Chapitre 10 : Nouvelles perspectives.

POV Neutre

La forêt devenait nettement plus clairsemée, laissant la petite compagnie passer avec plus d'aisance. Le soleil brillait haut dans le ciel, répandant ses rayons chaleureux par les trouées du feuillage. Mais pour ceux qui avançaient en contrebas, l'atmosphère était glacée. En tête avançait le Garde des Ombres elfes, suivit de près du Qunari. Un peu en arrière marchait le mort-vivant, encadré par Zévran et Morrigan. Alistair et Leliana fermaient la marche. Le silence était total, chacun se concentrant dans l'avancée. Les paroles étaient inutiles, la plupart des mots ayant été prononcés il y a plusieurs nuits. Depuis, Sirion s'étaient une fois de plus enfermé dans le mutisme. Bien qu'il ait encore beaucoup à raconter, il n'avait pas la force de remonter les souvenirs encore une fois. Se contentant de suivre, ignorant toute tentative d'engager la conversation. Une piste s'ouvrit. La route apparaissait clairement à présent. Bientôt, ils allaient repasser à proximité du fleuve Drakon, le suivre puis s'en séparer par le nord afin d'éviter la proximité de Lothering, avant de rejoindre le Cercle près du lac Calenhad. Une route bien longue, mais ils avaient déjà accomplis au moins autant.

POV Alistair

La marche s'arrêta lorsque l'estomac de chacun ne pouvait plus supporter davantage de temps passé vide, et que les jambes martyrisés par le rythme infernal crièrent grâce au même moment. Alistair se traîna presque jusqu'à Sirion, qui ouvrit sa sacoche en silence. La boîte sans fond. Qui aurait crû qu'elle pouvait également stocker de la nourriture, et que celle-ci se conserverait indéfiniment.

- Vous croyez que les mages du Cercle pourront recréer cet objet ? Demanda t-il avec gourmandise. Plus de pain rassis, de fromage moisis.

- Plus de gâteaux sec. Lâcha Sten de sa voix bourrue.

Cette réponse arracha un rire cristallin à Leliana, qui s'empressa de rebondir dessus.

- Vous aimez les chats et les gâteaux. Vous êtes gros nounours !

- Ne m'appelez pas comme ça.

- Nounours !

Le rire devint général, réchauffant l'ambiance et permettant à Alistair d'apprécier avec davantage d'entrain sa tranche de viande sur du pain. Lorsqu'il sortis cependant une beau morceau de fromage à la forte odeurs, des sourcils se froncèrent.

- Alistair, jetez ce cadavre purulent avant que je ne m'en charge moi-même. Ordonna Morrigan avec une moue dégoûtée.

- Cadavre purulent ? C'est un authentique fromage féreldien, avec un goût et une odeur unique !

- Je suis désolé de vous le dire Alistair, mais l'odeur est infecte. Affirma Léliana qui se bouchait le nez.

- N'essayez pas de chercher du support de mon côté, une senteur pareille ne peut que repousser les femmes que je cherche à séduire.

Zévran s'était reculé plusieurs mètres en arrière avant de jeter sa bombe verbale, un sourire narquois peint sur son visage. Le Garde des Ombres tenta vainement de chercher un soutien chez son camarade elfe… Qui avait déjà bouché son nez avec des feuilles.

- Il est délicieux, pourtant.

Alistair resta interdit devant la prise de parole de la dernière personne qu'il escomptait entendre. Sirion, une tranche de pain abondamment garnie de fromage à la main, semblait particulièrement en apprécier la dégustation. La simple idée que quelqu'un d'autre prenne sa défense était néanmoins… Tempérée par l'idée qu'un mort soit du même avis que lui.

- Il semblerait qu'il y ait bel et bel des choses qui restent mortes chez vous. Personne de vivant et sain d'esprit ne peut aimer cette chose. Trancha Morrigan.

- Le goût est fort. Il me rappelle que je suis en vie. Expliqua simplement Sirion, qui prenait de petites bouchées.

- Çà a du sens. Admit la barde, songeuse. Mais vous aimez pourtant ce qui a moins de goût, n'est-ce pas ?

- Surtout la viande. Ça m'a manqué pendant si longtemps. . Avoua t-il en finissant son repas.

- Vous ne pouviez jamais chasser en Lordran ? N'y avait-il pas d'animaux, de loups, de cerfs ? Demanda Thorn, dont les feuilles placées dans les narines avaient disparu avec une vitesse impressionnante.

- Il n'y avait plus rien de tel à Lordran. Les seuls animaux restant sont rongés par les maladies, la chair si toxique qu'en manger est une mort certaine.

- Mon ami, vous devez venir à Antiva. Vous y découvrirez des délices gastronomiques si variés qu'une dizaine de vie ne vous suffirait pas à les compter.

- Et aussi la meilleure guilde d'assassin de Thédas, tellement prête à rendre service que ses assassins se rallieront à vous s'ils échouent à vous tuer.

La pique de Thorn sembla porter un coup presque physique à l'assassin, qui se lamenta sur l'incompréhension que suscitait un métier aussi difficile, un jeu d'acteur si exagéré qu'Alistair manqua s'étouffer de rire. Oui, la journée était belle, et à présent il faisait chaud.

- Si vous voulez, je peux partager mon expérience au combat avec vous.

Alistait manqua recracher sa bouchée. Sirion venait de leur proposer… Quoi ? Il avala sa dernière bouchée avant de protester, touché dans son orgueil.

- Vous n'êtes pas sérieux. Nous sommes déjà des guerriers accomplis, et vous pensez pouvoir nous donner des leçons ?

- C'est une autre manière de vous montrer ma gratitude. Fit le chevalier en se levant du sol, l'énorme espadon et bouclier dans son dos attirant d'un seul coups le regard d'Alistair.

- Je vous vois venir, moi, avec votre épée géante...

A peine quelque minutes plus tard et malgré les protestations outrées d'Alistair, la pause se transforma en démonstration martiale. La garde échut au tirage au sort à Morrigan, qui grogna qu'elle n'appréciait de toute façon guère « les démonstrations de muscles et de stupidité » avant de s'installer plus loin avec le Mabari, yeux et oreilles aux aguets. Alistair se retrouva, épée et bouclier en main, face à Sirion qui n'avait gardé que son armure et une épée courte. L'arme était simple mais de bonne facture, de forme pratiquement identique à celle du Garde. Le combat semblait donc avantageux, mais Alistair s'obligea à se concentrer. Son adversaire n'avait pas pris la peine de se mettre en garde. Son épée était pointée vers le sol, les bras détendus. Était-ce une feinte, ou bien prenait t-il son adversaire à la légère ? Il allait voir de quel bois un Garde des Ombres se chauffait. Du bois d'engeance, tout les matins d'hiver.

Il se lança à l'assaut. Le bouclier près du corps, Alistair feinta, faisant mine de se fendre avant d'assener un revers de bouclier cinglant… Son coups fut brutalement dévié sur le côté par l'épée de son adversaire. Le poignet de son bras d'épée fut au même moment saisit et tiré. Il bascula en avant que quelque chose d'incroyablement dur ne s'écrase contre son plastron, lui coupant le souffle. Un nouvel impact le rejeta en arrière et il tomba sur le dos, étourdi. Reprenant son souffle, il s'assit sur son séant pour découvrir Sirion ramassant son épée, impassible. Baissant les yeux, il vit les deux traces d'impact sur son armure, l'acier malmené. Il ne comprenait pas.

- Pourquoi avoir lâché votre épée ?

- Si je l'avais gardé en main, je vous aurais percé le cœur.

La certitude qui filtrait dans la voix du chevalier fit frissonner Alistair. La scène repassa dans sa tête. La parade parfaitement exécuté, la riposte. Il baissa les yeux. Son plastron était légèrement enfoncé en deux endroits, des marques de poings surmonté de gantelets. Ce qu'aurait fait l'épée...

- Je crois que vous pourriez sans peine devenir maître d'arme royal. Souffla t-il avec admiration devant la démonstration.

- Un beau mouvement. Apprécia Zévran. Vous l'avez rendu impuissant tout en assurant un coups meurtrier, en un instant. Il faut des années d'entraînements avec un expert pour obtenir une telle technique, où l'avez vous apprise ?

- Autodidacte. A force de mourir en échouant, on finit par réussir à tout les coups...

Le silence se fit, mais fut brisé rapidement lorsque le chevalier reprit la parole, relevant Alistair d'un geste d'une grande force.

- Je ne peux pas mourir. Attaquez pour tuer, vous progresserez mieux ainsi.

- C'est noté. Répondit Thorn avant de dégainer son espadon.

Il marchait avec une confiance apparemment inébranlable, mais Alistair savait ce qu'il y avait sous le masque. Il avait le beau rôle à rester dans l'ombre, là ou son compagnon devait se montrer le plus parfait possible. L'arrêtant avant qu'il ne se place devant le chevalier qui avait repris son énorme épée, il lui chuchota d'un air de conspirateur.

- Sincèrement… N'essayez pas de le feinter. Ça ne sert à rien.

Son compagnon hocha la tête, puis se mit en garde. Alistair se plaça à côté de Leliana, dans l'assistance.

- Alors, combien de temps ? Lui demanda la rousse avec un air malicieux.

- Heu, pardon ?

- Combien de temps pensez vous que notre glorieux chef tiendra ? Compléta Zévran. Je parie vingt secondes et 50 pièces d'argent.

- Quarante secondes et soixante pièces d'argent. Contra Leliana. Les espadons rallongent les duels. Combien, Alistair ?

- Hum… Réfléchit le jeune homme avant de se rendre compte de ce qui le gênait. Pourquoi personne ne parie sur l'identité du gagnant ? C'est ça qu'on fait d'habitude, non ?

Le cliquetis de l'acier se fit entendre, et il se concentra sur le duel… Pour comprendre en très peu de temps la raison. Thorn était réfugié derrière son arme tenue comme un bouclier, tentant de trouver une opportunité pour attaquer alors que Sirion lui tournait autour lentement, son épée posée négligemment sur l'épaule. Une feinte, une fausse nonchalance qui avait coûté cher à Alistair. L'elfe saute soudain en l'air pour abattre son arme de toute ses forces. Sirion esquiva d'un saut arrière avant de bondir en avant d'un grand élan tournoyant. A la grande angoisse d'Alistair, la lame manqua d'un cheveux la tête de l'elfe qui s'était jeté à genoux. La lame revint en un arc meurtrier vers la tête de sa cible. L'espadon grisâtre prit alors son envol et para en diagonale, la dirigeant vers le sol et non pas la tête de l'elfe alors que son épée se brisait dans un craquement sinistre. L'arme s'enfonça dans le sol, et Thorn saisit l'instant au vol. Le fragment de lame à peine plus long qu'une épée courte fonça vers le torse du chevalier alors qu'il avait encore les deux mains sur le pommeau de son arme. Une exclamation de triomphe naquit dans la gorge d'Alistair… Qui mourut alors que la lame d'acier ricochait contre la plate. Le silence se fit, puis Thorn se releva, l'air préoccupé, regardant son arme comme si la lame allait finir de tomber en morceaux. Alistair entendit un son métallique et vit des pièces changer de main, Leliana arborant un grand sourire alors que Zévran, bon prince, laissant les cercles de métal tomber de sa paume. Alistair pesta dans sa barbe. Il aurait du parier, il n'avait aucune chance de battre l'elfe à la Grâce Perfide pour récupérer l'argent.

POV Sirion

Je crains que ça ne devienne une habitude. L'acier ordinaire n'a aucune chance de résister à la puissance de l'espadon béni d'Artorias, surtout après un choc frontal. Mais dans le temps, je n'avais guère que des monstres bien plus solides comme adversaires...

- J'espère que votre poudre de réparation miracle peut réparer ces dommages. Dans le cas contraire, vous me devez une épée.

Mon regard est attiré par son arme. Des fragments étaient éparpillés sur le sol herbeux, et le reste d'acier était parcouru de fissures. Non. Aucune chance pour que de la poudre de réparation puisse raccorder la lame brisée, elle était trop sévèrement endommagée. Céder une de mes armes… Je m'étonne de ne pas ressentir autant de réticence que je l'aurais pensé. Pour Sten, ça m'avait semblé si évident sur l'instant, sa carrure faisant de lui l'unique candidat pour l'arme à laquelle je pensais… Voyons, laquelle pourrait aller le mieux au Garde des Ombres ? Il favorisait les épées à deux mains, et j'en avais plusieurs. Sans doute plus légère que celle que je portais d'habitude. Je sortis de ma sacoche la vieille claymore que je gardais depuis si longtemps. Une arme solide et fiable, plus légère que les autres grandes lames que j'affectionnais. Je l'avais fait enchanté avec du feu par le forgeron mort-vivant Vamos, et elle me fut très utile au court de mes pérégrinations dans la Jardin de Noire-Souche… Je la tendis à regret, ainsi que son fourreau.

- La lame est imprégnée de feu, évitez de la toucher à main nue. Elle est d'assez bonne qualité pour faire griller la viande et les engeances, si vous en appréciez le goût.

- Ah ah ah, elle est bien bonne. Attendez, vous venez de faire une blague ? S'étonna Alistair, qui n'en revenait pas.

- Non.

- C'était une blague. Insista le Garde.

- Non.

- Cela ne va pas vous tuer de l'admettre voyons.

Un grognement indistinct jaillit des lèvres de Sirion, qu'Alistair comprit vaguement comme étant « Solaire… Idiot… Déteindre…. » alors qu'il remettait l'espadon géant dans son dos. Cela sembla follement amuser Leliana, qui commença à le taquiner.

- Si vous restez aussi sombre, vous allez finir par déteindre. Ce serait dommage avec d'aussi beau cheveux roux, non ? Quel est votre secret pour les garder aussi éclatant ? Ils brillent presque plus que les miens !

- Que… Pardon ?

- Et votre barbe ? Elle n'a jamais l'air de pousser, alors que le pauvre Alistair doit souvent se raser ! Prenez vous des herbes, où une décoction ?

- Huh…

Un déluge de rire éclata devant la mine résolument confuse du chevalier. Alistair avait mal aux côtes, les yeux brouillés de larmes. C'en était si drôle ! Même l'inébranlable Sirion pouvait être un sujet comique ! Lorsqu'ils se remirent en route et malgré les menaces du chevalier de leur envoyer des bouses, ils en riait encore…

POV Thorn

- Un campement de brigand ?

- A moins que ce qui reste de l'armée d'Ostagar ne fasse pique-nique ici.

Les yeux du Garde des Ombres se rétrécirent et il grogna intérieurement. Encore un contretemps. Il avait l'impression que le pays entier cherchait à entraver leur progression, d'une manière où d'une autre. La marche forcée à laquelle il soumettait le groupe les laissait le plus souvent épuisés, et bien qu'il refusa de le montrer devant qui que se soit d'autre que Morrigan, lui aussi commençait à accuser le coups. Et voilà qu'a présent l'un des seuls gués du fleuve Drake était gardé par des bandits ! Il jeta un œil sur Sten et Alistair. Le premier semblait prêt à soulever une montagne, le second était en sueur. Mais sous la robustesse apparente du Qnari, Thorn avait noté que son pas s'était raccourcis. Et ils étaient les plus endurants du groupe, Sirion mis à part. La compagnie n'était tout simplement pas en état de combattre une trentaine de malandrins.

- Prendre le prochain gué nous retardera d'une bonne semaine, mais nous n'avons pas d'autre choix. Affirma Leliana, les yeux sur la carte.

- Ils ont des chiens. Des mabaris. Précisa Zévran. Nous n'avons pas pu nous approcher de trop près à cause d'eux.

Heureusement que l'endroit était semé de collines et vallons, où bien ils n'auraient eu d'autre choix que d'avancer à découvert vers le gué. Mais ça ne les avançait pas plus. Si qui que ce soit avançait à travers le gué, il serait accueillis par une volée de flèches. Une attaque nocturne les priverait de vision pendant que les mabaris adverses avertiraient leurs maîtres de leur présence. La magie de Morrigan pouvait peut-être pencher la balance en leur faveur, mais pas empêcher quelqu'un de mourir sous un tel assaut. Quoique… Maintenant qu'il y pensait, ils avaient un autre mage dans leurs rangs...

- Sirion ? Quel est l'étendu de votre arsenal magique ?

Le chevalier solaire sembla s'animer, levant les yeux de la carte qu'il semblait vouloir graver dans sa mémoire à force de concentration. Avec ce tic de caresser la poignée de son arme qu'avait constaté l'elfe depuis un moment, celui-ci répondit avec un maque de réticence marquant, en tout cas comparé à auparavant.

- Je peux créer une tempête de feu, projeter des éclairs solaires et des lances de cristal. Je peux renforcer les armes et les boucliers, créer des barrières repoussant la magie, augmenter ma vitesse et puissance physique. Je peux également soigner la plupart des blessures, et empêcher toute magie d'être utilisé dans une certaine zone.

La longueur absurde de la liste fit monter un puissant sentiment de fureur qu'il étouffa de toute ses forces. Morrigan lui avait exposé avec un brin de jalousie dans la voix que le chevalier solaire n'était pas relié à l'Immatériel. Ses pouvoirs venaient d'ailleurs, et apparemment sans risques aucun d'être possédé. Et à cause de la façon dont les shemlens traitaient leurs mages, ils avaient du se passer des pouvoirs de leur allié méfiant ! Se forçant à rester calme, il allait demander quelque chose lorsqu'une exclamation outragée retentit depuis l'autre côté du gué, suivit d'une réponse à la fois paniquée et indignée. Même si les paroles n'étaient pas claires, il avait reconnu une voix familière de son ouïe acérée, et la coïncidence lui donna envie de frapper quelque chose. Pourquoi fallait-il que ce marchand nain se fasse capturer par ces maudits même brigands ?

- Mais c'est… Bodahn ? Nous devons l'aider ! S'exclama Leliana d'une voix basse instinctive.

- Garas quenathra Bodahn, grommela Thorn dans sa barbe. Pas le choix. Nous devons y aller.

- Je vais seul. Intervint Sirion en sortant un court bâton blanc de sa sacoche. J'ai encore un tour de plus à montrer.

- Vous transformer en oiseau pour voleter au dessus d'eux ? Demanda Morrigan, pas tout à fait sérieuse.

Une sourde mélopée jaillit des lèvres du chevalier, qui… disparut. L'elfe cligna des yeux. Là où se trouvait auparavant leur compagnon, il n'y avait plus rien.

- Je vais passer le gué. Fit soudain la voix de Sirion, manquant le faire sauter en arrière devant ce son jaillissant du vide.

- C-c-comment ? Balbutia Alistair.

- Sorcellerie d'Oolacile. Venez lorsque les cris auront cessés.

Un bruit de pas qui s'éloigna, puis disparu. Thorn examina le sol avec attention et repéra les empreintes de pas laissées sur le sol légèrement humide. Une magie capable de rendre indécelable. Il n'osait imaginer la dangerosité d'une telle chose si elle se répandait.

- Cet homme cessera t-il un jour de nous surprendre ? Demanda Zévran, qui semblait intimidé davantage qu'impressionné.

- Si cet idiot revient, je le ligote jusqu'à ce qu'il ait craché tout ses secrets. Jura Morrigan avec passion, ce qui amusa grandement le Garde.

Un grand coup de tonnerre éclata, faisant trembler les oreilles de l'elfe qui regarda le ciel vide et clair, surpris. Il grimpa rapidement la petite butte d'où le campement ennemi au-delà du fleuve pouvait se voir, précédé par Sten. Celui-ci fixait la scène avec un regard indéchiffrable, et Thorn posa les yeux sur l'horizon. Ce qu'ils voyaient n'était pas un combat. C'était un massacre.

POV Sirion

Le bruit de mes pas était encore audible alors que je m'éloignais du groupe. J'enfilais l'anneau du serpent endormis, et le silence se fit entièrement. Comme lors de cette attaque des engeances. Mais cette fois, j'avais les idées claires. J'allais non seulement tuer, mais en faire démonstration. Et au vu du nombre d'adversaire, mes réserves d'Humanités allaient être remplis pour un bon bout de temps.

Les chiens moururent les premiers. Toujours tuer les chiens en premier était un dicton connu en Lordran. Les chiens étaient rapides, vicieux. Les mabaris étaient bien plus massif que les créatures émaciés de Lordran, et bien plus intelligents. Mais même-eux n'avaient pas la capacité d'imaginer un adversaire invisible. Alors que je retirais ma lame du crâne fracassé de la dernière des bêtes, le sort d'invisibilité se dissipa, et les humains me virent à leur tour. Ma main gauche jaillit, et dans un crépitement la foudre y forma une javeline étincelante. Elle perfora la poitrine de trois brigands, carbonisant leurs entrailles et projetant les cadavres à plusieurs dizaines de mètres en arrière, le tonnerre résonnant aux oreilles de tous. Des cris résonnèrent, de rage et de peur. Le mot mage revenait en boucle, comme une sinistre malédiction dont il n'avait cure. Un coups de taille trancha de l'épaule à la jambe un homme en armure de cuir, répandant une fontaine de sang et d'humeurs sur le sol. Deux lances fusèrent et il roula sur le sol. Multiples claquements, et il se releva juste à temps pour se tordre, esquivant les flèches. Six guerriers l'encerclaient, et une dizaines avaient pris les arcs. Les autres arrivaient de leurs tentes, abasourdis encore. Son épée fendit l'air et trancha une lance puis un bras avant de se planter dans un abdomen. Le crissement du métal contre le métal se fit entendre alors que l'espadon d'Artorias pénétrait l'acier du plastron, broyant la cage thoracique de la mercenaire. Une masse s'abattit sur mon épaule sans dommage, mais l'espadon d'Artorias m'échappa des mains. La prière défila dans mon esprit, le chant du combat contre les dragons. Du talisman pressé contre mon cœur jaillit une explosion de force pure, et les hommes volèrent en éclats. Les muscles se délitaient, les chairs se fendaient, les os explosaient, les flèches se fracassèrent en plein vol. La Colère des Dieux ayant anéantis les six ennemis les plus proches, je tirais de ma boite sans fond une autre arme. Le long manche jaillit le premier, d'un noir profond, puis les larges lames jumelles. Les deux brigands qui chargeaient écarquillèrent les yeux. Trop tard. La hache des chevaliers noirs racla le sol avant de s'élever en un mouvement ascendant. Cela les faucha d'un seul coups puissant, pulvérisant leur armures et projetant leurs cadavres en l'air. Un claquement caractéristique, et un carreau s'enfonça dans ma chair, juste sous l'aisselle. Avec un grognement agacé, je cassais la hampe et roulait derrière une tente, échappant à la volée suivante. Rangeant le talisman et lâchant la hache, je tirais un long bâton et pris le bouclier de mon dos avant de me jeter en avant. Les archers me ciblèrent instantanément, reculant avec précipitation pendant qu'ils me lardaient de traits. Ignorant les flèches qui ricochaient sur le bouclier, je lève mon catalyseur et entame un chant silencieux. L'exaltation monta, puis mon âme jaillit du bâton sous la forme d'un rayon de lumière blanc qui remonta le long de la ligne d'archer, les transperçant et faisant pousser des cristaux sur leurs corps tordus. Une flèche passa soudain sous mon heaume et transperça mon œil droit. La douleur submergea mon cerveau. Je chancelle, met un genou à terre, puis arrache avec rage le trait, un sang rouge profond jaillissant sur le sol. Avec une rage froide, j'entendis des pas se rapprocher. Les survivants, plus lâches ou malins que les autres. Ma main droite lâcha le sceptre, et je m'étendis à terre, apparemment sans défense. Mais sous la paume, un feu brûlant se rassemblait. Lorsque les bottes se firent assez proches, je me relevais et abattit mon poing sur le sol. L'enfer se déchaîna. Des piliers de feu jaillirent du sol, incinérant les malandrins dans des cris de surprise et de souffrance. Les tentes s'embrasèrent alors que la roche elle-même fondait, de la lave coulant sur le sol meurtri. Le silence revint. Je me relève, la tête toujours irradiant de douleur alors que l'odeur de la chair grillée m'emplissait les narines. Un gémissement, sur ma droite. Je tourne la tête pour voir, versant du sang sur le sol par mon orifice béant. Un survivant. Les jambes fondues, l'os blanc visible au niveau du genou, sa voix éraillée s'échappant de ses lèvres en une imploration de clémence. Ses suppliques s'intensifient alors que je m'approche en lâchant mes armes sur le sol brûlant. Je m'accroupis, puis l'agrippe à la gorge de la main gauche, approchant mon visage du sien. Et la Main Sombre fit son œuvre, une énergie rougeâtre glissant de son corps à mes lèvres, mes blessures se refermant alors que son corps vieillissait, se desséchait sur place, arrachant son humanité en même temps que sa force vitale. Mon œil droit s'ouvrit de nouveau. Le corps tomba en poussière, et je me relevais pour contempler mon œuvre. Des cadavres méconnaissables, brûlés et déchiquetés partout, des tentes dont le feu s'éteignait doucement, et des flaques de lave se solidifiant en silence, et des cristaux scintillant dans le soleil couchant. La mort m'entourai de toute part, mais je n'en retirais qu'exaltation, les âmes et l'humanité de mes victimes me gorgeant d'une énergie nouvelle...

Une alarme silencieuse en moi. Un tel massacre était nécessaire, mais pourquoi y prenais-je autant de joie ? Me délecter de la souffrance et du carnage étais l'apanage des Spectres Sombres… Des créatures vides et abjectes, qui n'avaient plus de vie que dans celle qu'il volait aux autres. Je n'avais jamais voulu être cela… Non, je n'étais jamais devenu cela ! Mais la Main Sombre… Kaathe me l'avait offerte, parce que… Non, je l'avais arraché à un Esprit Sombre vaincu. Oui, c'était cela. Je n'étais jamais devenu Spectre Sombre… Autrement, pourquoi aurais-je décidé de raviver le Feu ? Pourquoi… avais-je décidé... de rallumer le Feu ?

- Vous... vous sentez bien ?

La douce voix de Leliana arracha les préoccupation de mon esprit, et je me retournais vers eux. Je n'ai pas à réfléchir à ça. Non, je n'avais pas. Devenir Carcasse était une chose que je refusais même d'envisager...

POV Alistair

Le jeune prince marchait parmi les cadavres méconnaissables, incrédule devant la dévastation qui s'offrait à ses yeux. Il savait que la magie était capable de tels choses, mais de le voir en personne… Non, pas seulement la magie. Certains corps déchiquetés portaient la trace de coups, des impacts d'une violence inouïe ayant éparpillé les os et la chair. Il n'avait vu une telle puissance physique que dans les ogres, un de ces monstres ayant massacrés les deux soldats de la tour d'Ostagar. Mais de la part d'un homme ? C'était ridicule. Il avisa soudain quelque chose sur le sol calciné. Une hache de guerre immense, entièrement noire. S'approchant, il avisa les délicates dorures gravées sur les lames jumelles, et la prit à deux mains. L'arme ne bougea pas. Surpris, Alistair y mit toute sa force, et fut abasourdis par le poids monumental de l'arme alors qu'il la soulevait. Comment était-il possible d'utiliser une chose pareille sur le champs de bataille ? Le sang maculant les lames prouvait pourtant leur usage mortel. Une main gantée de métal agrippa soudain le manche, et il le lâcha de surprise. Sirion planta d'un coups sec l'arme dans le sol et la ressortit ensuite, nettoyée du sang, avant de la ranger avec une aisance désinvolte. La jalousie enflamma les joues d'Alistair, et il la cacha en se tournant vers les flammes mourantes autour d'eux, ses compagnons de route silencieux fouillant le carnage à la recherche de choses utiles. La curiosité l'emporta lorsqu'il aperçu une sorte de boue d'un orange brillant coulant sur le sol en de multiples endroits, et il voulut s'approcher pour voir. La chaleur infernale lui sauta au visage à peine quelque pas plus loin, et il recula précipitamment avec un juron. Mais qu'es ce que c'était que ça ?

- De la roche fondue… Il a créé un feu assez chaud pour rendre la roche liquide. Murmura Morrigan avec une pointe d'envie.

- Heureux d'entendre que je ne suis pas le seul à être jaloux.

- Je ne suis pas jalouse ! Répliqua Morrigan avec brusquerie.

- Oh que si, vous êtes jalouse. Insista Alistair, trop content d'avoir enfin un moyen d'agacer la sorcière. Avoir un guerrier capable de faire de la magie mieux que vous, ça doit faire mal non ?

- Et c'est vous, le couard s'étant déchargé du commandement sur un novice, qui me dit ça ? Vous avez dû constater depuis longtemps qu'il est bien meilleur homme que vous, et dans plus de sens que vous ne l'imaginez.

- Vous… Grogna Alistair, qui commençait à se mettre en colère.

- Et bien que notre chevalier soit mage, je dispose toujours de talents uniques en leurs genre. Vous en revanche ? Vous n'avez même pas la volonté de tenir en face de lui. Que vous reste t-il à part le rôle de bouffon ?

Ça parti d'un seul coups. Avec toute la frustration emmagasinée, Alistair lâcha une purge magique sur Morrigan, la faisant chanceler d'un seul coups avant qu'elle ne se reprenne avec un regard dangereux. Le bâton qu'elle tenait s'écrasa sur sa mâchoire et il riposta d'un revers de poing qui toucha la sorcière aux côtes, et une satisfaction certaine vint alors qu'elle tombait à la renverse. Le contentement devint effarement alors qu'elle se transforma soudain en énorme louve, les babines écumantes et les yeux vicieux.

- Assez !

Une large épée à deux mains se planta dans le sol entre eux deux, et Thorn s'interposa, sa voix puissante résonnant avec force à travers le camps ravagé. Ses yeux étaient emplis d'une furie telle qu'il n'en avait vu que rarement, et Alistair prit peur devant ce qu'il avait fait. La honte se disputa a la fierté blessée, et ce fut la première qui l'emporta lorsque le Garde des Ombres reprit la parole avec dureté.

- Nous avons un Enclin sur les bras, un pays entier qui cherche à nous tuer pour un crime que nous n'avons pas commis, et tu te bagarre avec Morrigan comme un chien enragé ! Qu'est ce que Duncan aurait pensé de ça, peux tu me le dire ?

Les joues brûlantes d'Alistair devinrent écarlates alors que le regard fantomatique de Duncan semblait remplacer celui de son compagnon, une déception insupportable dans les perles grises le toisant sévèrement. Il résista à la tentation de tourner le dos ou de s'excuser, ne voulant pas se rendre plus pathétique encore devant le groupe entier. Le chef du groupe se tourna ensuite vers la sorcière ayant repris forme humaine, et à travers le tourbillons d'émotions qui le harcelaient, il entendit néanmoins ce qui se disait.

- Alistair est peut-être un idiot à tes yeux, mais c'est un Garde des Ombres et un ami loyal ! Cesse de le harceler ainsi !

- Je ne suis pas celle qui ait attaqué la première, à ce que je sache. Rétorqua Morrigan avec un air pincé.

- Tu jette de l'huile sur le feu, ne sois pas étonné qu'il t'explose au visage. Si tu a un problème, ne te sers pas d'Alistair comme défouloir ! Ordonna t-il avec autorité.

Il rajouta plus bas quelque chose d'autre qu'Alistair ne comprit pas, mais adoucit le visage contrarié de Morrigan, qui tourna le dos avec une certaine raideur pour étudier la roche fondue qui commençait à noircir. Thorn récupéra son épée et adressa un regard fatigué à son camarade, avant de se redresser pour rejoindre Sten. « Quelle pagaille » songea Alistair, mélancolique. « J'aurais du davantage me contrôler, me restreindre… Le Créateur me pardonne, mais cette femme me met hors de moi. Comment Thorn peut-il supporter cette harpie ? »

POV Sirion

- Messire, je vous remercie mille fois encore de m'avoir sauvé, mais pouvez vous s'il vous plaît cesser de me regarder ainsi ? Je me sens étrangement mal à l'aise.

Un nain. Un nain. Moitié moins grand que moi, presque aussi large que haut. Non, je parvenais pas à me défaire de cet étrange sensation … Nous les humains, descendions du pygmée furtif. A Lordran, nous étions les nains, comparé à la grande taille des géants, des dieux et des monstres. Baisser les yeux pour y trouver quelqu'un d'humanoïde… c'était presque dérangeant.

- Désirez vous consulter mes articles, messire ? J'ai fait de grandes découvertes dans mes explorations des tréfonds, je suis sûr que cela pourrait vous intéresser.

Je me force à cesser de le toiser comme une bête curieuse. Selon Thorn, ce nain et son fils suivaient les mêmes routes, le groupe du Garde se débarrassant des richesses ''récupérées'' sur le chemin et leurs éventuels assaillants pour acheter des provisions et des fournitures plus pratiques. En parlant du fils… Il était différent. Je ne saurais dire en quoi. Et je ne parlais pas de son comportement.

- A moins que vous ne préfériez faire appel aux dons de mon fils Sandal ? Ses enchantements sont de première qualité, votre ami le Garde pourra le confirmer.

- Enchantement !

Le grand sourire sur la face imberbe, souligné par des yeux gris orage. Il était moins trapu que son père, et ne lui ressemblait guère que par la taille. Des enchantements. D'après la description sommaire que m'en avait fait Leliana, cela ressemblait beaucoup à l'imprégnation d'arme. Je me demande… Un regard derrière moi. Ils montaient tous leurs tentes, et le chien grattait la terre. Parfait. Avec une infinie précaution, je dévoilai ce que j'avais ramassé dans les ruines. Une lumière dansante à la couleur boisée dans ma paume, la sensation d'une douceur et férocité contenue. Je la montrais au simplet, qui ne se départit pas de son sourire niais et de ses yeux vides.

- Tu sais ce qu'il faut en faire ? Lui demandais je prudemment tout en guettant l'arrivée possible d'une autre personne.

- Enchantement ! S'exclama fièrement le nain.

Je suppose que ça veut dire oui.

- Quel support te faudrait-il ?

Il pencha la tête, se grattant sous l'aisselle. Était-il en pleine réflexion, où n'avait-il pas compris la question ? J'utilise ma main libre pour sortir de la sacoche une épée longue, puis une hache, une lance… Les yeux de Bodhan s'agrandirent brièvement en voyant cela et il l'étudia d'un œil avisé, presque calculateur. Lorsque je mis la main sur une dague, Sandal la désigna immédiatement de ses énormes mains.

- Enchantement !

Une dague. Intéressant. Je lui donnais la petite lame, puis, avec un peu de réluctance, l'âme scintillante dans ma main. L'âme de la belle bête blanche, de la Dame sylve… Il s'en empara avec des yeux à présent émerveillé, et posa la dague sur un petit plateau de métal gravé tout en sortant une minuscule fiole au contenu bleu-gris étincelant. Du lyrium, le fameux minerai magique. Il en fit sauter le capuchon de métal du pouce, avant de verser d'un geste expert un fin tracé le long de la rainure centrale de l'arme, puis la garde et le pommeau avant de reposer la flasque de lyrium et de prendre la dague pour la passer lentement à l'intérieur de la flamme dansante. Celle-ci scintilla, puis diminua de taille avant de complètement disparaître… Laissant apparaître l'arme transformée. Ce n'était plus la dague d'acier d'origine. Ce qui se trouvait dans la main de Sandal était désormais un long croc recourbé à la garde entre-veinée de petits branchages. La lame était couleur de neige comme la fourrure de Versipelle, la garde olivâtre comme la peau de la Dame-Sylve. Je la saisit avec avidité, la caressant lentement pour en apprécier la finesse. Un coutelas recourbé comme un croc né de l'âme de la Dame-Sylve. Empreint de la férocité du loup comme de la douceur de la dame, il protège du poison et inflige de lourds saignements. Je baissais les yeux vers Sandal, qui arborait toujours un sourire ravi et niais. Cet idiot savant avait réalisé le travail du forgeron géant d'Anor Londo, sans aucune connaissance du concept même de transposition d'âme. Un toussotement de son père attira mon attention.

- C'est la première fois que je vois une telle réalisation. Quelle était cette étrange lumière que vous lui avez donné pour l'enchantement ? Non non, ne faites pas cette tête, je ne poserais plus la question. Ajouta t-il précipitamment devant mon regard mauvais. Dans ce cas, puis-je vous demander autre chose ?

- Oui.

- Je viens de constater de mes yeux la fameuse boîte sans fond dont votre chef parlait. Un tel objet pourrait révolutionner la vie de marchand que je mène actuellement. Lorsque vous arriverez au Cercle des mages, pourriez vous leur demander d'en fabriquer une copie ? En échange, je serais prêt à faire une remise spéciale sur tout mes articles, oui, tous ! Vous ne le regretterez pas !

Je pressentais que je ne reverrais jamais ma boîte si jamais je la donnais aux mages… Les yeux remplis d'avidité du nain ne m'encourageaient qu'a peine plus. Pat avait les même chaque fois que je venait lui acheter quelque chose. Mais dans ce monde où l'argent est roi, la quantité d'âme que je garde en moi n'a aucune valeur marchande…

- J'accepte… Je soupire avec lassitude.

- Merveilleux ! Fit Bodhan en se frottant les mains. Vous ne le regretterez pas. Ah et au fait. Pour l'enchantement, cela fera 4 pièces d'or.

J'aurais du refuser.