Je te dresserai !
Finalement au lieu d'attaquer le prochain chapitre de « A bord du Black Steel » (à ce sujet, Madoka, il y a un message pour toi à la fin), j'ai repris cet OS que j'avais commencé il y a longtemps et laissé en plan (au point qu'il avait même failli finir à la poubelle). J'avais envie d'écrire une schoolfic, mais j'hésitais entre plusieurs scénarios.
Disclaimer : les personnages appartiennent à CLAMP !
AN : Dans cet OS, j'utilise un nouveau thème, celui de « l'animal qui défend son territoire contre l'intrusion d'un autre ». Comme d'habitude dans cette série le thème sera développé deux fois, mais avec une particularité : le second OS sera la suite du premier.
L'histoire se déroule dans le genre de lycée pour riches qu'on retrouve si souvent dans les mangas. Le nom du lycée renvoie au monde d'Ôto, car comme dans le manga, c'est un endroit rétro mêlant style occidental et japonais, avec des cerisiers.
L'uniforme est inspiré de celui que portent Sakura et Shaolan sur la couverture du tome 15 (qui est aussi celui de Holitsuba).
Résumé : UA, Kurogane intègre un lycée sélect et devient vite la bête noire du conseil des élèves, chargé de faire respecter la discipline, auquel appartient un certain blond…
Le lycée Ôto
Ce matin d'avril, Kurogane avait un mauvais pressentiment, en arrivant devant la majestueuse grille en fer forgé du lycée Ôto. Dorénavant, il serait élève en troisième année, de ce célèbre établissement privé accueillant les garçons de familles prestigieuses.
Ses parents n'avaient jamais appartenu à cette catégorie. Ils avaient été des gens ordinaires dans leur position sociale mais extraordinaires dans leurs qualités humaines. Hélas un accident leur avait ôté la vie quelques années plus tôt. Kurogane avait alors été recueilli par sa tante maternelle, Mme Daidoji, mariée au président d'une grande entreprise.
Elle était de nature assez exubérante, mais très gentille avec lui. Son mari était beaucoup plus effacé, très pris par son travail. Il avait peu de temps à accorder à ses deux filles et à son neveu.
L'ainée, Amaterasu, une beauté sérieuse et calme, faisait des études de management pour succéder à son père. C'était avec Tomoyo, beaucoup plus espiègle, que Kurogane s'entendait le mieux. De deux ans sa cadette, avec sa chevelure brune ondulée et ses yeux violets, elle lui évoquait tant sa défunte mère. Sa gaité, ses taquineries, le désir qu'il éprouvait de la protéger comme une petite sœur… tous les éléments l'aidaient à surmonter la perte de ses parents.
Malgré tout, cette blessure était loin d'être cicatrisée. Lui qui avait été un enfant si joyeux, était devenu un adolescent à l'attitude dure et renfermée, voire agressif.
Et cela était encore exacerbé par les contraintes de son nouveau mode de vie. La société mondaine impliquait d'entrer dans un moule pour lequel il n'était pas fait : les manières ce n'était absolument pas pour lui !
Alors les rapports avec son oncle étaient bien souvent tendus… En plus Mr Daidoji était inconsciemment jaloux de la prestance naturelle de son neveu. À sa grande taille, Kurogane ajoutait un corps admirablement musclé par la pratique intense d'arts martiaux. Il dégageait une puissance et un charisme, qui faisait tant défaut à Mr Daidoji et ce dernier avait le désagréable sentiment d'être diminué en sa présence.
Récemment, deux événements avaient compliqué la situation.
Tout d'abord alors qu'il accompagnait Tomoyo dans son shoping, ils avaient croisé un groupe d'adolescents du voisinage. Ces derniers avaient traité la jeune fille, dont Kurogane portait tous les sacs, de « Princesse et son chien de garde ! ». Malgré l'interdiction de sa cousine, il avait pris les garçons au mot, se comportant comme tout chien quand il défend sa maitresse... Leur causant au final plus de peur que de mal, car Kurogane ne tapait pas inutilement sur ceux qui ne savaient pas se battre. Mais cela faisait un moment qu'il voulait leur donner une leçon à ces types qui passaient leurs journées à trainer, en profitant de l'argent de leurs parents. Ils lui faisaient penser à des chiots de luxe, qui inconscients du danger, s'attaquent à un molosse, avant de fuir la queue entre les jambes. Leurs parents avaient immédiatement blâmé les Daidoji pour le comportement inadmissible de leur neveu.
Le deuxième était d'un tout autre genre et avait eu encore plus de répercussions.
C'était par l'intermédiaire de Kurogane, qu'Amaterasu avait rencontré Soma, une brune énergique et sexy, d'origine indienne, appartenant à son club de kendo. Les deux jeunes filles s'étaient très bien entendues… au point qu'elles avaient fini par sortir ensemble !
Mr Daidoji en voulait à Kurogane, non pas de les avoir présentées (il ne pouvait pas deviner après tout) mais qu'au moment où il avait compris la tournure de la situation, il n'ait pas essayé de les arrêter !
Le jeune homme aussi avait été choqué, car s'il s'était rapproché de Soma c'était parce qu'elle lui plaisait à la base, mais il ne voyait de raison de s'interposer entre deux personnes qui semblaient destinées. Il avait fermement signifié son point de vue à son oncle, qui l'avait très mal pris. Tomoyo, elle, avait immédiatement défendu sa sœur et de son cousin, tandis que Mme Daidoji, dépassée par les événements, ne savait quelle attitude adopter.
La famille traversait une crise et devait prendre le temps de se ressouder…
Kurogane, sentant à quel point sa présence embarrassait le couple Daidoji et ne voulant pas leur causer plus de soucis, avait cherché une solution. Il n'avait pas encore l'âge, ni les moyens, de vivre seul, alors il avait alors suggéré à sa tante de devenir interne. Cela impliquait de changer de lycée car le sien n'offrait pas cette possibilité. Si son oncle s'était empressé d'approuver, Tomoyo avait vivement protesté.
Une image résumait bien sa situation : il était comme un chien qu'on aime toujours mais devenu gênant. Il a mordu les voisins, défie l'autorité du chef de famille et malgré les larmes de la fille cadette, on préfère l'éloigner pendant quelques temps.
Le choix de l'établissement l'avait fortement surpris, même s'il savait que sa tante l'avait fait pour son bien. Un lycée réputé à la fois pour l'enseignement et son dojo de kendo, qui en plus avait un internat avec des chambres individuelles : elle avait tenu compte de ses goûts et de son caractère indépendant.
De son coté, Mr Daidoji espérait que la discipline de l'établissement, permettrait de dompter le caractère trop sauvage de son neveu.
C'était justement cela que Kurogane craignait : d'avoir beaucoup de mal à supporter l'ambiance et les règles.
oOoOo
Il soupira et pénétra dans la cour d'entrée. Il n'avait rien à redire au cadre qui était idyllique : les nombreux cerisiers fleuris offraient un écrin presque féerique aux bâtiments de pierre grise. Leur architecture rappelait celle des vieux pensionnats anglais et il y avait même une tour avec une horloge. Son carillon mélodieux arracha Kurogane de sa contemplation et il se présenta à l'accueil.
Peu après une secrétaire l'introduisait dans le bureau du directeur. Mr Fei Wan avait un visage taillé au couteau que le port d'un monocle datant d'un autre âge, n'arrangeait pas. Il semblait fort imbu de sa personne et ne prit même pas la peine de saluer Kurogane.
« Melle Shinfuo, appelez Mr Kusanagi » Ordonna t-il.
Puis il fixa le nouvel élève avec mépris à travers son monocle :
« Mr Suwa, ce n'est sûrement pas à votre nom de famille que vous devez le luxe d'entrer dans un tel établissement, mais grâce à la demande des Daidoji. Gardez cela à l'esprit ! Vos compétences en kendo ont également joué en votre faveur. Je veux que mon lycée brille lors des compétitions alors j'espère que vous ne me décevrez pas »
Cela commençait bien : il avait déjà envie d'étrangler le directeur !
Il comprenait que son quotidien ici, demanderait beaucoup de ce qu'on lui avait toujours reproché de manquer : du self-control !
« Kusanagi, conduisez le au dortoir » ordonna Fei Wan à un grand brun costaud qui venait d'entrer.
« Bien monsieur »
À ses manières, Kurogane devina tout de suite que ce Kusanagi devait être un ancien militaire. Il avait d'ailleurs une cicatrice sur la joue droite (1).
« J'en suis le surveillant » précisa t-il, lui faisant signe de le suivre.
Ils traversèrent le campus car le bâtiment était situé tout au fond. Le rez-de-chaussée comportait un bain commun à la mode japonaise, une salle d'étude, une autre de repos et juste à coté de l'entrée, l'appartement du surveillant.
Kusanagi lui exposa les règles : l'accès était réservé aux seuls internes et il devait obligatoirement avoir réintégré le dortoir avant 18h30.
La chambre de Kurogane se trouvait au dernier étage, dans un coin. L'ameublement était basique : un lit, un bureau, une armoire et un cabinet de toilette avec douche et WC. Mais l'ensemble était bien plus luxueux que ce qu'il aurait pu avoir dans un autre internat.
Il apprécia particulièrement la vue de la fenêtre qui donnait sur une haie de cerisiers.
Ses affaires étaient déjà arrivées la veille, il les déballa rapidement et sortit son nouvel uniforme. Il était composé d'un pantalon noir, une chemise blanche et une veste grenat, mais aussi, au grand dam de Kurogane, d'une cravate. Ce qu'il éprouvait envers cet accessoire, c'était la répulsion d'un animal sauvage pour un collier. Il aurait bien trop d'occasions d'en porter plus tard, alors qui avait décidé que des lycéens devaient déjà se serrer le cou avec ce truc ?
Il regrettait le simple uniforme noir de son précédent lycée, qui lui allait comme un gant.
Pourtant le grenat soulignait l'incroyable teinte rubis des ses yeux et s'accordait parfaitement à sa peau cuivrée. Seule sa coiffure, aux mèches ténébreuses et rebelles, tranchait avec le style old school de l'uniforme.
oOoOo
La cérémonie d'entrée ayant lieu dans demi-heure, il se joignit aux élèves qui commençaient à arriver dans la cour principale. Tout le monde se connaissait et lui jetait des regards étonnés, voire presque réprobateurs. Vu sa stature, il ne pouvait espérer passer inaperçu. Il avait l'impression d'être un gros toutou hirsute au milieu d'une flopée de chiens de luxe, trop bien dressés et brossés.
Peu à peu la foule se mit à former un rang de chaque coté, afin de laisser le passage à certains élèves. Kurogane devina que cette haie d'honneur était réservée aux étudiants les plus riches. Il aurait voulu s'éloigner mais il se trouvait au premier rang et ne pouvait plus reculer.
Pourquoi je me retrouve au milieu des groupies d'une bande de crétins…
Parmi ceux qui défilaient, il reconnu Nokoru Imonoyama accompagné de ses amis, Suo et Akira. Nokoru était un ami de Tomoyo et l'héritier d'une chaine de restaurants. Il le trouvait plutôt sympathique, mais ses manières de gentleman poussées à l'extrême, n'en faisaient pas quelqu'un avec qui il pourrait se lier.
Puis il vit deux grands bruns qui malgré leurs sourires, avaient quelque chose de sombre et d'inquiétant. Il les avait déjà croisés lors des tournois de kendo.
Les frangins Seishiro et Fuma…
Ils étaient suivis de trois jeunes gens, dégageant la même impression : Eagle Vision, flanqué de deux acolytes qui semblaient lui faire office de gardes du corps. La famille Vision détenait une série de casinos mais on murmurait aussi qu'elle avait des liens avec la mafia.
« Hé pousse-toi minus ! » À coté de lui, un type aussi imposant qu'un sumo bousculait sans ménagement un élève beaucoup plus frêle. Kurogane l'attrapa aussitôt pour le placer en sécurité devant lui.
« Merci beaucoup, je m'appelle Masayoshi » se présenta ce dernier les yeux pleins d'admiration.
« Kurogane Suwa » répondit-il un peu bourru. Il était toujours embarrassé quand il recevait des remerciements.
Des clameurs retentirent soudain à l'arrivée d'un groupe de cinq garçons portant une veste d'uniforme gris clair.
« Pourquoi sont-ils habillés comme ça, ceux là ? »
« Oh tu es nouveau alors » s'exclama Masayoshi « Ce sont les membres du conseil des élèves »
Les trois premiers avaient l'élégance des chats de grande race : deux bruns qui se ressemblaient beaucoup, dont l'un était Kamui qu'il avait battu de justesse, en finale du tournoi inter-lycée de kendo et un blond qui ne lui était pas non plus inconnu. C'était Fye Flowright, celui qui avait fini ex-æquo au tir à l'arc avec Domeki, l'un de ses meilleurs amis. Il se souvenait combien il avait été impressionné par son talent et son étrange aura : malgré son hakama, il évoquait plus un elfe archer qu'un pratiquant de kyudo (2).
« Hein mais comment se fait-il qu'ils soient déjà membres du conseil ? » s'enquit Kurogane intrigué. Dans son ancien lycée, l'élection des représentants des élèves avaient lieu tous les ans, juste après la rentrée.
« Ah parce qu'à Ôto il n'y a pas de vote. C'est le directeur qui les choisit pour leur mérite à partir de la deuxième année et pour deux ans »
C'est une dictature ou quoi…
Masayoshi semblait ravi de pouvoir donner des renseignements, il lui apprit que Kamui était le président du conseil et Fye Flowright, le vice-président. Ce dernier était par ailleurs le fils adoptif d'Ashura Seles, celui qu'on surnommait le roi du froid car il devait sa fortune rapide à son entreprise vendant des appareils de réfrigération (3). Ashura Seles était un ami du directeur et on murmurait le poste de président aurait initialement été proposé à Fye…
Il fixa le blond qui affichait un sourire éclatant, contrastant avec l'air renfrogné et hautain de Kamui.
C'est donc un proche de ce dirlo à la noix, mieux vaut s'en tenir à distance…
Subaru, le frère jumeau de Kamui, avait lui un visage mélancolique et c'était le trésorier du conseil. Tandis que les deux garçons aux cheveux longs, qui suivaient, Kyle et Kakyo, étaient les secrétaires.
« Le conseil des élèves a un rôle très important car il est chargé de faire respecter la discipline »
« Quoi ? » s'étonna Kurogane.
« Bien sûr, il y a des surveillants, mais c'est le conseil qui dans la plupart des cas, applique les sanctions »
Ça promet !
Il prit congé de Masayoshi car il n'aimait pas la sensation d'avoir un petit toutou, lui collant aux basques. Mais aussi parce qu'il pensait que ce serait préjudiciable au garçon, si on les voyait en train de discuter ensemble.
oOoOo
La cérémonie d'entrée avait lieu dans une immense salle où ils étaient tous rassemblés. Elle débuta par un discours du directeur.
En balayant l'assemblée du regard, Kurogane prit vraiment conscience d'être dans un lycée pour garçons… la sensation était un peu déroutante, sans que cela ne le dérange plus que ça.
Mais quand Kamui et Fye s'avancèrent à leur tour sur l'estrade, pour faire une déclaration, il vit beaucoup d'élèves changer d'expression. Il y avait bien plus que de l'admiration ou du respect dans le regard qu'ils posaient sur les trois principaux membres du conseil. Il fallait dire que leur beauté avait des caractéristiques de perfection que l'on prête d'ordinaire aux femmes…
Puis commença l'appel pour la répartition des classes et Kurogane se retrouva dans celle de Fye. Avant le début du cours, le professeur principal lui fit signe de rester un instant à coté de lui :
« Tout d'abord je dois vous présenter un nouvel élève qui vient du lycée Tsubasa : Kurogane Suwa »
Des rires méprisants retentirent au nom de son ancien lycée. Il serra les dents agacé et remarqua qu'un seul ne se moquait pas de lui : celui qui souriait tout le temps d'habitude ! Fye avait le même air sérieux qu'il lui avait vu lors de la compétition de tir à l'arc.
« Mr Suwa, mettez vous au fond, sinon vous allez gêner avec votre taille » ordonna sèchement le prof.
Il se dirigea alors vers le dernier rang où il restait une place libre à coté de la fenêtre. Le bureau le plus proche était occupé par Fye.
oOoOo
Fye n'en croyait pas ses yeux : Kurogane Suwa, celui qui avait attiré son attention lors des compétitions inter-lycées. Il avait remporté le tournoi de kendo et était apparemment un ami de ce Shizuka Domeki, son adversaire en finale du tir à l'arc.
Dés qu'il l'avait vu, il avait été subjugué par sa beauté d'animal sauvage. Mais jamais il n'aurait imaginé le retrouver à Ôto et dans sa classe qui plus est. Kurogane n'avait pas l'air trop à sa place, un peu comme un chien dans un jeu de quilles…
Et tandis qu'il le regardait s'installer à coté de lui, il sentit une vague de chaleur envahir son cœur glacé…
Il lui adressa un sourire mais le brun fronça seulement un peu plus les sourcils.
oOoOo
À la fin de la matinée, Fye se tourna de nouveau vers Kurogane et lui demanda :
« Kuro-chan, tu veux que je te fasse visiter les lieux ? »
D'abord estomaqué par le surnom, Kurogane finit par répondre :
« Kurogane ! Non merci, j'en ai déjà eu l'occasion »
Quelques élèves s'approchèrent, un peu étonné de la familiarité de Fye à son égard.
« Tu t'appelles Suwa ? Ça ne me dit rien » dit l'un d'eux avec un air dédaigneux.
Préciser qu'il était orphelin dans le but de les émouvoir, n'était pas dans sa nature. Il resta silencieux, le regard dur, mais Fye déclara comme pour lui venir en aide :
« Tu es le neveu de Mr Daidoji, n'est ce pas ? C'est toi qui a remporté deux années de suite le tournoi inter-lycée de kendo »
Sa victoire en première année avait eu beaucoup de retentissement, car elle mettait fin au règne d'Ôto dans cette discipline. Et il avait renouvelé son exploit en deuxième année.
« Oh alors c'est toi qui a enlevé deux fois le titre à Ôto, cela faisait très longtemps que ce n'était pas arrivé »
« Cette année, gagne-le pour nous » jetèrent-ils avant de s'éloigner.
Qui étaient-ils à essayer de lui donner des ordres ? Il n'avait aucune envie de se lier à cette bande d'abrutis.
Quand à Fye, il n'était pas certain que son intervention en sa faveur soit vraiment le fruit de bonnes intentions. Il ne ferait pas confiance à ce sourire d'hypocrite. D'ailleurs ses yeux bleus à l'éclat glacé trahissaient sa gaité de façade.
oOoOo
Kurogane accueillit avec soulagement la fin de la journée. Une fois dans sa chambre, il soupira :
Ouf ! Enfin seul !
Le regard permanent des autres sur lui commençait à devenir pesant !
Il s'attela à classer ses cours… il sentait déjà qu'il aurait du mal en anglais, car le niveau était très élevé, et pour cause certains élèves étaient bilingues. Toutefois il avait apprécié l'enseignant de cette matière, Clow Lead, pour être le seul ne faisant pas de distinction entre les élèves en fonction du niveau de leur fortune.
A 19 h la sonnerie du diner retentit. Il emprunta alors avec les autres internes, un couloir extérieur reliant le dortoir à la cafétéria.
Ce midi, il avait préféré prendre un sandwich, pour le manger dehors. Il trouva la nourriture de qualité, mais manger seul dans son coin, entouré de monde, était gênant.
Kurogane jaugea les autres internes : forcément aucun n'était originaire de Tokyo. Il reconnu celui qui avait bousculé Masayoshi : c'était le fils de Mr Riyon-Fui, un dirigeant d'entreprise coréen.
Ses amis lui manquaient… Domeki, aussi calme que le temple où il vivait, Watanuki un brun à lunettes au caractère explosif, toujours en train de s'énerver contre le premier et Sorata un gars joyeux originaire d'Osaka. S'il était resté à Tsubasa, Shaolan le jeune frère de Watanuki les aurait rejoints cette année. Kurogane appréciait beaucoup ce garçon sérieux qui faisait du kendo comme lui. Il se serait aussi retrouvé avec Tomoyo et Sakura, car sa cousine avait refusé d'entrer dans le lycée huppé qu'avait fréquenté sa sœur, pour rester avec sa meilleure amie. Kurogane traitait cette jeune fille au sourire chaleureux avec les mêmes égards que Tomoyo…
Il regrettait les blagues débiles de Sorata et les éternelles prises de bec entre Watanuki et Domeki, qui faisaient partie de son quotidien… Il écouta d'une oreille les discussions à coté de lui. Elles tournaient autour de Karen Kasumi, une actrice connue pour ses rôles osés, de la splendide chanteuse Oluha, mais surtout de la nouvelle infirmière du lycée. Cette Yuko Ichihara avait des mensurations qui laissaient présager une épidémie de bobos imaginaires parmi les élèves…
Après le repas il jeta un coup d'œil dans la salle de repos, trouvant un groupe de garçons en extase devant le drama où jouait la dernière idole à la mode.
« Primera-chan ! »
« Elle est vraiment trop mignonne ! »
Sans lui !
En sortant il tomba sur Kusanagi :
« Ça va mon garçon : tu prends tes marques dans ce nouvel environnement ? »
Ils discutèrent quelques instants, Kusanagi était un homme simple qui aimait la discipline. Il comprit qu'il n'aurait pas de problèmes avec lui tant qu'il respectait les règles.
Il regagna sa chambre et soupira : une rentrée scolaire est toujours un peu déprimante mais devoir dormir dans l'enceinte du lycée l'était encore plus. Il préféra envoyer un texto à Tomoyo, plutôt que l'appeler, pour l'informer que tout se passait normalement. Car il craignait de trop ressentir son absence en entendant sa voix. Il se demandait si un chien qui passe sa première nuit dans sa niche, éprouve ce genre d'abandon…
Non, il faut que j'arrête ces comparaisons débiles : je suis pas un clebs !
Il chercha un point positif à la situation et ironiquement il en trouva un : il était dans un lycée pour garçons :
Finie la corvée des déclarations d'amour à rejeter !
C'était presque devenu une routine : une à deux fois par semaine, une lettre dans son casier lui donnait rendez-vous dans quelque coin isolé du lycée. Là il se retrouvait face à une fille, à qui dans la plupart des cas il n'avait encore jamais parlé, lui déclarant être amoureuse de lui !
Il déclinait immanquablement, tout en se demandant sur quels critères, autres que son physique, elles se basaient. Car il n'avait pas l'impression que son caractère, qui s'était si assombri depuis la mort de ses parents, ferait de lui un petit ami correct.
Il n'arrivait pas à prendre leurs sentiments au sérieux, parce qu'ils lui tombaient dessus malgré lui. Comment comprendre une émotion dont on n'a rien fait pour la mériter ? Surtout si l'instant après avoir dit non, elles lui criaient soudain qu'elles le détestaient… Un sentiment pouvait-il changer si rapidement ? Ou alors ce n'était qu'une illusion, la projection de leurs désirs égoïstes, qu'elles appelaient Amour…
Ce n'était pas avec ça qu'il pourrait combler le vide de son cœur…
Il ressentait plus cruellement que ces derniers temps, la perte de ses parents… Mais soudain son regard fut attiré dehors. La lumière de la lune, étincelait sur les cerisiers, changeant leurs fleurs en nacre vivante… Le spectacle était d'une beauté à couper le souffle…
Cette vision le réconforta et l'aida envisager les choses plus positivement :
Ce n'est qu'un an à passer, pour me construire un avenir…
Un avenir qui, il l'espérait, contiendrait la rencontre d'une personne qui serait très importante pour lui…
Mais une chose est certaine : ce n'est pas ici que ça arrivera ! Songea t-il juste avant de sombrer dans le sommeil.
Comme chien et chat
Les ennuis commencèrent avec le fils Riyon-Fui : Kurogane refusa de s'excuser pour lui avoir soi-disant heurté l'épaule, en le croisant dans le couloir. Il le mettait hors de lui avec ses manières de fils à papa qui se croit tout permis.
« T'as pas compris à qui tu avais affaire ! » rugit le coréen en s'approchant menaçant.
Mais il avait beau avoir une force herculéenne, il n'avait aucune technique et en éclair Kurogane l'avait plaqué au sol avec une prise d'aïkido !
« Faut pas me chercher ! » lança t-il en guise d'avertissement au public qui se tenait coi sous la surprise et la crainte…
Clap Clap Clap !
Il releva la tête pour trouver Fye qui applaudissait comme un débile :
« Bravo Kuro-tan ! Mais ce genre de choses ne se fait que sur les tatamis ! »
La façon désinvolte avec laquelle le traitait le VP, venait de ruiner tous ses efforts pour se faire respecter. Il le ridiculisait en lui parlant comme à un gamin et tout le monde riait maintenant.
Il ne pouvait même pas lui mettre son poing dans la figure, à ce crétin de blond !
oOoOo
Le dojo était un magnifique bâtiment en bois de style japonais traditionnel. Devant, Kurogane tomba sur Seishiro et Fuma, qui semblaient l'attendre :
« Salut Suwa, tu t'es déjà bien fait remarquer » commença l'ainé « Tu n'as pas changé, toujours à réagir au quart de tour »
« Justement, n'en rajoute pas ! »
« Cela faisait longtemps qu'on n'avait pas eu un adversaire digne d'intérêt »
Les choses commençaient à s'envenimer quand débarquèrent Kamui et Subaru :
« Oh Kamui, tu as l'air en colère » s'écria Fuma.
« D'après toi, la faute à qui ! » répondit vertement le président « Comme si on n'avait pas assez de travail à vous surveiller » puis il lança à Kurogane « Tu t'y mets aussi ? Ces deux là ne sont pas des gens fréquentables »
« Tu es convoqué dans la salle du conseil » l'informa Subaru.
Il s'y rendit avec un mauvais pressentiment. C'était Fye qui l'attendait :
« Entre Kuro-Kuro »
Il eu droit à un long sermon du VP… C'était peine perdue de vouloir lui donner des ordres, il n'obéissait même pas à Tomoyo.
« …Bon tu as compris Kuro-tan ? Et attache ta cravate correctement » conclut Fye en désignant son col où elle pendait détachée.
« Je m'appelle Kurogane ! »
Il sortit en claquant la porte. Ce type avait le don de lui mettre les nerfs en boules… il se sentait vraiment d'une humeur de chien.
Désireux de changer d'air, il décida d'utiliser le temps qui lui restait avant d'avoir à réintégrer le dortoir, pour se balader.
Mais alors qu'il arpentait les allées d'un parc situé non loin du lycée, une voix l'interpella :
« Alors Suwa, tu as eu droit à une petite leçon de morale en tête à tête avec le VP ! C'est un honneur, tu devrais nous remercier »
Encore les deux frangins, avec à la main, une clope pour Seishiro et une cannette de bière pour Fuma.
« Vous pouvez vous garder ce genre d'honneur ! »
« Ah non, moi je préfère Kamui quand il s'énerve » s'exclama Fuma.
« Et moi Subaru avec son air embarrassé » ajouta son frère.
« Ces deux là nous appartiennent, donc tu peux prendre le blond » lancèrent-ils en chœur à Kurogane qui recula de surprise :
Ils sont dérangés ! Vraiment !
« Ne me mêlez pas à vos conneries » jeta t-il avant de s'éloigner rapidement.
oOoOo
Deux jours plus tard, Kurogane surprit Eagle en train d'essayer de racketter Masayoshi près des casiers. Malgré sa résolution de ne pas s'impliquer dans les histoires des autres, il y avait des choses qu'il ne pouvait laisser passer.
Il s'approcha et sans un mot, donna un violent coup de poing dans la porte d'un des casiers.
VLAM !
Eagle resta quelques instants pétrifié, en regardant le joli cratère laissé par la poigne de fer du kendoka à quelques centimètres de sa tête… puis s'enfuit sans demander son reste…
Sa force de frappe était plutôt dissuasive !
Il rassura Masayoshi puis se rendit à son entrainement de kendo. Il se doutait bien que ça n'en resterait pas là et ne fut pas étonné quand, en sortant du dojo, Lantis et Géo, les acolytes d'Eagle, lui tombèrent dessus.
« Vous avez attaqué les premiers : faudra pas vous plaindre s'il y a des dégâts ! »
…
« Une porte de casier défoncée, deux élèves à l'infirmerie : tu confirmes tes débuts fracassants ! » annonça Kamui, très irrité par ce contretemps.
Kurogane avait été appelé dans la salle du conseil : il était apparemment tenu comme le seul responsable.
« Il faut immédiatement organiser un comité de discipline ! » s'exclama Kyle.
Ce secrétaire, avec ses petites lunettes rondes et ses cheveux noirs retenus en queue de cheval, énervait particulièrement Kurogane, à cause de son attitude de parfait fayot.
« Non ce serait trop de dérangement » soupira Kamui « Fye je te laisse encore t'en charger : tu feras un rapport au directeur, d'accord ? »
« Ok » lança le VP très motivé.
Le président quitta alors la pièce avec son frère, sous le regard éberlué de Kyle :
« Tss, ce Kamui il se lasse trop vite, il pourrait prendre son rôle plus au sérieux… Il est plus motivé quand il s'agit de Seishiro ou de Fuma »
« Si Kamui en a décidé ainsi, c'est qu'il le juge adéquat » prononça nonchalamment Kakyo. C'était la première fois que Kurogane l'entendait parler celui-ci. Avec ses longs cheveux lui tombant dans les yeux, il avait l'air vraiment étrange. Il fit un signe à Fye puis sortit… Kyle le suivit, visiblement à contrecœur.
Kurogane se retrouvait de nouveau seul avec Fye et cela ne l'enchantait guère.
« Kuro-toutou, il va falloir… »
« Comment tu m'as appelé ? » aboya Kurogane.
« On se calme… Qu'as-tu à dire pour ta défense ? » le tempera Fye, qui ajouta d'une voix moqueuse « Tu fais ça exprès pour venir me voir ? »
QUOI ? Mais ils sont tous tarés, y'en a pas un pour rattraper l'autre ! Il se sentait prêt à exploser et se força à se calmer.
Le mieux c'est encore d'ignorer ses conneries !
Il répondit un peu plus doucement :
« … Je ne suis pas celui qui a commencé »
« Hum peut-être mais tu as un tempérament trop impulsif. Il faut te contrôler car je ne pense pas qu'être renvoyé maintenant du lycée te conviendrait »
Il avait malheureusement raison !
Surtout pas ! Je ne peux pas faire ça aux Daidoji !
« Donc il vaudrait mieux te tenir à carreaux. Si tu me promets de faire un effort, j'essaierai de défendre ton cas auprès du directeur »
« Et puis quoi encore ! Tu crois que je vais faire de la lèche ? »
« Oh non ! Tu es un ours mal léché ! Mais cela ne te dispense pas de respecter les règles »
« Les règles ? Tu parles… Laisse-moi deviner… Les parents de certains élèves font des grosses donations au lycée, ce n'est donc pas très facile pour le directeur de faire des remontrances à leurs chers rejetons… Aussi il se camoufle derrière votre conseil pour remplir cette mission à sa place, je me trompe ? »
Fye gardait son sourire de joker …
« Et dans l'altercation qui m'a opposé à Eagle, ce serait plus facile de me faire porter le chapeau, plutôt que d'irriter la famille Vision »
Le sourire de Fye se figea un instant, il avoua avec un ton un peu admiratif :
« Tu as du flair Kuro-sama ! On peut dire que les choses se passent ainsi, mais tu n'as pas trop le choix »
« Et vous préférez fermer les yeux sur le fait que ce Eagle rackette des élèves ? »
« Je vais voir ce que je peux faire pour ça… Toi ce que tu peux faire jouer en ta faveur, c'est ton talent de kendoka… Conseil d'ami » répondit Fye d'un ton conciliant.
« On n'est pas amis ! »
La dernière chose que Kurogane avait envie de faire c'était de se mettre au service de cet ahuri et du directeur.
« Même si j'arrive à arranger ta situation qui est plutôt mal partie ? » l'implora soudain Fye en prenant des yeux de chaton tout mignon.
Kurogane resta un instant interloqué : Est-ce que ce type fait ce genre de marchandage avec tout le monde, ou seulement avec moi ? Il finit par grommeler sèchement :
« Fais ce que tu veux ! Je ne te demande rien, car je ne veux rien te devoir ! »
Mais Fye ne se décourageait pas pour autant :
« Après un coup pareil dans une porte métallique, tu es sûr que tu ne t'es pas blessé la main ? Donne-moi la papatte ! »
« Je vais te bouffer ! » cria le brun exaspéré, oubliant toutes ses résolutions de ne pas répondre aux taquineries du vice-président.
Ce dernier qui semblait prendre énormément de plaisir à la situation, ajouta en rigolant :
« Mais quel vilain toutou ! Moi, je vais te dresser ! »
« En ta présence, mes poils se hérissent d'horripilation ! C'est la seule chose que tu peux dresser ! » gronda Kurogane.
« Allons du calme… Et si on commençait par la cravate : je vais t'apprendre à la mettre convenablement… regarde tu fais comme ça… »
Il porta ses mains blanches et fines au col de Kurogane, qui le laissa opérer avec beaucoup de réticence. Fye avait l'impression d'essayer de passer un collier à un animal sauvage.
« Voilà »
Dés qu'il eut fini, Fye se recula brusquement comme s'il avait peur de se brûler. Il songeait : Il ne se laissera pas apprivoiser facilement mais je le comprends… moi je non plus je n'ai aucune intention d'être apprivoisé, donc tout va bien…
Il se rapprochait de Kurogane, tout en plaçant une barrière entre eux… étrange paradoxe !
Car il avait fait un pacte avec Ashura : il ne devait se lier à personne !
Cela tenait à son passé extrêmement dramatique… ce qu'il avait vécu et dont Ashura l'avait sorti… il lui avait dit qu'il risquait d'être blessé s'il s'attachait à quelqu'un et il choisissait lui-même ceux que Fye avait le droit de fréquenter.
Une telle demande était plutôt illogique, voire même dangereuse et on pouvait s'interroger sur les réelles intentions de son auteur…
Pourtant Fye l'appliquait sans broncher, mais en y mettant une autre motivation : Je ne veux pas qu'on s'attache à moi parce que je ne veux faire souffrir personne…
Que cela soit par Fei Wan ou quelqu'un d'autre, son père adoptif était toujours au courant de tout ce qui arrivait au lycée. Mais si c'était dans le cadre de sa fonction de vice-président, qu'il avait affaire à Kurogane, peut-être que ça passerait inaperçu… En plus il était parfaitement conscient de représenter tout ce que Kurogane détestait.
Il ne comptait plus les déclarations qu'il avait déclinées depuis qu'il était dans ce lycée. Dire qu'Ashura l'y avait inscrit pour le tenir à l'écart de la gente féminine… C'était peut-être encore pire, car il recevait même des propositions de types ayant déjà des copines.
Lui je n'aurais pas à le repousser…
Qu'importe que les yeux kendoka soient bouillant de colère, du moment qu'ils le regardaient, cela le réchauffait…
Il est trop craquant lorsqu'il s'énerve, je me contenterais de ça…
oOoOo
Les jours suivants, Kurogane n'avait aucunes informations sur ce qui allait être décidé à son encontre… Mais il remarqua vite que certains élèves étaient prêts à lui tomber sur le poil pour le faire enrager. Cela avait l'air d'être la dernière distraction à la mode à Ôto. Le sachant en sursis par rapport au conseil de discipline, ils avaient compris qu'ils ne risqueraient rien… ou au pire une excuse pour aller faire un petit tour à l'infirmerie. Kurogane se dit que pour rester à l'écart d'autres ennuis qui pourraient bien signer son expulsion, il devait éviter de se retrouver isolé car il devenait une cible de choix.
En furetant à droite à gauche sur le campus, il avait repéré un endroit où il pourrait être tranquille : le toit du local d'équipement sportif. S'aidant du tronc d'un arbre, il grimpa avec l'agilité d'un ninja sur ce toit qui était plat, recouvert de gravier et entouré d'un muret. Ainsi il était caché des regards, à la fois par le feuillage et le mur du gymnase adjacent, contre lequel il s'adossa.
Ah quel calme… ici pas un chat…
Il allait pourvoir passer en paix l'heure suivante qu'il avait libre… Mais peu après, en entendant le cliquetis de la porte venant du gymnase, qui devait servir à la maintenance, il se dit qu'il avait parlé trop vite.
« Trouvé ! J'ai suivi la trace du gros toutou » C'était Fye qui faisait tourner autour de son index, la clé qu'il avait du emprunter au gardien.
Il pouvait dire adieu à sa tranquillité !
« Allons ne me fais pas la gueule Kuro-wanwan ! »
Regard qui tue…
Grand sourire…
Regard qui tue puissance maximum…
Encore un plus grand sourire…
« Bon même si l'endroit est normalement interdit d'accès, tu n'y déranges personne… Écoute plutôt : j'ai réussi à plaider ta cause auprès du directeur, en particulier grâce au témoignage de Nokoru Imonoyama. Il a confirmé que tu défendais un élève dans l'épisode des casiers »
Nokoru intervenant dans une histoire concernant des garçons, voilà qui était extraordinaire ! Réflexion faite, il y avait peut-être bien une fille derrière tout ça… Tomoyo lui avait-elle demandé de garder un œil sur son cousin ? C'était fort probable…
oOoOo
Alors qu'il l'ignorait en classe Fye avait pris l'habitude de rejoindre Kurogane dans son territoire secret…
Kurogane avait beau râler : impossible de le faire dégager !
Que cherchait-il vraiment ?
Voulait-il gagner sa confiance pour mieux le balancer par la suite ?
Se distraire de sa fonction de VP du conseil, en s'amusant avec lui… un peu comme un chat qui vient provoquer un chien ?
Ou bien c'était réellement son amitié qu'il recherchait ? Car Fye semblait aussi seul, que peut l'être un prince au milieu de sa cour. Sa position l'isolait. Malgré l'admiration que lui portait la plupart des élèves, il n'avait pas vraiment de contact avec eux. Il ne fréquentait que les membres du conseil.
Kurogane n'était sûr de rien… Mais la dernière solution lui paraissait la moins probable car sinon il ne se comporterait pas ainsi.
La plupart du temps Fye faisait la conversation, ne recevant comme réponses que des grognements et des onomatopées.
« Tu ne rentres pas chez toi le week-end, pourtant les Daidoji n'habitent pas loin »
Kurogane ne lui avait jamais communiqué cette information, mais ce n'était difficile pour le VP d'obtenir ce genre de renseignement.
Les week-ends à Ôto étaient longs, mais il avait décidé de ne rentrer qu'une fois par mois chez les Daidoji. Il en profitait pour se plonger dans ses études et le sport.
Fye continuait :
« Aurais-tu fait une bêtise pour qu'on t'envoie en pension ? Une histoire avec une fille peut-être… » Mais il regretta sa question au moment où il la prononçait, ce n'était pas quelque chose qu'il désirait savoir…
« En effet » lâcha Kurogane agacé par son insistance et pensant à Soma.
« Oh je dois y aller, j'ai une réunion avec le conseil » s'écria alors Fye « à plus Kuro-toutou ! »
« C'est ça bon débarras » grogna Kurogane.
oOoOo
Ce vendredi après-midi, trois semaines après la rentrée, Kurogane attendait pour la première fois le week-end avec impatience. Il le passerait chez Domeki et le samedi soir, ils iraient chez Watanuki qui organisait une petite fête.
Alors que Kurogane s'était installé dans son refuge préféré en attendant son entrainement de kendo, Fye débarqua.
Comme de coutume, il se mit à l'enquiquiner :
« Et si plutôt que d'avoir en permanence la tête d'un toutou prêt à l'attaque, tu essayais de sourire ? »
« Je ne souris que lorsque j'en aie envie, pas comme toi »
« Il ne te plait pas mon sourire ? » demanda Fye en pointant les bords de son sourire trop large.
« C'est celui du chat du Cheshire »
« Ah le chat dans « Alice au pays des merveilles »… Tu veux dire que si je disparaissais, mon sourire resterait visible ? »
Il avait une étrange façon de prononcer « si je disparaissais ».
« Non, c'est ton sourire qui est une illusion après tout » lui assena Kurogane « Les menteurs de ton espèce sont ceux que je déteste le plus ! »
Il voulait le faire réagir d'une manière ou d'une autre, mais Fye ignora sa remarque et approcha subitement son visage à quelques centimètres du sien…
« Hé qu'est ce que tu fous ? »
Sous la surprise Kurogane s'était tapé la tête contre le mur… Fye éclata de rire devant son air ahuri puis lui expliqua, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde :
« On a trouvé des mégots de cigarettes dans les toilettes. Tout le monde est persuadé que c'est toi, alors j'ai dit que je mènerai ma petite enquête. D'après ton haleine, tu ne fumes pas »
« Bien sûr que non » grogna Kurogane. Il savait que Seishiro fumait, mais même s'il ne l'appréciait guère, il ne le balancerait pas au conseil.
Il en avait vraiment marre de ce blond qui venait l'embêter sur son territoire. Quand il s'était brusquement penché vers lui, il avait cru qu'il voulait l'embrasser !
Manquait plus que ça ! Ne me dites surtout pas qu'il pourrait avoir ce genre d'intérêt pour moi… On ne sait jamais de quoi, il est capable… Ce type est aussi insaisissable qu'un chat…
Il en était à espérer que ce soit juste une nouvelle manière de le taquiner…
oOoOo
Après son entrainement de kendo, Kurogane passa devant la salle de tir à l'arc et vit Fye…
Il resta un moment à le contempler, fasciné malgré lui par l'impression qu'il dégageait… si sérieux qu'il semblait être une autre personne…
Mais quand il se retourna pour partir, il se retrouva nez à nez avec Kyle. Le regard mauvais, celui-ci l'interpella :
« Hé toi ! Ce n'est pas parce qu'il t'a défendu auprès du directeur que tu dois te faire des idées »
« Quelles idées ? » demanda Kurogane sans comprendre où il voulait en venir.
« Ne fait pas l'innocent ! Reste à l'écart, de toute façon tu n'as aucune chance » l'averti Kyle avant de s'éloigner.
Kurogane tombait des nues :
Quoi ? Dans ce sens là ? Au pire c'est Fye qui me tourne autour, pas moi !
Et quels sont les sentiments de ce crétin à lunettes pour lui ?
C'est vrai qu'à la limite au niveau physique, je comprends que ce blond plaise aux garçons…
Il fut surpris lui-même par sa conclusion :
Hein ? Mais ce lycée de fous est en train de me taper sur le système !
Sortir enfin de cet endroit allait lui faire le plus grand bien.
oOoOo
Au départ, Fye avait choisi le tir à l'arc car Ashura lui avait interdit les sports d'équipe ou de contact, au prétexte qu'il pourrait se blesser. Mais il s'y était vite révélé et avait un moyen inédit pour cela : il lui suffisait d'imaginer qu'il visait son propre cœur, que cette flèche mettrait fin aux souffrances le torturant jour et nuit…
Il soupira en rangeant son équipement : le week-end signifiait deux jours sans voir Kurogane…
Il jouait à un jeu dangereux, plus il se rapprochait du brun, plus il avait envie d'être avec lui ! Il le taquinait, profitant que ce dernier ne pouvait guère répliquer. Il était comme un chat malicieux qui s'approche d'un chien attaché pour le faire enrager. Mais peut être qu'un jour il finirait par venir trop près et se ferait mordre…
Sans compter qu'il y avait un autre danger : ce matin même au petit-déjeuner, alors qu'il avalait une tartine de pain grillé, Ashura lui avait soudain sortit, sans abaisser son journal :
« Il semble qu'un nouvel élève ait causé certains troubles au lycée dernièrement »
Fye avala sa bouchée avec difficulté et se força à l'indifférence :
« Ah oui… au début il nous a posé quelques problèmes mais il s'est calmé maintenant »
Il était nerveux de parler à un journal, car cet écran l'empêchait de voir l'expression de son père adoptif. Mais au ton de sa voix, il savait que ce n'était pas une banale conversation.
« Il est dans ta classe en plus, ce Kurogane Suwa »
Décidément Ashura savait toujours tout, il valait mieux ne pas avoir l'air de trop lui en cacher.
« Oui et c'est sûr qu'il n'est pas à sa place à Ôto, mais il est très fort en kendo alors il peut quand même être utile »
Ashura changea de sujet, lui rappelant qu'il le laisserait demain chez Mme Chitose car il partait en week-end avec des partenaires commerciaux. Fye hocha la tête, malgré toute la reconnaissance qu'il portait à Ashura, il trouvait de plus en plus pesant la surveillance constante de ses faits et gestes. Alors cet intermède serait une occasion de souffler un peu…
oOoOo
Le samedi matin, Mme Daidoji se présenta à Ôto pour récupérer son neveu.
« Je suis si heureuse que ton intégration se soit déroulée sans encombres. Je m'étais fait tellement de soucis »
En voyant son soulagement, Kurogane éprouva pour la première un peu de gratitude envers Fye, qui l'avait couvert.
Tomoyo qui les attendait dehors, se précipita joyeusement vers lui. Il était aussi très content de la revoir.
Avant de le déposer chez Domeki, Mme Daidoji avait un rendez-vous dans son institut de beauté. Elle les laissa dans un salon de thé, afin qu'ils passent un peu de temps ensemble. C'était le genre d'endroit où il ne serait jamais entré sinon pour accompagner sa cousine : une ambiance de maison de poupée avec dentelles et porcelaine, servant en plus une quantité de choses trop sucrées. Il prit un café, tandis que Tomoyo commandait un thé avec une pâtisserie.
Contrairement à sa mère, la jeune fille semblait en savoir beaucoup plus, sans doute par l'intermédiaire de Nokoru. Puis elle l'informa qu'elle n'irait pas à la soirée contrairement à ce qui était initialement prévu :
« Quand je l'ai rappelé à papa, il a soudain prétexté un diner avec de la famille… C'est triste mais j'ai l'impression qu'il ne tient pas trop à ce que je vois Sakura en ce moment »
Vu la façon dont tu fais tout le temps les éloges de sa beauté, c'est normal qu'il ait peur que tu suives le même chemin que ta sœur…
« Kurogane, si tu te trouves un petit ami à Ôto, papa et maman feront une crise cardiaque » soupira Tomoyo en reposant délicatement sa tasse.
« Qui a dit que cette éventualité pouvait seulement exister ? » grommela t-il après avoir failli s'étrangler.
« Dans les mangas, il se passe toujours des choses très intéressantes dans les lycées pour garçons, oh oh oh »
Les filles de nos jours, je vous jure…
Mais les propos de Fuma et Seishiro, ainsi que l'avertissement de Kyle, lui revinrent en mémoire :
Elle a peut-être raison, il doit bien y avoir des histoires pas nettes…
Le jeu du destin
Kurogane appréciait le fait que Domeki parle peu, sauf pour dire des choses intéressantes. Ils commencèrent par flâner en ville, mangèrent dans un fast-food, puis firent quelques courses en prévision de la soirée.
Ils restèrent ensuite un long moment assis sur la galerie extérieure du temple, à contempler le jardin… La sérénité des lieux était rythmée par le claquement d'une fontaine de bambou…
Domeki habitait à trois pas de chez Watanuki, ils s'y rendirent en avance car ils avaient promis à leur ami de l'aider à tout installer.
Leurs parents et la plupart de leurs voisins étant absents ce week-end là, cela avait motivé Watanuki et Shaolan d'organiser une petite fête.
La maison était de style occidental, le rez-de-chaussée était occupé par une grande pièce servant de salon et de salle à manger, ce qui offrait une configuration idéale.
Ils poussèrent les meubles pour faire place nette à une piste de dance, installant divans et sièges tout autour. Dans un coin fut dressé un buffet. Les deux frères cuisinaient fort bien, surtout Watanuki. Aidés de Sakura, ils avaient préparé plein de mets délicieux.
De leur coté Kurogane et Domeki, avaient apporté des pizzas et des boissons alcoolisées.
« Peut-être que ça va faire beaucoup de nourriture finalement… » commenta Sakura dubitative.
« Ce n'est jamais assez quand il y a un goinfre comme lui ! » déclara Watanuki en lança un regard en biais à Domeki qui branchait la sono. Il lui avait formellement interdit de s'approcher de la table avant l'arrivée des invités.
Kurogane suspendit une boule à facette, tandis que Shaolan accrochait des spots colorés : l'ambiance serait disco !
Quand la jeune fille commença à se trémousser au son de la musique, une petite jupe et de longues bottes mettant en valeur sa silhouette gracieuse, Shaolan faillit dégringoler de la chaise où il était perché.
« Hello la compagnie ! » Ils reconnurent immédiatement la voix joyeuse de Sorata, qui arrivait avec une montagne de takoyakis (boulettes de poulpe).
« Une spécialité d'Osaka, il faudra les garder au chaud, je viens de les faire »
« Je m'en occupe » s'écria Sakura qui était presque comme chez elle ici.
Sorata était très bavard et l'accent d'Osaka accentuait son coté comique. Depuis peu, il sortait avec Arashi, une fille à la beauté un peu froide d'une déesse. Il était intarissable à son sujet.
« Kurogane écoute ça : mon Arashi rend visite à de la famille à Ise donc elle ne sera pas là ce soir… snif… à part ça je suis content de te voir ! »
Kurogane se fit soudain apostropher :
« Espèce de traitre ! Tu as rejoint l'ennemi ! »
C'était Erii, une blonde ultra énergique et présidente du club d'arts martiaux du lycée Tsubasa. Elle était immanquablement accompagnée de ses deux assistants : Takeshi et Kentaro. Erii était furax que Kurogane ait quitté leur lycée pour Ôto.
« Je m'en passerais bien » lui répondit-il. Il discuta un moment avec elle, puis rejoignit les garçons qui commençaient à attaquer la sangria.
Il y avait les meilleurs amis de Shaolan : Ryu-o, un garçon aux cheveux châtain, très turbulent et Shogo. Avec ses cheveux décolorés et ses lunettes teintées, ce dernier n'avait pas que le look d'un surfeur, il pratiquait ce sport avec talent. Ils étaient un peu plus âgés que Shaolan, mais s'entendaient très bien avec lui, appréciant le courage et la détermination que le garçon mettait dans tout ce qu'il entreprenait.
« Je n'en revenais pas quand j'ai appris que tu étais à Ôto ! » s'écria Shogo à l'adresse de Kurogane. Il désigna sa poitrine de son pouce :
« Mes parents m'ont inscrit là bas l'année dernière ! Les affaires de leurs magasins de saké marchaient de mieux en mieux et ils avaient l'impression que ce serait la consécration que de m'envoyer à Ôto. Tu parles ! Un lycée sans filles, c'est pas humain ! J'ai pas tenu deux mois… en fait j'ai fait aucuns efforts, mes manières et mes cheveux décolorés ne plaisaient pas au conseil des élèves en plus… Et toi tu t'en sors comment ? »
En s'ouvrant une cannette de bière, Kurogane fit la grimace :
« Il ne faut pas que je me fasse renvoyer… alors je dois faire avec ces tarés du conseil. Quand à l'absence de filles, ce n'est pas ce qui me dérange le plus »
« C'est vrai que tu es célèbre pour les repousser ! Peut-être que tu t'intéresses aux garçons alors ? » plaisanta Shogo.
« Quoi ? Même comme une blague ce n'est pas drôle ! » cria Kurogane piqué au vif par une accusation, qu'il avait un peu trop entendue ces derniers temps.
« Ben après l'histoire du grand frère de Sakura, on ne sait jamais » répliqua Ryu-o. Toya qui était à l'université, sortait maintenant avec Yukito, son meilleur ami depuis le collège.
« Ce n'est absolument pas mon cas ! »
« Oh par contre il collectionne toujours les déclarations le VP ? » l'interrogea Shogo curieux.
« Hein ? » Kurogane ne comprenait pas du tout sa question.
« T'es pas au courant ? Dans un lycée pour mecs, un type comme lui attire forcément les convoitises ! Mais il refuse toute les demandes… pourtant je parie qu'il est bien gay… d'ailleurs il repousse aussi les filles »
Non il ne savait rien de tout cela. En même temps, il tenait la plupart des renseignements sur les membres du conseil, de Masayoshi. Ce n'était pas étonnant qu'il ne lui ait pas précisé ce genre de choses.
Maintenant il comprenait le comportement de Kyle à son égard.
« C'est vrai qu'il décline toutes les déclarations » confirma Domeki avec son air toujours sérieux.
« Hein ? Hein ? Hein ? Comment tu sais ça, toi ? » s'écria Watanuki très soupçonneux en l'attrapant par son T-shirt.
« À la fin des compétitions, j'ai vu plusieurs concurrents l'aborder. Il s'excuse à chaque fois en disant que ce n'est pas possible » répondit calmement l'archer avant d'ajouter, avec un sourire moqueur en coin « Tu as cru que j'avais essayé ? »
« Bien sûr que non ! Je m'en fiche d'abord » s'énerva l'adolescent à lunettes.
« En tout cas, vous avez ça en commun » déclara Sorata à l'adresse de Kurogne, qui restait songeur. Fye s'intéressait-il vraiment à lui ou bien il se l'imaginait ? Il ne pouvait lire ses vrais sentiments… mais ce n'était sans doute qu'un jeu de sa part, il devait faire ça avec tout le monde… pour recevoir des déclarations et les décliner…
« Les filles ne sont pas encore arrivées ? Vous avez invité qui ? » s'inquiéta Ryu-o qui savait que ni Watanuki, ni Shaolan, n'était doué pour parler à la gente féminine.
Watanuki désigna alors deux garçons : Soseki, un étudiant sérieux aux cheveux longs, qui comme Domeki vivait dans un temple et d'Hideki, un petit gars plutôt maladroit mais gentil. Tous deux préparaient les concours d'entrée à l'université.
« Ils veulent se sortir la tête des révisions et rencontrer des jolies filles, alors on a chargé ce type de faire les invitations » Il pointa son doigt sur Domeki et s'énerva « Tout ça parce que les filles ne lui refusent jamais rien… Je me demande ce qu'elles peuvent bien trouver à cette tronche de cake ! »
L'archer fit le geste qui lui était coutumier quand Watanuki montait dans les aigus, à savoir se boucher les oreilles. Une fois la crise passée, il annonça :
« J'ai invité des filles d'autres lycées »
« Hé Kurogane, tu devrais en profiter pour t'amuser un peu ! Je veux voir si ton pouvoir de séduction est aussi fort qu'on le prétend » déclara Shogo qui était aussi réputé pour ça.
« Ce n'est pas une légende : la plupart du temps il n'avait jamais parlé aux filles venant lui faire une déclaration » précisa Sorata.
« Faisons un pari : prenons une fille au hasard dans celles qui vont venir et voyons si elle te tombe dans les bras avant la fin de la soirée » continua Shogo.
« Oh oui ! Rien de tel qu'un pari pour mettre un peu de piment ! » s'exclama Ryu-o.
Kurogane hésita… Cela ne lui ressemblait pas de faire un tel pari, mais il avait vraiment envie de se changer les idées. Cela lui arrivait d'embrasser une fille en soirée… Mais pas question pour lui d'aller plus loin avec quelqu'un pour qui il n'avait aucuns sentiments…
« Si tu gagnes je t'offre une bonne bouteille de saké, et si tu perds, voyons… » réfléchit Shogo.
« Ce sera ça ! » s'écria soudain Ryu-o en sortant deux tickets de sa poche d'un geste théâtral « Voici des entrées pour la séance de dédicace du dernier livre de photos de Primera »
« Comment t'as eu ces tickets ? » s'étonna Shaolan.
« Grâce à un concours du magazine Shonen Maganian, ce n'était pas le prix que je convoitais évidemment » répondit Ryu-o qui ajouta avec un air machiavélique « Si tu perds : tu devras te rendre à la séance de dédicace et dire à Primera que tu adores tout ce qu'elle fait ! Je serai là pour filmer »
La tête de Kurogane exprima la répulsion que lui inspirait cette éventualité et ses amis éclatèrent de rire.
« Ok, je gagnerai de toutes façons » annonça t-il, sûr de lui.
« Hé ! Ça se fait pas de parier sur une fille comme ça ! » protesta Watanuki.
« T'inquiète ! Une fille qui se fait draguer en soirée, doit savoir que bien souvent cela ne dépasse pas le cadre de ladite soirée » le rassura Shogo en connaisseur.
« Ça y est les voilà, elles sont toutes jolies même si aucune ne peut rivaliser avec mon Arashi ! » déclara Sorata qui regardait dehors « Tu prends quel numéro ? »
« Celle qui entrera en troisième » lança Kurogane sans hésiter.
L'instant suivant, la première passait la porte.
« Himawari-chan ! » s'exclama Watanuki à la vue d'une brune, dont le joli minois était entouré de deux épaisses couettes bouclées et d'un bond il se précipita vers elle.
« Himawari Kunogi : la reine du lycée Juji ! Dommage pour toi » commenta Shogo.
Non pas dommage, il connaissait cette fille qui venait encourager Domeki aux tournois et il ne supportait pas ses manières. Watanuki, lui, l'appréciait beaucoup sauf quand elle s'approchait de trop près de Domeki. Personne n'avait encore compris s'il était jaloux de son ami ou de cette fille.
« Hum la deuxième aussi était mignonne, à condition d'aimer le genre poupée » continua Shogo.
Kurogane se sentit encore soulagé en voyant une jeune fille toute timide, enveloppée d'une longue chevelure blonde. Il aurait vraiment eu du mal à draguer cette gamine. Son cœur s'accéléra : qu'est-ce que le destin lui réservait ? Comment serait la troisième ?
La troisième n'était pas une blonde mais un blond qu'il reconnu avec stupéfaction en même temps que Shogo :
« Ah Ah Ah ! J'le crois pas : c'est ton VP VIP ! » s'écria t-il hilare.
Arg ! Qu'est ce que Fye fout ici ?
« Désolé ! Dans l'obscurité, j'ai cru que c'était aussi une fille » paniqua Sorata, terriblement gêné. Mais tous savaient qu'il n'était pas capable de jouer délibérément, un tel tour, à son ami.
« Oh c'est Tchii » déclara Domeki, reconnaissant la poupée blonde « Elle m'avait dit qu'elle viendrait avec son cousin, alors c'est Fye… »
« Trop dément ! Un pari étant un pari, c'est lui que tu vas devoir draguer ! » annonça Shogo tout excité.
« Mais il a parié sur la troisième pas le troisième, non ? » leur rappela Sorata, pour tenter de rattraper sa gaffe.
« Ok, tu as droit à un joker mais tu auras un gage » concéda Ryu-o déçu.
Pendant que les garçons tergiversaient, les dernières filles entraient. Yuzuriha et Suzuran qui étaient deux brunettes pleines d'entrain, l'une à la coupe au carré, l'autre avec des chignons ressemblant à des oreilles de souris. Sakura, qui les appréciait beaucoup, vint à leur rencontre.
Derrière elles, il y avait Kohane, une rêveuse à la beauté éthérée et Miyuki (4), une fille délurée qui arrivait toujours en retard en cours.
Kurogane fit le point rapidement, en fait il n'avait envie de draguer aucune des filles présentes. La seule personne qu'il voulait conquérir c'était Fye : pas pour des raisons romantiques bien sûr, mais comme un défi à relever ! Ce soir le blond serait la proie, il voulait le soumettre à sa volonté, le faire sortir de ses retranchements, lui ôter son masque… Ce désir était aiguisé par l'avertissement de Kyle et pour avoir appris que le blond refusait toutes les propositions…
Il serait celui qui gagnerait cette bataille ! Le guerrier qui prendrait la forteresse réputée imprenable…
À ce moment là, il ne pensait absolument pas aux conséquences que pourrait avoir son acte…
« Je garde le pari tel quel : ma cible sera Fye » annonça Kurogane, en faisant bien attention de ne pas être entendu par la future victime.
« Excellent ! Ce sera encore plus marrant pour nous à regarder. Et si tu gagnes Shogo ira en plus à la dédicace de Primera » lança Ryu-o ravi.
« Ok » répondit ce dernier « Si c'est le prix à payer pour voir le VP d'Ôto se faire rouler une pelle par un mec, je veux bien »
« Hein mais je croyais que Kurogane-sempai voulait prouver qu'il ne s'intéressait pas aux garçons » commenta Shaolan, qui ne comprenait plus rien.
« Ce n'est pas un intérêt dans ce sens là, c'est un combat » précisa Kurogane.
Shaolan ne répliqua pas et il rejoignit son frère pour accueillir leurs invités.
C'était la première fois que Kurogane voyait Fye en habits de ville. Il avait l'air d'un mannequin, vêtu d'un jean ajusté mettant en valeur ses jambes interminables. Son haut gris bleu avait un étrange imprimé dans le dos, une sorte de phénix qui ressemblait presque à un tatouage.
Si elle était là, Tomoyo serait dans tous ses états…
Kurogane, lui, était tout en noir, avec un T-shirt orné d'un dragon argenté.
Fye fit une drôle de tête en l'apercevant, il faillit lâcher le gâteau au chocolat qu'il apportait comme cadeau.
« Je crois que tu connais déjà quelques personnes ici » lui dit Watanuki.
Fye acquiesça en regardant autour de lui : cela avait beau être une fête d'adolescents, on ne peut plus banale, c'était la première à laquelle il participait… et la présence de Kurogane le rendait nerveux. Justement le kendoka venait à sa rencontre :
« Salut, on peut dire que le monde est petit »
« En effet Kuro-sama » Le blond passa devant lui sans s'arrêter pour rejoindre sa cousine qui se présentait aux autres invités.
« Hé hé… ça ne se présente pas super bien… je crois que je vais avoir une vidéo pouvant être vendue à prix d'or à Tomoyo » ricana Ryu-o.
De son coté, Watanuki déchantait en voyant qu'Himawari n'en avait que pour Domeki, il s'approcha alors d'elle pour la conduire au buffet. Mais quand il se retourna, ce fut pour découvrir que Domeki était maintenant en pleine discussion avec Fye, apparemment de tir à l'arc. Il s'interposa entre eux et tendit une assiette à son ami :
« Tiens des calamars farcis puisque tu en avais demandé »
Kurogane en profita pour proposer un verre de sangria à Fye. Il lui effleura sa main et le sentit frissonner… Juste retour des choses, c'était à son tour de jouer avec lui !
Puis il désigna Tchii qui bavardait avec Kohane :
« C'est ta cousine ? Elle te ressemble comme une petite sœur ! »
« Tout le monde dit ça, pourtant en réalité nous n'avons aucun lien biologique. C'est la fille d'une cousine de mon père adoptif »
C'était vrai qu'il ne savait pratiquement rien sur le blond, à part qu'il était orphelin… Cela leur faisait encore un point commun, mais contrairement à lui, Fye ne semblait plus avoir aucune famille.
Kurogane voulait engager la conversation, mais ils furent soudain entourés de filles cherchant à accaparer leur attention… Et Fye qui était beaucoup plus doué que lui dans l'esquive, en profita pour lui fausser de nouveau compagnie.
oOoOo
La soirée suivait son cours… Shogo s'improvisait DJ… Suzuran plaisait beaucoup à Soseki, tandis que Tchii avait tapé dans l'œil d'Hideki…
Kurogane observait sa proie qui dansait : les reflets bleus et argentés de la boule à facette, miroitant sur son corps fin, lui donnaient l'air irréel d'un magicien.
Pour l'instant il n'avait pas vraiment réussi à l'approcher, mais il ne perdait pas espoir.
Dire que d'habitude c'est l'inverse…
Fye sentait sur lui le regard du kendoka… Il avait décidé dès le début de garder ses distances vis-à-vis de Kurogane, pour ne pas lui gâcher la soirée… Il était parfaitement conscient de lui pourrir assez la vie à Ôto, mais étrangement c'était le brun qui semblait rechercher sa compagnie… Qu'est ce que cela voulait dire ?
Est-ce que juste pour le temps de cette soirée, on peut faire une trêve ?
« Hum ce gâteau au chocolat est succulent » s'écria soudain Yuzuriha. Les filles de l'assemblée approuvèrent et complimentèrent Fye.
Bizarrement Domeki n'était plus en train de s'empiffrer au buffet : avait-il trouvé quelque chose de meilleur à déguster ?
Watanuki avait lui aussi disparu…
L'alcool commençait à faire ses effets et beaucoup étaient sortis s'aérer sur la terrasse.
Sakura, elle, miaulait en courant dans tout les sens… tandis Shaolan la suivait en l'appelant princesse et en agitant comme une épée la louche de la sangria, pour la défendre de monstres imaginaires…
Par contre Fye avait l'air de tenir l'alcool aussi bien que Kurogane. Ce dernier le rejoignit sur le divan où il était assis et s'installa à coté de lui
« Ils sont marrants tous les deux » dit Fye en montrant Sakura et Shaolan. Kurogane fut surpris en le voyant, il n'avait pas un sourire moqueur mais très doux… et pour la première fois, ses yeux souriaient aussi…
Il est donc capable d'avoir ce genre d'expression…
« Tss ces gamins, je leur avais pourtant interdit de boire autre chose que de la sangria, mais ça a suffit pour les mettre dans cet état »
« Tu as l'air de beaucoup les apprécier »
« Ouais… »
Ces mèches blondes qui avaient l'air si soyeuses, il avait envie d'en porter une à ses lèvres…
Ils continuèrent à parler de la soirée… Kurogane se penchait vers lui pour lui répondre, faisant exprès de caresser de son souffle cette oreille, qui semblait aussi sensible que celle d'un chat…
Il pouvait percevoir le trouble de Fye… Il se sentait prêt à passer à l'attaque !
« C'est trop bruyant et on étouffe ici, allons discuter dehors » proposa t-il.
Fye acquiesça et allait sortir sur la terrasse, mais pour une fois Kurogane voulait être seul avec lui :
« Non par là » Il attrapa Fye par la main pour le guider vers une porte au fond, qui donnait sur le jardin. En passant devant la cuisine, ils tombèrent sur un spectacle inattendu : Watanuki pris en sandwich entre le frigo et Domeki… leurs lèvres semblaient soudées ensemble…
Sous la surprise, ils restèrent un instant plantés là, puis Kurogane tira Fye dehors.
« Ça y est, ils ont enfin réussi à se mettre d'accord tous les deux… c'est pas trop tôt » dit-il pour briser le silence gênant.
« Cela ne te choque pas ? » demanda Fye ne s'attendant pas à cette réaction.
« Non » répondit simplement le brun.
« J'aurais pensé que tu serais choqué par ce genre de choses » murmura Fye en baissant la tête comme pour cacher son visage.
Kurogane lui releva brusquement le menton et le regarda dans les yeux. Il l'avait pris au dépourvu et l'expression qu'il lui dévoilait, était absolument adorable !
Ses joues d'habitude si pâles, joliment colorées… des yeux bleus étonnés… un air sans défense… et surtout des lèvres entrouvertes…
Bon je crois que je vais y aller direct…
Alors, après lui avoir laissé le temps de le repousser s'il n'en avait pas envie, Kurogane se pencha vers lui…
…
Ces lèvres étaient incroyablement douces et parfumées au saké… Kurogane était en train de se perdre dans toutes ces sensations… son corps en voulait plus… lui suggérant de prendre tous les plaisirs que pourrait lui donner ce blond qui s'abandonnait dans ses bras…
Non, il fallait qu'il s'arrête avant d'être pris à son propre jeu… qu'il dise la phrase censée servir d'alibi à ses actions et le décharger de toute responsabilité… mais aussi le venger de toutes les moqueries du blond !
Il s'arracha de cette bouche tentatrice et lança abruptement :
« Je voulais juste te prouver que je ne fumais pas non plus en soirée »
Fye resta pétrifié… et pour la première fois il put lire sans peine en lui…
Ce visage glacé aux lèvres contractées de douleur, ce désespoir sans limite qui perçait à travers ses yeux écarquillés… Tout cela n'était pas seulement le résultat de son geste mais parce que le blond venait de laisser tomber son masque sous le choc !
Il savait que Fye se forçait à sourire mais… c'était donc à ce point ?
C'était ça qu'il cachait ? Une âme écorchée vive… à laquelle il venait stupidement d'infliger une nouvelle blessure…
Car il avait oublié une notion essentielle : et si Fye vraiment était amoureux de lui ? Alors il s'était conduit comme le pire des salauds…
Cette vision était presque insupportable… Il aurait voulu trouver des mots qui atténueraient la cruauté de la situation, mais Ryu-o et Shogo en débarquant à cet instant, ne firent que l'empirer :
« Waouh ! Tu remportes le pari haut la main ! »
« Félicitations ! »
Et comme au ralenti, il vit Fye tourner les talons pour s'enfuir…
« Ah… ça a peut-être trop bien marché… » s'inquiéta Sorata.
oOoOo
Fye venait d'être projeté du paradis à l'enfer ! Quand Kurogane lui avait relevé le menton, sa tête s'était vidée de toutes pensées… ses résolutions de ne pas le laisser s'approcher de lui se volatilisant…
Il ne pouvait que ressentir… d'abord un souffle chaud sur ses lèvres… puis elles furent capturées par une bouche impérieuse sans qu'il ne puisse opposer la moindre résistance… des frissons lui parcouraient le corps… son cœur battait à tout rompre…
Non c'était trop beau pour être vrai, il devait rêver… combien de fois d'ailleurs avait-il déjà fait ce rêve ? Sauf que cette fois il ne se réveilla pas dans son lit, mais face à Kurogane…
Mais à quoi avait-il cru ?
Depuis le temps, il aurait du le savoir que sa vie n'était qu'un éternel cauchemar !
Comme un automate il revint dans la salle pour retrouver Tchii : il voulait quitter les lieux le plus vite possible ! À son grand soulagement, elle ne protesta pas quand il lui dit qu'ils partaient.
Tandis qu'ils rentraient à pied, sa cousine, intarissable au sujet d'Hideki, ne remarqua pas son trouble. Fye avait l'impression en marchant, d'entendre s'entrechoquer les débris de son cœur, définitivement brisé. Chaque pas était douloureux…
Après avoir souhaité une bonne nuit à Tchii, il se précipita dans sa chambre et se jeta à plat ventre sur le lit, enfouissant sa tête dans l'oreiller comme pour s'étouffer…
Des larmes lui piquaient les yeux, mais n'arrivaient pas à couler…
Pourquoi tu as fait ça ? Je savais bien que tu ne pouvais m'aimer en retour, je n'ai même rien fait dans ce sens, au contraire… Je voulais juste pouvoir venir te voir et te parler… juste ça, cela me suffisait… Je ne te demandais que ça… et maintenant ce ne sera plus possible…
Le chien avait cassé sa chaine pour se jeter sur lui… lui infligeant une morsure en plein cœur…
Ce n'est qu'une morsure… j'ai vécu des choses tellement plus atroces, que ça c'est dérisoire…
Pourtant il n'aurait jamais imaginé que le brun soit capable d'agir ainsi ! Il l'avait attaqué avec ses propres armes : le mensonge !
Mais parce qu'il avait tant de fois eu affaire à des hommes qui étaient des monstres, il savait que Kurogane n'avait pas agit dans le but de le briser. Juste comme un chien qui mord parce qu'on l'a embêté et non par cruauté…
Car il n'avait vu nul triomphe sur son visage tandis que ses amis le congratulaient… mais un air de toutou pris en faute… Aussi n'éprouvait-il aucune haine envers lui, seulement de la tristesse…
Et c'était un pari en plus… Je n'arrive pourtant pas t'en vouloir, même pour un acte si mesquin…
Ses sentiments pour Kurogane restaient intacts : un amour impossible… juste un peu plus douloureux…
Moi, en voulant sauver celui qui m'était le plus cher au monde, je l'ai tué… Alors je ne mérite pas d'être aimé…
Mais je ne pourrais plus me réchauffer en ta présence désormais… je me suis brûlé les ailes…
oOoOo
Le dimanche soir, alors qu'il avait réintégré sa chambre dans le dortoir, Kurogane ne pouvait s'empêcher de revivre en boucle les événements de la veille. Plus il y pensait, plus il réalisait combien chacun de ses actes avaient contribué à blesser Fye…
J'étais sincère en disant que la relation de Domeki et Watanuki ne me dérangeait pas, mais lui sortir ça juste avant de l'embrasser…
De quelle victoire pouvait-il se vanter ? Il lui avait arraché son masque pour découvrir derrière une douleur sans nom… un cœur déjà brisé…
Dans le ciel noir, un fin croissant de lune, exactement comme le sourire du chat d'Alice, semblait le narguer, car c'était celui que Fye ne porterait sans doute plus…
…
Mais le lundi matin, en arrivant en classe, il vit que Fye souriait comme d'habitude… Non, il souriait encore plus que d'habitude ! Et il le salua :
« Bonjour Kurogane »
C'était la première fois qu'il ne l'appelait pas par un surnom… il comprit que le lien étrange qu'ils avaient tissé tous les deux était rompu…
Il avait vraiment la sensation qu'un mur invisible mais palpable, les séparait désormais. Fye resterait dans son monde, de l'autre coté du miroir, continuant à montrer aux autres l'image inversée des émotions qu'il éprouvait vraiment…
Et quand il rejoignit son endroit secret, où plus personne ne viendrait désormais le déranger, il ressentit un vide étrange…
Finalement le blond avait joué un rôle similaire à Tomoyo. Cette dernière venait toujours le tarabuster quand il s'isolait trop longtemps, pour ne pas le laisser s'enfoncer dans ses souvenirs douloureux.
Maintenant il était seul… et Fye aussi…
Deux destins parallèles qui ne se croiseraient plus…
Plus jamais ?
Fin de la première partie
Merci de votre lecture !
Notes :
1 : Droite ou gauche ? Il fallait choisir car dans le manga elle passe d'une joue à l'autre selon les cases !
2 : Kyudo : tir à l'arc japonais.
3 : Connaissez-vous le congélateur Seles ? On peut y mettre un frangin en attente de sa résurrection ou un roi ayant des tendances génocidaires.
4 : Si ce nom ne vous dit rien, c'est la fille aux cheveux longs qu'on voit passer, souvent en courant, dans presque tous les mondes du manga.
oOoOo
Maintenant c'est au tour de Kurogane de venir sur le « territoire » de Fye contre son gré. Cette suite sera plutôt sombre, car une nouvelle d'Egard Poe « Le chat noir » y servira de fil conducteur…
A suivre : « Le chat noir » : Kurogane va découvrir un fragment du passé de Fye et le danger que celui-ci encoure. Alors malgré l'interdiction formelle de ce dernier, il décide de s'en mêler… quel que soit le prix à payer…
oOoOo
Question pour mes lecteurs :
Quel chapitre aimeriez-vous que j'écrive en premier : la suite de celui-ci ou le chapitre 5 de « A bord du Black Steel » ? Si vous avez une préférence, faites le moi savoir !
Réponses aux reviews anonymes :
Madoka : Quand j'ai reçu ta review implorant la suite de « A bord du Black Steel », j'étais déjà en plein dans l'écriture de cet OS. Et je vais te décevoir encore en te disant que « Paint it red » est fini ! Désolée !
Yuuchan : Merci énormément pour ta review sur « Wings of sorrow », car c'était un OS pour lequel je n'avais pas eu beaucoup d'avis ! J'espère que les autres OS de « Missing » t'ont plu.
Merci beaucoup aussi à Ayu, 6syker6, opipourpre et Mangalovergirl1 !
