Disclaimer : Harry Potter et son univers appartiennent à J., je ne gagne aucun argent en m'appuyant sur ses oeuvres.
Merci à mon amie Sploutch pour son aide et ses corrections.
Chapitre 10 – Licorne et Dragon
Les étudiants de Gryffondor avaient peu d'occasions de côtoyer Harry hors des horaires de cours. Et si cela avait alimenté quelques rumeurs en début d'année, il avait maintenant une réputation de solitaire, et personne n'allait chercher plus loin.
En fait, il restait bel et bien quelques étudiants à se poser des questions. Le petit groupe de Gryffondors qui s'étaient rapprochés de Harry et qui se réunissaient régulièrement dans la Salle sur Demande avait compris qu'il passait son temps à approfondir ses connaissances et ses capacités ; mais impossible de savoir dans quels domaines exactement.
Et si Hermione cherchait à exploiter cette nouvelle source de savoir, les garçons avaient décrété cette attitude comme anormale et tentaient tant bien que mal de le soigner. Malheureusement, dans un cas comme dans l'autre, ils se faisaient soigneusement évincer. Hermione obtenait la référence d'un livre, Ron pouvait disputer à l'occasion une partie d'échecs avec Harry et si les jumeaux ou Neville essayaient de le distraire, la conversation déviait vers leurs centres d'intérêt.
Botanique, potions ou sortilèges utilisés pour faire des farces, connaissances du monde sorcier, tout était bon pour Harry. Ce n'est qu'après coup qu'ils se rendaient compte qu'ils avaient été floués et que pour Harry, il n'avait jamais été question de s'amuser. Il prenait le meilleur de ce qu'on avait à lui offrir et transformait chaque occasion en une séance d'apprentissage.
Étrangement, ce n'était pas les Gryffondors qui en savaient le plus sur Harry, mais un Serpentard. Et Drago Malefoy avait peur. L'ennemi qu'il s'était reconnu était puissant.
Manifestement, il était le seul à avoir remarqué les étrangetés dans le comportement du Survivant. Peut-être aussi était-il le seul à l'avoir vraiment regardé. A force d'observer ses faits et gestes, Drago en avait déduit que celui-ci avait suivi un entraînement intensif, une formation au combat.
En effet, le garçon se déplaçait silencieusement et discrètement. Et si cela ne se remarquait pas lorsqu'il était entouré de ses camarades de classe, il devenait horriblement difficile de le suivre lorsqu'il était seul. En fait, il avait toujours fini par le perdre de vue dans ces moments là. Et encore, les couloirs étaient suffisamment éclairés en journée. Drago était persuadé que Harry serait comme invisible de nuit.
Bien sûr, c'était trop peu pour faire dire à Drago que Harry était un combattant. Mais une foule de petits détails venaient appuyer cette affirmation. Il avait de nombreux talents et savait les dissimuler. En fait, Drago n'avait jamais aussi mal évalué quelqu'un que la fois où il avait prit Harry pour un amateur en matière de duels.
Au bout de plusieurs mois d'observations, il avait fini par comprendre quelques particularités du comportement du Survivant. Tout d'abord, ses yeux. Quand il entrait dans une pièce, il en vérifiait à chaque fois les accès. En fait, Drago l'avait compris peu après, il était constamment sur ses gardes. Il y avait les réflexes contrôlés également. Quand quelque chose tombait, notamment les couverts à l'heure du repas, il avait comme un sursaut, mais avant que le bruit ne se produise, avait réussi à remarquer Drago. Il soupçonnait Harry d'être tout à fait capable d'éviter bien des accidents, mais de les laisser se produire pour ne pas dévoiler ses capacités. Pas très Gryffondor comme manières.
De même, quand quelqu'un arrivait derrière lui, il se tendait imperceptiblement mais attendait qu'on l'appelle pour se retourner. Comme s'il n'était pas sûr de savoir à quel moment montrer qu'il avait conscience de la présence de l'autre. Drago doutait qu'on puisse jamais le surprendre. Non, vraiment, il n'était pas facile de lui trouver des faiblesses.
Mais la patience de Drago finit par payer. Et vint un jour où il trouva le moyen de s'en prendre à Harry, peut-être pas directement, mais l'affecter d'une manière ou d'une autre.
Quelques temps auparavant, le petit groupe de Gryffondors avait rencontré Hagrid à la bibliothèque et ils avaient décidé de se retrouver un peu plus tard dans sa cabane. Harry n'avait aucune piste pour savoir quoi faire de la pierre philosophale et voulait s'assurer qu'elle serait en sécurité jusqu'à ce qu'il trouve comment s'en servir ou comment la détruire. Le serpent de son rêve avait bien précisé que le cerbère n'était pas une mesure de protection suffisante.
Ils avaient ainsi découvert grâce à Hagrid qu'en plus de Touffu, le chien à trois têtes, cinq autres obstacles, fournis par leurs différents professeurs protégeaient l'accès à la pierre. Sans compter que Dumbledore avait sûrement participé à cette protection.
Mais avant d'avoir pu approfondir le sujet, autre chose avait attiré leur attention. En effet, Hagrid s'était apparemment mis en tête d'élever un dragon. Et si l'on en jugeait par l'œuf reposant sur les braises dans la cheminée, le processus était en bonne voie.
Harry, ayant développé un intérêt certain pour les dragons, orienta la discussion sur les différentes espèces existantes ainsi que sur celles relevant du mythe. Hagrid s'était révélé une vraie mine d'or sur le sujet. Apparemment, nombre de dragons des légendes n'étaient que des animaux un peu plus malins ou belliqueux que de coutume. Mais certains récits faisaient état d'êtres possédant une réelle intelligence. Mais si Harry apprit beaucoup sur la ruse et la cruauté des dragons blancs, la bonté et la sagesse des dragons d'or, ou encore la puissance incommensurable des dragons noirs, il n'y avait rien à propos d'un dragon de jade, quelle que soit la ruse employée pour amener la conversation dans cette direction.
Manifestement la discussion passionnée qui mobilisait Harry et Hagrid n'était pas au goût de tout le monde. Neville, Ron et Hermione, bien qu'intéressés par le sujet, semblaient s'inquiéter de détails tels que l'illégalité d'un tel élevage, la composition hautement inflammable de l'habitat d'Hagrid, ou encore la menace potentielle d'un dragon adulte.
Harry était perdu dans ses pensées lorsqu'ils quittèrent Hagrid, et les dernières paroles échangées avec celui-ci sur le pas de la porte, autant que celles sur le chemin du retour, lui passèrent au-dessus de la tête. S'il répondait distraitement aux questions de ses camarades, son esprit était à des lieux de là.
Le dernier point abordé par Hagrid lui avait donné fort à penser. En effet, il lui avait fait remarquer que la devise de Poudlard, que l'on peut traduire par : « il ne faut pas chatouiller un dragon qui dort », faisait encore beaucoup travailler les imaginations. Mais si nombre de rumeurs faisaient part d'un dragon gardien, aucun dragon n'avait malheureusement été trouvé à Poudlard ou dans ses environs.
C'est ainsi que Harry n'avait pas vraiment fait attention au départ de ses camarades. Hermione voulait aller à la bibliothèque, Ron et Neville s'étaient arrêtés pour discuter avec Dean et Seamus, et Harry s'était retrouvé seul.
Il avait repris pied dans la réalité en s'apercevant qu'il se tenait devant la porte de la salle sur demande. L'habitude, un désir inconscient, ou peut-être même la volonté du château l'avait mené jusqu'ici. Il aurait été dommage de se priver de la surprise que lui réservait la salle cette fois-ci. Harry ouvrit donc la porte.
La bibliothèque qu'il découvrit était entièrement consacrée aux dragons. Ce qui était finalement assez logique lorsqu'on connaissait le sujet de ses pensées du moment. Et Harry comprit bien vite que bien qu'il ait lu la majorité des livres sur le sujet à disposition des étudiants, ses connaissances étaient risibles comparées au savoir accumulé ici.
Tout semblait dédié aux dragons. Les livres ne parlaient que de cela, bien sûr, mais les ornements du mobilier, les lampes, la décoration, tout ramenait aux reptiles ailés. Une grande tapisserie ornait le mur en face de l'entrée, le seul à ne pas soutenir les rayonnages aux décennies de savoir. Elle représentait, dans un décor paisible, un majestueux dragon rouge veillant sur un vert, endormi.
Les protestations de son estomac le sortirent de sa lecture quelques heures plus tard. Il avait manifestement raté le dîner. Qu'importe, un passage aux cuisines arrangerait cela, et une telle découverte valait bien quelques sacrifices. Ce soir là, Harry s'endormit en rêvant de dragons d'or, d'argent et d'airain.
Les jours suivants furent consacrés à l'étude approfondie des variétés intelligentes des dragons, probablement aujourd'hui disparus.
Une étude tellement approfondie qu'il ne sut rien de l'expédition organisée par ses camarades de Gryffondor. Enfin, en y repensant, ils lui en avaient peut être touché un mot une fois ou l'autre. Voire même à chaque fois qu'ils avaient l'occasion de le voir. Mais il les avait repoussés à chaque fois. Il faut admettre que retrouver la trace des dragons antiques était bien plus prenant que les magouilles de quelques Gryffondors.
Ça avait été son erreur. Il faut dire que de l'idée « on va se débarrasser du dragon de Hagrid » à l'organisation d'une expédition de nuit avec rendez-vous au sommet d'une tour, il n'était pas certain de suivre le raisonnement. De son point de vue il aurait suffi de mettre Dumbledore au courant, il se serait occupé de l'affaire. Surtout qu'a priori, avec les protections autour du château, celui-ci avait dû détecter la visite des sorciers en balais venus récupérer le bébé.
Tout ça pour dire que s'il vivait l'enfer à chaque fois qu'il était en présence de Rogue, c'était entièrement à cause de ses camarades. Ceux-ci avaient étés découverts la nuit dans les couloirs et avaient écopé d'une retenue. Et Rogue était persuadé qu'il était nécessairement présent et avait injustement évité la punition.
C'est pourquoi il ne fallait pas s'étonner si trois jours après, Harry avait « gagné » le droit d'accompagner ses camarades pour leur prochaine heure de colle.
Dumbledore était ravi. Cette punition tombait à pic, et si le professeur Rogue avait dû être surpris de ne pas rencontrer plus de résistance que cela pour que Harry Potter partage le sort de ses camarades, il avait dû l'être encore plus de la punition proposée.
Mais une promenade dans la forêt interdite au clair de lune semblait une occasion parfaite pour en apprendre plus sur Harry, l'état de ses nerfs, ses relations avec ses camarades dans des situations sensibles, et surtout, pour lui faire rencontrer le responsable de sa condition d'orphelin.
Le soir de la punition, Harry, Neville, Ron et Hermione descendaient de la tour de Gryffondor pour rencontrer Rusard dans le hall. Harry écoutait silencieusement ses camarades s'insurger à sa place contre la partialité de Rogue, puis s'apitoyer sur leur malchance avant de maudire Malefoy. A ce moment de la pseudo conversation, Harry intervint.
- Malefoy ? Qu'est-ce qu'il a à voir dans l'histoire ?
- Il nous a dénoncés, cracha Ron.
- Sauf qu'il l'a fait de nuit, ajouta Neville.
- Du coup on le retrouve ce soir, finit malicieusement Hermione.
Cela fit sourire Harry. Pour que le Serpentard ne réfléchisse pas plus que cela, il devait être sacrément remonté. Et Harry croyait deviner pourquoi. Cette soirée risquait d'être intéressante, en fin de compte.
Ils arrivèrent finalement dans le hall où Rusard les attendait en compagnie de Malefoy.
- En retard, grogna-t-il alors que Malefoy leur adressait un sourire triomphant.
- Suivez-moi, Hagrid attend. Vous qui aimez les promenades nocturnes, vous allez être servis. Il paraît que la forêt interdite au clair de lune est très … pittoresque, annonça t-il, un air sadique sur le visage.
Le sourire de Malefoy fondit comme neige au soleil.
- La forêt interdite ? Mais vous n'avez pas le droit ! C'est trop dangereux !
- Fallait y penser avant ! Vous ne croyiez pas que vous alliez faire des lignes tout de même ? Vous allez vous rendre utile, et Hagrid a besoin d'aide.
Alors que le concierge continuait sa litanie sur les jeunes délinquants et le fait qu'il arriverait un jour à remettre en fonction les punitions corporelles, c'était au tour de Harry de sourire. La forêt interdite ? Vraiment, ça valait presque le coup de s'être fait coller.
Malefoy se plaignait toujours alors que Hagrid leur expliquait qu'ils devaient chercher des indices sur ce qui agressait les licornes ces temps-ci. Au mot licorne, Harry se souvint dans un flash de celle petite et en pierre protégeant la pierre de jade.
- Et on dit que les filles sont geignardes, répliqua Harry à la énième plainte de Malefoy.
Celui-ci se mura dans un silence blessé, craintif et haineux, et Harry put se concentrer sur ce que disait le garde chasse.
- Les licornes se font attaquer ? Demanda t-il à celui-ci.
- Oui, et les autres animaux sont nerveux. Même les centaures admettent qu'un être maléfique dérange par sa présence.
- Et cela fait longtemps ?
Hagrid prit un air gêné.
- Eh bien c'est possible oui. Peut-être même depuis la rentrée. Mais ces derniers temps, ça a vraiment pris de l'ampleur. J'ai même retrouvé du sang de licorne récemment.
- C'est cela que l'on doit chercher aujourd'hui. Chercher s'il y a des licornes de blessées, voir si on peut trouver ce qui les agresse et pourquoi. Harry, tu vas avec Drago et Crocdur, les autres avec moi. Si vous trouvez quoi que ce soit, vous envoyez des étincelles bleues en l'air, s'il y a un quelconque danger, des étincelles rouges.
Encore quelques recommandations, et ils étaient partis. Et Drago se retrouvait dans une forêt hostile avec pour seuls compagnons un chien et un ennemi mortel. Quoique le terme devait être un peu exagéré. Le Survivant était après tout à Gryffondor et n'allait pas l'attaquer par surprise pour se débarrasser de lui dans les sombres sous-bois. Un frisson remonta le long de son dos. Un Gryffondor ? Vraiment ? Il jeta un coup d'œil à son compagnon d'infortune. Celui-ci marchait calmement, et s'il ne paraissait pas détendu, semblait au moins sûr de lui.
Drago fit le point sur son propre état et constata que cela n'avait rien de glorieux. Il n'allait quand même pas se faire surpasser dans ce domaine là également, non ? Il se força à se détendre, à calmer son imagination débordante, et reporta son attention sur son environnement.
Mauvaise idée comprit-il aussitôt. Il constata qu'en plus de paraître sombre et hostile, la forêt semblait vivante. Si l'on y prêtait attention, on pouvait voir les buissons bouger sans l'aide du vent, des branches se tendre comme des mains pour vous attraper et de nombreuses choses qui disparaissaient dès que l'on essayait de les regarder.
En plus de cela, le silence qui accompagnait leur progression était oppressant. Comme un prédateur supplémentaire semblant guetter le moindre de vos mouvements. Et le cerveau angoissé, inventait des bruits furtifs, ajoutant au peuple de la forêt de nouveaux monstres. Drago essaya alors de se concentrer sur les bruits que produisait leur petite troupe. Et il lui sembla que les branches craquant sous ses pas, son souffle trop rapide, et même les battements de son cœur allaient ameuter toute la population de la forêt.
Enfin, pour être honnête, si une quelconque bestiole était attirée par les bruits qu'ils faisaient, ce serait d'abord à cause du souffle rauque du molosse d'Hagrid. Lui et Potter ne faisaient pas de bruit en comparaison. D'ailleurs, Potter n'en faisait pas du tout.
Certain de l'avoir perdu, Drago se retourna, affolé. Il rencontra le regard interrogateur du Survivant, qui se fit moqueur. Drago se retourna vexé, incapable de prononcer un mot avec la peur qui lui tenaillait l'estomac. Il n'arrivait pas à se décider s'il était soulagé ou dépité de ne pas avoir perdu Potter. Enfin si, la question ne se posait d'ailleurs pas. Il aurait préféré qu'il reste dans la forêt.
D'ailleurs, pour se déplacer comme ça, le Survivant devait y être à sa place. Pas de doute, cela faisait un monstre de plus. Et Drago sentait maintenant un regard de plus le fixer. Il se força à conserver une démarche digne, essayant de supporter l'observation scrupuleuse dont le gratifiait son compagnon. Le cauchemar continuait.
Quelques heures plus tard selon Drago, quelques minutes selon d'autres plus pointilleux, alors qu'il se retournait pour la cinquième fois pour constater qu'il n'avait toujours pas été abandonné à son sort, Harry prit la parole.
- Ne t'inquiète pas Malefoy, je ne vais pas te laisser tout seul, dit-il avec un sourire ironique.
Le ton condescendant employé par son vis-à-vis lui fit sortir les crocs, et il répondit
- Je me demandais pourtant quand est-ce que tu comptais me lâcher, tu es chez toi maintenant, je ne te retiens pas. Et je n'ai pas l'habitude de côtoyer des personnes assez impolies pour se déplacer silencieusement.
- Oh ! Tu vois que tu n'es pas si effrayé finalement, tu essaies même de faire de l'humour.
- Je ne suis pas effrayé, répliqua Malefoy avec toute la mauvaise fois dont il était capable, et si je reste attentif à ce qui se passe dans cette forêt, c'est que contrairement à toi j'ai été instruit de ce que l'on peut rencontrer comme horreurs par ici.
- Ah, d'accord, et si tu as marché dans le sang argenté tout à l'heure c'est que tu voulais laisser une piste pour que nos compagnons puissent nous suivre.
Drago tressaillit, se rendant compte qu'il avait oublié la raison qui le faisait évoluer dans cet enfer.
- Stupides Gryffondors, il n'y a qu'eux pour avoir un sens de l'humour aussi pitoyable.
Mais le sourire narquois de son coéquipier le convainquit qu'il n'était pas dupe.
- Alors instruis-moi, qu'y a-t-il de si terrible dans cette forêt ?
Et Drago de lui narrer par le menu tout ce qui vivait dans la forêt, tout ce que l'on racontait, tout ce que l'on imaginait, et même quelques unes de ses inventions pour faire bonne figure. Mais s'il espérait partager un peu de son angoisse avec le Gryffondor, celui-ci n'eut pas la réaction espérée.
- C'est quand même étrange qu'avec tout ce qui vit là dedans, on n'ait pas croisé la moindre bestiole, déclara-t-il.
En effet, même en mettant de coté tout ce qui n'était raisonnablement pas présent dans la forêt, il restait suffisamment de créatures pour croiser l'une ou l'autre, même parmi les plus inoffensives.
- Peut-être que ce qui agresse les licornes les effraie, répondit-il.
Harry hocha la tête, pensif. Et Drago songea que l'on venait d'aborder le sujet qui tenait à cœur au Gryffondor et qui justifiait cet échange amical. Cela avait au moins le mérite de lui avoir considérablement calmé les nerfs, constata t-il.
Ils continuèrent leur route sans échanger plus de paroles, mais alors que Drago commençait à comprendre que cela pouvait être vraiment dangereux d'aller à la poursuite d'une créature capable de faire peur à la faune de la forêt interdite, Harry revint à la charge, avec une question qui estomaqua Drago.
- T'es tu renseigné sur la mort de mes parents, Malefoy ?
Non mais il croyait quoi le Gryffondor ? Qu'il allait lui faire un compte rendu peut-être ?
- Pourquoi ferais-je quelque chose comme cela ? Débrouille-toi avec tes questions métaphysiques tout seul Potter.
- En échange, je veux bien t'expliquer ce que m'a dit le Choixpeau.
- Qu'est-ce qui me dit que tu ne vas pas te défiler après que je t'aie raconté ce que je sais ?
- Bien, je te donne ma conclusion d'abord, et je t'explique après tes révélations. En fait, le Choixpeau a triché.
- Pardon ? Triché ?
- Oui, il ne m'a pas réparti comme il l'aurait fait avec un autre.
- Oh. Et comment a-t-il fait alors ?
- D'abord ma réponse Malefoy.
Drago pensa à ce qu'il avait réussi à obtenir de son père avec, il faut l'avouer, beaucoup de difficultés. Bah, après tout, Potter devait déjà s'en douter, ses questions avaient étés longuement réfléchies.
- Tu-sais-qui voulait tuer les Potter par précaution. Et ceux-ci le savaient.
- Par précaution ?
- Oui, il les considérait comme une menace, même une fois cachés. D'ailleurs il avait raison dans un sens, vu ce qu'il lui est arrivé.
Harry hocha la tête. Il pouvait déjà voir les implications que cela entraînait. Il y réfléchirait à tête reposée. Il reprit la parole pour en finir avec l'histoire du Choixpeau.
- En fait, le Choixpeau ne m'a pas réparti en fonction de ce que je suis, mais en fonction de ce qu'il voudrait que je devienne.
- Et il a mis autant de temps juste pour ça ?
- Eh bien, je suppose que ce ne doit pas être évident de déroger à une tradition de plusieurs siècles, mais je suis persuadé qu'il y a d'autres raisons derrière la conversation que nous avons eue. Pour être honnête, j'ai le sentiment qu'il n'a pas son pareil pour manipuler les gens.
- Forcément, il y a un peu de Salazar Serpentard dedans.
Harry prit note de se renseigner plus en avant sur le sujet. Quel genre de magie pouvait permettre cela ?
- En tout cas, il a commencé par m'expliquer pourquoi je pouvais correspondre à n'importe quelle maison, puis il a décrété que Gryffondor m'apporterait le plus car j'y apprendrais certaines qualités qui me font défaut.
- Oh ! Je vois, c'est impossible que cela compte dans ce sens là pour la répartition, sinon on regrouperait les élèves selon leurs déficits et non selon leurs traits de caractère.
- Oui, une telle stratégie ne marche que pour un cas isolé. Mais de toutes façons, ce n'est pas une explication suffisante. Ça voudrait dire sinon qu'il va manquer quelque chose à chaque étudiant. Or, si les maisons existent c'est bien pour créer un esprit de compétition en créant une idée d'appartenance. Pas pour classer les étudiants selon leur caractère. C'était peut-être vrai du vivant des fondateurs remarque, après c'est juste devenu une excuse.
- Une excuse ?!?
- Bien sûr, sinon les sorciers sortant de Poudlard auraient quelque chose de plus que ceux du reste du monde. Tu n'as pas besoin d'aller dans l'une ou l'autre maison pour devenir quelqu'un. C'est pourquoi si le Choixpeau a palabré si longuement c'est parce qu'il voulait me faire comprendre quelque chose. Ou me manipuler.
- Pff, tu es juste frustré de ne pas être allé à Serpentard en fait.
- Non, non, je suis allé où je voulais. Je n'ai pas encore vu de gens vraiment intéressants à Serpentard de toutes façons.
- Hey ! Je suis plus intéressant que toi Potter. Et ce n'est pas ta cicatrice qui y changera quoi que ce soit.
- Toi ? Tu te contentes d'être un nom. Je peux t'assurer qu'en comparaison je deviendrai plus important que l'étiquette du survivant que l'on m'a collé sur le front.
Drago allait répliquer, quoi d'ailleurs, il n'en savait rien. Qu'est ce qui faisait de lui Drago Malefoy et non pas un Malefoy, fils d'un Malefoy ? Un individu pouvait-il devenir plus important qu'un nom chargé d'histoire comme le sien ? Mais il devinait que le challenge pour le Survivant était du même acabit. De toutes façons, il n'eut pas l'occasion de continuer sur le sujet. Devant eux s'étalait, reflétant la lumière de la lune, une flaque de sang argenté.
