et non une patte de loup. Il est redevenu lui-même.

Remus soupire de soulagement. Malgré les années, il porte toujours cette crainte en lui, qu'une fois il restera un loup. Mais qu'est-ce qui a pu le réveiller ? Le matin ? Il se sent encore très fatigué. Il perçoit alors une présence dans la pièce. Il se tourne brusquement - trop brusquement, évidemment ! - et voit Harry battre ne fois de plus retraite. Pour une fois qu'il avait fait le premier pas !

« Non, Harry, Reste ! S'il te plaît, reste ». Il désigne en tapotant une place à côté de lui. L'enfant s'approche lentement mais finit pas se lover contre lui en murmurant

« Bonjour Remus. je. je suis si content que tu sois là ! »

Lupin le serre contre lui. Les mots restent coincés dans sa gorge par l'émotion.

« Moi aussi Harry. je suis content de te retrouver. Qu'as-tu fait pendant ces trois jours ? »

« Je suis resté avec Minerva qui m'a lu des tonnes d'histoires. Et on a joué aux cartes aussi. et aux puzzles L'après-midi, elle avait trop de travail et je suis allé avec Hagrid. on a soigné des licornes dans ... »

Comme il n'ose continuer, Remus sourit et complète :

« ...dans la Forêt magique. Je suis content que tu y sois allé avec Hagrid. »

« Mais il ne faut pas y aller seul, hein, Remus ? »

« Non, Harry, confirme Remus. " Hagrid te l'a dit ? »

« Oui, il a dit c'est TRES dangereux tout seul »

« Il a raison. »

« Ah », ponctua Harry, l'air clairement dubitatif.

« C'est quoi ce 'ah' ? » , questionne Remus, un peu amusé par la réaction du petit garçon.

« Ca n'avait pas l'air dangereux », reconnait l'enfant, allant même jusqu'à hausser les épaules.

« Parce que tu étais avec lui ! », s'écrie Remus, un peu inquiet de le voir prendre ses avertissements à la légère. D'habitude, Harry était l'obéissance même, s'arrêtant immédiatement au premier 'non'. Remus s'attendait à ce que ça change avec le temps ; il l'espérait même. Mais il aurait préféré que la première infraction du petit garçon n'ait rien à voir avec la Forêt interdite.

« Ah », répète Harry, toujours peu convaincu, et Remus se demande s'il doit insister. Mais l'enfant, pris dans ses propres raisonnement, change totalement de sujet : « Hagrid m'a aussi dit que quand tu étais petit, tu faisais plein de bêtises avec les Mar, les Mar.. ».

« Les Maraudeurs ? », interroge Remus avec une nouvelle inquiétude : il n'a pour l'instant parlé que de Lily et James, montré des photos, raconté des histoires gaies et simples. Il a parlé de leur engagement à tous - à tous ? oui pour l'instant à tous - contre Voldemort. S'il savait qu'il devrait un jour parler de Sirius et Peter, il voulait que Harry soit un peu plus grand. Il n'y avait pas de raison d'en vouloir à Hagrid, il était impossible d'espérer élever Harry dans une bulle où il pourrait contrôler toutes les informations qui parviendraient à l'enfant qui confirmait, a priori ravi :

« Oui, c'est ça ! »

« Et il t'a dit quoi d'autres ?» , s'enquiert Remus en préparant sa défense.

« Rien», répond Harry, en haussant de nouveau les épaules. «Que vous faisiez des bêtises. C'est vrai ? »

« C'est assez vrai », reconnaît Remus en souriant, après tout il n'y avait pas de raison de cacher cela. « Enfin, surtout au début, quand nous étions très jeunes. Après, même quand on essayait de bien faire, on nous rendait toujours responsables de tout », ajouta-t-il plus pour lui même.

« C'est pas juste ! », s'insurge l'enfant l'air réellement en colère, peut-être parce que ça lui rappelle l'injustice de son oncle et sa tante envers lui.

« Je ne sais pas, Harry. On peut les comprendre, tu sais : on n'y était quand même souvent pour quelque chose ! », concède Remus en riant. L'enfant prend le temps de digérer cette nuance avant de reprendre ses questions :

« Et il a dit qu'il y avait mon père, toi et deux autres ? »

« Peter et Sirius ? », soupire cette fois Remus. On y était. Plus tôt qu'il ne l'avait prévu mais sans doute était-ce impossible d'espérer retarder trop ce moment. « OK. Sirius était le meilleur ami de ton père, James. C'était le plus grand faiseur de blague que je n'ai jamais connu. Il n'avait peur de rien. C'était aussi ton parrain », explique-t-il sans trop savoir si sa présentation est suffisamment équilibrée.

« Etait ? », relève Harry dont les yeux ont brillé à la présentation de Sirius. Peut-être aurais-je dû être plus partial, s'interroge Remus. Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à simplement le haïr ?

« Il est en prison aujourd'hui, Harry» , il répond finalement, presque à regret. « A Azkaban. Il n'en sortira pas. »

« Pourquoi ? »

Évidemment, songe Remus en détournant les yeux pour composer sa réponse. Comment l'enfant n'aurait-il pas posé la question ? Est-ce qu'il ne passait pas son temps à l'inciter à poser des questions ? Et quelle autre question aurait-il pu poser ?

« Harry », commence-t-il assez sérieusement quand il se retourne. Comme à chaque fois qu'il prend un ton moins léger, l'enfant en face de lui se fige plus qu'il ne l'aurait souhaité. « Je sais que ça ne va pas te plaire comme réponse. Mais je te promets de te parler un jour de Peter et Sirius : de comment Peter est mort, de pourquoi Sirius est en prison. C'est une histoire triste, très triste. Et pour l'instant, c'est mieux que je la porte seul, OK ? »

Une certaine déception apparaît sur le visage de Harry mais il n'ose visiblement pas insister. Et si Remus en est un peu soulagé, une partie de lui ne peut pas ne pas regretter que l'enfant ait encore un peu trop peur de lui pour l'interroger davantage. Il est d'autant plus désarçonné quand l'enfant se risque finalement à lui demander de sa petite voix timide :

« C'est à eux que tu penses quand, des fois, tu as l'air triste ? »

Remus doit déglutir plusieurs fois avant de se sentir capable de répondre.

« A eux et à tes parents» , reconnaît-il avec une voix un peu étranglée qui lui déplaît : Harry avait besoin de se construire un avenir pas de ressasser avec lui un passé remontant à avant sa naissance. « Mais ça suffit comme ça ! » Il se jette sur lui en le chatouillant et en affirmant : « Je suis un loup qui a très faim de bisous ! »

Le rire de Harry criant grâce sous les chatouilles de Remus éloigne alors tous les fantômes qui s'étaient réunis autour d'eux, mieux que la lumière du soleil.

« Tu te rends ? Alors, allons déjeuner ! »

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Version revue en novembre 2009 grâce à Dina et Thalys.

Les pleines lunes : 16 décembre 1986, 15 janvier 1987