vendredi 13 décembre.
Les vacances étaient prévues pour le mercredi 18 et nous avions tous hâte d'être à cette date là. Surtout Axel et moi. Toute la semaine c'était pareil, les regards, les gens qui chuchotaient et se taisaient au moment où l'on passait. Maxime ne disait trop rien, mais en sport, Axel était toujours sur le banc, le professeur ne disait rien. Axel avait décidé de ne plus y aller et avait demandé un mot du médecin pour le reste de l'année. Il avait accepté bien sûr.
— Plus que deux heures et on est en weekend, lui dis-je.
— Enfin !
Nous étions dans le réfectoire, nous mangions ensemble et j'étais à côté de lui. Je m'étais mise d'une façon à le voir, une jambe de chaque côté du banc et lui était assis normalement. Je posai ma tête sur son épaule et lui caressa doucement le bas du dos et sa cuisse.
— Tu veux faire quoi ?
— J'aimerais te présenter à mes parents.
Je le regardai avec un grand sourire, toutes les fois où je voulais les connaitre il avait dit que c'était trop tôt.
— Ma mère veut te connaître.
— Ben, je serais plus que ravie.
— Samedi midi ?
— Je viens pour quelle heure ?
—11 h.
— J'y serai.
Il passa son bras autour de moi et mis sa main sur mon dos. J'approchai un peu plus de lui et lui fis de petits baisers dans le cou.
— Et, ton père, il sera là ?
— Oui, malheureusement.
— Ton frère ?
— Oui.
Il souffla et posa ses lèvres sur les miennes. On ne se cachait plus maintenant. Les gens nous regardaient toujours, mais nous n'allions pas nous priver d'être ensemble pour eux.
À la fin de la journée, je le raccompagnai chez lui et entrai chez moi. Ma mère m'attendait dans la cuisine et elle n'avait pas l'air très contente.
— Tout va bien ?
— Je viens d'apprendre quelque chose de grave Lara.
— Qu'est-ce qui se passe ?
Je commençai à m'inquiéter, mais, quand je vis ma sœur entrer dans la cuisine, je compris directement. Elle avait craché le morceau.
— Axel est-il séropositif ?
— Oui.
Elle inspira longuement.
— Non, mais, tu es complètement folle !
— Tu dramatises.
— Tu rigoles, j'espère ? Tu pourrais attraper le sida.
— On ne fait rien pour le moment, il n'y a aucun risque.
— Pour le moment ? Parce que tu comptes avoir des relations sexuelles avec lui ?
Je regardai ma sœur, elle nous écoutait attentivement.
— Dégage-toi ! Tu n'as pas fait assez de mal comme ça ?
— Tu me parles sur un autre ton.
Je m'approchai d'elle et la plaqua sur le frigo.
— Je te parle sur le ton que je veux et si tu n'es pas contente tu peux toujours te barrer.
— Ça suffit maintenant, dit ma mère.
— Il est séropositif depuis un an, il n'a plus mal et tout se passe bien pour le moment. On n'a pas couché ensemble donc je n'ai pas le sida. J'ai fait une prise de sang et tout va bien, je suis en parfaite santé.
— Quand ton père saura ça.
Elle commença à frotter le lavabo comme si sa vie en dépendait. Je m'approchai d'elle.
— Maman, on fait très attention, mais je l'aime, je ne le quitterai pas.
— Il est malade.
— Oui, je suis au courant des risques. On se protégera et crois-moi, ce n'est pas pour maintenant. Il ne veut pas m'exposer. Même si, avec un préservatif, il n'y a pas de risque.
Elle commença à pleurer, je la pris dans mes bras.
— Quoi que les gens disent ou fassent, je ne le quitterai pas. Je l'aime et c'est lui que je veux. Sa maladie n'y changera rien.
— Depuis quand es-tu si attaché aux gens ?
— Depuis que je le connais.
Elle me caressa la joue.
— Promets-moi de faire très attention et lorsque tu l'auras fait je veux être prévenue, je veux que tu ailles faire des tests tous les mois.
— D'accord.
— Je ne suis pas du tout d'accord avec ta relation, sache-le. Mais si je t'en empêche tu le verras en douce et ça, je ne veux pas. Je préfère que tu m'en parles.
— Merci, maman.
Le reste de la soirée, je la passai à parler avec ma mère dans le salon. Elle m'avait fait promettre de faire très attention à moi et de ne jamais le faire sans protection. Elle me donna même deux boîtes de préservatifs et me dit que je devais toujours avoir ça sur moi en cas de besoin.
Samedi 14 décembre.
Je me réveillai de bonne humeur pour une fois. J'allais voir Axel dans moins de deux heures. Je partis prendre mon petit déjeuner et ma mère était là. Elle me fit un petit sourire, mais je voyais qu'elle par contre n'avait pas beaucoup dormi.
— Tu veux qu'on aille faire les boutiques ?
— Oh ! ... Désoler maman... Je vais manger chez Axel... Il me présente ses parents aujourd'hui.
— Oh ! Et bien une prochaine fois.
Après avoir fini de manger, je rangeai.
— Tu ne veux pas le rencontrer ?
— Heu... Lara... Pas maintenant... Je suis désolée.
— Ce n'est rien.
Je montai dans ma chambre et pris une tenue décontractée, mais pas trop. Sa mère avait l'air gentille et compréhensive, mais je ne savais pas à quoi m'attendre vis-à-vis de son père. Je fis mes cheveux et me mis un peu de crème parfumée pour le corps. Autant mettre toutes les chances de mon côté.
— J'y vais, criais-je.
— Tu rentres vers quelle heure ?
— Heu... je ne sais pas.
— Préviens-moi... Laisse-moi un message.
— OK, à tout à l'heure, maman.
Je montai dans ma voiture et partis chez Axel. J'étais un peu stressée maintenant. Je ne savais pas du tout comment ses parents allaient réagir et je ne savais pas trop ce que je devais dire ou faire pour donner une parfaite image de moi. Axel m'avait dit de rester moi-même, mais le stress était tout de même là.
Je me garai et sonnai. C'était Axel qui vint m'ouvrir avec un grand sourire que je lui rendis bien sûr.
— Salut, toi, lui dis-je.
— Salut.
— Tu vas bien.
— Ouais et toi ?
— Un peu stressée.
— Ne le sois pas.
Il enleva ma veste et m'embrassa.
— C'est pour te donner du courage.
— Il m'en faut encore, je pense.
Il rigola et me donna un baiser tendre et plein d'amour.
— Y'a des chambres pour ça.
Son frère venait d'arriver, il était en jean, mais torse nu.
— Va t'habiller, lui dit Axel.
— Tu ne me présentes pas.
— Lara, voici mon frère.
— Salut.
— Salut.
Luc me fit un petit sourire et partit.
— Axel ?
— Oui, maman.
— Lara est déjà là ?
— Oui.
Il souffla et m'emmena dans le salon. Il y avait son père assis à gauche et sa mère à droite. Son frère vint se mettre dans le fauteuil une place.
— Asseyez-vous, dit sa mère.
On se plaça l'un à côté de l'autre. Je sentis le regard pesant de son père, mais la joie que sortait sa mère était apaisante.
— J'ai fait du riz avec du poisson et une sauce que je tiens de ma mère, Axel l'adore.
— C'est parfait, merci.
— Tu as soif ?
— Je veux bien un soda.
Elle me servit un soda et reprit sa place près de son mari. Je me sentais un peu mal à l'aise, je devais l'avouer.
— Et tu apprends pour quoi ?
— J'aimerais être infirmière.
— Oh ! C'est un très beau métier.
— J'aime beaucoup le milieu médical.
— Ben dans 15 ans, tu auras quelqu'un pour s'occuper de toi, dit soudain son père.
C'était comme si une tornade venait de passer, personne ne parlait et il venait de mettre un froid sur toute la pièce. Sa mère le regardait avec colère et Axel baissa la tête.
— Je serai toujours là pour lui, dans un an ou dans quinze ans.
Il me regardait comme si j'étais une gamine et que, lorsqu'il allait vraiment être mal, j'allais vite me barrer, mais ça n'allait pas être le cas. Il faisait parti de ma vie.
— On verra bien.
Axel se tendit et regarda son père avec colère et dégout.
— Tu es obligé de parler de ça maintenant ? Elle vient manger pour la première fois ici, dit sa mère.
Elle se leva et nous demanda de bien vouloir la suivre, car le diner sera bientôt prêt. Nous étions à table et là encore il y avait une atmosphère assez pesante, mais son frère coupa ce blanc.
— Tu ne t'es pas fait que des amis en sortant avec mon frère.
— La ferme Luc, dit Axel.
— C'est bon, lui dis-je... Oui, je n'ai plus beaucoup d'amis, mais peu importe, s'ils n'arrivent pas à accepter mes choix c'est leur problème.
— Voilà, c'est prêt, dit sa mère.
On se servit et mangea. Sa mère me posait des questions sur ma vie et mes passions. Elle aimait profondément son fils et, à chaque fois qu'elle posait ses yeux sur lui, on y voyait de l'amour, mais un peu de tristesse également.
Son père ne parlait pas, enfin dès qu'il s'adressait à quelqu'un c'était à son autre fils ou sa femme. Je fus surprise qu'il me parle d'ailleurs en plein milieu du repas.
— Comment vos parents ont-ils réagi ?
Axel me regarda, mais continua de manger. Il baissa la tête et évitait le regard de son père. Je vis alors que son père n'avait pas dû être tendre avec lui depuis un an.
— Ma mère respecte mes choix, mon père c'est un peu plus difficile.
— Hum.
— J'ai bientôt 18 ans et mes parents n'ont jamais posé de questions sur ma vie privée.
— Quand le futur gendre est séropositif, il y a de quoi s'en poser non ? Me dit-il avec un petit air supérieur.
— Lorsque vous posez les yeux sur votre fils, vous voyez uniquement sa maladie. Moi, je vois avant tout ce qu'il est à l'intérieur. Le fait qu'il soit séropositif ne changera pas mes sentiments pour lui. Lui dis-je avec une once de colère qu'il avait dû percevoir.
Je vis sa mère faire un petit sourire et Axel arrêta de manger.
— Il a fait la plus grosse erreur de sa vie en voulant faire comme tout le monde. Dis son père.
— Il le sait très bien et je ne pense pas que de lui rappeler tous les jours est la meilleure chose à faire, il doit vivre normalement.
Axel se leva.
— Viens, je vais te faire visiter.
Je me levai un peu en colère et le suivi. Il m'emmena dans sa chambre. Je crus entendre « elle à du répondant » venant de son frère, mais je n'entendis pas la suite.
Arrivé dans sa chambre, il ferma la porte à clef et se posa sur son lit en prenant son visage entre ses mains.
— Je suis désolée, lui dis-je.
— De quoi ?
— D'être un peu énervée.
— Je le suis bien plus que toi.
— Ton père est toujours comme ça ?
— Là, il est calme, c'est sans arrêt des petites phrases qui me rappellent bien ce que j'ai.
Je me mis à genoux devant lui et lui leva son visage afin qu'il me regarde.
— Je ne m'en suis pas trop mal tirée, lui dis-je.
Il me sourit et posa son front contre le mien. Je lui caressai la joue tendrement. Je me relevai, car sur les genoux ça faisait un peu mal et me mis à califourchon sur lui.
-Tu es tendu, lui dis-je.
-Ça va passer .
Je le poussai un peu et il s'allongea, ses jambes toujours dans le vide. Je me penchai vers son visage et lui fis de petits baisers dans le cou.
— Détends-toi.
Il souffla et pencha un peu sa tête afin que je l'embrasse encore. Il caressait mes hanches, mes fesses, mes cuisses doucement. Je remontai doucement vers sa joue, sa mâchoire et finit sur ses lèvres.
Il mit une main dans mes cheveux et l'autre sur ma cuisse droite. Je l'embrassai tendrement et caressai son torse et remontai vers ses cheveux.
Notre baiser était devenu fougueux et langoureux, nos langues se caressèrent sensuellement. Mon cœur s'emballa et je sentis cette douce chaleur entre mes cuisses.
Nos mains étaient plus baladeuses que tout à l'heure et je l'entendis gémir lorsque je lui caressai le torse en dessous de son pull.
Il arrêta notre baiser en premier, nos souffles étaient rapides et mon corps était en feu. Il m'allongea et se mis sur moi. J'enroulai mes jambes autour des siennes. Il me donna de doux baisers, légers et tellement bons. Je sentis son désir pour moi sur mon bas-ventre. Je soulevais son pull et voulu l'enlevai, mais il m'arrêta.
— Je veux juste te sentir contre moi, lui dis-je en l'embrassant de légers baisers.
Il me laissa faire et je jetai son pull au sol. Il était appuyé sur ses avants bras et j'avais donc le loisir de voir son torse nu et de le toucher autant que je le voulais. Je fis passer mes doigts sur ses flancs, il frissonna et m'embrassa dans le cou.
— On devrait peut-être retourner en bas, lui dis-je après 30 minutes de caresse.
— Hum... Je suis désolé que le repas n'ait pas été super.
— J'ai bien aimé le dessert, lui dis-je en embrassant son épaule.
Il me sourit et se mit debout, je restai sur le lit à le regarder.
— Il faut que tu te lèves, sinon je vais te sauter dessus.
Je restai sur le lit et lui fit un petit sourire.
— Ça ne va pas être possible avec mes parents en bas.
— Tu veux dire que, si l'on avait été seul, on aurait fait l'amour ?
Il se tendit et inspira. Il passa sa main dans ses cheveux.
— Ce n'est pas ce que je voulais dire... Ce n'est pas possible... Je suis malade Lara et tu pourrais l'attraper.
Je me levai et me mis devant lui. Il regardait ailleurs et parut gêné. Il remit son pull.
— Tu veux dire qu'on ne fera jamais l'amour ?
— C'est compliqué.
— Je ne vois pas en quoi c'est compliqué.
— Je suis...
— Malade oui. Je le sais. On se protégera.
— Mais le risque zéro n'existe pas.
Je fus surprise par ses paroles, avant j'aurais compris, vues qu'on ne sortait pas ensemble, mais là. Il n'avait vraiment pas l'intention de coucher avec moi.
— Bien.
Je remis mes cheveux en ordre et descendus.
— Lara, attends.
— C'est bon, laisse tomber
Ses parents étaient toujours dans la cuisine. Je parlai encore un peu avec sa mère et, 40 minutes plus tard, je partis en remerciant tout le monde.
Il n'était que 15 h, nous avions prévu d'aller au centre commercial, mais j'étais assez en colère contre Axel. Non pas en colère, mais je ne savais pas trop comment le prendre. On était ensemble et j'avais senti qu'il avait envie, il était un être humain et il avait des envies comme tout le monde. Il ne pourrait pas ne plus faire l'amour de sa vie, car il était malade.
Je me mis côté conducteur et entendit la porte claquer. Axel était à côté de moi et me regardait d'un air désolé.
— Tu ne comptes pas faire l'amour durant combien de temps ? Un mois ? Un an ? Cinq ans ? Dix ans ? Tout ça parce que tu es malade ? Lui dis-je.
Il baissa la tête et passa ses mains sur son visage. Il me regarda à nouveau dans les yeux.
— Je t'aime Lara, je pense à toi constamment, j'ai envie d'être avec toi tout le temps. Tu es la première personne qui m'accepte et je me sens bien avec toi, tu me fais revivre. J'ai besoin de toi et j'ai envie de toi. Tu n'imagines pas à quel point j'ai envie de toi et te donner ce que tu veux. Mais, rien que de penser que tu pourrais attraper le sida, ça me rend... Je ne peux pas te faire ça.
Il m'avait dit qu'il m'aimait et qu'il avait envie de moi, c'était tout ce que j'avais vraiment retenu.
— Je t'aime aussi Axel, plus que tu te l'imagines.
Il passa sa main sur ma joue et approcha son visage du mien, il m'embrassa tendrement.
— J'attendrai, lui dis-je.
Il souffla et reposa ses lèvres sur les miennes.
— Bon, on y va à ce centre commercial ?
— Oui, dis-je.
Je démarrai cette voiture, le cœur un peu plus léger.
