Je suis navréééée pour ce retard. J'ai déménagé, c'était l'enfer et bref, j'ai pris beaucoup de retard dans tous mes projets. Donc voilà la suite, merci à Constancelcd de m'avoir secoué les puces ^^

S'il y a encore des gens qui suivent cette histoire... n'hésitez pas à laisser un petit mot !


Le capitaine pirate me fixe un moment puis se lève et s'adresse à son équipage, un immense sourire aux lèvres. Je ne sais pas pourquoi, je sens que mes ennuis ne font que commencer.

- Regardez ce que nous avons ramené de notre expédition ! joli butin, non ?

Joli, c'est vite dit vu mon état, mais comme ce n'est visiblement pas mon tour de parler, je garde mes réflexions pour moi. De toute façon, un des pirates me saisit par le bras pour me trainer devant l'espèce de trône qui accueille son capitaine, et je suis bien obligée de le suivre si je veux que toutes les parties de mon corps restent attachées ensemble. Mais quelle poisse est-ce que je me traine pour me retrouver dans ce genre de situation ? Franchement ! Si ce n'est pas le plus sûr moyen d'être étranglée, tabassée, rouée et écartelée sur la place publique par Smoker quand je rentrerai (si un jour je rentre), je jure que je croirai en quelque chose. Je ne sais pas quoi, mais j'y croirai. En attendant, l'heure n'est pas à ces considérations philosophiques puisque le géant qui se prend pour Dieu, assis sur son trône, vient apparemment de me poser une question à laquelle je n'ai pas répondu puisque je n'écoutais pas. Deux solutions s'offrent à moi : répondre un truc au pif ou avouer que je n'ai strictement rien suivi.

- Vous me parliez ?

Un silence de mort s'abat soudain sur le bateau. Aurais-je fait une gaffe ?

- Petite …

Trop énervé, le pirate ne finit pas sa phrase et préfère attraper mes cheveux pour me lever la tête. Comme je suis quelqu'un de gentil et de conciliant, je lui adresse une grimace de douleur très convaincante, tout simplement parce qu'elle n'est pas feinte. J'ai l'impression que la moitié de mon crâne va lui rester dans la main et ce n'est pas ce que je qualifierais d'agréable.

- Tu te crois en position de faire la maline ? demande-t-il en me postillonnant allègrement dessus. Je sais très bien qui tu es, gamine, et je sais exactement qui était le gars qui t'accompagnait à cette soirée. La seule chose que je ne sais pas, c'est pourquoi. Alors contente-toi de faire ce que je te demande, et ne me provoque pas si tu tiens à rester en vie ! compris ?

J'ai envie de lui cracher au visage, puisque lui ne se gêne pas pour le faire avec moi à chaque fois qu'il me parle. Mais surtout, je ne veux pas prendre le risque de lui répondre, car il n'a finalement dévoilée aucune information et tout cela pourrait très bien être du bluff. Mais ce gros tas ne semble pas l'entendre de cette oreille et lâche mes cheveux pour me prendre à la gorge. Mes pieds touchant à peine le sol, j'avoue que je commence à paniquer légèrement, en plus de manquer d'air.

- Tu n'as pas la protection de ce cher colonel ici, fillette. Alors écrase-toi.

Je chois sur le sol assez lamentablement en essayant de récupérer mes poumons que mon corps tente de cracher sur le plancher. Non seulement ce salaud me donne les mêmes surnoms que Smoky, mais en plus il a l'air de le connaitre… pendant que l'oxygène revient petit à petit jusqu'à mon cerveau, un homme s'approche du capitaine et lui chuchote quelque chose à l'oreille. Je suis certaine de l'avoir déjà croisé quelque part, mais où ? Je mets cette question de côté en voyant un sourire sadique s'afficher sur le visage du chef. Ce dernier se tourne vers moi en me désignant le gars que je crois connaitre.

- Affronte-le.

- Pardon ?

Tout l'équipage éclate de rire le plus fort possible en se tapant sur les cuisses. Très classe.

- Affronte-le ! choisi ton arme et divertissez-nous. Votre petite danse était bien sympa, je vais vous en faire faire une autre…

Ah, c'était donc ça ! Ce gars était mon cavalier lors de la première danse ! Je lui lance un regard meurtrier alors qu'il s'avance vers moi.

- Une autre danse ? me demande-t-il en s'inclinant ironiquement.

- Va crever.

Un rictus cruel déforme son visage d'un geste vif, il agrippe mes cheveux et me relève. Ce doit être une manie chez les pirates, d'attraper les gens par les cheveux. Un peu comme les hommes des cavernes.

Quelqu'un me tend un sabre et je n'ai finalement d'autre choix que de m'en saisir. Pas que je tienne particulièrement à ma trachée mais j'aimerais quand même la garder intacte. Cependant, je n'ai pas l'intention de me battre, point barre. D'abord parce que je suis crevée, ensuite parce que mes cheveux sont détachés et que donc je les ai dans la figure, et pour finir parce que je suis toujours en robe, et que ça commence sérieusement à me courir sur le haricot. Cette comédie a assez duré.

Je m'écroule sans esquisser un geste pour amortir ma chute. La pointe d'un sabre se pose doucement sur ma gorge, y laissant une légère estafilade que je ne sens même pas. Je ne réagis pas. Déçus, les pirates me trainent jusqu'à la paillasse sur laquelle je me suis réveillée et me laisse dessus sans autre forme de procès. Une fois seule, je laisse le découragement, la fatigue, et finalement la peur, prendre le dessus. Une larme roule le long de ma tempe pour aller se perdre dans mes cheveux épars, donc j'ai perdu quelques mèches pendant le combat.

Je voudrais rentrer.

oo

J'aimerais dire que c'est le soleil et le chant des oiseaux qui me réveille ce matin, mais je dois me contenter d'un verre d'eau dans la tronche et d'un coup de pied. Quelle ambiance … je me traine donc jusque sur le pont ou, comme hier, tout le monde m'attends de pied ferme, sauf le capitaine puisqu'il est assis. Lui m'attend de … bref. Il m'attend.

- J'ai un petit cadeau pour toi, annonce-t-il d'un air réjouis.

Je lui lance un regard suspicieux. Un cadeau ? Quelle blague. Ce type me prend vraiment pour une quiche. Agacée, je décide de ne pas répondre et hausse les épaules d'un air blasé. Sans se formaliser, il claque des doigts et un de ses sbires amène une petite caisse en bois qu'il pose à mes pieds. Tout de même curieuse, je jette un regard et aperçois … un fruit. Un fruit ?

- Et ? dis-je pour exprimer ma perplexité.

Le sourire de mon interlocuteur s'agrandi.

- Tu sais ce que c'est ?

- Bah… un fruit, visiblement.

Les pirates ricanent autour de moi.

- Pas n'importe quel fruit, gamine. Un fruit du démon.

Là, je relève la tête, éberluée par ce que j'entends. Pourquoi donc ce fou-furieux voudrait-il me donner un fruit du démon ? Il est encore plus dérangé que je ne le pensais, à ce stade c'est quand même grave. Je répète donc ma question, histoire de marquer ma perplexité.

- Et ?

- Je te le donne.

Je laisse planer un instant de silence.

- Vous êtes malade ? fini-je par demander, le plus sérieusement du monde.

Sans se formaliser, le capitaine se lève et s'avance vers moi, un livre à la main. J'ai bien envie de balancer une vanne pourrie sur le sujet mais je préfère écouter ses explications à propos de ce fameux cadeau.

- Tu vois ce livre, petite ? c'est un des rares exemplaires qui répertorie les fruits des démons. Et heureusement pour nous, celui que je t'offre est à la page trente. Tu veux en savoir plus ?

Je ne peux résister plus longtemps.

- Vous allez pouvoir lire ?

L'homme ne prend pas la peine de me répondre et ouvre le livre à la page qui l'intéresse. D'une voix forte afin que tout le monde puisse l'entendre, il commence sa lecture à mon intention.

- Le fruit Mizu, autrement dit « fruit de l'eau », fait partie de la catégorie des Logia. Sa particularité est de ne proposer que des inconvénients à son possesseur puisqu'il ne pourra que l'affaiblir en plus de lui retirer sa capacité à nager. En effet, ce fruit fonctionne avec l'humidité ambiante. Or, la plupart des îles sont trop petites pour bénéficier d'un climat autre que maritime, et l'humidité sera donc composée d'eau de mer, ce qui provoquera en fait l'impossibilité d'utiliser les capacités du fruit.

Satisfait de son exposé, le capitaine se tourne vers moi, un sourire méchant plaqué sur le visage.

- Mange, me dit-il en désignant le fruit bleuté.

- Non.

Et puis quoi encore ? J'aime trop nager ! Et puis je ne vais pas obéir à un pirate sans essayer de me battre, je suis de la Marine tout de même !

Mais l'équipage veut que je mange, et je ne suis pas de taille à lutter seule contre une centaine de baraque à glace, frêle chose que je suis. Deux hommes me prennent les bras et me force à m'agenouiller devant la caisse, tandis qu'un troisième découpe le fruit pendant qu'un autre me bouche le nez, meilleur moyen de me faire ouvrir la bouche si je ne veux pas mourir étouffée. Et une fois que j'ai un morceau dans la bouche, j'ai beau essayer de cracher dans tous les sens, à part me baver dessus je n'arrive pas à grand-chose. Je n'ai d'autre choix que d'avaler en retenant mes larmes de rage. En plus, ce truc est absolument immonde, le gout est à vomir et la texture n'est pas mieux. Lorsque les hommes me lâchent, je me contente de me masser les bras aux endroits ou leurs doigts ont laissé de larges marques rouges qui finiront bleues. Eux semblent attendre quelque chose, comme si j'allais soudain me transformer en fontaine ou un truc dans le genre, mais je ne sens aucun changement en moi, et je ne veux pas y réfléchir. Je hais ces ordures comme je n'ai jamais détesté personne, et je trouverai le moyen de leur faire payer ce qu'ils m'ont fait, je me le jure.

Sans un mot, je me relève et me dirige vers la poupe, seule. Je ne désire pas particulièrement leur compagnie, surtout après ce qu'ils m'ont fait, mais ma « cabine » est trop exigüe pour m'y sentir à l'aise. J'ai besoin du grand air, de sentir la brise sur mon visage et les embruns éclabousser mon corps. Accoudée au bastingage, je ne me rends pas compte tout de suite que ce qui mouille mes joues n'est pas l'eau de la mer. Je m'essuie les yeux d'un geste rageur, mais d'autres larmes coulent malgré moi pour finir en sanglots douloureux et incontrôlables. Le vent fouette ma peau et emmêle mes cheveux, jouant avec bonne humeur alors que je sombre peu à peu dans le désespoir. J'envisage sérieusement de me jeter à la mer pendant un instant, puis j'imagine ce que diraient les gens que je connais s'ils le savaient. J'imagine le regard réprobateur de Koby, le visage affolé d'Hermep j'imagine Tashigi me hurler dessus avec colère, et le colonel …

Mes sanglots redoublent. Le colonel, je ne sais même pas s'il est encore vivant ! Et pourtant, je ne peux m'empêcher de penser qu'il est trop fort pour mourir bêtement comme ça. Un faible murmure m'échappe, noyé dans mes larmes et ma peur, noyé dans cette force que je feins face au danger et qui n'existe pas, perdue que je suis face à la mer.

- Venez me cherchez, colonel … venez me chercher, je vous en prie.