CHAPITRE 10

Ils venaient d'arriver devant le portail de l'école. Ils avaient utilisé le transplanage d'escorte pour faire venir Harry. N'étant pas habitué à cet horrible moyen de voyager, il fut malade tout le chemin depuis Pré-au-Lard. Remus lui avait donné un morceau de chocolat. "Déjà vu", pensa le voyageur temporel.
Le petit Harry alla d'un seul coup beaucoup mieux.

—Whoua! s'exclama-t-il en découvrant le château.
—C'est plutôt pas mal, hein? fit Sirius.

Rusard les accueillit.
—Re-bonjour, Argus. Regardez qui on ramène…
—Mais c'est… C'est Harry Potter!

Les dénommés Harry sursautèrent. "Ah, oui" pensa le plus grand, "C'est vrai…"

—La rentrée n'a lieu que dans un mois et demi!
—On le sait bien Argus, mais c'est mon filleul et pour l'instant, je vis ici.
—Monsieur Rusard, ajouta Remus, le Directeur est au courant.
—Ah… Dans ce cas…

Il leur ouvrit le passage. Ils s'avancèrent jusqu'aux portes, où Albus et Minerva les accueillirent.

—Enchantée, Monsieur Potter, lui fit Minerva, avec un sourire très franc.
—Bonjour, Madame…
—Ravi de te rencontrer, Harry, lui dit le vieux barbu.
—Moi aussi, Monsieur.
—Je suis Albus Dumbledore, le Directeur de Poudlard. Tu peux rester ici avec ton parrain aussi longtemps que tu veux.
Harry rougit et baissa les yeux, il n'était pas habitué à autant de gentillesse.
—Merci, Monsieur.

Rusard faisait la tête. Finies les vacances. Fichus gamins.
—Voyons, Argus, fit Minerva gentiment, ne faites pas cette tête. D'ailleurs, allez-vous mieux depuis tout à l'heure?
—Euh oui Madame, j'ai fait une bonne sieste…
—Tant mieux, alors, vous m'avez inquiété, fit Sirius, sérieux.
Rusard le regarda avec des yeux ronds.
—Vous m'avez fait les 400 coups avec votre bande, Black, alors ça m'étonnerait…
Et il s'en alla.

—Eh bien, certaines choses ne changent pas! fit Remus.
Ils sourirent.
—J'ai faim! fit Sirius.
Tout le monde éclata de rire.

Ils allèrent dans la grande salle pour le dîner. Le petit Survivant était émerveillé par tout ce qui l'entourait, mais surtout le plafond magique.
—C'est joli, n'est-ce-pas? lui demanda Sirius.
—C'est magnifique!

Albus s'assit à la table des Gryffondors.
Tout le monde le regarda.

—Ben quoi, Harry est un élève, non? dit-il avec un ton jovial. De plus il est l'heure de dîner. Et surtout, Severus n'est pas encore là!
Tous se sourirent et s'assirent.
—Gé-nial! s'exclama Sirius.

Severus arriva et vit la scène.
—Humphfr…
Il s'approcha d'eux.
—Ca devient une habitude!
—Désolé Sev, il y a une majorité de Gryffondors, ici. Mais tu es le bienvenu, bien sûr.
—Je n'ai pas vraiment le choix.
—Si vous voulez, Severus, je crois que tout le monde sera d'accord pour aller au moins une fois à la table des Serpentards, mon garçon.
—Ca te rappellera des souvenirs! fit Sirius.
—Humphfr…
Les autres éclatèrent de rire.

Les plats apparurent. Le petit était ébloui par autant de nourriture.

—Est-ce que tu mangeais bien chez eux, au moins? lui demanda son parrain.
—Euh, pas vraiment, non. J'avais les plus petites parts, et ils m'enfermaient souvent sans manger, le soir.
—Quoi? firent-ils.

Sirius raconta aux autres leur après-midi, et leur découverte des agissements des Dursley.
Minerva était clairement en colère. Albus était déçu et désappointé.
Severus, quant à lui, était juste étonné.

—Je suis désolé, mon garçon, fit Albus. C'est moi qui t'ai envoyé là-bas. J'en suis navré.
—Je… je ne vous en veux pas, répondit-il timidement.
—Albus… fit le voyageur temporel. Il s'agissait de sa tante. Personne ne pouvait savoir.
—Monsieur?
—Oui? fit l'autre Harry.
—C'est quoi, les… Gryffondors?

Il lui sourit franchement et lui expliqua.
Ils lui donnèrent tous des informations et des tuyaux sur le monde magique pendant le repas. L'enfant alternait entre émerveillement et ahurissement.

Severus fut le seul à ne pas dire un mot. Lui qui avait prévu de se faire un malin plaisir de se venger de James Potter sur son fils, était partagé entre déception et abattement.
Harry regarda son ancien professeur d'un œil discret. Il voyait bien que ses sentiments étaient chamboulés. Ce qui, chez Rogue, était rare.
S'il pouvait éviter de pourrir la vie du petit Harry, ce serait encore une bonne chose de faite, pensa-t-il.

Le repas étant fini, ils se levèrent tous.
—Allez viens, Harry, fit son parrain, on va te choisir une chambre. Pas loin de la mienne.
—D'accord.
—A la rentrée, tu iras dans le dortoir de ta maison, bien sûr…
—Chez les Gryffondors, par exemple?
Sirius lui sourit.
—Henry, mon garçon, lui fit Albus. Je peux vous parler?
—Bien sûr, Albus, mais j'irai me coucher juste après. La journée a été chargée…
—En effet.
—Ha… euh… Henry?
Il se tourna vers son cher Sirius.
—Merci pour tout.

Ils se séparèrent et partirent chacun de leurs côtés. Harry et Albus entrèrent dans son bureau.

—Fumseck! Tu es revenu? Où étais-tu?
L'oiseau émit des couinements. Harry sourit.
—Alors Albus? Que vouliez-vous me dire?
—J'ai donné des ordres pour détruire les ossements de Tom Jedusor.
—Oh, oui. Bien. Il ne pourra plus faire ce rituel, maintenant.
—Exactement.

Albus prit son temps pour reprendre.

—Il va falloir commencer à nous occuper des Horcruxes.
—Tout à fait.
—Je vais te laisser te reposer, néanmoins, j'aimerais bien une liste dès maintenant, s'il-te-plaît.
—Hmmm, d'accord.
Il prit un papier et une plume.
—Vous devriez vraiment passer au stylo bille… Mais voyons.
Il se concentra.
—Le journal de Jedusor, il est chez les Malfoy.
—Quitte à lui donner du Veritaserum, je m'arrangerai avec le Ministre pour l'avoir. Ensuite?
—La bague des Gaunt…
—Chez eux? Je vois. J'irai.
—Méfiez-vous. Un sort puissant la rend irrésistible. La dernière fois, vous l'avez mise à votre doigt… C'est à cause de ça que vous étiez mourant.
—Oh, je vois. Je me ferai accompagner.
—Je pourrais y aller avec vous.
—Ne te sens pas obligé de tout faire toi-même, Harry.

Ils se turent.

—Le médaillon… Il est au Square Grimmaurd, normalement. Regulus l'avait déplacé.
—Regulus Black?
—Oui, il nous évite d'aller dans cette grotte, près de l'orphelinat…
—Je vois...
—La coupe de Poufsouffle. Le coffre des Lestrange. A Gringotts.
—Ca devrait être facile aussi. Nous devrons peut-être avouer au Ministre qui tu es vraiment, mais il aura l'autorisation de fouiller leur coffre.
—Ok… Il reste le diadème de Serdaigle… Par chance, il est à Poudlard.

Albus ouvrit grand ses yeux.

—La salle sur demande. Si vous demandez à cacher un objet…
—Je vois, fit le directeur avec un soupir.
—Ah, et Nagini bien sûr.
—Nagini?
—Son serpent. Mais lui, je ne sais pas où il est.
—Oh!

Albus réfléchit une bonne minute.

—Le mieux à faire est de le signaler aux Aurors, qui l'élimineront avec un peu de chance. Nous les enverrons dans tous les endroits importants pour Voldemort.
Harry hocha la tête.
—Faites donc une distribution de crocs de basilics.
—Hum, pardon?
—Oh, c'est une des seules façons de détruire un horcruxe.
—Ah. C'est bien qu'on en ait sous la main.

Harry lui sourit.

—Quelles sont les autres méthodes?
—Le Feudeymon, mais c'est dangereux...
—En effet…
—Et enfin, l'épée de Gryffondor. Etant donné qu'elle a absorbé du venin…
Il sortit le choixpeau de sa poche.
—Elle absorbe ce qui la rend plus fort…
—Oui. Ca vous dérange pas si je le garde un peu?
—Non mon garçon. Tu me le rendras avant la rentrée, hein?

Ils rirent ensemble.

—Et Harry? demanda le directeur.
—Quoi Harry?
—Il… Enfin j'avais la théorie que…
—Ah oui, c'est un horcruxe aussi! fit Harry en redevenant sérieux. Oui, c'est un gros pépin…
—Tu ne sembles pas si peiné…
—Oh, on peut contourner le problème.
—Comment?
—Moi j'ai eu beaucoup de chance. Mais là on va faire autre chose.

Harry lui raconta son plan. Il lui montra aussi son livre de puissants sortilèges qu'il conservait dans son sac.
Dumbledore pensa que c'était le meilleur plan qu'ils avaient pour que l'enfant ne meure pas.

Ils se levèrent.
—Harry… Merci pour tout… Je vais m'occuper de cette liste dès maintenant.
—De rien, Albus. Bonne nuit.
—Bonne nuit.

Harry sortit, décidé à dormir. Il était exténué. Cette journée avait été épuisante. Quels changements, par Merlin!

Cette nuit-là, une ombre qui avait été très discrète jusque là quitta le château, sans bruit.