Eh he, pas de retard cette fois! Alors, comme le nom du chapitre l'indique, c'est un moment de l'histoire assez important. Il se passe comme d'habitude beaucoup de choses, j'espère juste que les matchs ne seront pas noyés dans le reste.

Bonne lecture!


Moment de vérité

Ce lundi-là, Kei aurait deux matchs à faire. S'il n'en perdait aucun, il était presque certain de faire partie des titulaires; si au contraire il en perdait ne serait-ce qu'un seul, ça en était fini pour lui. Il ne pourrait retenter sa chance que deux mois plus tard, et si l'équipe ne se rendait pas jusqu'au tournoi du Kantou, il perdrait la chance de jouer dans un tournoi officiel pour cette année.

C'était donc un euphémisme de dire qu'il était motivé à gagner. Hazue le sut au moment même où il le vit : son grand sourire habituel était moins large et ses yeux regardaient plus loin que lui, comme s'il était déjà à son match. Le jeune Kaidoh ne lui tint donc pas rigueur de son manque de concentration dans leur discussion.

Les cours du matin s'avérèrent longs et pénibles pour Hazue. Il regarda les terrains de tennis avec un soupir et se remémora qu'il n'aurait pas d'entrainement avant jeudi; certes, il continuait de courir le matin et il prévoyait le faire ce soir-là aussi, mais c'était tout de même différent de la pratique officielle.

Il rejeta ses réflexions quand le midi arriva et Kei, après avoir englouti son sandwich, le délaissa pour aller frapper des balles contre un mur – pour évacuer le stress de devoir attendre avant de jouer, supposa Hazue. Ce dernier se demanda aussi si cela n'allait pas nuire à son endurance – il avait quand même deux matchs à jouer – mais préféra ne pas en parler au châtain, qui devait savoir ce qu'il faisait.

C'est pourquoi il se retrouva tout seul bien rapidement et, au lieu de discuter avec les gens de sa classe, il décida de se promener dans sa nouvelle école. Il n'en avait pas exploré tous les bâtiments encore et il essaya de retrouver son chemin parmi tous les couloirs. Sans le vouloir vraiment, il parvint au couloir des troisièmes années et plus particulièrement à la classe de son grand frère.

Heureusement pour lui, celui-ci ne le vit pas et il s'en fut sans aller le voir. Il passa également dans le couloir des deuxièmes années pour surprendre Echizen en train de manger en compagnie de Katou et compagnie. Encore une fois, il ne s'arrêta pas, et, bientôt, il se retrouva à l'extérieur.

Ses pieds le menèrent tout naturellement jusqu'aux courts, qui étaient vides, et il les regarda avec un étrange sentiment de mélancolie. Il s'apprêtait néanmoins à faire demi-tour quand on l'apostropha sans prévenir :

- Hazue-kun, il n'y a personne à l'heure actuelle.

Il se retourna pour surprendre le regard bleu-vert de Ryuu. Ce dernier souriait comme à l'habitude et Hazue se remémora ce que lui avait dit Naoto. Il essaya, sans succès, de l'imaginer bagarreur, et ne réussit qu'à produire un rire nerveux.

Ryuu ne releva pas et s'installa à ses côtés pour regarder les terrains. Hazue y reporta son attention et l'autre enfin reprit la parole :

- Cet après-midi, nous saurons si Kei-kun fera partie des titulaires ou non.

- Je crois que oui, fit Hazue malgré lui.

Ryuu le regarda avec attention.

- Tu penses qu'il va battre Ikeda-senpai?

Hazue joua nerveusement avec ses mains et finit par répondre sur un ton incertain :

- Je sais pas, mais j'ai l'impression que oui. Et s'il bat Ikeda-senpai, il va battre Hayashi-senpai aussi.

- Tu as confiance en lui à ce que je vois.

Ils se turent tous deux, parce qu'il n'y avait rien à ajouter, et, au bout de plusieurs minutes, Hazue osa enfin l'interroger sur un sujet qu'il savait pourtant personnel :

- Fukami-kun, il t'est arrivé quelque chose l'année dernière?

Son sourire se défit un peu, mais il garda son habituel air énigmatique.

- En effet, comme il en arrive à bien des gens un peu partout.

Le jeune Kaidoh ne savait pas ce qui lui prenait d'être aussi curieux et, même s'il savait qu'il commençait à devenir agaçant, il insista :

- En rapport avec Gotou-kun, non?

Ryuu plongea pour la première fois de la journée son regard dans le sien pour répliquer, sur un ton si grave qu'il n'appelait aucune répartie :

- C'est quelque chose qui le concerne beaucoup plus que moi en vérité.

Hazue ne put s'empêcher de faire le lien avec la remarque qu'il avait lancée à son ami d'enfance la semaine passée : Tout ce qui t'arrive me concerne directement, Daiki. Malgré la curiosité qui ne faisait qu'augmenter, il préféra se taire enfin. Après tout, il venait de lui signifier plutôt clairement qu'il ne dirait rien et qu'il devrait demander à Daiki s'il voulait réponse à ses questions; comme ce n'était pas pour tout de suite (il lui faisait trop peur), il devrait supporter de ne pas le savoir.

La cloche sonna, leur rappelant à tous les deux qu'ils avaient encore des cours auxquels assister. Ils se saluèrent et se séparèrent, avant de se rendre chacun à leur classe. L'après-midi passa rapidement et arriva bien vite la fin des classes.

C'était la folie autour des terrains, comme le vendredi dernier. Kei avait trainé Hazue comme à son habitude, mais il le délaissa rapidement pour aller parler avec des deuxièmes années. Le petit frère du capitaine pour sa part préféra regarder la foule pour voir les gens qu'il y avait. Le journaliste Inoue était toujours là, mais Inui n'y était pas. Il en était encore à examiner des gens quand le silence se fit peu à peu autour de lui.

Il ne comprit pas ce qui se passait jusqu'au moment où un adolescent, surement un lycéen, s'avança parmi les gens avec un air impassible sur le visage. Tous le fixaient en chuchotant et Hazue put percevoir quelques répliques :

- C'est Tezuka-buchou!

- Quoi? Il était pas en Allemagne?

- Si, il se préparait même à devenir pro!

Hazue n'en crut pas ses oreilles et le crut encore moins quand son grand frère, qui était d'abord occupé à se chicaner pour la millième fois avec son vice-capitaine, le salua de la façon la plus polie qui soit – c'est à dire en se penchant vers l'avant :

- Tezuka-buchou!

Momoshiro pour sa part extériorisa la surprise de l'équipe au grand complet :

- Buchou? T'étais pas en Allemagne?

Le légendaire joueur replaça ses lunettes et répondit de sa voix forte et calme :

- C'est toi le capitaine, maintenant, Kaidoh, alors ne m'appelle plus ainsi. Il en va de même pour toi, Momoshiro. Pour répondre à ta question, j'avais quelques problèmes à régler et je suis de retour au Japon pour une semaine seulement. J'ai pensé à venir voir ce qu'il en était du club. J'espère ne pas vous déranger.

- Bien sûr que non, fit Kaidoh du ton le plus enthousiaste qu'il pouvait faire. Tu es toujours le bienvenu ici.

- Pour une fois, je suis d'accord avec Mamushi, insista Momo.

Leur capitaine n'osa surement pas se fâcher devant l'ancien joueur de Seigaku, parce qu'il ne fit aucun commentaire sur sa remarque. Echizen en profita pour s'avancer et saluer Tezuka, avant que tous les deuxièmes et troisièmes années en fassent de même.

Au bout d'un certain temps, Hazue n'avait toujours pas bouger, mais Tezuka, toujours sans expression, se tourna vers lui et ils s'échangèrent un regard. Avec tact, l'ancien capitaine prit congé de la petite foule qui s'attroupait autour de lui et s'approcha de Hazue. Lorsqu'il en fut assez proche, il s'exclama :

- Tu es Hazue, le petit frère de Kaidoh.

Ce n'était pas une question, mais il acquiesça quand même et l'autre ajouta :

- À ce qu'on m'a dit, tu n'as jamais vraiment jouer au tennis. Je ne te demanderai pas pourquoi tu as commencé et ne te conseillerai pas plus d'arrêter. Je te dirai simplement une chose : ne te compare pas à ton frère.

C'était impossible que quiconque ait manqué ce qu'il lui avait dit, tant le silence était pesant autour d'eux, et Hazue était tellement intimidé qu'il ne savait pas comment répondre. D'ailleurs, attendait-il vraiment une réponse? N'était-ce pas plutôt une recommandation? Comme pour prouver son point, le plus vieux fit demi-tour et marcha en direction de Kei.

Le châtain, qui était d'ailleurs beaucoup plus sérieux qu'à l'habitude, se tint droit et fier devant son senpai. Ce dernier le regarda au travers de ses lunettes et octroya à lui aussi une part de sa sagesse :

- Kitahara Kei, surtout, ne baisse pas ta garde.

Le visage sérieux de Kei se défit soudainement en un gros sourire et il demanda :

- Tu me dis pas de devenir le pilier de Seigaku?

Un frisson parcourut l'audience et Kaidoh tenta d'intervenir, mais Tezuka leva la main, le coupant dans son élan, et répliqua :

- Ce n'est plus mon travail. C'est à Echizen de décider maintenant.

Ledit Echizen se contenta d'un rictus et Kei partit à rire. On se détendit tout autour et finalement la coach intervint pour faire commencer les matchs.

Le premier match du bloc de Kei opposait justement le châtain à Ikeda – un autre match opposait en même temps Horio à un troisième année, mais personne ne prit la peine de le regarder. La majorité des spectateurs choisirent de regarder le match de Kei plutôt que celui des autres titulaires. Tezuka ne fit pas exception, ni Inoue d'ailleurs.

Hazue se plaça stratégiquement près du journaliste, qui questionna tout de suite Tezuka :

- Tezuka-kun, je ne savais pas que tu rentrais d'Allemagne si tôt.

- J'ai eu quelques problèmes avec mon visa et j'ai dû revenir pour remplir des papiers.

Inoue soupira en acquiesçant :

- La paperasse, des fois... enfin, au moins tu pourras voir les matchs. Tu comptes revenir demain aussi?

- Si je ne suis pas une gêne.

- Je suis certain que non, fit le journaliste. Les joueurs sont encore plus motivés maintenant que tu es là.

Un court silence s'installa avant que l'adulte ne change de sujet :

- Ce qui est dommage, c'est que tu as manqué le match opposant Kaidoh-kun à Kitahara-kun.

L'ancien capitaine ne broncha pas et laissa son regard suivre le première année qui s'échauffait. Inoue enchaina :

- C'était un beau match! Kaidoh-kun a gagné à la fin, mais Kitahara-kun a été un adversaire coriace.

Le plus jeune ne fit aucune remarque et le silence s'installa une fois de plus. Hazue enfin décida d'intervenir. Timide, il demanda :

- Tezuka-san, pourquoi est-ce que tu étais en Allemagne?

Inoue s'apprêta à répondre, mais l'interpelé le coupa :

- J'ai eu une offre pour devenir joueur professionnel. Je vais bientôt participer à un tournoi.

Hazue n'en croyait pas ses oreilles; la stupéfaction dut se lire sur son visage, parce qu'Inoue rit un peu et expliqua :

- Eh oui! malgré ses quinze ans, Tezuka-kun est déjà parmi les pro.

- C'est fou, ne put s'empêcher de commenter Hazue.

L'adulte acquiesça, mais le jeune professionnel préféra se taire. Comme le match commençait, tous firent de même.

Kei obtint le service, ce qui n'était pas un maigre avantage. À peine avait-il servi qu'il monta au filet. Ikeda lui renvoya la balle et Kei fit une habile volée qui tomba juste devant le filet, lui octroyant immédiatement un point. Le jeu se déroula de la sorte et en quelques minutes à peine, il l'avait déjà gagné.

Le prochain jeu tomba également aux mains de Kei, de même que le suivant, et bientôt le score atteignit le 4-0. Le troisième année ne semblait pas se retenir, mais le plus jeune se montrait meilleur que lui. De plus, il ne montrait aucun signe de fatigue cette fois.

Kaidoh, qui s'était trouvé un chemin jusqu'à Hazue sans que celui-ci ne s'en rende compte, commenta :

- Il va gagner.

Le plus jeune se tourna vers lui et précisa :

- Kei?

Ils s'échangèrent un regard et Kaidoh finit par acquiescer. Hazue en ressentit du soulagement quand Inoue et Tezuka abondèrent également dans son sens.

La suite prouva d'ailleurs leur théorie. Ikeda réussit à gagner deux autres matchs avant de laisser la victoire au plus jeune. Ce dernier s'exclama de joie et, après s'être réhydraté, se lança sur Hazue pour lui dire à quel point il était fort. Il ne lui rendit pas son étreinte, surtout parce qu'il était plein de sueur, mais ne le repoussa pas pour autant.

Kei se défit de lui pour regarder Kaidoh et lui lancer :

- Buchou, je vais devenir titulaire et au prochain match de sélection, je vais te battre.

Kaidoh siffla et se fit le plus menaçant possible pour lui répondre :

- T'es encore dix ans trop jeune!

C'est ce moment que choisirent Momo et Echizen pour réapparaitre – leur matchs à eux venaient de se terminer et ils étaient évidemment vainqueurs. Momo se lança sur Kei pour le féliciter et celui-ci prétexta que ce n'était rien. Echizen quant à lui se tint près de Hazue, un jus dans les mains, et se contenta de boire en observant la scène.

Le châtain dut retourner sur les terrains pour faire son deuxième match contre Hayashi, et Kaidoh dut lui-même entrer pour disputer son match contre Ikeda – c'était dire que son destin était déjà scellé. Cette fois, certains préférèrent aller du côté de leur capitaine; cependant, Hazue, Momo, Tezuka, Inoue et Echizen restèrent de côté de Kei.

Momo en profita pour se servir de Hazue comme d'un accoudoir et demanda de sa voix trop forte ce qu'il advenait de Tezuka. Ce dernier expliqua qu'il se portait bien, mais qu'il avait eu quelques problèmes avec la bureaucratie. La discussion s'en tint là, parce que le match débuta.

Kei mena cette fois également, et ce, depuis le début. Quand le score en était à 0-3 pour Kei, Echizen partit chercher un autre jus. Il ne revint qu'un match plus tard, moment où la vague tournait plutôt en faveur de Hayashi.

En effet, le score monta tant et si bien qu'il s'égalisa à 3-3. Kei commençait à se fatiguer et ça paraissait – ses coups manquaient de finesse, il ratait des balles et n'arrivait plus à être acrobatique. C'était sa deuxième partie de la journée; pour lui qui n'avait pas beaucoup d'endurance, c'était déjà beaucoup.

Néanmoins, il remporta le jeu suivant et Hayashi fit de même. Le score resta égalitaire jusqu'à 6-6 – à ce moment, Kaidoh avait depuis longtemps terminé son propre match et avait rejoint les observateurs. Le jeu décisif s'entama sur le service de Kei et il réussit à faire un point. S'enchainèrent ensuite plusieurs rallyes, mais heureusement Kei remporta le jeu avec 14-12.

Le châtain n'eut même pas la force d'aller serrer la main de son adversaire. Il tomba sur le sol et resta un long moment couché sur le dos pour récupérer. Lorsqu'il releva la tête, Hazue se tenait à ses côtés, sa serviette et une bouteille d'eau à la main. Kei se rassit et prit le tout avec un remerciement; Hazue pour sa part lui sourit.

Quand enfin il put se relever, la plupart des premières années vinrent le féliciter – mis à part évidemment Daiki. Même Ikuto se présenta, quoique ce ne fut que pour lui dire sur un ton sans émotion qu'il aurait pu faire mieux, mais que c'était déjà bien. Les deuxièmes années aussi le félicitèrent, sauf Horio qui était occupé à bouder dans un coin – il n'était pas devenu titulaire cette fois-ci non plus, bien qu'il en soit le seul surpris. Même Kaidoh eut un mot gentil – pas méchant serait peut-être plus juste – et Momo était d'un enthousiasme débordant.

D'ailleurs, hormis dans le bloc A, aucun des anciens titulaires n'avaient eu de défaites; manifestement, à part l'ajout de Kei – qui était presque certain à l'heure actuel – à la place d'Ikeda, il n'y aurait aucun changement à l'équipe.

Peu à peu, les gens se dispersèrent. Les premières années avaient déjà commencé à défaire les filets et Hazue réalisa qu'il n'aurait rien à faire de plus, ce dont il se sentait un peu coupable. Ils allèrent donc tous se changer.

Pour fêter la victoire de Kei, Momo l'invita – ainsi que Hazue et Echizen – à venir manger des hamburgers, arguant qu'il allait payer pour le châtain. Echizen lui aussi tenta sa chance, mais le plus vieux refusa de payer et son cadet n'insista pas. Cela dit, avant que le quatuor ne puisse s'en aller, ils saluèrent leur ancien capitaine qui leur assura qu'il viendrait le lendemain.

Leur présent capitaine pour sa part ne tenta rien vers eux, hormis un drôle de regard vers le vice-capitaine que Hazue intercepta et qu'il n'arrivait pas à définir. D'ailleurs, quand son grand frère remarqua qu'il l'avait vu, il détourna prestement les yeux et retourna à ce qu'il était en train de faire, c'est-à-dire parler à un autre troisième année.

Hazue délaissa ce train de penser quand Kei, après une exclamation qui les firent tous sursauter, s'exclama :

- Je dois rendre son cube Rubik à Ikuto-kun!

Echizen afficha une mine vaguement intéressée et Momo tenta de demander à Kei ce qu'il voulait dire. Coupant l'élan de leur vice-capitaine, Hazue lui demanda, sur un ton dubitatif :

- Tu as réussi à le faire?

Tout sourire, le châtain ouvrit son sac et leur montra sa réussite. Le cube était parfaitement remis en état. Momo, qui décidément ne comprenait toujours pas, demanda :

- C'est quoi?

Ce fut Echizen qui intervint :

- Un cube Rubik.

Kei partit à rire et Momo se mit à martyriser Echizen qui tenta de se plaindre. Quand il se calma un peu, Kei expliqua brièvement comment fonctionnait son gadget. Il termina ainsi :

- Donc je dois aller le donner à Ikuto-kun pour qu'il sache que j'ai réussi à le faire!

Hazue put enfin lui demander :

- Alors comment t'as fait pour le réussir?

Kei eut l'air un peu embarrassé et répondit :

- J'ai bougé les rangées et à un moment j'ai compris comment ça marchait.

Momo parut impressionné, mais Hazue pour sa part insista, puisqu'il le connaissait bien :

- Tu y as passé le week-end, pas vrai?

Son visage lui apprit qu'il avait tapé dans le mile. Kei ne chercha pas à nier et préféra plutôt changer de sujet :

- Est-ce que tu sais où il est?

Les quatre scannèrent l'endroit des yeux – Echizen fit plus semblant qu'autre chose –, mais Kei fut le premier à le trouver. Il s'y précipita et Hazue suivit de près. Momo et Echizen prirent du retard parce que le premier traina contre son gré le second.

Kei, sans essayer d'être subtil, appela Ikuto qui lisait un livre sur un banc :

- Ikuto-kun, j'ai ton cube Rubik!

L'interpelé releva le regard du livre qu'il lisait – d'après la couverture, ce n'était pas un roman, mais un livre sur le tennis – et planta son regard inexpressif sur le châtain.

- Kitahara-kun, tu as réussi à le résoudre?

Kei le lui montra avec un air de fierté sur le visage – quand il gagnait, celui-là, peu importe à quoi, il ne pouvait s'empêcher de s'en vanter. Ikuto referma son livre, le mit dans son sac et, sans entrain, se leva pour prendre le cube dans ses mains. Il le retourna dans tous les sens pour bien vérifier qu'il l'avait réussi et, enfin, il demanda :

- Tu comprends maintenant?

Kei pencha la tête sur le côté en signe d'incompréhension et le garçon à lunettes enchaina :

- Tu comprends que pour le résoudre aussi vite que moi, il faut un QI élevé?

Kei ricana un peu bêtement et rétorqua, pris en faute :

- Euh, je suppose oui... j'ai pas trop compris en fait.

Hazue, qui s'en doutait, eut un soupir et Momo éclata de rire. Echizen garda pour sa part son air vaguement ennuyé. Ikuto dévisagea le châtain de haut en bas et s'exclama :

- Comment as-tu pu ne pas comprendre? Comment l'as-tu complété alors?

De plus en plus mal à l'aise, Kei avoua :

- J'ai juste, euh, bougé les rangées, et à un moment j'ai compris.

Sans prévenir, Ikuto mélangea de nouveau le cube et le tendit à Kei en lui disant :

- Montre.

Le silence resta un moment – Momo et Hazue n'osaient pas intervenir et Kei devait être surpris. Il prit néanmoins le cube dans ses mains et, après l'avoir observé, avoua avec franchise :

- Je sais pas si je pourrai le refaire, mais je crois que j'ai fait ça... puis ça... et ça...

Tout en expliquant, il bougeait avec incertitude les rangées sous le regard scrutateur d'Ikuto. Ce dernier n'afficha aucune expression mis à part la concentration et Hazue commença à se sentir mal pour Kei. Au bout de quelques minutes, sans prévenir, Ikuto le lui reprit des mains – alors qu'il n'avait pas fini – et déclara comme s'il parlait de la météo :

- Comme je le pensais, tu fais n'importe quoi. C'est sûr que si tu tournes dans tous les sens, tu vas bien finir par arriver à quelque chose. C'est de la chance.

Kei ferma les poings sous la colère mais garda son sourire. Hazue intervint enfin :

- Tsurugi-kun, tu peux pas juste reconnaître qu'il a réussi?

Ce dernier, tout en exécutant le cube sans le regarder, posa son regard sur Hazue et, toujours aussi neutre, avoua :

- C'est vrai qu'il a fini le cube, mais il n'a même pas compris ce qu'il a fait, alors je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il l'a réussi.

Hazue voulut lui demander pourquoi, mais Ikuto rangea rapidement le cube qu'il venait de finir dans son sac et lança :

- Si vous n'avez rien de plus à me dire, je dois y aller.

Il ne prit même pas la peine de leur dire au revoir et s'en alla rapidement. Hazue fit un geste vers lui mais Kei lui prit le bras pour le retenir. Il avait l'air blessé mais se força quand même à sourire pour dire :

- Hazue, on va fêter mes deux victoires?

Le jeune Kaidoh acquiesça et Momo s'empressa de dire qu'Ikuto était méchant, que Kei était le meilleur. Quand il demanda l'avis d'Echizen, celui-ci préféra ne rien dire et ils se chicanèrent un petit moment avant qu'ils ne décident tous d'enfin quitter les lieux.

Comme d'habitude, Momo et Kei se placèrent du même côté de la table et discutèrent ensemble alors que Hazue se taisait et qu'Echizen participait de temps à autres. Le silencieux était peut-être paranoïaque, mais il avait l'impression que le garçon à ses côtés n'arrêtait pas de le regarder en coin.

Pourtant, bien vite, ils eurent fini leur repas et ils se séparèrent. Sur le chemin du retour, Kei, qui s'était tenu silencieux jusqu'alors, fit remarquer :

- Hazue, quand on est avec Echizen-senpai, t'es toujours silencieux.

Pris en flagrant délit, Hazue tenta de protester :

- Non mais c'est pas la faute d'Echizen-senpai, c'est juste qu'on est trop et j'ai rien à dire...

- C'est bien la faute d'Echizen-senpai comme je le pensais, fit Kei avec son sourire qui voulait dire qu'il ne s'en sortirait pas.

Hazue préféra détourner le regard vers le sol et Kei garda le silence quelques instants avant d'ajouter :

- Il t'impressionne?

Hazue s'arrêta et, enfin, il se sentit le courage de dire :

- Écoute Kei, je sais qu'on est rendu proche, mais ça fait juste une semaine qu'on se connait.

Kei s'arrêta aussi un pas devant lui, de sorte que Hazue ne put voir son expression. Même s'il savait qu'il était peut-être en train de le blesser, il ajouta :

- J'ai pas besoin de tout te dire.

Hazue vit qu'il serrait de nouveau les poings et il eut presque envie de se contredire, mais il n'avait vraiment pas envie de parler d'Echizen avec lui, alors il se tut. Kei finalement se retourna et, avec un sourire toujours, quoique l'expression un peu triste, il affirma :

- Tu as raison, désolé.

Ce n'était pas son genre d'abandonner si facilement. Hazue le connaissait depuis peu, mais il s'attendait à ce qu'il argumente plus, lui qui allait toujours à sa propre vitesse et entrainait les autres avec lui. C'était tellement étrange qu'un moment de flottement s'installa entre eux, avant que Kei reprenne son entrain habituel et dise :

- Bon, Hazue, si on veut se rendre avant la nuit, il faudrait repartir!

Celui-ci se contenta d'acquiescer et ils reprirent le chemin. Comme ils étaient presque rendus, ils se séparèrent et Hazue rentra penaud chez lui. Il avait eu raison de dire ce qu'il avait dit, mais il se sentait tout de même coupable.

Une fois rentré chez lui, il se changea et partit de nouveau courir. Il passa le reste de la soirée exténué, tenta de faire ses devoirs avec plus ou moins de succès et évita habilement son grand-frère qui de toute façon ne lui demanda rien. Il passa la soirée à se sentir coupable et eut toute la misère du monde à s'endormir.