Chapitre 9 – Back to Pink

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Nymphadora observa son reflet dans la glace de la salle de bain.

Remus lui avait conseillée d'être elle-même, parce que ça détendrait l'atmosphère. Mais qu'est-ce que ça voulait dire, être soi-même ?

Après mûre réflexion, elle tenta d'imiter le visage de Fleur Delacour. Elle savait que Bill en avait reparlé la veille à Dumbledore, mais celui-ci avait maintenu sa position : elle ne ferait pas partie de l'Ordre alors que toute leur attention était concentrée sur le Département des Mystères. Ce n'était plus le moment d'ajouter un nouveau membre étranger au groupe. Le Directeur ne semblait pas douter des allégeances de la Française. Seulement, il ne voulait pas l'associer au groupe dont il protégeait l'identité, sans être sûr. Il ne referait pas les mêmes erreurs d'une guerre à l'autre.

D'après Bill, Fleur en avait été terriblement vexée, mais elle avait fini par accepter, pour le bien de tous. Tonks savait qu'elle avait officieusement repris la tête du groupe secret qui s'occupait de faire passer des Nés-moldus et des sorciers recherchés par les Mangemorts en France, ou dans d'autres pays où Voldemort et ses partisans n'avaient jamais eu beaucoup d'influence. Elle espérait que d'autres formes internationales d'Ordre du Phénix seraient créées au fur et à mesure que le message de Dumbledore et Harry serait entendu. Jusqu'ici, cependant, c'était le réseau de passeurs qui était le plus durable et qui était le plus capable de protéger l'identité de ses membres.

Elle grimaça, et son visage fut immédiatement encadré de longues mèches d'un blond presque argenté. Dix minutes plus tard, elle ressemblait de manière très satisfaisante à la championne de Beaubâtons. Mais rien n'y faisait, le halo surnaturel qui l'entourait était absent. C'était une des premières fois que la Métamorphomagie lui faisait défaut.

Nymphadora secoua la tête et reprit sa tête « normale ».

Enfin, ce qu'elle appelait sa tête normale était celle qu'elle avait construite il y avait trois ans de cela : petit nez retroussé, cheveux violets à la coupe droite, yeux noirs et visage en cœur.

C'était le pendant de pouvoir être qui on voulait : on ignorait qui on était « réellement ».

Oui, Nymphadora Tonks ne savait pas à quoi ressemblait son véritable visage.

Enfant, elle avait fait rire ses parents en teignant ses cheveux de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et s'était créé un répertoire de plus en plus large de visages, au cours de ses (rares) excursions hors de la maison des Tonks.

A ses débuts à Poudlard, elle avait amusé ses camarades en prenant successivement leur apparence.

A ses débuts au Département des Aurors, c'était Maugrey qu'elle avait fait tourner en bourrique en changeant de tête tous les matins, jusqu'à ce que l'Auror paranoïaque ne convienne avec elle d'une partie du corps à ne jamais altérer (la forme de visage), pour qu'il n'ait pas à la soumettre tous les matins à un test au Véritasérum (entre autres techniques peu agréables)…

A présent, elle se rendait compte, du haut de ses vingt-deux ans, que toutes ces blagues de potache n'avaient fait que retarder le moment où elle réaliserait à quel point son identité était éphémère.

Elle ignorait qui elle était.

Elle ne ressemblait à personne, en ressemblant à tout le monde.

Elle ressemblait à tout le monde, mais elle ne se ressemblait pas à elle-même.

Elle était un Vilain petit canard – le canard boiteux des Aurors, comme le disaient si justement certains de ses collègues. Sauf que contrairement au canard du conte d'Andersen, elle ne se transformerait jamais en cygne. Ou plutôt, elle pouvait déjà le faire, mais sans que ça la renseigne plus sur qui elle était.

- Tonks ! Maugrey est arrivé ! On y va !

Elle adressa un dernier regard à la glace. Elle préférait le vieux rose, mais elle choisit un rose bonbon – outrageusement flashy et vivant, romantique et jeune, le rose qu'elle avait porté tout l'été précédent. La Nymphadora Tonks vibrante et haute en couleurs que tout le monde voulait voir était de retour.

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- C'est par ici ! dit-elle en menant la petite troupe de rouquins.

La couleur criarde de ses cheveux attiraient tous les regards, et permettait ainsi à Maugrey de passer inaperçu – la diversion était un truc d'Auror qui avait toujours marché avec eux.

La bâtisse apparemment à l'abandon, dans laquelle se trouvaient les locaux de Sainte-Mangouste, apparut bientôt dans la foule. Nymphadora salua le mannequin décrépi et fit passer Molly et Ginny à travers la vitrine.

Nymphadora eut un sourire en inspirant l'odeur médicale de l'hôpital. Elle l'associait toujours à l'odeur de la sécurité. Elle avait passé une bonne partie de son enfance à la garderie de Sainte-Mangouste. Sans parler du fait que dans le milieu des Aurors, il n'était pas rare de se rendre à l'hôpital magique – pour rendre visite à un ami en convalescence ou pour ses propres contusions. Mais Tonks évitait de s'y rendre pour ce deuxième cas, car sa Médicomage et mère-poule de maman rameutait inévitablement tout son service à son chevet.

Quand ils se dirigèrent vers les chambres des patients, cependant, Tonks se sentit à peu près aussi mal à l'aise qu'Harry. Elle lui avait demandé d'un air enjoué s'il y avait des devins dans sa famille, et avait remarqué, malgré sa réponse polie, qu'il se sentait aussi mal qu'elle…

- On va attendre dehors, Molly, dit-elle, trop heureuse de gagner encore quelques minutes avant de faire face à sa victime indirecte. Arthur ne voudra pas voir trop de monde d'un coup… la famille d'abord.

Heureusement que la taille de la chambre lui offrait une excuse. Quand elle monta la garde avec Maugrey, ses jambes semblaient s'être changées en coton. L'entretien des Weasley avec Arthur ne dura cependant pas longtemps. Maugrey et elle échangèrent un petit sourire. Bien entendu, les jumeaux et les autres avaient réclamé des informations, sur la mission d'Arthur lors de l'attaque.

Elle fut un peu rassurée par l'état d'Arthur. Il était pâle bien sûr, mais le fait qu'il ne soit plus dans une chambre simple indiquait qu'il avait passé l'étape des soins intensifs.

- Et le serpent ? demanda-t-il dès qu'ils l'eurent tous serrés dans leurs bras.

- Emmeline et Elphias ont été mis sur le coup … il a dû repartir par le trou qu'il avait pris à l'aller… Ils ont fouillé toute la zone, mais ils ne l'ont pas trouvé. On dirait qu'il a disparu juste après t'avoir attaqué, Arthur… Mais Tu-sais-qui n'espérait quand même pas qu'un serpent pourrait la prendre, si ?

- Je pense qu'il l'a envoyée en éclaireur, vu qu'il n'avait pas la possibilité d'y aller en personne, grommela Maugrey.

La conversation continua, sans qu'aucun des membres de l'Ordre présent ne se doute que les plus jeunes des visiteurs les écoutaient, par Oreilles à rallonges interposées.

- -…Si Vous-savez-qui le possèdent…

- Ne sois pas ridicule, Fol'œil, Harry n'a pas été possédé… Remus et moi en avons parlé, il connait ces choses-là… dit Nymphadora en se passant une main dans les cheveux.

- On ne peut pas nier qu'ils aient un lien, Nymphadora…

- Tonks, le rappela-t-elle à l'ordre. Je suis d'accord que c'est inquiétant, mais Harry n'aurait pas eu de souvenir du rêve si ç'avait été une possession normale… Non, je pense que le lien a à voir avec sa cicatrice… Je ne peux pas l'expliquer, mais ce n'est pas une possession…

Les Weasley et Maugrey la fixèrent.

Ils pensaient comme elle, mais avoir une inconnue de plus dans leurs équations ne rendait pas la chose moins inquiétante.

- On ramène les gamins à la maison ? dit Maugrey.

- Ce ne sont plus des gamins, dit Nymphadora. Je vous raccompagne au QG chercher mes affaires, ensuite je file au Bureau, puis pof ! chez mes parents.

- C'est vraiment gentil de ta part de me laisser ta chambre, Tonks, dit affectueusement Molly.

- Je t'en prie, ma mère te paierait si elle savait que tu es celle qui me force à aller chez elle…

- D'ailleurs, elle doit travailler aujourd'hui, tu es sûre que tu ne veux pas qu'on s'arrête la voir ? tenta Molly, pleine de compassion pour Mrs Tonks.

- Non merci ! dit joyeusement Nymphadora. Allons plutôt raccompagner la troupe au QG…

La Tonks fanfaronne était de retour. Remus avait eu raison. Peindre des sourires sur le visage des Weasley (mais pas d'Harry, nota-t-elle) la faisait se sentir mieux.

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«De bon matin, j'ai rencontré l'hippogriffe ! De trooois grands maaaages qui allaient en voyaaaageuh ! » chantait Sirius dans les étages. Ginny et Tonks s'esclaffèrent en se cachant les oreilles.

- Je t'attends, petite, j'ai un mot à dire à Scrimgeour, lui dit Maugrey.

Elle acquiesça et alla chercher ses affaires.

- Joyeux Noel à tous ! J'essaierai de passer si mes parents ne me retiennent pas en otage, ficelée devant le sapin de Noel !

- Joyeux Noël, Tonksie ! fit Sirius.

- Hé ! Attention à ce que tu dis, ou pas de cadeau, cousin ! rit Tonks.

- Joyeux Noël Tonks, dit Molly en la serrant dans ses bras, imitée par la plupart des Weasley.

- Joyeux Noël Nymphadora, dit Remus avec un clin d'œil joueur.

Pour une fois, elle ne le reprit pas.

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- Maugrey est encore là ? fit remarquer Damonds, alors qu'ils étaient réunis devant la machine à café.

C'était reparti pour une autre nuit de garde.

- Il n'est pas censé être à la retraite ? renchérit Grimlow.

- Pas tant qu'il se tiendra sur ses deux pieds… enfin, qu'il lui restera son bras droit, sourit Nymphadora, en se demandant s'il y avait une partie du corps sur laquelle son mentor n'avait pas de cicatrice. Plains-toi… il fait notre boulot gratuitement… pour le fun

- Je vois mal quel « fun » il y a dans la paperasse… Les gros poissons se cachent depuis des mois…

Tonks acquiesça vaguement.

- Il vient sans doute pour veiller sur son Vilain petit canard de protégée, sourit l'autre Auror avec un clin d'œil pour Tonks.

- Je n'ai pas besoin qu'on veille sur moi, Damonds, grogna-t-elle avant d'avaler une gorgée de café.

- Je voulais dire protéger les autres de toi, Calamity Jane…

Nymphadora lui lança un Sortilège de Glue (non-perpétuelle) sans même un froncement de sourcil.

Aaah, ces chers, très chers Informulés.

- Hé ! C'était une blague ! Tu ne vas pas me laisser là !

Il n'avait pas vraiment choisi la bonne semaine pour lui rappeler qu'elle était un aimant à catastrophes. Ou un cataclysme ambulant, au choix.

- Hmm… ma prochaine pause-café est à (elle fit mine de regarder une montre invisible)… deux heures. Rappelle-moi de te faire descendre… si je repasse par-là…

- Quelqu'un peut me décoller ? cria Damonds à la cantonade, l'air un peu affolé.

- Il y a longtemps que j'ai appris à ne pas me mettre entre Tonks et sa proie, répondit Kingsley Shacklebolt sans relever le nez des documents qu'il examinait. Tu devrais la connaître maintenant…

- Mais c'était une blaaaague !

- Auror Tonks ! Arrêtez de mettre mes hommes hors d'état de nuire ! dit la voix Scrimgeour sans même qu'il sorte de son bureau.

- Un homme ? dit-elle en écarquillant les yeux. Oh, vous voulez parler de la grosse mouche, là-bas, c'est ça ? D'accord, boss !

Mais elle se contenta d'améliorer son œuvre avec un Silencio.

Elle eut le plaisir, lorsqu'elle alla prendre sa pause-café suivante, peu avant l'aube, de voir qu'une silhouette aux dimensions de Damonds avait dû être découpée dans le papier peint pour le libérer.

Une nuit de plus au Bureau des Aurors.

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- Salut ! dit Bill en s'asseyant en face de Fleur.

- Salut ! Tu as l'air d'aller mieux… ton père ?

Elle n'aurait pas posé la question s'il n'avait pas eu meilleure mine.

- Il sortira de l'hôpital à la fin de la semaine… Toute ma famille est sur Londres pour les fêtes, du coup… c'est la conséquence sympathique de l'histoire… Tu rentres en France ? demanda-t-il en indiquant la valise qui avait été placée dans un coin de son bureau.

- Oh, oui, le temps de leur faire comprendre que je vais rester ici encore un bout de temps – ma mère ne comprend pas que j'aime travailler à Gringotts… Je cherche des arguments, rit-elle en rejetant en arrière ses longs cheveux blonds. Toi, pourquoi est-ce que tu as choisi de travailler dans une banque ?

Bill fut surpris par la question. Sur les lettres de motivation, il avait écrit les mêmes formules bateau que tous les autres candidats : c'était à l'épreuve de ses capacités qu'il était sorti du lot.

- Je suppose… que c'est parce qu'on n'a jamais roulé sur l'or chez moi ? dit-il pensivement.

- Ce n'est pas forcément un mal, dit-elle gênée (Bill savait très bien que sa famille était aisée).

- Je suis d'accord. A force de m'occuper des coffres de ces malotrus de Malfoy et Smith… de tous les vieux richards du monde magique, je me dis qu'apprendre la simplicité et la valeur des choses dès son enfance, ça empêche de se transformer en un gros ***…

Fleur rosit, bien qu'elle ne comprenne pas le qualificatif. Elle avait deviné qu'il ne serait pas apparu dans la bouche de quelqu'un de plus politiquement correct que Bill (qu'elle savait pourtant être quelqu'un de très poli). Mais pour avoir travaillé sur le dossier de l'héritage des Smith avec lui et avoir rencontré les héritiers, elle comprenait ce qu'elle voulait dire. Les mots français comme rupin, braiseux, fricard et autres pézeux lui paraissaient presque gentils.

Mais après tout, les filles sages aimaient les mauvais garçons.

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La boulette. Elle avait oublié les cadeaux de ses parents au QG. Nymphadora se regarda dans la glace. Bah, elle ne croiserait pas grand monde… si ?

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Remus faillit avaler son thé de travers. Sirius lui tapa dans le dos, hilare.

- Ben dis donc… Tu es sûre que c'est à un repas de famille que tu vas ?

- Ca fait un peu trop, c'est ça ? dit Nymphadora d'un air contrit.

- Non, non… ça dépend s'il y a beaucoup de célibataires autour de la dinde aux marrons…

Avec son pull rouge vif très décolleté, dont le haut était liséré de fourrure blanche et ses cheveux qui avaient la couleur brillante des châtaignes, on n'attendait plus qu'une chose : qu'elle se mette à chanter « Jingle Bell Rock ».The ultimate Christmas jumper.

- Amuse-toi bien ! dit Sirius (le verbe le plus adapté étant sans doute « éclata de rire »).

- Merciiii ! Bonne soiréééée !

- Cette fille va me tuer, souffla Remus, les larmes aux yeux, en reprenant son souffle.

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La voiture verte filait à travers la campagne. Une vache tourna vaguement la tête en direction des éclats de voix qui s'en élevaient.

- Maman !

- Andy ! soupira Ted Tonks.

- Quand on dit « On va chez Tante Cate à 18h », j'arrive à la maison à 17h ! Je ne pouvais pas prévoir que tu tenterais de me relooker et de faire les courses de Noël entre temps !

- Tu sais toujours ce qui fera plaisir à tes cousins ! Et puis ce pull, Nymphadora !

- Arrête de m'appeler comme ça !

La voiture fit une embardée sur la gauche pour éviter un nid de poule. Tonks avait enfoncé ses ongles dans le cuir du volant.

- Que tu le veuilles ou non, jeune fille, c'est le prénom que ton père et moi avons choisi !

- Et c'est pour ce genre d'erreurs que les Retourneurs de Temps ont été inventé !

- Dora, ralentis, s'il-te-plaît… dit son père avec la voix calme sur laquelle il travaillait en permanence pour les occasions de ce genre.

Sa femme et sa fille s'adoraient… Elles n'aimaient juste pas s'en rappeler souvent. Nymphadora prenait la mouche très facilement, et Andromeda n'aidait pas, quand elle remettait sur le tapis le sujet du look de sa fille (qui, lui l'avait noté, avait renoncé aux cheveux roses pour le réveillon). Heureusement qu'il était là pour tempérer la relation intense des deux femmes, parce qu'elle était intense pour le meilleur comme pour le pire, l'amour fou comme la tempête.

Par Merlin, ils arrivaient enfin…

Sa sœur leur fit signe depuis la fenêtre de sa cuisine, et bientôt Cate et Jasmin Tonks ainsi que leurs maris et enfants se serraient sous le portique pour les saluer.

Nymphadora sourit à ses petits cousins.

Ah, chères réunions de famille… tant que personne ne posait les questions qui fâchent…

- Et sinon, Nym (le seul diminutif que Tonks acceptât), comment vont les amours ? fit Tante Jasmin avec un grand sourire, en la servant de soupe aux marrons.

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- Enfin… Pourquoi est-ce qu'on ne t'aimerait pas ? rit son père de bon cœur, alors que Nymphadora (la seule qui en bonne Auror n'avait pas bu, et pouvait conduire) raccompagnait ses parents à leur cottage.

Elle prit son air boudeur de petite fille.

- Je suis petite, je parle fort… comme ces petits chiens agaçants qui crient fort pour compenser leur taille…

- Tout le monde aime les petits chiens, répliqua son père.

- Ne sois pas ridicule, dit sa mère. Tu es charmante. Quand tu ne parles pas la bouche pleine, que tu ne mets pas tes pieds sur la table… et puis, tu pourrais faire quelque chose de plus classique avec tes cheveux… mais pour le reste, tu es parfaite, Dora !

- Andy… grogna Ted en levant les yeux au ciel.

- « Pour le reste »… grommela Tonks, qui rongeait son frein depuis maintenant plus de trois heures. Je te signale que je n'ai pas eu des cheveux aussi classiques depuis des mois ! Je pensais te faire plaisir !

- Ca me fait très plaisir, Nympha…

- Stop ! Tu m'agaces ! Et quand je suis au volant, que personne ne m'agace !

Elle appuya rageusement sur l'autoradio, qui crachota un nasillard « Holy Night ».

Mais où était le rock quand on avait besoin de lui ?!

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- Mais vas-y Lunard ! chuchota Sirius en le poussant dans le dos, jusqu'à ce qu'il soit seul dans la cuisine avec Molly Weasley.

Elle leva les yeux vers lui, mais les reporta bientôt sur le beau pull gris foncé, assorti aux yeux de Percy, que l'ingrat avait envoyé, encore emballé, à sa mère.

Sincèrement, Remus se demanda ce qu'il pouvait lui dire de plus que ce que les jumeaux avaient déjà dit (« C'est un tas d'excréments de rat, maman ! »). Parce qu'à cet instant, c'était sans doute l'observation la plus objective à laquelle il puisse penser : quel enfant faisait ça, à sa mère, un matin de Noël, alors que son père avait failli mourir moins d'une semaine plus tôt ?

Il ouvrit ses bras et serra Molly contre lui.

Tout le monde semblait penser qu'il était bon à ça, à jouer le rôle de liant et de ciment entre les factions de l'Ordre, qu'il était celui qui recolle les morceaux quand ça n'allait pas bien.

- Je suis sûr que l'an prochain, Percy sera très content de retrouver ce pull made in le Terrier, dit-il gentiment.

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Nymphadora passa le matin de Noël en pull chaud à grosses mailles et en short (un de ses paradoxes vestimentaires habituels), à câliner ses parents (câlins à charge de revanche). La pêche avait été bonne : des bottes en cuir à lacets sur lesquelles elle lorgnait depuis des mois (un cadeau d'autant plus étonnant de la part de sa mère que Nymphadora savait qu'elle les trouvait hideuses), des tickets pour un match de Quidditch de League 1, un renouvellement d'abandonnement à Rock'n'Troll et quelques broutilles moldues.

Elle espérait qu'Harry avait apprécié son mini-Eclair de feu (une idée qui lui était venue après la dernière lettre de Ginny et la discussion anti-Ombrage et pro-Quidditch qui s'en était suivi entre ses colocataires et elle) et que Ginny et Hermione apprécieraient leurs assortiments de cosmétiques et sels de bain magiques Eglantine Puffett (sa mère était une très bonne cliente et avait participé au cadeau… Nymphadora était sûre que Ginny n'en avait eu, vu le prix, et qu'Hermione serait agréablement surprise par la gamme capillaire et ses surprenantes propriétés magiques). Elle avait offert un Best of Celestina Moldubec à Molly, une petite boîte à outils à Arthur, une tasse collector des Canons de Chudley à Ron (elle avait utilisé une fausse identité pour que personne ne la voit en train d'acheter un produit dérivé d'une équipe si mal classée… elle avait sa réputation)et des substances licites mais rares pour les produits de farces et attrapes des jumeaux Weasley. Enfin, elle avait décidé d'emmener Bill à un concert de rock avec elle. Maugrey aurait son traditionnel assortiment de friandises Honeydukes – dont une bonne partie étaient rose bonbon, parce qu'elle savait que sa panoplie chromatique capillaire l'exaspérait. Elle pouvait parfaitement l'imaginer en train de déguster les pâtes de fruit en riant, seul dans sa maison, puis mettre le feu à son sapin de Noël pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un espion.

- Dora ? fit Ted. Encore un cadeau…

- Encore un ? rit-elle.

Pauvres hiboux envoyés par leurs propriétaires affronter un froid pareil… pensa-t-elle.

- Il est arrivé par la Cheminette, dit son père.

Ah, oui. Autant pour la légende du Père Noël. Les sorciers avaient quand même inventé de très beaux mythes et moyens de communication.

- C'est de Remus et Sirius ! dit-elle avec enthousiasme.

- De qui ?

Nymphadora vit que sa mère s'était figée.

- Remus Lupin. Vous le connaissez, non ? dit-elle d'un air innocent.

Par Circé, Nymphadora Tonks, quand vas-tu apprendre à tourner ta langue trois fois dans ta bouche avant de parler!?

- Ah, Remus ! C'est un collègue à toi ? fit Ted en lançant un regard soucieux à sa femme.

Andromeda lui fit un pauvre sourire.

- Non, enfin… oui, je l'ai rencontré au Ministère… mentit-elle.

Elle espérait que le cadeau valait qu'elle mente à ses parents – elle détestait ça.

- Il travaille à quel département maintenant ? demanda Andromeda.

Elle fit mine de ne pas se souvenir. Tout sauf le Département de Contrôle et de régulation des Créatures magiques. Elle était presque sûre que ses parents savaient que Remus était un loup-garou.

- La Coopération magique internationale, je crois…

Après tout, il avait vécu plusieurs années en France.

- Mais je ne suis pas sûre… En tout cas, il est très compétent dans son domaine… un peu vieux jeu, mais très sympathique… dit-elle.

- Il a toujours été comme ça, rit sa mère. Même quand il avait seize ans…

Tonks ne prêta qu'une oreille distraite aux souvenirs de jeunesse qu'évoquèrent ses parents.

Nymphadora ouvrit le paquet. Il contenait deux tablettes de chocolat, un assortiment de flasques de Biéraubeurre avec des goûts farfelues (cette partie-là était incontestablement de la part de Sirius – elle le connaissait assez pour savoir qu'il se proposerait pour participer au test des échantillons), un walkman moldu (ensorcelé pour ne pas être affecté par la magie) et un bracelet en cuir (le genre de babiole qui coutait deux Mornilles sur le Chemin de Traverse) gravé à son nom. Elle passa son pouce sur les lettres en relief.

« Nymphadora».

Il avait osé.

C'était bien la première fois depuis sa petite enfance qu'elle trouvait ce genre d'attention plus délicate qu'agaçante.

Elle savait que Remus avait fait d'Harry sa priorité cette année, et qu'il avait fait un cadeau commun avec Sirius afin de lui offrir une collection de livres de Défense assez coûteux. Elle en apprécia d'autant plus le geste.

- Ah, c'est pour toi, papa, rit Nymphadora en voyant un nouveau cadeau tomber de la Cheminette.

- Comment tu le sais ?

- Commande par correspondance des Farces et Attrapes Weasley, dit-elle en indiquant le papier à la couleur vive.

- Grands dieux, j'ai pensé que c'était encore une de ces teintures capillaires…

- Pas deux ans de suite, rit-elle. Même si le bleu t'allait bien…

- C'était bien la première fois qu'on me disait que ma fille me ressemblait, dit-il fièrement.

Tonks sourit et se blottit encore plus sous le plaid du canapé. Sa mère avait encore l'air un peu triste.

- Tu sais comment les prisonniers d'Azkaban passent Noël ? On leur apporte un repas spécial ? demanda sa mère, mine de rien.

Nymphadora ne répondit pas tout de suite. La plupart des prisonniers perdaient la notion du temps, et ni les Aurors de passage, ni les Détraqueurs ne la leur rappelaient. Elle doutait que le Ministère leur fasse porter de la dinde aux marrons dans leur cellule.

- Je n'en ai pas la moindre idée, mentit-elle.

Elle savait pourquoi sa mère posait la question. Elle pensait à Sirius. Andromeda savait qu'il s'était enfui, bien sûr, mais elle devait se demander ce que cela faisait de se retrouver sur l'îlot sinistre et humide pour passer les fêtes.

- Je file envoyer une carte, dit-elle.

Son père hocha la tête en buvant son chocolat chaud, une bande-dessinée à la main.

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Dumbledore prit poliment la lettre que le hibou frissonnant lui tendait. La Grande Salle était presque vide, comme souvent lors des vacances de Noël, mais il restait néanmoins une dizaine d'élèves, qui déjeunaient pour l'heure avec leurs directeurs de maison et professeurs.

Le professeur McGonagall lui adressa un sourire et donna de son haggis au petit hibou, qu'elle avait reconnu comme celui de Tonks.

Puis-je parler de Patmol à mes parents ? C'est Noël… Bonnes fêtes à tous les professeurs de Poudlard ! T.

Le Directeur écrit au dos du message un grand « OUI » décoré de feuilles et de baies de houx, et renvoya bien vite le hibou dans le froid.

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Andromeda pleura. Beaucoup.

- Maman ! Je voulais te faire plaisir !

- Mais c'est seulement que… ça fait quinze ans que je le sens, Dora ! Quinze ans que le monde essaie de me convaincre que j'étais folle de le croire, et paf !

Ted lui tapota maladroitement le dos.

- J'aimerais bien le voir, avoua-t-elle.

- Tu sais bien que c'est impossible, chérie… il est en cavale… le danger pour lui…

Tonks réfléchit. Le Ministère ne surveillerait pas forcément plus le réseau de Cheminette, un matin de réveillon. Et si elle se souvenait bien, c'était Savage et Artignan qui étaient de garde. Les connaissant, ils laisseraient passer un troupeau d'hippogriffes sans ciller.

Relier pendant quelques minutes deux Cheminettes aussi bien protégées allait lui prendre une bonne partie de l'après-midi. Mais ce n'était pas impossible, surtout avec l'appui du Directeur.

Elle prévint Remus par hibou et se mit à la tâche. Elle savait qu'il travaillait à l'autre bout pour offrir à Sirius une surprise aussi belle que celle qu'elle voulait offrir à sa mère. A quinze heures, le loup-garou s'était débrouillé pour que les Weasley organisent une Bataille explosive géante dans les étages. Ils avaient le champ libre. Nymphadora l'avait prévenu : même une vingtaine d'années après avoir quitté les Black, sa mère saurait reconnaître la cheminée du 12 Square Grimmaurt. Ils devaient donc altérer le décor qu'Andromeda verrait derrière Sirius.

Elle se sentit aussi fière que ces architectes anglais et français qui s'étaient serré la main dans le sous la Manche un peu moins de six ans plus tôt.

- Joyeux Noël ! s'exclama-t-elle.

Mais sa mère et Sirius s'observaient sans parler, comme deux bêtes curieuses, autrefois familières mais aujourd'hui étrangères.

- C'est vraiment toi ? finit par murmurer Andromeda.

- Eh, bien, il faudrait que je vérifie… sourit-il.

Elle émit un petit rire étranglé.

- J'ai toujours su que tu n'avais pas trahi les Potter…

- Tonks me l'a dit. Ça fait plaisir, dit-il avec un pauvre sourire.

- Je suis tellement désolée…

- Maman, mais arrête de pleurer ! soupira gentiment Nymphadora.

Ted en profita pour saluer Sirius.

La suite ne fut qu'échange de banalités et rires. Les Tonks comprenaient que Sirius ne puisse rien dire de sa position, mais la Médicomage qu'était Andromeda passa tout de même en revue tout son régime alimentaire et son état physique avant d'être satisfaite.

La connexion magique s'étiola après seulement vingt minutes de communication. Remus et Nymphadora échangèrent un regard. Ils ne voulaient pas brusquer les retrouvailles, mais ils ne pouvaient pas non plus risquer que le QG soit découvert.

- On ne peut pas rester plus longtemps, maman…

- Sirius ! C'est un des plus beaux Noël qu'on m'ait offert !

- Meilleur que celui où on avait cramé les cheveux de Bellatrix ? dit Sirius, hilare.

- Même meilleur que celui-là… prends soin de toi, sur-

La dernière syllabe fut avalée par un souffle cendré.

Ils regardèrent l'âtre vide d'un air résigné.

- Il n'a pas changé, dit Andromeda, d'une voix presque effrayée.

- Merci Dora.

- Joyeux Noël, fut sa seule réponse.
….

Nymphadora sortit de sa rêverie – une possibilité effacée.

Elle lança un regard de dégoût à la lettre, bourrée d'arguments (qu'elle-même se serait contentée de résumer en un énorme NON), que Dumbledore lui avait envoyé en réponse à sa demande, puis en fit une boule et la jeta dans le feu.

- Un ex-petit ami contrariant ?

- Un cœur de pierre, éluda-t-elle.

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Tonks repassa peu au QG avant la fin des vacances : aucune réunion avec l'Ordre au complet n'aurait été envisageable alors que chacun était en famille pour les fêtes et qu'ils étaient entourés d'élèves de Poudlard. Tout le monde savait pour Arthur, bien sûr, mais en l'absence de nouveaux éléments, ils avaient tous profités des fêtes de fin d'année.

Il n'y eut qu'à l'occasion du Nouvel An qu'elle fit un saut au 12 Square Grimmaurt. Sirius lui ouvrit avec un sourire ravi et affirma que le QG n'était pas pareil sans elle… Il ne fit même pas mine de ravaler ses paroles quand elle renversa le désormais célèbre porte-parapluie. Elle remarqua tout de même que Sirius avait l'air moins enjoué que la dernière fois qu'elle l'avait vu, sans doute à cause de l'approche de la fin des vacances de Noël. Tout le monde sembla, du reste, ravi de la revoir.

- Désolée, je suis un peu en retard… Harry a aimé son cadeau ? glissa-t-elle à son cousin.

- Il semblerait… mais n'en parle pas à Molly, elle croirait qu'on tente de l'encourager dans son projet de club…

- Et ce n'est pas du tout ce que vous faites ? rit-elle.

Remus prit un air innocent et traça une auréole angélique au-dessus de sa tête.

Tonks éclata de rire. Ses deux colocataires lui avait manqué.

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- Bill ?

Le Briseur de sort posa son lourd manteau noir sur une chaise et s'approcha. Nymphadora appréciait beaucoup de parler avec lui. A Poudlard, préfets et fauteurs de trouble ne traînaient pas ensemble, en particulier quand ils n'étaient pas de la même maison, mais depuis le début de l'Ordre, il était celui des membres avec lequel elle pouvait le plus parler de trucs de « jeunes » (même si elle ne l'admettrait jamais devant Sirius).

- Salut, sourit-il d'un air fatigué.

Nymphadora nota qu'il portait un nouvel anneau à l'oreille, depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu.

- Tu arrives tard, fit-elle remarquer. Plus tard que moi, je veux dire, et moi, j'ai le gène du retard…

- Attends que je dise ça à tes parents, rit-il. Non, je donnais un cours particulier d'anglais…

- Et elle est jolie ?

- Tonks !

- Quoi ? dit-elle, hilare. Je me tiens au courant...

- C'est une collègue, balbutia-t-il. Juste une collègue !

- Ca ne l'empêche pas d'être jolie… sauf si bien sûr tu parles d'une Gobeline, dit-elle très sérieusement. Et on sait pertinemment tous les deux de qui on parle.

- Sérieusement… personne ne te pose de question sur ta vie sentimentale…

- Sans doute parce qu'elle est inexistante…

- Qui te dit que la mienne ne l'est pas !?

Par Circé et la grande Morgane, 30 secondes dans la même pièce, et ils se chicanaient déjà ! Ah, l'amitié…

- Parce que moi je ne partage pas mon bureau avec l'équivalent masculin de Fleur Delacour… susurra-t-elle.

Bill regarda autour de lui d'un air effrayé. Aucune oreille Weasley à déplorer.

- Mais ça va pas ! s'exclama-t-il en baissant la voix.

- Si très bien, dit-elle avec un de ses grands sourires espiègles. Et elle ?

- Tonks !

- Mince, Bill, je te demande seulement comment tu gères la situation…

Il fit mine de partir.

- Hé, Bill ! le rappela-t-elle, plus sérieusement. Dingus m'a dit qu'elle patrouillait régulièrement dans l'Allée des Embrumes, la nuit - ce n'est pas très prudent, même pour une fille aussi douée qu'elle. Ouvre un œil, okay ?

Il hocha la tête, l'air un peu perdu.

- Tu as continué d'enquêter sur elle ?

- Elle est clean, cette fille… juste très intéressée par toi … et très peu habituée à ce qu'on lui fasse confiance, si tu veux mon avis.

Cette dernière remarque lui fit froncer les sourcils.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Qu'elle est très jolie, sûre d'elle, et un de ses ancêtres était une créature magique. Elle ne doit pas avoir beaucoup d'amis. Tu sais, c'est la même logique idiote qui fait qu'on ne fait pas confiance aux Métamorphomages et aux loups-garous… on change de forme, et dès que les gens ne sont pas sûrs de pouvoir faire confiance à notre apparence, ils partent. Sois sympa, ne fais pas cette erreur.

- Remus et toi êtes mes amis… bien sûr que je ne vais pas faire cette erreur !

- Alors pourquoi est-ce que tu n'es pas encore tombé sous son charme ? J'en connais plus d'un qui auraient tenté leur chance…

- Déformation professionnel. Je me méfie de tout ce qui brille, dit-il avec un petit sourire.

- Alors va gratter la surface et voir ce qui se cache dessus, dit-elle.

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Ginny avait quitté Hermione et s'approchait d'elle.

- Salut Bill ! dit la benjamine Weasley en forçant un sourire sur ses lèvres.

Son grand-frère ébouriffa ses cheveux pour l'embêter, avant d'aller saluer ses parents. Ginny se laissa tomber sur la chaise à côté de Tonks.

- Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Cho Chang, répondit-elle sombrement.

- A tes souhaits…

- Cho Chang, l'attrapeur de Serdaigle… Harry l'aime bien. J'ai entendu Sirius en parler avec lui.

Ah. D'où l'air renfrogné.

- Qu'est-ce que je suis sensée faire ? dit Ginny, en la regardant comme si elle était le Gardien de la Sagesse Sentimentale en personne.

Nymphadora leva les mains en l'air en signe d'impuissance.

- Je suis tellement mauvaise donneuse de conseils dans le domaine… répondit-elle honnêtement, en s'empêchant de regarder dans la direction de Remus. Demande plutôt conseil à Hermione ou à ton frère…

Elle voulut ravaler ses paroles, mais trop tard. Miss La Gaffe, le retour.

- Ouuuh…Qu'est-ce que Bill a à cacher ? dit Ginny avec un grand sourire.

- Je n'ai rien dit, rien vu, rien entendu, dit Nymphadora avec un clin d'œil.

- Ohhh, roucoula la rouquine. Je vais adorer cette soirée… à tout', Tonks !

Et elle fonça sur son frère, qui se retourna bientôt vers Tonks avec un regard meurtrier.

- Qu'est-ce que tu lui as fait ? dit Remus d'un air amusé, derrière son dos.

Elle leva sa coupe de champagne d'un air mutin.

Remus était vraiment mignon, son verre de lait de poule à la main et l'air gêné de ceux qui n'ont pas l'habitude de faire la fête peint sur son visage. Il faisait vraiment garçon de bonne famille, vieux célibataire et tout ça, mais elle ne l'en trouva que plus attirant. Elle ne voulait pas d'un garçon de son âge. Elle appréciait le charme désuet des vieux garçons, le fait qu'il soit un homme honnête et loyal, un talentueux de la Magie blanche qui s'ignorait. Dommage qu'il ne le comprenne pas encore.

- Aux chamailleries des familles nombreuses, dit-elle. Qu'elles le restent toujours autant.

- Aux chamailleries des familles nombreuses, acquiesça-t-il.

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Le dernier jour des vacances arriva. Les membres de l'Ordre savaient que ça marquait autant la fin des célébrations de fin d'année que de la forme de trêve tacite qui s'était établie entre les deux camps. Nymphadora se proposa d'accompagner Remus, les Weasley, Hermione et Harry dans le Magicobus.

Elle était nerveuse. D'une part, Hermione lui avait fait part de l'inquiétude d'Harry concernant Kreattur et de sa possible escapade. Dumbledore était au courant, mais rien n'indiquait que l'elfe les ait trahis. Ensuite, elle savait que le Directeur avait demandé à Rogue de donner des cours d'Occlumencie à Harry, et ça ne présageait rien de bon. Elle avait étudié cet art dans sa formation d'Auror : elle n'était d'ailleurs pas si mauvaise, mais son apparence physique trahissait souvent trop ses émotions. Comme elle l'avait dit à Sirius, Harry allait passer de sales moments.

Au moins, Arthur était sur pieds, les jeunes étaient de retour à Poudlard et Molly lui avait rendu sa chambre, se dit-elle en rentrant avec Remus de Pré-au-lard.

Quant à Sirius… il était redevenu lui-même. Il broyait du noir. Il insista pour ranger les décorations de Noël le soir du départ des Weasley.

- Mais ça donne une note joyeuse à la maison, Sir'… protesta-t-elle.

- Je pensais que toi, entre toutes, saurait faire la part des choses entre apparences et réalité.

Elle haussa les sourcils, refusant de lui montrer qu'il l'avait vexé, et monta enlever les bonnets de père Noël des elfes de maison empaillés.

- Il ne voulait pas dire ça, dit Remus.

- Bien sûr que si. Il préfère blesser les gens que montrer qu'il est blessé. C'est une réaction pas très saine mais je la comprends parfaitement.

- Il n'aurait pas dire ça.

Elle se retourna vers lui. Il était debout, les bras pleins de guirlandes, à côté de la chaise qui allait lui permettre d'enlever le dernier vestige de l'ambiance festive, le bouquet de gui qu'ils avaient suspendus au lustre du bas de l'escalier.

Remus l'évitait un peu, ces derniers temps, elle n'était pas idiote. Il se sentait mal à l'aise en sa présence. Elle ne voulait pas risquer de le faire s'enfuir complètement.

Mais c'était bien trop tentant.

Alors elle se pencha doucement, et l'embrassa pile sur la commissure des lèvres, à moitié sur la bouche, à moitié sur la joue, ni trop près pour qu'il ne recule pas, ni trop loin pour qu'il saisisse son intention.

Le coin des lèvres. Une aire géographique qui le ferait réfléchir toute la nuit et se demander si elle avait vraiment voulu l'embrasser là. Des mois après, elle prétendrait encore que c'était le cas – que sa maladresse naturelle n'avait absolument rien à voir avec ça.

- Bonne nuit, Remus, dit-elle avec un petit sourire satisfait, avant de monter se coucher.

Elle l'observa en montrant les marches. Il semblait en état de choc – avait-elle eu l'intention de faire ce qu'elle avait fait ou était-ce un accident ? semblait dire son visage. Il avait toujours été très rationnel. Mais elle aurait bien aimé qu'il se pose moins de question et réponde à son baiser, comme elle était sûre qu'il aurait voulu le faire.

Remus releva la tête. Mais Nymphadora avait déjà disparu dans les étages.

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Percy fixa d'un regard vide les dossiers qu'il avait encore à traiter.

Les voisins du dessous recevaient des amis à dîner. Depuis combien de temps est-ce que ça ne t'es pas arrivé ? Ah, si, il y avait eu le bal de Noël au Ministère… Mais chez toi ? répéta la petite voix qu'il avait de plus en plus de mal à faire taire.

Il alluma la bouilloire et revint s'installer sur son bureau en chêne massif, devant l'écritoire en cuir, et prit sa plume (achetée un Gallion !). Est-ce vraiment nécessaire de faire une liste de tes achats ? Tu ne crois pas que tu essaies de te convaincre que ça en valait le coup, plus qu'autre chose ?

Silence ! pensa-t-il.

Non, il ne regrettait rien. Non, passer Noël seul, parce que Pénélope commençait à en avoir marre de ne plus le voir et qu'elle avait décidé que cette année, elle ne l'inviterait pas à passer Noël chez elle (dommage, son oncle était sous-président du Magenmagot, ils auraient pu avoir une conversation enrichissante…), n'était pas moins bien que passer le Noël au Terrier.

Certes, ses cadeaux étaient pour la plupart des cadeaux de clients qui manquaient de personnalité, mais ça restait de beaux cadeaux. Les paquets originaux et souvent faits main par les jumeaux, Ginny et ses autres frères ne lui manquaient absolument pas. L'ambiance chaleureuse du Terrier était désagréable, après tout… il n'avait jamais pu travailler dans le brouhaha perpétuel de la petite maison. Au moins, dans ce grand appartement londonien, c'était silencieux. Même quand les voisins recevaient leurs amis à dîner. Ca restait le bruit de conversations civilisées et mondaines, de tintements de flûtes de Champagne, non de gnomes qui se bagarrent, de goule enrhumée et d'inventions bizarroïdes signées Fred et George.

Et puis, passer Noël seul, ça signifiait qu'il n'était plus le dindon de la farce quand les jumeaux s'y mettaient, qu'il pouvait choisir le menu et le programme de la soirée…

Non, vraiment, il avait passé un très, très beau Noël.

Menteur, dit la petite voix dans sa tête.

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