NB : Bon, du coup, je mets un peu de tout dans ma fiction 8D vous me pardonnerez, mais soudain, ça m'a paru terriblement logique. Dites-moi ce que vous pensez de cette petite virée sur Mars, si cela vous paraît tenir debout. La bise, wsh.

Jour 368 :

« 358é jour, la situation est stable depuis un bon moment… Que te dire de plus, Bellamy ? J'espère que vous avez au moins pu avoir des nouvelles du bunker et que ma mère va… bien. J'ai peur que le jour où tu me répondras enfin, ce sera pour me dire qu'il n'y aucun espoir que vous redescendiez sur Terre et que le bunker a été dévasté par des querelles intestines. Je… Je crains le pire, toujours. Parce qu'on n'a pas été habitué à voir les choses autrement. »

Bellamy colla ses index sur ses tempes, qu'il commença à masser en un lent mouvement circulaire, afin de tenter d'apaiser la pulsation effrénée d'une migraine née de l'écoute prolongée des messages. La voix de Clarke se mélangeait à présent avec celles d'Octavia et de Raven, tant les nouvelles apportées au cours de ces derniers jours avaient été pour le moins… fracassantes. Le tout – un curieux mélange de craintes pour l'avenir, pour les autres - prenait soudain des airs alarmants de début d'incendie ; même si la jeune blonde était en vie, en bas, et semblait tirée d'affaire, Bellamy sentait que les soucis commençaient à s'accumuler au-dessus de sa propre tête. L'annonce de Raven semblait avoir éveillé en lui une sorte de méfiance innée à l'égard de ce domaine mystérieux qu'était l'espace ; l'Arcadien se sentait récalcitrant, rien qu'à l'idée de quitter la station pour partir… vers… un inconnu plus que total.

Mais n'avait-il pas déjà relevé le même défi par le passé ?

Quand il était descendu sur Terre pour la première fois, il aurait très bien pu y mourir avec tous les autres – ce n'étaient pas les pièges qui manquaient - ; même s'ils étaient tous enfermés dans une sécurité plutôt illusoire, était-ce réellement le moment de se colmater dans ce genre d'inquiétude ?

Jouer le tout pour le tout. Encore. Son esprit renâclait davantage que par le passé devant les risques à prendre.

Toutefois, Bellamy parvenait à se rappeler distinctement qu'il avait eu une véritable raison de partir avec les 100 ; le bien-être d'Octavia lui importait plus que tout. Mais aujourd'hui , sa petite sœur était encore en danger et la seule aide indirecte qu'il pourrait lui apporter serait de… ramener une obscure descendance Martienne sur Terre ?

Bellamy pencha la tête, l'appuyant contre son poing fermé ; il se sentait littéralement épuisé.

A chaque fois qu'il avait tenté de se mettre au lit, les mêmes questions étaient venues le tourmenter.

[Comment ? Pourquoi ?]

Le tout formait un leitmotiv aberrant, qui l'oppressait à chaque instant de la journée.

Le jeune homme songea, avec amertume, que l'angoisse avait visiblement pris le pas sur sa dépression. Tant mieux. Même si cet état de constante nervosité lui portait sur les nerfs.

Sa seule pensée réconfortante restait Clarke, Clarke qu'il imaginait bien en vie au travers des monologues de cette dernière vivante et ignorant tout des questionnements qui mettaient en jeu l'avenir de l'humanité.

Soupir.

Quel problème redondant que celui-ci. Atrocement complexe, aussi.

Bellamy tourna les yeux vers Raven, l'attention à peine retenue par les messages que continuait à débiter Glad de sa voix de vieille conserve creuse :

« C'est de la folie. » dit-il enfin, contemplant entre ses paupières entrouvertes le visage austère de la technicienne

« Quoi donc ? »

Elle reposa sur son bureau la lentille optique qu'elle était en train de trafiquer et se tourna vers l'Arcadien avec une moue perplexe :

« Tu veux parler du Voyage ? »

« Oui, de quoi d'autre voudrais-tu que j'parle hein ? »

Bellamy enfouit son visage entre ses mains, massant de plus belle ses tempes, qu'il sentait raides et prêtes à laisser imploser la migraine :

« C'est même totalement ridicule. Personne ne pourrait survivre tout seul, comme ça. »

« C'est un pari totalement fou, je sais… Mais Glad a calculé le temps qu'il faudrait à des moteurs à poussée moyenne pour atteindre Mars : 6 mois, Bellamy. Je te rappelle qu'on a rien à perdre. » reprit Raven, reprenant négligemment son travail

« Et pour la navette ? T'as bien dit que l'Anneau ne bougerait pas d'un poil. Et sans elle, comment revenir ? »

« Tu radotes, là. Chaque chose en son temps, mais sois sûr que je trouverais une solution à ça. »

L'Arcadien releva le visage et contempla longuement la jeune femme ; depuis qu'il la connaissait, il n'avait jamais mis en doute les connaissances de cette dernière. Tout comme lui, elle était l'un des piliers du groupe, et si elle disait qu'elle allait trouver une solution… c'était qu'elle était encore portée par l'adrénaline de la découverte, qui allumait dans son regard la flammèche d'une fièvre nerveuse.

Les yeux du jeune homme continuèrent à errer sur le profil concentré de Raven et il perçut chez elle cette fatigue inlassable, qui ressemblait tant à la sienne. Les lèvres boudeuses de la jeune fille étaient ornées d'un demi-sourire, laissant entrevoir la joie que lui procuraient toutes ces découvertes. Raven était définitivement dans son élément.

« Raven, tu es crevée… »

Il sentit que son propre ton devenait implorant, comme s'il pouvait espérer la détourner de son projet en la poussant au sommeil. Mais la technicienne se contenta de hausser une épaule, farfouillant dans une caisse placée sur son bureau pour en sortir un tournevis :

« Au contraire. Toute cette agitation me fait un bien fou. Je… Ce défi. Ce voyage dans l'espace… ça me motive davantage que tout le reste. Imagine ce que nous pourrions trouver au bout du voyage… Des hommes qui nous aideraient. Reconstruire avec eux. Vivre avec eux sur Terre. L'Humanité retrouvée et florissante. »

Bellamy resta un instant silencieux, avant de reprendre :

« Donc, pour toi, c'est un pari qui en vaut la peine ? »

« Totalement. Je serai même prête à y aller moi-même. »

Il aurait dû s'en douter ; elle ne céderait pas facilement. En l'écoutant parler, Bellamy envia la ténacité de la jeune femme : l'idéal qu'elle s'était construit semblait aussi solide que celui de Jaha et l'appréhension faisait flotter un éternel sourire sur ses lèvres poupines. Son teint hâlé par la vie sur Terre avait fini par perdre de ses couleurs et ses traits étaient tirés par l'épuisement, mais elle semblait, plus que jamais, attachée à réaliser ce projet qu'elle s'était elle-même forgé, en éternelle hyperactive :

« J'ai lu les premiers rapports envoyés de Mars. Ils témoignent tous d'une vie possible hors de notre planète. Et ça, c'est parlant. Ils ont envoyé des photos, sur lesquelles on voit une végétation luxuriante se développer. Des enfants jouent dans la poussière rouge. C'est plutôt… magique. » reprit-elle, concentrée sur son travail

Au fil des mots de Raven, Bellamy se rendit soudain compte d'un fait gênant ; il sentait que son regard s'accrochait davantage qu'avant au profil courbé de la jeune fille, allumant un étrange sentiment dans le creux de ses entrailles. L'Arcadien se demanda alors, avec lassitude, depuis combien de temps il n'avait pas serré un corps contre le sien ; sa dernière étreinte lui semblait remonter à une décennie, comme si son corps décidait brutalement de se rappeler à lui dans ses besoins les plus primitifs.

Le tout formait une brutale contradiction avec sa fatigue, ce qui lui fit détourner le regard avec empressement. Il mit cette sensation sur le compte de l'épuisement, qui troublait déjà bien assez ses idées en temps normal… Mais Raven continuait inlassablement de parler – l'impatience rendait son débit précipité et légèrement hâché - et le jeune homme ne parvenait plus à saisir le fil de ses arguments. Parfois, quelques mots émergeaient du brouillard contemplatif dans lequel il se trouvait plongé, terraformée, air, colons-très-zeureux, etc, qui naviguaient difficilement dans les eaux troubles de son esprit.

Bellamy finit par se forcer à se lever, tentant de reprendre ses esprits en faisant quelques pas. Ce n'était absolument pas le moment de penser à ça.

« Tu m'écoutes, Bellamy ? » demanda Raven, le sortant brutalement de sa réflexion

« Ouais, ouais, ne t'inquiète pas. C'est juste que je me sens vraiment lessivé. »

Il inspira profondément et se tourna vers la jeune fille ; ses pensées continuaient à suivre leur propre chemin. Soudain, elles étaient omniprésentes, vissitudes de l'esprit humain qui se voulaient obsessionnels, rappelant au corps ce qu'il lui manque avec une brutalité d'enfant trop gâté :

« Bon. Si je t'ennuie, tu peux aussi le dire clairement. »

La voix de Raven le tira de nouveau hors de sa réflexion et il tourna un regard brumeux vers la jeune femme :

« C'est pas ça, Raven, ça doit faire une semaine que je n'ai pas eu une nuit satisfaisante. Il y a toujours quelque chose qui me réveille. Et il faut avouer que ton annonce n'a guère amélioré la situation. J'ai l'impression de naviguer en plein cauchemar. »

La technicienne lui jeta un coup d'œil attentif, avant de se lever à son tour. Elle se rapprocha de lui, les yeux plantés dans les siens :

« Je comprends. C'est déjà bien que tu sois sorti de ton mutisme, mais tu en fais trop je crois. »

La remarque arracha un sourire à Bellamy, qui passa sa main dans ses cheveux bouclés :

« Je te retourne le compliment. On a tellement été… bourré de soucis ces derniers temps. C'est assez neuf, après le temps d'accalmie auquel on a eu droit. »

Raven resta un instant silencieuse, avant de poser sa main sur son bras, en un geste qui se voulait rassurant :

« Va prendre un peu de repos, dans ce cas. »

Un léger frémissement parcourut Bellamy lorsqu'il sentit la chair tiède de la technicienne frôler la sienne. Ce contact lui faisait du bien. Il laissa le silence planer entre eux un petit moment, étrangement gêné par le poids de la main féminine sur son bras, ce qui le poussa à se rappeler l'expérience qu'ils avaient partagée alors que Raven était en plein trouble émotionnel, cette nuit bizarre dans la tente – alors qu'il se prenait encore pour le Roi -, et un sourire un peu honteux s'afficha sur ses lèvres. Après un an de contacts limités, il sentait que sa chair, son corps, désiraient quelque chose de précis, pour se remettre en route et ce sentiment de frustration créait une vague impression de culpabilité, qui s'esquivait dès qu'il cherchait à la saisir.

Raven, de son côté, semblait elle aussi bloquée dans un instant d'intense réflexion – ou de brumes sans fond -, le regard attaché au visage de son vis-à-vis.

Puis, lentement, très lentement, elle se haussa sur la pointe des pieds et l'embrassa.

La pensée fugace de Clarke lui traversa un instant l'esprit, mais lorsque la chaleur des lèvres de la technicienne se fit plus pressante, Bellamy entoura son corps frêle de ses bras, pour lui rendre son baiser.

Dans son dos, Glad continuait de faire tourner en boucle le dernier message reçu :

« Bellamy, c'est Clarke, je vais bien… »

« Bellamy, c'est Clarke, je vais bien… »

« Bellamy, c'est Clarke, je vais bien… »