Bientôt deux ans (même plus) que j'ai arrêté cette fic. Et puis du jour au lendemain je décide de la reprendre, écris des pages et des pages.

Peut-être que c'est parce que ma jument progresse, que je peux enfin la monter, qu'on s'éclate, que l'odeur de ses crins me jette dans un hors-monde aux saveurs d'Apothéose. Peut-être que c'est juste parce que les chevaux de cette fic me manquaient.

Mais non. Avant tout, par-dessous tout, c'est grâce à ceux qui ont lu cette fic, l'ont aimé, ont demandé une suite que je m'y suis remise. Parce que vous êtes les lecteurs les plus incroyablement géniaux qui existent, je ne me laisserai jamais de le répéter, parce que ce site et sa population en vaut la peine, parce que j'aime écrire pour moi mais j'aime aussi écrire pour vous. J'aime ce partage, cette intimité, ce lien indicible qui nous unit tous et nous tient « étroitement liés et ceints » comme dirait Whitman.

Alors frappez-moi virtuellement, insultez-moi, je le mérite, lapidez-moi que je me repente de mon silence et de toutes ces reviews en suspend (je m'en veux vous pouvez pas savoir). Parce que je vous aime.

Voilà c'est dit.

Je vous aime et j'espère que vous me pardonnerez.

Cette suite de deux chapitres (pour commencer – d'ailleurs je vais arrêter de promettre des chapitres dont je n'ai écrit que la structure mais nous dirons que je compte ardemment continuer cette fic) est dédiée à

Lud' parce que tout lui reviendra toujours.

et à NeoMirage parce que, du peu que je connais d'elle, c'est une fille juste extraordinaire.

Merci de me suivre encore toujours et malgré tout. Le ciel devrait vous baiser les pieds, sérieusement.

Bonne lecture,

Votre dévouée MFM

Ps: toutes mes excuses pour les fautes, je ne serai pas contre un ou une bêta s'il y a des intéréssé-e-s ^^

Corps à Corps

Chapitre 10

Il se tient là, juste devant moi, soufflant comme un taureau, son corps immense courbé au-dessus du mien. Il me jauge avec ses yeux prédateur, du haut de ses deux mètres.

Je le hais.

Il bloque mes poignets au-dessus de ma tête, me provoque en murmures sifflants. Ses insultes m'atteignent comme des lames, mes oreilles bourdonnent et les mots se répercutent contre les parois sensibles de mon crâne.

« Alors Potter, on veut jouer dans la cour des grands ? »

Derrière lui, j'aperçois Azul qui se cabre sous le corps de Snape dans un bout de carrière. J'aimerai le prévenir, lui dire de se méfier mais une question plus importante me taraude : où est Théo ?

« Alors Potter ? Sale petite tapette. »

Je l'esquive, je crois qu'il essaye de me frapper à nouveau.

Les murs se transforment et en en battement de cil, c'est le collège.

Ron et Hermione discutent dans un coin. Ils ne voient rien. Personne ne voit rien. Je suis seul avec Malfoy.

« Petite tapette! Sale petite tapette! »

Sa voix résonne et s'amplifie dans le couloir bondé, me revient en écho, distordu, monstrueux. Les gens se poussent et laissent apparaître Nott qui porte un plateau avec du thé et des biscuits. Les portes fondent. Les gens s'évaporent et Nott disparaît lui aussi laissant place à Ron qui me regarde, méprisant, puis se jette à travers un carreau.

« Sale petite tapette! »

Draco me pousse brutalement contre le casier et une douleur me vrille le bas du dos. Lorsque que je me retourne, la plaque aux grandes lettres dorées semble exploser et les éclats atteindre mon visage.

VOL DE MORT.

Il me pousse à nouveau.

Cette fois, nous sommes bien dans les écuries. La paille crisse sous mes pieds et l'écriteau s'enfonce dans mon dos, faisant bouillir mon corps de douleur. J'entends la voix de Nott, au fond de ma tête.

« Arrête putain Draco! »

Mais Malfoy n'entend pas. Nott n'est pas là de toute façon et les iris de Malfoy sont ancrés aux miens. Ils ont cette teinte bleu turquoise et ce cercle plus foncé autour, presque noir, mais bon dieu, où est Nott ?

Dans mon dos, l'étalon frise l'hystérie, se cabre, ses sabots tombent contre la paroi en averse, faisant trembler le bois. Malfoy me colle à la porte et je sens les angles à vif de l'écriteau me percer la peau. Mais ça ne me fait pas mal.

Au contraire, de longues vagues de plaisir me submergent tant et si bien que je ne sens plus mes jambes. Les lettres d'or s'inscrivent sur ma chute de reins, et je ferme les yeux tellement c'est bon.

VOL DE MORT

« Sale pédale. Dis-moi que tu n'es qu'une petite pédale Potter. »

Ses yeux dans les miens. Ses ongles dans mes paumes.

« Dis le moi. Dis le moi Potter. »

Je m'entends murmurer un « non » à peine audible. Il s'approche encore se frotte contre moi, je peux sentir son parfum sur le col de son t-shit immaculé.

« Tu n'es qu'une petite tapette. »

Il est beaucoup, beaucoup trop proche de moi. Derrière nous je sais que le cheval défonce la porte du box, qu'il va bientôt la réduire en miettes, nous tuer tous les deux, mais Malfoy se presse encore contre moi et le plaisir se fait de plus en plus fort, de plus en plus précis.

Sa bouche est à quelques millimètres de la mienne.

Azul saute la barrière de la carrière. Il n'a ni selle, ni cavalier. Il est libre.

Un orage éclate. Je ne sais pas si nous sommes dehors ou dedans. Le toit de l'écurie se courbe et se soulève puis retombe avec fracas. Je me dis que nous sommes probablement dedans. Derrière moi, le cheval noir pousse un hennissement proche du hurlement puis éclate d'un rire terrifiant.

« Fais ce que tu as envie de faire Potter. »

Sale pédale, je suis une sale pédale. Vol de Mort brise la porte en morceaux. Un éclair. Je ne suis qu'une sale pédale.

« Fais-le Harry. »

Sa main sur ma cuisse, juste sur ma cicatrice qui me lance horriblement. Mais cette douleur, c'est tellement bon.

« Fais-le. Maintenant. »

Je me penche brusquement et ses lèvres heurtent brutalement les miennes. Je gémis lorsque nos langues se touchent enfin nous scellant définitivement l'un à l'autre, un éclair me traverse sous entier, me secoue de plaisir. Le bas de mon dos est déchiré par un coup violent, tous mes membres se contractent, mon ventre hurle, je vais venir, je vais, je vais ….

Je me réveille, tremblant et en sueur, ne sachant plus où je suis ni qui je suis.

Les draps me font mal à la peau, frottent mes bras recouverts de chair de poule. Lorsque je réalise que je suis dans mon lit et que personne ne m'a vu, que je ne suis pas mort tué par le plaisir ou par ce cheval cinglé, mon entrejambe se rappelle à mon bon souvenir.

J'avise la couverture, déformée par une bosse et songe avec regret qu'une douche froide ne sera pas suffisante cette fois.

Je suis si proche que je dois me finir tout seul, sans d'autres options que de me rejouer la scène, laissant un Malfoy imaginaire me susurrer « sale tapette » à l'oreille, alors que je viens en longs spasmes libérateurs.

Un état semi-comateux me laisse cloué au matelas pendant dix bonnes minutes. La honte le remplace.

Qu'est-ce que c'était que ce putain de rêve ?

Me levant prestement, je cours me réfugier dans la douche et laisse de longs jets brûlants nettoyer mon corps poisseux. Il va encore falloir que je lave les draps .

Cette nuit me revient en bribes et je réalise petit à petit que ce n'est pas mon premier rêve du genre. Que c'est plutôt le troisième voire le quatrième. Et que ce n'est pas la première fois que je n'arrive pas à me contrôler.

Qu'est-ce qu'il m'arrive ?

J'en chialerais de frustration. Je n'ai plus aucun pouvoir sur mon propre corps, mon propre plaisir mes propres émotions. Mes rêves sont devenus de plus en plus étranges, pour aboutir à ça, cet espèce de délire érotico-infecte, positivement ridicule. Et l'idée d'embrasser Malfoy ne me dégoûte même plus.

Moi je me dégoûte.

Je sors de la douche, m'enroule dans une serviette et peine à me regarder dans le miroir. Mes cheveux trempés dégoulinent sur mon visage blafard et des cernes légèrement violacée font deux poches sous mes yeux. Mes lèvres sont encore et gonflées, j'ai dû les mordre pour ne pas crier.

Je suis immonde.

Une fois les lentilles en place je file dans la chambre, le coeur entre les dents, les larmes au bord des cils, mais refuse à me laisser aller.

Et si après tout ce n'était rien, rien qu'un rêve idiot de plus ? J'imagine que je ne suis pas le seul à en faire, que je ne devrais probablement pas me laisser déstabiliser à ce point.

Exactement comme hier. Hier n'était rien, rien qu'une soirée idiote avec deux merveilleux idiot, et mon désir n'était rien de plus que l'expression dérangeante de mes hormones tourmentées. Après tout, je pourrais presque me réclamer célibataire endurci depuis le temps que je n'ai pas touché une fille. Ce ne sont que mes hormones, juste mes hormones.

Oui mais Malfoy est un mec. Oui mais hier soir lorsque je me suis retrouvé seul dans cette même chambre, véritablement seul, je me suis senti subitement détruit, détruit comme je ne l'ai jamais été auparavant, même lorsque Ginny m'a quitté pour Dean, même lorsque Cho s'est officiellement mise en couple avec Cédric. Ces blessures là n'étaient que des blessures d'orgueil, celle de mon petit ego bafoué, humilié.

Mais hier soir... Lorsque je n'arrivais pas à m'endormir, lorsque je me rejouais chaque dialogue de cette soirée, je me sentais juste impuissant, impuissant et profondément malheureux.

Des nuits sans sommeil il y en a eu d'autres, pires ou meilleures je ne sais plus trop. Il y en aura encore probablement. Maintenant il faut juste se résoudre à se lever avancer .

Je défait les couvertures en espérant simplement que retourner au manège me soulagera un peu.

Malgré ma peine c'est avec délice que je retrouve les petits rituels du matin qui me mettaient du baume au coeur même lors des premiers temps à l'écurie, juste après la séparation de mes parents.

Attraper le jodhpur et l'enfiler en savourant le tissu encore rêche et serré racler ma peau. Enfiler mon t-shirt neuf puis aller choisir les chaussettes à carreaux que j'assortirai probablement au t-shirt comme à mon habitude. Prendre la peine de bien les dérouler, une jambe puis l'autre, de masser mes mollets endoloris comme je masserai les paturons de Galva avant de partir. Sortir sur la terrasse.

Le petit air frais achève de sécher les mèches qui me tombent devant les yeux et me caressent la nuque. Je respire à plein poumons l'odeur de rosée et d'herbe humide bénissant le ciel de pouvoir habiter en pleine nature. * Un fois les bottines enfilée, j'amène doucement la chaise vers moi en essayant de faire le moins de bruit possible puis décroche les mini-chaps qui étaient pendus à la porte. À nouveau je les place au centre de mes chaussures avec une précision et un perfectionnisme qu'on pourrait dire inutile, mais glisser dans les rails de l'habitude m'apaise. Je remonte la fermeture éclair de l'un puis de l'autre, serre les scratchs m'y reprenant à deux fois pour être bien sûr qu'ils ne se décrocheront pas. Mes mains caressent le cuir me rappelant le prix qu'ils ont coûtés et le doux chuintement me murmure que cela en valait la peine. Je pense à la bride de Galva qu'il faudra que je graisse, tout comme les étrivières puis divague, regarde le petit jour se dissiper, mêlant la cime des arbres aux pastels striés de blanc.

« Le toit du monde ». Je souris.

Celui-là au moins n'est pas près d'exploser.

En rentrant je jette un oeil aux récompenses qui trônent sur la commode, aux photos de Galva poinçonnée dans un cadre, des premières aux plus récentes. Ma préférée est au milieu, celle que Ron a prise lors d'une de nos premières balades rênes longues, magique, le jour où j'ai promis à mon cheval qu'on s'en sortirai ensemble. Le petit bout de bride cassée que j'ai toujours gardé est posé en dessous et j'y passe une main distraite.

Nous nous en sommes bel et bien sortis lui et moi, ensemble. Il n'y aura que lui qui pourra me faire oublier l'écriteau brisé et l'orage.

Le bout de cuir finit dans une poche de ma veste avec les gants bleus, cadeau d'Hermione, et son contact au creux de ma paume accompagne ma traversée des couloirs ainsi que mes premiers pas en direction de l'écurie.

- Potter bouge ton cul bordel !

Cette classe, cette finesse, cette légèreté dans l'usage du terme « bordel » voilà exactement la manière dont je souhaitais secrètement être reçu.

C'est Nott qui m'a secoué le premier en agitant les bras dans tous les sens.

- Le manège est réservé aux premier groupe entier à être sur la piste et il n'y a encore personne à part Hermione qui tresse les crins de sa jument, grouille-toi !

Un fou-rire en imaginant Hermione s'occuper de Djerba et une grande claque sur les fesses de la part de mon cher Théo : c'est ainsi que le grand bal des vociférations a débuté. Même pas le temps d'arriver tranquille dans le box de Galva pour lui raconter mes malheurs en l'étrillant lentement.

- Potter mais qu'est-ce tu fous ? Tu dors ou quoi ?

Il va me tuer ce foutu stressé. Je le vois à l'envers, penché en avant, occupé à curer les pieds pleins de saletés du champion. À croire que le pré n'est plus un endroit sain pour le laisser s'ébrouer.

- Lâche-moi Malfoy, tu ne vois pas que je me dépêche ?

Il à l'air de voir parfaitement bien, appuyé ainsi contre la porte du box, les bras croisés, l'air franchement amusé.

- Tu n'as pas autre chose à faire que me regarder ?

Un sourcil levé il éclate de rire avant de repartir dans le couloir. Galvano essaye de récupérer son pied en tirant dans mes mains.

- Tu vas pas commencer toi aussi hein !

Dans l'autre stalle j'entends celui que j'imagine être Pizarro se prendre une monstre claque.

- C'est une sangle gros abruti, juste une sangle ! Elle ne va pas te manger et même si c'était le cas, ce n'est pas une raison pour me manger moi !

J'étouffe un petit rire discret qui ne fait que s'amplifier au ton suraigu de l'énervement Théodorien.

- Harry je t'entends tu sais !

- D'ailleurs tu es très mal placé pour rire Potter.

Ayant enfin commencé à brider, je sursaute laissant Galva recracher mollement son mors. Il regarde Malfoy avec un air blasé et je songe que nous pensons probablement tout deux la même chose, mon cheval et moi.

- Encore là Malfoy ?

- J'ai la forte impression que si je ne viens pas vérifier l'avancée de ta situation, on y sera encore l'an prochain.

- Tu te trompes, il ne me reste que la bride et les protections et je suis prêt.

Enfin, si Galvano consent à reprendre son mors. Malfoy éclate encore une fois de rire – ce qui commence à sacrément m'énerver – et repart en lançant une pique bien sentie à Théo au passage. Ce dernier lui hurle de se taire et en jetant un oeil dans le couloir je peux voir un petit poing brandi en dehors du box de Pizarro, menaçant un Draco littéralement hilare.

Le souffle brûlant de mon cheval qui réchauffe mes omoplates me rappelle à mes propres devoirs. Une fois selle et bride en place et correctement attachés, je finis de mettre les protections (1) sur ses antérieurs et me retourne pour attraper ma bombe. C'est une main pâle qui me la tend.

- Encore toi ?

- Je viens admirer le « champion » une dernière fois, avant qu'il ne se prenne une raclée.

- Raclée toi-même. Où en est Théo ?

Une voix visiblement irritée nous parviens depuis le box de Zarro.

- J'ai presque fini Malfoy !

Draco ricane en mimant un bridage difficile.

- On se retrouve dans le manège dans trois minutes ?

Je lui adresse un sourire de vainqueur.

- Pas de soucis pour moi !

Mais il est très difficile pour ne pas dire franchement impossible de lui faire perdre cet air mystérieusement délecté.

- À toute suite Potter ! me lance-t-il d'un ton mielleux.

Mon Dieu qu'il m'énerve. En passant devant le box de Nott, je sors le plus silencieusement du monde sa bombe et ses gants de son sac pour les placer bien en évidence accrochés au verrou de la porte. Puis j'entraîne mon cheval vers la porte du manège.

Une fois à l'intérieur, je constate avec stupéfaction que je suis seul sur la piste. Malfoy n'avait-il pas répété au minimum cinq cent fois qu'il était prêt ?

Galvano pousse un long soupir et je le ressangle avec précaution avant de descendre les étriers. Une fois en selle je savoure cet instant où mon corps se fond avec le sien pour ne devenir qu'une seule entité à quatre jambes. Ses premières foulées me redonnent souffle et sourire.

Ce n'est qu'après notre deuxième tour de piste que Malfoy entre enfin. Je ne me gêne pas pour le chambrer.

- Alors Malfoy, on a eu du mal à se réveiller ce matin ?

Étrangement il ne me lance pas son regard noir, ni ne m'assaille de piques acerbes. Il se contente de me sourire en grimpant à son tour sur le dos du monstre. César est encore plus effrayant ainsi à l'arrêt, droit comme un i au centre du manège.

- J'avais encore deux trois petites choses à régler.

- Ouais. Moi je dis seulement que si tu n'avais pas passé autant de temps à « vérifier l'avancée de ma situation » dans mon box on en serait pas là...

En quelques minutes les longues jambes athlétiques de César l'ont porté à ma hauteur. Il me fixe droit dans les yeux en retenant quelques peu les rênes de son cheval qui courbe son encolure en grognant.

- Tu sais pourtant à quel point j'aime passer du temps dans ton box enfin...

Notre échange dure quelque secondes, juste le temps pour Galva de réaliser qu'un concurrent renifle à sa gauche et le temps pour Nott de pénétrer avec fracas dans l'enceinte du manège.

- Zarro, s'il te plaît avance ...

Mais Zarro n'a pas vraiment l'air d'être follement épris pas cette idée. Bien au contraire, il s'arrête plusieurs fois, tirant Nott vers l'arrière.

- Aucune autorité. s'extasie Malfoy dont le contraire m'aurait étonné.

- Toi tu la fermes. Ce n'est pas moi qui me suis fait pincer le cul en curant.

Enfin, je retrouve les sourcils froncés et les prunelles sombre mais le sourire dément ce léger passage à vide dans l'humeur de Draco.

- Dépêche Nott, sait-on jamais, la clique Miss-Je-Sais-Tout pourrait débarquer.

En quelques secondes Nott est en selle et pousse Pizarro dans une bonne foulée. Je regarde avec admiration le poitrail large et la puissance de ses épaules, songeant qu'il sera un atout majeur en cross. À côté de lui, Galvano boxe plutôt dans la catégorie crevette. Crevette sublime mais crevette quand même.

Malfoy me dépasse en rendant les rênes à César qui paraît ravi de prendre la tête. Après dix bonnes minutes de pas cadencé et de changements de main nous entrons dans un petit trot soutenu. Le manège est déjà équipé en barres et en obstacles ce qui nous a évité de perdre du temps. Je bénis tacitement Dumbledore qui pense toujours à tout.

- Bon les mecs, on passe chacun les barres au moins trois fois, on assoupli bien et ensuite on tente le premier croisillon (2), ça vous va ?

J'acquiesce en regardant Nott pendant que Malfoy accélère la cadence, les mâchoires serrées, la concentration l'enveloppant jusqu'au bout des doigts.

- Merci pour ton enthousiasme Malfoy .

Un coin de sourire creuse son visage et ses traits parfaits bloquent mon souffle dans ma poitrine. Galvano le sent immédiatement, évidemment et m'arrache quelques centimètres de rênes, étirant son encolure et ralentissant ostensiblement.

- Concentre-toi Potter.

J'avais pourtant l'impression qu'il ne m'avait pas vu mais les Malfoy possèdent probablement des yeux derrière la tête. Nott sourit en arrivant à ma hauteur dans l'autre sens.

- Oeil de gypaète a parlé !

- Nott ta gueule.

Je rejoins Nott en faisant une demi-volte, les sourcils levés.

- C'est le surnom que Snape lui a donné. Tu ne trouves pas ça merveilleusement rigolo ?

- Théo, la ferme.

Le sabot de César frôle l'une des barre. Malfoy étouffe un juron en lui faisait allonger l'allure.

- Désolé Dray.

- Pas grave.

Je regarde la scène sans comprendre. Il arrive souvent à Galva de toucher les barres au sol sans que cela ne pose le moindre problème, je me contente de repasser plusieurs fois ensuite.

Voyant mon désarroi, Théo m'explique en murmurant.

- Le trot de César doit être réglé au millimètre. Le traitement de Lucius lui a fait si peur que s'il touche une barre il lui arrive de refuser de sauter par la suite. Le bruit le terrifie.

Malfoy reviens une deuxième puis une troisième fois sans que le cheval ne heurte une seule fois les barres. Je vois un son sourire s'élargir et sa main descendre pour gratter l'épaule de César. Il lui murmure quelque chose d'inaudible.

Comment cette incroyable complicité a pu se nouer sous mes yeux sans même que je ne m'en rende compte ?

- Je vais sur l'oxer.

Son ton est neutre et ses phrases simples. Ni ordres, ni attaques, simplement des faits retenus par un fil de concentration.

Une minuscule impulsion projette César dans un grand galop. Le bruit de ses sabots fait résonner tout le manège et les oreilles de Galva pointent vers l'avant. La tension est palpable. J'entends une voix inconnue, celle de Draco pourtant.

- Doucement garçon, doucement.

Petits à petits le rythme devient souple, régulier. Théo place Pizarro derrière moi pour laisser place au monstre sur la double piste. Lorsqu'il nous dépassent, la fragrance de son parfum arrive jusqu'à moi. Nous sommes parfaitement placés pour les regarder.

César prend appui dans l'angle et baisse la tête, comme pour charger mais Malfoy le connaît, lui parle, le retient. Ils avancent vers la croix avec une grâce aérienne. César bondit un peu trop haut et Malfoy semble voler parfaitement en accord avec lui, comme le temps figé autour de nous. Il retombent dans un ensemble idéal, comme si cela ne leur avait demandé aucun effort et Malfoy félicite son cheval, un sourire aux lèvres.

Mon coeur rate plusieurs battements. Ils sont magnifiques, magnifiques, magnifiques.

Le trot du monstre se rapproche de nous et en quelques secondes, les yeux bleus me fixent à nouveau avec une lueur ravie.

- Bien, maintenant les choses intéressante peuvent commencer.

Je réalise que c'est probablement pour cela que je ne l'ai jamais vu à pied avec son cheval, il devait venir s'entraîner dans le manège avant chaque reprises pour être sûr que César ne soit pas à nouveau traumatisé, pour être certain que tout se passerait bien. MacGo nous dit toujours que le premier saut est primordial, qu'il définira souvent tous les autres, qu'il place une jauge à notre parcours et Malfoy met cela en pratique comme personne. Tant d'attention me mettraient presque les larmes aux yeux.

- Bon, une fois que vous autres fiottes aurez passé votre premier obstacle deux fois minimum, puis l'oxer trois à quatre fois selon comment cela ce passe... Ce qui signifie six pour toi Potter.

Je lui tire la langue oubliant mon émotion momentanée.

- Je propose un petit jeu.

- Oh surprise, Malfoy propose un jeu ! Je ne l'attendais pas du tout celle-là ! lance Nott avec son petit ton ironique.

- Théo, au lieu de dire n'importe quoi, tu as ton chrono ?

- Toujours tête de noeud.

J'éclate de rire en entendant la voix grave et sérieuse de Nott doublée de l'air estomaqué de la-dite « tête de noeud. »

- Bien. Je propose donc qu'on se fasse un petit parcours privé qui comprendra agilité, dressage et saut.

Le défi me plaît énormément, ce n'est pas souvent que j'ai eu l'occasion de tester ma compétitivité avec Ron et Hermi. C'est d'ailleurs peut-être pour cela que je n'en ai pas vraiment.

- Illustre ta pensée Ô Machiavel.

Malfoy nous fais signe de ralentir l'allure et nous passons au pas.

- Très bien, voilà l'idée : d'abord on choisit un point de départ. Je propose le K pour ne vexer personne. (3)

Nott et moi répondons avec véhémence en demandant sans finesse à Draco de mettre la deuxième.

- C'est bon on se calme les folasses. Je disais donc, en K on prend un trot normal jusqu'en H puis un trot soutenu dans la diagonale avec arrêt en B. Ensuite, depuis l'arrêt : galop et passage des obstacles dans le sens que vous voulez mais en suivant l'ordre croix, droit, oxer, croix, droit, puis diagonale avec arrêt en X. Là on descend, et je veux voir deux pieds à terre, puis on remonte, on reprend un trot soutenu de X pour rejoindre la piste en suivant une des diagonales. Dès qu'on est sur la piste, reprise du galop, croix, et on finit par le droit. Celui qui aura réussi à terminer le parcours le plus vite aura gagné.

Le rire Nott ferait presque trembler les vitres.

- Pas mal ton plan ! Je crois que ce sera presque trop facile, n'est-ce pas Harry ?

Je me retourne avec un grand sourire.

- C'est exactement ce que je pensais ! puis en regardant Malfoy ,

Et celui qui aura gagné gagne... Quoi exactement ? »

Draco semble prendre son temps pour réfléchir puis annonce avec une voix sérieuse.

- Celui qui gagne prendra les deux autres pour esclave pendant toute une semaine.

« Deal ! » hurle Nott au comble de l'excitation. J'avoue que l'idée de voir Malfoy cirer mes bottes pendant sept jours entiers me donne une franche envie de victoire.

- Bon en attendant vous finissez vos exercices si vous voulez avoir ma classe internationale !

Je remet instantanément Galva au trot, dépassant César de plusieurs foulée ce qui fait grogner le monstre.

- Rien n'est joué Draco. Crois-moi, rien n'est joué.

Je reprends la ligne centrale passant sur les barres. Galva semble de meilleur humeur et répond facilement à toutes mes aides. Je passe deux fois sur la croix avec un peu moins d'habileté que le couple de champion, certes mais réussi tout de même un saut parfait au-dessus de l'oxer à partir du troisième bond seulement. L'idée de pouvoir remporter deux esclaves exacerbe ma motivation, si seulement McGo pouvait organiser des épreuves de la sorte !

Nott qui passe juste après moi me fait pâlir. Pizarro s'est enfin réveillé et sa puissance se décuple sur l'oxer qu'il passe brillamment dès le premier saut.

Malfoy semble se frotter les mains.

Nous tirons l'ordre de passage à la courte paille – que Théo prépare en déchirant un mouchoir sous les acclamations dégoûtées de Malfoy auxquels répondent des « mais c'est un neuf abruti ! » excédés - et je tombe malheureusement premier.

Peu importe, après tout je viens de réaliser mon meilleur entraînement de l'année et la chance est avec moi. C'est aussi ce que semble penser Galvano plus détendu que jamais.

- Courage Potter.

Nous faisons encore deux grande voltes hors piste avant que je ne la rejoigne. Théo lance le chrono au moment où je dépasse la lettre K.

Les premiers exercices se déroulent à merveille puisqu'on commence avec le dressage. Sur la diagonale Galvano déploie des trésors d'élégance et le départ depuis l'arrêt en B est une pure merveille. Tout roule comme je le souhaitais et c'est confiant que l'on s'attaque au premier obstacle. C'est avec brio que nous passons la croix puis le droit et enfin l'oxer, la gradation progressive de la difficulté aidant sûrement. Mais en tournant un peu court pour rejoindre la croix je calcule mal ma trajectoire.

Galvano passe le petit obstacle sans trop rechigner mais en arrivant de biais sur le droit je manque de peu d'essuyer un refus, ce qui me fait perdre quelques seconde. Dieu merci l'épreuve suivante est une retour au dressage et notre arrêt en X est parfait, ce qui est également dû à notre perte de vitesse. Je met pieds à terre en quelques secondes puis remonte avec autant d'agilité. Je relance ensuite Galva le plus vite que je peux et rejoint la piste au trot allongé ce qui semble lui faire le plus grand plaisir. Je le sens prendre appui dans l'angle pour se mettre au galop mais grisé par la vitesse il charge un peu trop la croix et je dois nettement le ralentir pour le relancer ensuite sur le droit.

Enfin reposés j'entends les applaudissements de Nott et Malfoy depuis l'autre côté du manège.

- Joli parcours Potter, un peu chaotique mais vraiment joli.

Nott se prépare déjà à rentrer en scène pendant que Draco note mon temps. Avec sa chance habituelle il passe en dernier.

- Théo, c'est à toi !

Pizarro dépasse le K et allonge considérablement son allure. J'admire les efforts de Nott et sa patience qui aura fait de ce cheval un peu trapu un vrai maître des transitions (4). Ils passent la diagonale sans peine mais je remarque avec plaisir que le trot de Zarro est nettement plus lent que celui de Galvano.

Son léger retard est rattrapé à l'obstacle : Nott fini de passer le droit avec un temps record qui fait murmurer Malfoy. Mais je me fiche du chrono, je ne peux quitter des yeux ce couple magnifique et pourtant si mal assorti qui s'élance avec habileté sur la diagonale, s'arrêtant d'un seul coup au milieu de la piste.

Nott vole presque jusqu'au sol et remonte instantanément, bondissant sur le dos de son cheval sans même prendre la peine de remettre le pied à l'étrier. La prouesse est assez incroyable vu la largeur de Zarro et pourrait être tout à fait réussie si ce petit cheval intelligent n'avait pas anticipé la suite des événements et repris le trot. Nott manque d'être désarçonné mais réussi tout de même à se caler en selle, juste à temps pour le galop. Il retrouve un étrier et se met en suspension comme il peut pour passer la croix.

Draco et moi sommes obnubilés par le spectacle et je le pousse du coude lorsque Nott s'approche du droit pour ne pas qu'il oublie le chrono. Le deuxième étrier est enfilé une seconde avant le bond magistral de Zarro qui retombe un peu moins souplement.

- Putain de merde Théo !

Nott fait un dernier tour de piste puis remet son cheval au pas, revenant vers nous littéralement hilare.

- Ton temps est un peu moins bon que celui de Potter, juste quatre seconde, mais putain de merde !

J'approuve d'un hochement de tête en souriant un Théo qui nous lance un regard du genre « on en a vu d'autres, vous avez même pas idée ! ».

- Allez, à toi Malfoy !

Draco lui lance le chrono en repartant au trot. César est instantanément placé et parfaitement aux ordre et même si j'ai hypothétiquement pris la tête, j'attends le clou du spectacle avec impatience. Théo lance le chrono sans lâcher son meilleur ami des yeux.

Les premières étapes se déroulent parfaitement, ce n'est pas du grand art comme celui de Galva mais c'est pile poile ce qu'il faut, bonne foulée, bonne vitesse. Draco tient César bien rassemblé pour ne pas le laisser exploser mais le lâche à l'abord des obstacles.

Nous pouvons alors mesurer le plaisir pris par le cheval comme par son cavalier. Il ne sautent pas, ils dévorent le parcours comme une grosse tranche de gâteau. Leurs souffles s'accordent, les murmures extatiques de Malfoy nous parviennent par bribes et les risques pris sur la trajectoire nous paraissent fabuleux. Même lorsque Malfoy coupe très serré juste après l'oxer pour rejoindre directement la croix on a presque l'impression que c'est César qui dirige la danse, la bouche à peine appuyée sur le mors. Encore une fois la notion de « couple » reluit de toute sa splendeur.

Ils arrivent au centre de la piste en une fraction de seconde et j'ai l'impression que je n'ai pas respiré jusque là. Draco semble rebondir sur le sol et me fait penser à un danseur, mais nous n'avons pas vraiment le temps de penser il effleure à peine la selle et César est déjà au trot, puis au galop, à se demander où et quand Malfoy a eu le temps de remettre ses étriers. Il rassemble une dernière fois l'imposant galop de César ce qui lui fait peut-être perdre la seconde qui nous départagera puis franchit les deux derniers obstacles.

Un coup d'oeil sur le chrono achève mon espoir : sa prestation devance la mienne de trois bonne seconde.

- Wow, c'était plus chaud que je ne le pensais ! lance-t-il en retenant difficilement le galop du monstre.

- T'as quand même gagné enfoiré ! rétorque Théo.

- Sérieux ? J'aurais pas dit. Vu qu'on a un peu buggé au début...

- Fais pas ton faux modeste tu veux !

Je regrette immédiatement ce commentaire maladroit en voyant les mâchoires de l'intéressé se serrer.

J'attends qu'il nous rejoigne pour le féliciter chaudement, essayant de noyer mon erreur.

- C'était énorme, ton passage après l'arrêt était juste incroyable, comment tu l'as relancé ? Parce que depuis là sérieux on a rien vu.

Mais il ne dit rien et m'ignore royalement jetant un oeil à la colonne de chiffre puis s'adresse à Nott à voix basse.

- C'est bien ce que je dis, c'était chaud, t'as vu les temps qu'on a fait ?

- Ouais je sais, mais quand même, on est bien partis pour le concours.

J'interromps leur petite conversation privée en agitant une main devant son visage.

- Euh Malfoy t'as entendu ce que je t'ai demandé ?

Ses yeux devenus aussi clairs que lorsqu'il se fâche me transpercent, libérant des salves d'eau glacée dans mes veines.

- Quoi Potter ?

- Je t'ai demandé si .. Attend, t'es pas fâché pour ce que je viens de dire si ?

Ses yeux ne quittent pas les miens.

- Potter ? Répète après moi : Je m'excuse de t'avoir accusé de fausse modestie, Ô Grand Maître, moi qui ne suis qu'un petit esclave docile.

Théo éclate de rire et je lève les yeux au ciel. Malfoy lui, ne cille pas.

- Je t'écoute Potter.

- Tu te fous de ma gueule ?

- Merci de souligner des évidences Harry. Mais il faudra t'y faire. Tu es mon esclave maintenant.

Foutu pince-sans-rire, voilà bien quelque chose que je n'ai jamais réussi à faire. Il faut dire qu'entre Hermione si susceptible et Ron si cartésien cela n'aurait pas eût grand effet. Théo profite de mon irritation pour m'envoyer une grande claque dans le dos.

- Bon les filles, on se rejoint sur la pelouse, j'ai fait des sandwich et mis les sodas au frigo.

- Voilà qui s'annonce... Sauvage. murmure Malfoy sans me lâcher des yeux, ces foutus yeux bleus.

- À toute !

Théo s'éloigne avec Pizarro et Malfoy m'emboîte le pas, ce qui déplaît franchement à César comme à Galva.

- Je crois que nos protégés ne s'apprécient pas trop.

Je me retourne pour engueuler mon cheval qui baisse les oreilles et fait mine de mordre. César grognant dès que Malfoy ne le regarde plus n'est pas en reste.

- En effet. De l'orgueil de mâles, ça leur passera.

- Tu crois ?

Arrivé à la porte je lui cède la place. « En bon petit esclave » me vient immédiatement à l'esprit et je réprime un sourire. Malfoy semble avoir déjà oublié notre sort puisqu'il n'a donné d'ordres ni à Théo ni à moi.

- Après tout on travaille en équipe maintenant !

- Et quelle équipe !

En effet, emporté par un esprit de compétition tout nouveau chez moi je n'avais même pas calculé notre longueur d'avance sur les autres. Ce qui a tout pour me réjouir.

Chacun rejoint son box en riant et c'est toujours avec un grand sourire aux lèvres que je desselle et débride mon cheval. Pour finir cette journée ne sera peut-être pas aussi terrible que prévu.

Galvano s'ébroue un bon coup avant de mâchonner quelques brins de paille. Je le regarde avec amour et admiration. Malgré tous les obstacles que nous avons traversé et toutes les aventures qui nous poursuivent, sans compter celles que nous poursuivons encore, il parviendra toujours à m'étonner. Mon regard doit le perturber car il redresse la tête pour me regarde lui aussi. Je caresse doucement le velours derrière son oreille.

- Tu as bien travaillé mon grand, je suis fier de toi.

Un petit rire me fait sursauter. Comme à son habitude, Malfoy est adossé à la porte.

- Comme c'est mignon.

Sans même me retourner je continue à m'adresser à mon cheval sur le même ton doucereux.

- Dis tu voudrais pas me le virer avec l'un de tes célèbres coup de cul ce grand crétin?

- Pas de violence Potter. Ce n'est interdit par les règles de l'équipe.

Je me retourne en lui souriant.

- Qu'est-ce tu veux encore ?

- Juste te dire que Théo nous attend derrière l'aile gauche, près du chêne.

Il jette à son tour un regard intéressé sur la musculature de mon cheval. Sans même me regarder il ajoute.

- Ouais ça s'arrange tout ça, encore un peu d'entraînement et on sera bons. T'as intérêt à assurer Prodige Potter.

Le petit surnom de Dumbledore me rappelle les réminiscences d'un temps dépassé. Heureusement dépassé.

Malfoy vient subitement s'accroupir vers les antérieurs de Galva qu'il tâte avec précaution. Son épaule effleure ma cuisse et je n'ose plus bouger.

- Ouais je m'en doutais, ils ont tous les trois les tendons un peu éprouvés, je propose qu'on les douche après manger.

- C'est ok pour moi.

Il se redresse en me bousculant sans faire exprès puis me rattrape par le bras. Ses pupilles dilatées s'ancrent au miennes. Sa main ne quitte pas ma peau sans serrer pour autant. Mais il faut que je me recule, évidemment, il faut toujours que la gêne me fasse faire ce tout petit pas en arrière.

Lui ne bouge pas, sa main se détache et vient m'ébouriffer les cheveux.

- Marrant, je n'aurais jamais pensé que ça me fasse de moins en moins chier de t'avoir dans mon équipe.

Je souris difficilement, prie pour que ma salive passe silencieusement dans ma gorge.

Il s'éloigne de quelques pas puis se retourne, comme toujours, sur le seuil du box.

- Oh et Potter ? N'oublie pas que c'est toi qui nettoie mon box ce soir.

Je ne sais pas où je trouve la force de répondre et les mots franchissent mes lèvres en un souffle.

- Pourquoi moi ? Pourquoi pas Théo ?

- Hey, Théo s'échine déjà assez, il a « mis les sodas au frais » tu te souviens ?

Il me sourit puis fait une chose que je n'aurais jamais cru possible de lui : un clin d'oeil accompagné d'un petit claquement de langue. Ses mèches blondes balayent son front réduisant mes jambes en bouillie.

Dans le couloir je l'entends encore lancer :

- Traîne pas trop, tu sais que je déteste les retardataires.

Puis ses pas s'éloignent de plus en plus jusqu'à ce que le bruit disparaisse complètement.

Je m'accroche à Galvano pour ne pas tomber remerciant son encolure athlétique de soutenir mon poids de « fiotte ».

Théo n'avait pas tout dit à propos des sandwich et des sodas, c'est carrément un pique-nique de comédie romantique qui s'étale à nos pieds.

- Putain Nott, tes dons culinaires me fascinent... murmure Malfoy en se laissant tomber dans l'herbe.

Je m'assied à côté de lui en faisant très attention à ce que nos genoux ne se touchent pas. Heureusement personne ne semble le remarquer, trop occupés à savourer boisson fraîche et salade.

- J'ai juste préparé ça comme « entrée » ce n'était pas grand chose...

Je pare immédiatement à la modestie de Nott

- Tu rigoles j'espère ? C'est un régal.

Nous mangeons en silence absorbés dans nos pensées et finissons par nous allonger dans l'herbe, Théo installé malgré lui entre Malfoy et moi.

- Je propose qu'on leur foute un peu la paix cet aprem'. Personnellement je comptais lâcher César au pré ce soir pour qu'il se défoule et faire une courte balade avant pour qu'il sorte un peu quand même.

- Idem pour moi. renchérit Théo.

- Et toi Potter ?

- Balade, pré, ça me convient parfaitement. Je crois que je ne parviendrai pas à supporter un obstacle de plus aujourd'hui.

Les deux autre rigolent doucement en murmurant des « il faut le ménager un peu le champion » sarcastiques. Je souris à mon tour en ajoutant :

- Ménager, vous êtes marrant, demain je vous rappelle qu'on a saut avec McGo et l'après-midi cross avec le grand patron !

- Tu plaisantes j'espère ?

- C'est écrit sur le plan Malfoy. Dumbledore vient seconder McGo pour le cross.

- On a intérêt à assurer alors.

Le silence retombe et nous contemplons le ciel en y retrouvant probablement des nuages en forme de cheval et d'obstacles de cross country. Ce sera l'épreuve la plus redoutée et redoutable du concours.

Après une bonne demi-heure de pause nous décidons de nous y remettre. Nott va jeter une partie des déchets pendant que Malfoy et moi transportons les boissons et la salade restante dans le club house.

Ce n'est qu'en revenant dans l'écurie pour aller chercher mon cheval que je croise Hermione.

- Harry ! Qu'est-ce que tu fais là ? J'essaye de t'appeler depuis ce matin ! C'est vous qui avez eu le manège ?

Elle me regarde d'un air accusateur et je reste sans voix, assailli par tant de questions. Quelques secondes plus tard elle est secondée par son fidèle chevalier Ronnykin.

- Hey Harry mec, qu'est-ce que tu fous ?

- Heu je... Je vais doucher Galva et ensuite on part en balade...

- On ? Tu veux dire toi et Malfoy ?

Que celui qui a inventé l'adage si souvent exact : « c'est quand on parle du loup qu'il arrive » brûle en enfer. Je reconnais sans peine la voix enjouée de Malfoy depuis l'autre bout des écuries :

- Hey Potter ! Grouille-toi on a pas toute la nuit et Théo voudrait ….

Je ferme les yeux en essayant d'oublier le silence gêné qui suit. La voix de Malfoy est tombée de dix octaves lorsqu'il marmonne « on t'attend dehors » en faisant demi-tour.

- Qu'est-ce qui se passe Harry ? me lance Hermion avec de grands yeux.

Elle commence à me courir celle-là avec ses airs maternels et sa voix pleine de conciliations, comme si elle s'adressait à un enfant de trois ans.

- Que veux-tu qu'il se passe Hermione ? Oui c'était nous ce matin, il faut bien qu'on s'entraîne, comme tout le monde. Et oui je pars en balade avec Malfoy et Nott, on discute des entraînements.

Ron me lance un regard noir.

- Que tu fasses partie de leur équipe ne justifie par que tu partes en balade avec eux Harry.

- Et qu'est-ce que tu veux que je fasse Ron ? Que j'entretienne la mésentente qui régnait dans notre équipe ? Que je fasse tout pour ruiner toutes nos chances de gagner ?

- « Nos chances de gagner. »...Tu vois, tu parles déjà comme lui.

S'il pouvait simplement comprendre qu'il ne s'agit pas uniquement de gagner... Mais évidemment tous les deux planent à des kilomètres au-dessus de la situation.

- Qu'est-ce que tu aurais fait à ma place puisque tu es si malin ?

- Harry calme-toi. Tu as le droit de partir en balade avec qui tu veux mais il est vrai qu'on ne te voit plus depuis un moment. Tu n'es même pas venu manger avec nous ce midi.

Je les regarde sans rien dire. Que pourrais-je dire ? Ils ont raison évidemment et mon attitude à leur égard est intolérable. Mais leur expliquer les véritables raisons de mon absence serait tellement long et tellement impossible.

- Je suis désolé, c'est compliqué en ce moment et j'essaye vraiment de faire au mieux, je vous promets ...

- Tout ce que je vois moi c'est que tu préfère traîner avec ce type qui, je te le rappelle encore une fois, t'as persécuté durant des années !

- Ce n'est pas aussi simple que tu le crois ! Tu prends vraiment une version tout à fait raccourcie des choses, ce qui ne m'étonne pas du tout de toi !

- Bien sûr, qui est mieux placé que toi pour me faire la morale sur ce point et trouver une version longue !

- Je ne te fais pas la morale !

Hermione nous regarde avec de grands yeux affolés.

- Les garçons du calme.

Mais Ron en a décidé autrement. Comme à son habitude, il refuse la discussion et fait demi-tour sans même répondre aux appels d'Hermione. Se retournant vers moi elle pose une main sur mon épaule.

- Il va se calmer tout seul t'inquiètes pas.

- Mais je ne m'inquiète pas justement. Je commence à en avoir marre de son intolérance. Il n'est pas content que je voie Malfoy, que je parle de Malfoy, que je monte à cheval avec Malfoy, s'il ne peut pas comprendre que ce n'était pas tout à fait un choix de ma part, très bien, mais qu'il ne vienne pas me réclamer après ça !

Je me retourne dans l'autre sens et me dirige à mon tour vers la sortie. J'attendrai qu'il aient tous deux quitté les lieux avant d'aller chercher Galvano.

Les derniers mots de Hermione me touchent en pleine poitrine.

- Tu as changé Harry. Tu deviens froid et cruel et maintenant tu ne veux même plus me dire pourquoi. Tu n'as vraiment pas l'air bien.

Mais je refuse de faire demi-tour. Pourquoi ? Être pris en pitié, devoir me confier, confier les rêves, l'attirance, l'amitié et tout ce que je ne parviens pas moi-même à départager ? Non merci.

En sortant j'ai envie de taper dans les murs mais je me retiens aux yeux de Nott qui lancent des étincelles en pensant que lui seul pourra comprendre...

*Pardon pour ce petit trip élégiaque « j'aime les arbres et ils me le rendent bien, j'irai tresser des marguerites dans la paix du seigneur amen. » ^^

1) on met des protections sur la partie inférieure des jambes des chevaux pour éviter qu'il ne se blessent s'ils touchent des barres en sautant.

2) petit obstacle en croix. Je ne suis pas sûre que le terme soit très correct mais c'est celui qu'on utilisait au manège ^^

3) Les lettres des coins du manège sont le M (comme Malfoy), le H (comme Harry) le F qui pourrait s'apparenter à Fféodore, prononciation à la française du nom de Théo (comme Matthew devient Maffiou pour les fans de muse ^^) et le K. Pour toutes les autres lettres, lien ici :

http:/ membres. multimania. fr / calicedufrelon / lettres. html

4) transitions d'allures donc passage d'une allure à une autre.

Le chapitre 11, bouclé et "corrigé", arrivera sous peu. Merci de votre présence :)