Une petite review ne se refuse pas :)
Chapitre 10 :
Je me rendais compte que ma présence avait son réel impact sur le groupe. Peut être pas de manière nocive, mais il était là. Et tôt ou tard, cela se ferait sentir. Oui, je m'en inquiétais plus ou moins depuis le début. En vérité, j'avais peur pour notre futur. Même si j'ignorais si il changerait à cause des détails futiles qui me préoccupaient. Mais ils avaient leur importance. Comme Jecht et la mésaventure du shoopuf. Tidus m'avait parlé du récit d'Auron d'un air si détaché que j'en avais ri. Mais maintenant, il m'inquiétait. Ce n'était sans aucun doute par la faute de ma présence anormale que Jecht ne s'était pas retrouvé sous l'influence de l'alcool à agresser un shoopuf. Il s'était juste contenté de me suivre comme un gamin. Chose dont j'étais responsable. En effet, je l'avais monopolisé une bonne partie de la nuit, afin de me vider un peu la tête à parler de tout et de rien. Si bien que le lendemain, nous ne furent debout que quelques minutes avant Braska. Donc bien en retard, ce qui ne laissa en aucun cas le temps au barbu de se saouler. Certes, s'était peut être mieux ainsi, mais ce n'était pas comme cela qu'aurait normalement dû se dérouler la traversée du lac. Sur le moment, cela ne m'avait pas frappé. Mais là, cela m'angoissait.
C'est donc sans rien dire, soucieuse, que je marchais, la mine fermée, au côté des trois hommes. En direction des larges portes de Guadosalam. Comme si je n'avais pas assez de problèmes. Ils me collaient à la peau. Oui, j'avais peur des Guados. J'avais peur de cette ville écœurante de luxure, j'avais peur de l'écrasante puissance de l'Au Delà. Et plus que tout j'avais peur du jeune maître qui grandissait dans les murs du palais. Bref, je nageais dans les ennuis. Ennuis que personne ne pouvait comprendre, une fois de plus, parce que je n'étais de un, pas sensé connaître le cours « normal » des choses, et de deux, connaître Seymour. J'aurais dû demander à Yuna de formater ma mémoire, au passage. Cela m'aurait évité bien des lamentations et désagréments.
- Tu vas voir crevette, les Guados, c'est comme les shoopufs, me lança joyeusement Jecht en passant un bras sur mes épaules. Ça fait peur au début, mais c'est cool.
Curieusement, la proximité qu'il m'imposa m'agaça profondément. Et mon espace vital, il en faisait quoi ? Ma réaction interne me surprit malgré moi. Il n'était pas dans mes habitudes de refuser un contact amical. Mais là, mes nerfs en pelotes ne devaient pas m'aider.
- Arrête de te la jouer, Jecht, soupira Braska, l'air blasé. Les Guados, c'est comme les shoopufs, tu fais genre, mais en fait t'en as jamais vu.
- Mais tais toi, tu grilles ma couverture, s'énerva Jecht.
- T'as pioché toutes tes infos dans le peu de livres que t'as été capable de lire, c'est pas de ma faute, rétorqua Braska, amusé.
Le grand brun grimaça, et j'en profitais pour me dégager. Adressant un sourire à mon oncle, je me laissais distancer. En retrait, j'avais l'impression d'être plus au calme avec moi même. Mon brusque changement d'humeur ne s'expliquait pas, pour moi. Je ne me l'expliquais pas. Et cela me frustrait. Lors de la traversée, pourtant, j'avais été proche des trois hommes. Mais après une nuit de sommeil à me rendre compte que quelque chose clochait, j'étais nerveuse à leur contact. Le seul que j'aurais souhaité avoir près de moi en ce moment était Auron, mais ce dernier m'ignorait royalement. Et je ne savais pas pourquoi. Et cette situation commençait déjà à me peser. Peut être était ce juste parce que j'avais surpris son regard. Je le savais facilement vexé quand on perçait ses grosses lunettes noires. Mais alors bon sang, aimer quelqu'un qu'on ne peut même pas regarder, c'était plus que chiant.
J'étais mal à l'aise. Mal à l'aise d'être là, comme une idiote, à ne pas savoir quoi regarder si ce n'est mes pieds, devant les larges portes de Guadosalam. Mal à l'aise d'être proche de ses hommes dont j'allais bouleverser le futur. Surtout celui d'Auron. Parce que j'avais la ferme intention de le sauver. Et vivre sa vie vivant plutôt que mort, ça devait être un sacré changement. Et j'étais mal à l'aise de devoir sourire pour faire bonne figure, alors que je savais que dix ans plus tard, j'allais revenir pour tuer le seigneur de la ville. Charmant. Je ne pris cependant pas plus de temps pour dresser la liste de ce qui me gênais, car les grandes portes s'ouvrirent avec une vitesse telle que je crus mourir d'ennui devant leur lent grincement. Je lâchai un énorme soupir quand nous pûmes enfin entrer, et c'est avec un entrain des plus fou que je mis un pied sur les pierres de la ville de Guadosalam. Et ça me déplaisait déjà. Les passants tournaient la tête vers nous pour nous adresser des sourires et des regards admiratifs. Plusieurs maisons et échoppes dominaient les rues sinueuses à l'architecture curieuse, laissant entrevoir le palais, plus loin.
- Maître Invokeur !
La voix doucereuse à ma gauche me fit immédiatement tourner la tête. Je la connaissais pour la haïr encore plus que celle de Seymour. C'est dire. Tromell nous regardait, ses petits yeux perçants vissés sur Braska. Son corps qu'un humain pouvait dire difforme n'avait pas changé. Son visage, toujours aussi laid, et surmonté de cette affreuse pilosité broussailleuse que j'apparentais à du lichen. Ses longs doigts croisés en signe de respect me firent pâlir. Je n'aimais vraiment pas cet homme. Je le trouvais encore plus faux que son maître. Une vrai plaie.
- Bienvenue à Guadosalam, reprit-il en s'inclinant. Je me ferais un honneur de vous guider si jamais vous en avez le besoin.
- Merci de votre accueil, lui répondit chaleureusement Braska. Et votre aide est la bienvenue. Nous allons resté ici pour la nuit, alors si vous pouviez nous indiquer une auberge.
Le Guado hocha la tête et nous fit signe de le suivre. Je ne savais pas si il nous attendait ou si il passait juste par là, mais une chose était sûre, je me serais bien passer de lui. Nos relations n'avaient pas été terribles dans le futur. D'accord, nous avions tué son maître, et alors ? Il n'allait pas nous en faire une montagne ! Et bien si, et le fait qu'il ait voulu notre mort parce que nous avions stoppé un criminel me restait en travers de la gorge. Et puis il avait cette voix que je détestais. Mielleuse. Mais pas de la même manière que celle de Seymour. Elle sonnait faux. Elle ne lui allait pas.
C'est donc avec un air autant dégoûté que haineux que je suivis mon groupe jusqu'à un bâtiment assez chaleureux. Devant lui, plusieurs hommes, joyeux et peut être un brin éméchés, patientaient en rigolant. Je trouvais cela apaisant. Au, nous allions pouvoir nous reposer. Mentalement, j'allais pouvoir me reposer. Certes, nous n'avions pas marché beaucoup aujourd'hui, mais n'ayant presque pas dormi avec la traversée, il était plus prudent pour nous de nous arrêter. Et moi, j'avais grandement besoin de faire le point. Tromell nous abandonna avant que je ne lui saute à la gorge, et je pus enfin me retrouver confronter à moi même. Pour une fois, même Jecht ne me posa pas de question. Peut être que l'absence de sourire sur mes lèvres et le visage fermé que je maintenais l'en dissuadaient. Mais un regard assez inattendu de la part d'Auron me fit sourire intérieurement. Son air à demi inquiet me réchauffa le cœur.
ooo
J'avais pensé à une fois de plus écrire une lettre inutile à Lulu, qui allait finir déchirée par la fenêtre. Mais étrangement, cette idée ne me parut pas vraiment réconfortante. Allongée sur mon lit, comme j'avais eu l'habitude de l'être durant un an, je regardais le coussin pauvre en plume sur lequel je reposais. La chambre était médiocre. Pas très luxueuse, mais assez confortable pour s'y sentir bien. Mais je ne m'y sentais pas sereine. Résolue et soupirante, je me levai, décidée à cesser de broyer du noir. Qu'on se mette d'accord, ça ne servait à rien. Et je devais arrêter tout de suite. J'étais là, j'étais là. Je n'y changerais rien, et j'allais tout faire pour m'y faire ma place.
Dans un élan de courage, je poussai la porte du bout des doigts, avant de disparaître dans les couloirs. Me fichant un peu de ce que pouvaient faire les autres, je pris la décision d'aller faire un tour. Mais pour faire quoi. Aller casser les dents à Tromell ? Cette idée me parut des plus délicieuses, et je dus me retenir pour ne pas exécuter ma penser. Non, au lieu de cela, je sortais juste de l'auberge, pour allé déambuler dans les rues sans but précis. Malgré sans étroitesse apparente, la ville était grande. Je le savais pour y être déjà venue. Pour y avoir déjà patientée, attendant le retour de Yuna. J'avais repéré toutes ces ruelles menant à d'autres, serpentant autour de la place centrale. Guadosalam était une grande ville, bien qu'elle n'en ai pas l'air. Et les chemins semblaient fait sur un arbre géant. Noueux, ils s'entrecoupaient, mes habitations en étaient presque déformées. Et pourtant, elles étaient nombreuse. Autant que les visages dans ces rues. Marchant calmement, je regardai juste le décor du lieu, sans même me préoccuper de là où j'allais.
- Oh, mademoiselle le gardien !
Je lui casse les dents ou pas ? Ce Guado collant et ignoble était à mes trousses ou quoi ? Et oui, aux hasards de ces petites rues, j'étais retombée sur Tromell. Que je haïssais par dessus tout. J'aurais pu le tuer, là, tout de suite, maintenant. Je dû me mordre les lèvres pour retenir mes gestes.
- Vous allez bien ?me demanda alors Tromell, voyant que quelque chose clochait dans mon attitude.
J'ai plutôt votre tête dans l'angoisse.
Je voulais le tuer. J'allais le tuer. Je ne m'expliquais pas cette haine sauvage et soudaine. Il n'avait qu'à pas être comme ça. Mais contre ma propre volonté, je lui adressai un sourire pincé, et optai pour la diplomatie. Dieu me protège.
- Parfaitement, lui assurai-je.
Le Guado me jaugea, et allait parler, mais je décidai de lui griller la priorité, peu désireuse de l'entendre.
- Dites, le jeune maître Seymour est bien ici ?demandai-je le plus naturellement du monde.
C'est tout ce que j'avais trouvé pour me distraire. Demander des nouvelles de Seymour. Et plus exactement, savoir ce qu'il était à cet époque. S'il était déjà fou à lier ou s'il avait encore un minimum de lucidité. Cela dit, j'en doutais.
Mais ma question ne sembla pas bien placée pour mon interlocuteur, qui m'adressa un regard des plus noir.
- Les affaires du maître ne vous regardent pas, siffla-t-il, venimeux.
Au moins, comme ça, on se détestait tous les deux. Je fus néanmoins étonnée de l'agressivité de ses propos. Ma question n'était pourtant pas menaçante. Et je fus encore plus surprise quoi que pas mécontente lorsqu'il tourna les talons. Je ne lui avais peut être pas cassé les dents comme prévu, mais au moins, je l'avais éloigné de moi. Mieux valait pour lui.
C'est donc l'air plutôt léger que je repris ma balade à travers les rues. Je ne m'inquiétais même pas de savoir l'heure qu'il était. Je savais juste que la fraîcheur de l'extérieur me faisait du bien. Elle me détendait plus que je l'aurais pensé. Un sourire aux lèvres, je bifurquai donc joyeusement vers un chemin en hauteur qui me fit penser à un tronc brisé, un peu comme celui menant vers l'Au Delà. Ce que je n'avais en revanche pas prévu, c'est que mon super chemin était vraiment brisé. Au bout. Et rêveuse comme je l'étais en ce moment, trop occupée à conserver ma bonne humeur fragile, je ne m'en rendis compte que trop tard. Lorsque je me sentais tomber dans le vide. Et vu la distance non négligeable entre mon chemin et le sol, la chute risquait d'être rude. Impuissante, je me sentis plonger en avant. J'agitai un instant mes bras dans l'espoir de me rattraper, lâchant même un glapissement. Et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je sentis une poigne ferme enserrer mon poignée tremblant, me retenant en équilibre au dessus du vide.
- Doucement, me lança une voix masculine.
Une voix douce. Mais une voix que je jurais avoir déjà entendu, bien que le timbre me paresse moins adulte.
Avant que je ne puisse me poser d'autres questions, je me sentis tirer vers le haut, jusqu'à pouvoir agripper le bord de la route casser. Me hissant avec difficulté, je me tortillai de manière peu gracieuse jusqu'à être enfin hors de danger.
- Va falloir installer des panneaux ou je sais pas, grommelai-je en me passant une main sur le visage.
- Oui, ce serait peut être judicieux, avoua mon sauveur, visiblement en face de moi.
Et sans doute un peu au dessus, vu que j'étais accroupie. Mon cœur de nouveau en état de marche, je décidais de me lever, et en même temps d'observer la personne m'ayant tiré du vide. Et ce que je vis me cloua sur place. J'avais peut être un don pour attirer les personnes que je cherchais. Sauf que tout bien réfléchit, celle ci, je m'en serais volontiers passé. Mes yeux n'arrivaient d'ailleurs pas à se dévisser de ce qu'ils voyaient. Il aurait été stupide que je nie la cruelle beauté de son visage, ou la douceur presque incroyable de son sourire. Ses cheveux bleus plus que rebelles flottaient autour de sa peau porcelaine, bercé par la brise légère. Ses yeux félins entièrement portés sur moi semblaient littéralement me percer, sans agressivité. Et cette musculature fine déjà développée pour laquelle certaines se seraient damnées. Seymour. Qui malgré l'âge qu'il devait avoir faisait ma taille.
- Qui es tu ?me demanda-t-il finalement, me voyant sur pied.
Sa voix me semblait presque rassurée. Ce que je crus impossible de la part de Seymour. Même dix ans plus jeune. Malgré cela, il ne me faisait pas vraiment le même effet que la première fois que je l'avais vu. Ses paroles n'étaient pas aussi écrasantes. Rien qu'à ces quelques mots, elles semblaient plus sincères.
- Rikku, murmurai-je. Gardien.
Ce fut tout ce que je pus lâcher. La vérité était que je ne voulais pas lui parler. Je ne le pouvais pas. Il m'avait fait trop peur. Il nous avait fait trop de mal. Je le détestais. Pas comme Tromell, mais je n'en étais pas loin. J'aurais peut être préféré tomber et me faire mal, plutôt qu'il me rattrape.
- Enchanté, me répondit-il en me tendant une main. Je suis Seymour. Mais ça tu dois le savoir. Tout le monde sait qui je suis. Même avant moi.
Mon cœur rata un battement. Ce n'était pas notre Seymour. Cela ne pouvait pas être notre Seymour. Jamais il n'aurait parler de lui avec un air aussi peiné. Pourtant, une certaine douleur se lisait sur ses traits, alors qu'il reposait sa main, voyant que je ne la saisissais pas. J'en étais bien incapable. A ma grande surprise, pas juste parce que c'était lui. Mais aussi parce qu'il ne me semblait pas être lui. J'étais intriguée.
- Tu es gardien de l'Invokeur qui vient d'arriver, n'est ce pas ?tenta-t-il en plantant ses yeux dans les miens.
- Oui, grinçai-je, sourcils froncés.
- Tu es bien curieuse, lâcha-t-il.
Sa réponse me surpris un peu plus. Je ne voyais pas en quoi j'étais curieuse. C'était plutôt lui, l'étrange, dans cette histoire.
- Pourquoi ?lui demandai-je ne me détendant un peu.
Il ne ma paraissait pas vraiment dangereux. Malgré le fait qu'il soit Seymour, il ne me semblait pas dangereux. Peut être avais-je tort, mais je relâchai mon expression crispée de défense. Après tout, maintenant que j'étais tombée sur lui, autant savoir ce qu'il était.
- Et bien, me répliqua le jeune homme. Quand je tends la main à une fille, ce qui est déjà rare, d'habitude, soit elle n'ose pas la prendre et manque de fondre, soit elle me sourit bêtement en la frôlant. Mais toi, tu n'as rien fait.
- Et bien conclus en que je ne suis pas une fille comme les autres, répliquai-je, mon audace reprenant le dessus.
Ma réplique sembla l'amusé, et un sourire plus large encore se dessina sur ses lèvres. Je ne savais pas vraiment pourquoi, j'eus un mouvement de recul. J'avais pris le risque de lui répondre et j'en étais consciente. Et je ne pouvais pas vraiment m'en débarrasser maintenant même si il devenait menaçant. Cela aurait bousculé d'un peu trop près le futur. Mais je n'aimais pas du tout la manière dont Seymour me regardait. Pas du tout. Même si ce n'était pas agressif ou même vicieux, c'était autre chose. Autre chose que j'aimais encore moins. Je ne savais même pas pourquoi.
- Alors dis moi, toi qui n'es pas comme tout le monde, reprit Seymour, sans se formaliser de mon brusque changement. Cela te plairait il que je te reconduise à la grande place ?
