Un grand merci à LAurore, Sweetylove30, filament-de-lune, mymy (c'est ta review qui m'a dechiré les yeux!)

Filament-de-lune, merci de me détester ! Comme dit l'autre « détestez-moi, je n'en prends pas ombrage ! »… Sérieusement, c'est un compliment… cela veut dire que tu t'es attachée un peu… Donc, prépare-toi à me haïr… "Vivement la suite"? Venant de la mythique filament-de-lune, créatrice des scènes coupées... C'est un honneur (aucune ironie là derrière, je t'assure)!

Allez on passe la cinquième pour les 100 derniers mètres... Bon, vous connaissez mon goût pour les fins douce-amères, hein... En même temps... vous n'êtes pas arrivés là pour ne pas connaître la fin... Mais, je vous aurez prévenus...

Enjoy!


La porte de chez Cho était grande ouverte.

On entendait Be my baby à l'intérieur encore et toujours.

Rita ou Doyle, ils ne le surent pas, avait raccroché au moment où ils quittaient l'immeuble des Pimpleton.

So won't you say you love me
I'll make you so proud of me
We'll make 'em turn their heads

Lisbon ne put retenir Cho.

Il entra la tête la première, peut-être précédé par son arme. Ils le suivirent, sans trop réfléchir eux non plus.

Rita était sur le canapé.

Les yeux grands ouverts.

Nue, une plaie béante à la gorge.

Il y eut un râle et un hurlement informe sortit de la bouche de Cho qui tomba à genoux au milieu du salon.

Puis, tous virent Doyle Pimpleton, debout près de la fenêtre ouverte. Des raies et des éclaboussures de sang maculaient son torse nu et sa bouche. Il souriait, l'air ailleurs.

(Be my be my baby) Be my little baby
(I want it only say) Say you'll be my darling
(Be my be my baby) Be my baby now

Cho se releva et tendit son arme vers lui.

Une vague de colère l'avait submergé. Il allait le buter sur place.

Il cligna des yeux comme pour les nettoyer de la vision d'horreur qui habitait son canapé.

Pimpleton le regardait en fredonnant la chanson.

- Cho ? Fit Lisbon… Pas de bêtise… il est à nous…

Cho dessertit la sécurité de son pistolet.

- Kimball… reprit Rigsby… Déconne pas…

Des larmes coulaient sur le visage de Cho. Ses deux mains enserraient l'arme et pourtant, elle tremblait.

- Cho, dit Jane… s'il vous plaît… Je sais que c'est dur… Mais ne faites pas l'erreur que j'ai faillit faire… s'il vous plaît… Pas vous...

Pimpleton marmonnait les paroles de la chanson en oscillant de gauche à droite.

Cho hésita quelques instants puis baissa légèrement son arme.

Doyle, en un éclair, enjamba la fenêtre et disparut à l'extérieur, immédiatement poursuivi par l'équipe du CBI.

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Pimpleton s'engagea dans la rue à toute vitesse, sans regarder, sans prendre gare.

Tout se passa si vite que personne ne sut s'il avait entendu le bruit d'abord, après, ou pendant le choc.

Il y eut d'abord un bruit sourd presque liquide, un craquement cristallin, long et glacial puis un « stump » lourd.

L'équipe regarda la scène comme au cinéma, mieux, comme un dvd qui passerait au ralenti, image par image.

La voiture ne vit pas Pimpleton débouler devant elle. Elle ne freina pas ou alors seulement quelques mètres plus loin.

Les jambes furent emportées en premier, comme si elles allaient être détachées du buste puis, dans la violence de la collision, elles entamèrent un grand cercle vers le ciel, à faire pâlir un gymnaste. Le tronc de Doyle, lui, restait fixe, comme amarré à un support, jouant les pivots.

C'était une poupée de chiffon jetée en l'air, inerte, les membres dansant dans l'espace sans plus aucune logique interne, indépendants les uns des autres, vivants leur vie.

La tête vint se fracasser contre le pare-brise dans un « crac » vitreux et il s'étoila immédiatement, le rendant opaque.

Puis le corps entier, emporté par les lois de la gravité, glissa et coulissa sur le toit de la voiture pour finalement s'enrouler sur lui-même, les bras comme les manches d'une camisole de force.

Le corps vint s'écraser sourdement contre le bitume et Pimpleton ne bougea plus.

Le film était fini, la vie reprit son cours.

Cho fut le premier à s'élancer suivit de Jane, de Rigsby puis, enfin, de Lisbon qui décrocha son portable pour appeler les secours. Ca commençait à la fatiguer sérieusement.

Au milieu de la rue, à leur pied, Pimpleton gisait, les yeux ouverts, le crâne enfoncé, un filet de sang s'échappant du nez. Le bout de sa langue sortait de la bouche comme une invitation indécente.

Lisbon se pencha sur le corps et posa deux doigts à la carotide. Elle regarda Pimpleton dans les pupilles qui commençaient à se dilater.

- Tu l'as bien mérité, mon salaud. Souffla-t-elle.

Il était mort.

Cho serrait la mâchoire, muet. La haine remplissait ses veines et nourrissait un feu brûlant dans son cerveau. Il eut la tentation de vider son pistolet dans le corps inerte de Pimpleton, de lui mettre des coups de pieds au visage… de faire quelque chose, lui, pour venger la mort de Rita. Ne pas laisser un « accident » faire le sale boulot, faire justice. Mais le flic qui vivait en lui le retint par l'épaule. Il avait déjà prêché l'inutilité de la vengeance auprès de Jane lorsque, traquant Red John, ils en avaient parlé à quelques rares occasions. Il ne pouvait pas prêcher un précepte qu'il ne suivrait pas. Maintenant, pourtant, il comprenait Jane, il comprenait ce qu'il avait ressenti, il comprenait les envies de meurtre qui avaient animé le mentaliste pendant toutes ces années. Et il se demanda comment Jane avait pu survivre à la douleur. De nouvelles larmes coulèrent sur ses joues.

Lisbon éprouva un étrange apaisement, comme lorsqu'elle se réveillait d'un cauchemar et qu'elle se rendait compte que « tout allait bien », qu'elle était en sécurité dans son lit. La boule d'angoisse qui avait grandi au creux de son estomac s'évanouit avec la même rapidité qu'elle était apparue quand elle avait ouvert le colis, à peine 24 heures plus tôt.

Une éternité.

Et entre-temps ? Tellement de mal inutile, de vies sacrifiées.

Pimpleton emportait ses réponses dans la tombe. Un gâchis de plus.

L'affaire était bouclée.

Pouvaient-ils s'en réjouir ?

Ils auraient aimé, mais un goût amer leur restait au fond de la gorge, l'amertume des blessures qui ne se refermeront jamais.

Cho demanda à Lisbon un congé immédiat. Il avait besoin de temps. Il lui enverrait son rapport par mail, ou il passerait au CBI. Il avait juste besoin d'un peu de temps.

Lorsque Lisbon le regarda dans les yeux, elle ne vit rien. Le vide. Elle connaissait ce regard. Cho ressemblait maintenant au Jane « d'avant ». Elle hésita mais elle déposa quand même une bise sur la joue de son collègue après avoir essuyé les larmes qui descendaient sur ses joues.

- Prenez votre temps, Cho… prenez votre temps… lui dit-elle avant de repartir vers l'appartement.

Rigsby tapota l'épaule de son ami. Que dire de plus ? Il se connaissaient, il savait qu'il pouvait lui parler. Mais pas maintenant.

- Appelle-moi, se contenta Rigsby. Puis il rejoignit Lisbon.

Lorsque l'adrénaline se retira, une sorte d'hébétude s'immisça en Jane. Il resta là, prostré, dans l'impossibilité de se mouvoir, regardant le corps de Pimpleton, alors qu'au loin, une ambulance se frayait un chemin jusqu'à eux. Il finit par porter ses yeux sur Cho qui, comme lui, n'avait pas bougé.

- Kimball… Je…

- C'est bon, Jane… Je sais… Il faudra qu'on parle… J'aurai besoin d'une personne qui me comprend… Plus tard peut-être…

- Quand vous voulez, Cho… je suis là…

Jane put enfin lever un pied. Il fit demi-tour et avant de s'éloigner, il souffla.

- Cho… ne faites pas comme moi… ne vous laissez pas bouffer par la haine et la culpabilité… vous avez des amis… Vous valez mieux que moi…

Cho lui jeta un regard étrange en dodelinant de la tête, comme si Jane avait prononcé une formule druidique, comme si, entre eux, un nouveau langage s'était créé, un nouveau lien qu'eux seuls partageaient.

Jane rejoignit Lisbon qui l'attendait à l'écart. Lorsqu'il fut auprès d'elle, il la prit dans ses bras, ne sachant pas trop qui des deux en avait véritablement le plus besoin.

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Lisbon donna des instructions aux policiers qui attendaient dans l'appartement de Cho.

On avait recouvert le corps de Rita d'un drap où, par endroit, des tâches rouge sang apparaissaient. Lisbon fit le nécessaire pour que tout aille vite, que Cho puisse au moins récupérer quelques affaires dans la soirée au cas où il ne voudrait pas rester chez lui.

Elle lui devait au moins ça.

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Lorsqu'ils fouillèrent le petit appartement des Pimpleton, au fond, dans la chambre de Doyle, ils découvrirent un placard réaménagé en ex-voto dédié à Lisbon : des coupures de presse, des articles imprimés d'internet, des photos volées, on y découvrit même une brosse avec des cheveux que Lisbon avait jetée plusieurs semaines auparavant…

Cela lui fit froid dans le dos, elle détestait quand la réalité finissait par ressembler à Hollywood.

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Tout cela porta leur retour au CBI en début d'après-midi.

Lorsqu'ils arrivèrent à leur étage, beaucoup de leurs collègues vinrent vers eux demander comment Cho s'en sortait.

Il a besoin de quelque chose ?

Dites-lui qu'il peut compter sur nous !

C'est moche !

Cho aurait dû le buter, ce salopard !

Passez-lui nos amitiés !

Une certaine cohésion qui leur fit chaud au cœur.

Van Pelt les attendait à son bureau. Le visage fatigué, elle buvait un thé. Ils se dépêchèrent de l'interroger sur la matinée.

En espérant qu'un seul malheur suffirait pour la journée.

- Alors ? Fit Risgby.

- Alors, je sais pas… répondit Van Pelt… Ils m'ont interrogée… puis, au bout de deux heures un type a glissé un dossier à Bonnefeuille qui m'a relâchée immédiatement… Et là, ça fait une demi-heure qu'il discute avec Hightower… Je crois que vous avez une copie sur votre bureau, patron…

Lisbon s'y précipita.

Van Pelt se tourna vers Jane.

- Et Cho ? La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre…

Jane eut un sourire triste.

- Ca va être dur… cela sera long mais Cho est solide… il ne se laissera pas aller…

Van Pelt hocha la tête, elle semblait pensive tout à coup.

- On ne sait jamais vraiment à quel point on apprécie les gens jusqu'à ce qu'il leur arrive une tuile… tout le monde, ici, a été extra… Cho est populaire...

Lisbon revint, un dossier entre les mains.

- C'est le dossier préliminaire du légiste sur le corps du… de la victime…

- Et les résultats ? Demanda Rigsby.

- Attendez…

Lisbon parcourut rapidement les différentes pages jusqu'au moment où, arrivant à la conclusion, un sourire naquit sur ses lèvres.

- Le légiste a relevé un taux anormal d'une drogue synthétique qui décuple l'agressivité mais conduit une fois sur deux à la mort et… elle suivit les lignes de son doigt… ainsi qu'une déformation congénitale pouvant…

- Traduction ? Fit Jane

Lisbon regarda le groupe.

- Le légiste conclut à un doute raisonnable sur l'impact du coup porté par Van Pelt dans la mort du jeune homme… en d'autres termes vous êtes innocentée par des preuves matérielles !

Van Pelt, si elle se savait encore entre les mains de l'IGS, avait du mal à tenir en place. Rigsby lui caressa le dos en guise de félicitation et Jane lui montra les pouces.

Puis des éclats de voix indistincts surgirent de chez Hightower. Les stores n'avaient pas été tirés et on voyait Bonnefeuille s'agiter dans le bureau, montrant Madeleine du doigt qui lui fit signe de sortir.

Bonnefeuille claqua la porte et traversa d'un pas décidé le couloir du CBI en direction de Van Pelt qui se leva de son siège.

Arrivé devant elle, les yeux assassins, il prononça seulement quelques mots.

- Mademoiselle Van Pelt… A la lumière de votre témoignage, ainsi que des faits nouveaux et indiscutables, l'IGS vous blanchit de tout soupçon et vous rétablit officiellement dans vos fonctions à compter de cet instant. Vous pouvez passer chez votre supérieur, Madeleine Hightower, récupérer votre badge et votre arme.

Il jeta un regard circulaire et se dirigea vers l'ascenseur alors que Van Pelt courait chez Hightower.

Quelqu'un dans l'assistance applaudit et tous les agents reprirent en cœur. Il n'était pas clair si le tonnerre de bravos accompagnait la réinstallation de Van Pelt ou le départ de Bonnefeuille. Il quitta le CBI la tête basse et les mains vides.

Lisbon s'était glissée près de Jane et regardait l'agent de l'IGS partir. Elle murmurra.

- C'est des craques…

- Quoi ? Fit Jane, faussement surpris.

- Leur dispute…

Jane savait bien que Hightower avait dû donner le change à ses agents. Lisbon le regarda en plissant légèrement les yeux comme si elle essayait de lire en lui.

- Ouai… c'est des craques… ils sortent ensemble… Elle ne veut pas que cela se sache… C'est tout… Lisbon fit une pause puis, comme si une idée lui était venue… C'est ça que tu as découvert et négocié cette nuit, avec elle… tu te tais si elle nous laisse tranquille...

- Mais j'ai rien négocié du tout, moi… fit Jane

- C'est ça, c'est ça... A d'autres… J'ai vachement besoin qu'on me prenne pour une truffe aujourd'hui... dit-elle sans agressivité en s'éloignant.

Jane la rattrapa par le bras.

- Térésa... Je... Cho... Il faudra être patiente avec lui...

- Je sais, Patrick... Je sais...

Jane allait dire quelque chose sur l'importance d'un bon entourage et le rôle capital qu'elle avait eu pour lui puis, quand il ouvrit la bouche, il s'entendit dire.

- Tu es très belle...

Elle lui sourit et elle retourna dans son bureau.

Elle s'assit à sa table et souffla. Le poids de la fatigue se faisait méchamment ressentir.

Une foultitude de paperasserie l'attendait pourtant.

Trois personnes étaient mortes : les deux Pimpleton et Rita. Et on n'apporterait aucune réponse.

Bien sûr, des experts et des contre-experts viendraient expliquer que Doyle avait été violenté pendant son enfance, voire pire, que quelque chose "n'allait pas"... En attendant, ce que Lisbon voyait, c'est qu'il y avait eu trois morts pour rien.

Parfois, tout simplement, son boulot la faisait gerber.

Elle décrocha le téléphone et composa un numéro. Elle tomba sur une boite vocale.

- Cho ? C'est Lisbon… Rappelez-moi… on a à parler… S'il vous plaît...

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Lorsqu'il en eut l'autorisation, Cho retourna chez lui en fin de journée.

Il arracha la bande jaune qui barrait le passage et fit sauter le scellé que la police avait déposé sur la porte.

Habituellement, il était de « l'autre côté », de celui qui pose la bande. Et là, ce n'était absolument pas agréable comme expérience.

Il rentra dans le salon et essaya de ne pas regarder le canapé. Il finit malgré tout par y poser les yeux dessus et une énorme tâche de sang dessinait grossièrement la silhouette de Rita. Sur la table basse, à côté du divan, elle avait déposé le trousseau de clés qu'il lui avait offert. Son cœur lui sembla se déchirer un peu plus.

Il se frotta les yeux qui commençaient à lui piquer puis alla dans la chambre.

Le lit défait portait encore les traces de leur dernière étreinte, les vêtements de Rita étaient pliés sur une chaise. Il détourna la tête.

Il enferma son arme et son badge dans le coffre-fort qu'il avait au fond d'un placard.

Il attrapa un sac de sport qu'il remplit de divers vêtements puis décrocha son téléphone.

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Lorsqu'il monta dans le taxi, le chauffeur se retourna sur lui.

- Alors ? On va où ?

- A l'aéroport, s'il vous plait…

La voiture prit la route.

- Aaahh, des vacances, hein ?

- Si on veut…

- Et vous allez où comme ça ?

- Je ne sais pas…

FIN