-Chapitre réécrit en mars 2019-

Je vous souhaite une très bonne lecture de ce long chapitre.


Bonjour / Bonsoir à tous !

Des mois sans rien mettre en ligne, honte à moi.

Il faut dire que l'inspiration pour cette fic était aux abonnés absents pendant longtemps. Mais voilà enfin le chapitre 9 ! J'espère qu'il vous plaira.

Bonne lecture ! Et n'oubliez pas la petite review en bas avec votre avis, bon ou mauvais du moment qu'il est constructif !


Chapitre 9 :

Le parchemin de Saroumane

L'image de cet homme mort dans ses bras la hantait. Dès qu'elle fermait les yeux, Eléa pouvait voir sans mal son visage, et l'étincelle de ses yeux disparaître progressivement, alors que l'heure de la mort était venue pour lui. Elle en dormait mal la nuit, se retournant sans cesse avant d'abandonner l'idée de trouver le sommeil. Elle en était lasse. Et même les mots qu'Aragorn avaient eus peu après n'avaient que peu calmer ses peurs. Il lui disait que cela finirait par passer, que ce n'était qu'une mauvaise passe, et que les images disparaîtraient d'elles-mêmes avec le temps, mais rien n'y faisait. Après tout que pouvait-il comprendre ? Il était un Homme, un Dunedain, descendant de Numénor, il se devait d'être fort et sans faille pour son peuple. Les Hommes sont durs envers eux-mêmes, bien plus qu'envers autrui.

-/-

Eléa se réveilla de mauvaise humeur. Voilà deux nuits qu'elle ne dormait plus et elle arrivait au bout de sa patience. C'était toujours les mêmes images qui revenaient sans cesse, ne lui laissant pas un instant de répit. Elle avait beau être épuisée, faire des séances d'entraînements plus physiques les unes que les autres, sont esprit avait décidé de la garder éveillée et ressassait l'image de ce soldat mort devant elle deux jours plus tôt.

Et même si elle en avait vu d'autres lors d'expéditions avec d'autres Dunedains, la bataille d'Edoras l'avait rendue bien plus sensible à la souffrance qu'elle ne l'aurait voulu. Alors que ce n'était même pas la première fois. Et sans doute pas la dernière.

La nuit suivante, et malgré un entrainement soutenu à l'arc avec Legolas, Eléa ne trouvait pas le sommeil. Elle avait les yeux fixés sur le plafond au-dessus d'elle, et elle était si résignée qu'elle n'était même plus en colère, la lassitude ayant repris le dessus cette nuit-là. Elle décida de se lever, abandonnant l'idée d'essayer de trouver le sommeil. Elle sortit de ses couvertures sans faire de bruit, attrapa sa cape, et elle quitta la pièce qui servait de dortoir. Elle se retrouva dans un couloir sombre et froid qui débouchait sur l'extérieur. Il y avait un petit vent venu du nord qui rendait l'air de la nuit glaciale. Eléa resserra sa cape autour d'elle et elle sortit sur la petite placette de pierre à l'intérieur de l'enceinte du Gouffre. Elle fut surprise d'apercevoir une silhouette appuyée sur le mur de pierre. C'était un homme de haute taille, une longue cape verte sur ses épaules, le regard tourné vers l'horizon. Faramir, le capitaine du Gondor, ne trouvait pas non plus le sommeil. Eléa s'approcha et vint se mettre à côté de lui. Il était pensif, les yeux dans le vague.

-Vous ne dormez pas ? lui demanda Eléa

-Vous non plus, chère Eléa, lui répondit Faramir avec un sourire. Quelle est votre excuse ?

-Je fais des cauchemars, avoua Eléa

-Alors vous n'êtes pas la seule, confia Faramir. Je crois que nous avons tous un sommeil difficile ces derniers temps.

Ils gardèrent le silence durant de longues minutes au cours desquelles ils regardèrent l'horizon. Le ciel était partagé entre l'obscurité la plus complète venue de l'est qui avançait toujours davantage jour après jour, et le côté clair où les étoiles étaient encore brillantes dans le ciel loin au-dessus de leurs têtes.

-Est-ce que Minas Tirith vous manque ? demanda Eléa en rompant le silence.

-Je mentirais si ce n'était pas le cas, répondit Faramir, je rêve du jour où l'on reprendra la ville, alors, nous lui rendrons sa gloire d'autrefois.

-Je comprends votre sentiment, mon peuple ressent la même chose pour nos royaumes perdus. Mais un jour viendra où ils seront à nouveau à nous, débarrassés de toute cette ombre malfaisante.

-Je l'espère tout comme vous Eléa, rien que de penser que certains de mes compatriotes sont dans des geôles lugubres me rend malade. Je revois sans cesse ces images, les images de ce fameux jour où j'ai..

-Ce n'était pas votre faute, le coupa Eléa.

-Je n'en suis pas certain.

-Faramir, commença Eléa en regardant le capitaine du Gondor, vous ne pouviez rien n'y faire, ce n'était pas votre faute.

-Je croirais entendre Eowyn, murmura Faramir en baisant la tête.

-Et elle a raison ! Personne n'aurait pu prévoir les événements qui ont eu lieu.

-Ce n'est pas une excuse, répliqua Faramir

-Non, mais vous vous êtes battu, vous avez tout essayé face à un ennemi bien mieux préparer que vous.

-Et j'ai perdu.

-La plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever après chaque chute.*

-Vous le pensez vraiment ?

-Plus que jamais Faramir, répondit Eléa, je ne dis pas que ça va être facile, mais je crois qu'il y a une petite chance quelque part.

-Un espoir de fou, conclu Faramir avec un sourire. Je ne sais pas si nous serons très nombreux face à l'occupant.

-Nous vous aiderons, affirma Eléa, même si nous ne sommes pas beaucoup.

-Je n'ai que peu voyager, vous m'aiderez à retrouver mon chemin ?

-Bien sûr Faramir, je vous aiderais à retrouver le chemin de la cité blanche.

-Merci Eléa, dit Faramir avec un sourire.

C'était bien la première fois depuis leur rencontre à Edoras quelques semaines plus tôt, que Faramir et Eléa avait une vraie conversation. Et pourtant ils n'étaient pas très différents : ils avaient perdu un parent très jeune, et ils étaient le cadet d'une fratrie de deux. Si Eléa n'avait pas vraiment souffert de la comparaison de ses facultés au combat avec celles de son frère Armos, elle avait dû, elle aussi, faire ses preuves pour avoir sa place. Faramir souffrait depuis longtemps du désamour de son père, et de la comparaison qui était constamment faite entre lui et son frère Boromir, l'aîné si parfait qui montrait toujours le meilleur exemple aux troupes.

La nuit s'écoula lentement et ils furent rejoins aux premières lueurs du jour par Aragorn qui s'invita dans la conversation.

-/-

A l'aube naissante du surlendemain, la compagnie avait repris la route. Seuls les soldats Rohirrim survivants étaient resté à la place forte, laissant place à un groupe de voyageurs réduit car il leur faudrait passer le plus inaperçu possible.

-Une compagnie plus importante nous ferait à coup sûr repérer par l'ennemi, avait déclaré Eomer peu avant le départ.

-Et cela nous mettrait en grand péril, avait alors ajouté Gandalf.

Sauron avait que l'héritier d'Isildur était encore en vie, et que la lignée du Rohan n'était pas encore éteinte, comme il le souhaiterait. Il savait également que les chefs portaient l'espoir pour les peuples non soumis à sa volonté. Et bien sûr, la nouvelle de la bulle blanche qui recouvrait la Comté était venue jusqu'à lui, attisant un peu plus sa fureur.

Ils étaient donc onze marcheurs à prendre la route ce matin-là : Merry, Pippin, Sam, Gandalf, Aragorn, Eléa, Legolas, Tilaé, Faramir, Eowyn, et Eomer. La jeune sœur d'Eomer avait insisté avec force pour les suivre :

-Je veux venir avec vous, avait dit Eowyn à son frère après la réunion.

-Eowyn, commença Eomer.

-Je sais ce que tu vas dire, le coupa sa sœur, que je suis une femme et je n'ai pas à venir. Mais je ne suis pas d'accord. Deux femmes sont dans votre compagnie et je ne suis peut-être pas aussi douée que toi ou messire Aragorn, mais je sais me battre moi aussi !

Devant la mine visiblement agacée et peu convaincue de son frère elle ajouta :

-Et c'est moi qui ai tué le Roi-Sorcier d'Angmar, celui qu'aucun homme ne pouvait tuer.

-Très bien, se résigna Eomer, mais je t'interdis de mourir c'est clair ?

Le jeune roi avait accepté sa présence à contrecœur, car il ne pouvait se résoudre à perdre sa sœur qui était désormais sa seule famille. Il la serra contre lui, profitant de ces derniers instants de calme avant la tempête. Le fait est que même s'il avait refusé elle serait venue d'une façon ou d'une autre.

-/-

La compagnie réduite, ils pouvaient aisément voyager plus rapidement dans les terres inhabitées de l'ouest. Il n'y avait que bien peu de villes ou même de village dans cette vaste partie du monde, et une fois le cap de l'Isengard franchi, ils seraient pratiquement seuls.

Le magicien blanc menait toujours la marche, infatigable, suivi de près par Aragorn et Eomer, puis par le reste du groupe. Eléa, elle, marchait la mine basse, son capuchon dissimulait son visage. Elle était lasse, et fatiguée mais elle devait continuer de mettre un pied devant l'autre, en progressant toujours plus vers l'ouest. Son seul autre choix était d'attendre que le monde s'écroule et que la mort la prenne. Sa détermination tenait à ce fait, c'était ce qui la faisait avancer chaque jour. Et puis elle sentait que quelque part l'espoir existait toujours et qu'une aide viendrait à eux à un moment ou un autre.

La compagnie progressait sur une large plaine au sol inégal et jonché de larges trous faits par les allées et venues des Ents partis détruire l'ancienne demeure de Saroumane. Ceux-ci étaient encore plus accentués depuis qu'ils avaient prêté main-forte aux Hommes du Rohan au Gouffre de Helm. La chute de l'Isengard avait été une victoire inespérée, et la venue des Ents du jamais vu.

Il y avait plusieurs mois de cela l'espoir renaissait enfin, et tout semblait possible. Mais cette époque n'existait plus, et aujourd'hui était née une ère incertaine et sombre. Nul ne pouvait prédire comment cela se finirait, ni même si cela se finirait un jour.

Comment garder espoir après tout ce qui s'était produit ces dernières semaines ? Comment continuer à combattre cet ennemi si puissant et supérieur en tout point aux derniers peuples libres ?

Dans l'Histoire, les précédents avaient eu pour fin la destruction de peuples et de pays entiers. La gloire détruite de la lumineuse cité elfique de Gondolin en était le parfait exemple. Et malgré cela, les Hommes continueraient de combattre jusqu'au bout, pour l'honneur. L'image faible et corruptible des Hommes, voulait être oubliée d'eux-mêmes, pour qu'un nouvel âge d'or, digne de ceux des rois de jadis, puisse naître à nouveau quand le mal serait enfin vaincu.

-/-

Deux jours après leur départ, la tour noire de Saroumane, Orthanc, fut enfin visible à l'horizon. La route qui les y avait menés avait été parcourue en silence. L'ombre s'avançait un peu plus chaque jour, et pesait davantage sur leurs épaules. Même les Hobbits semblaient avoir perdu leur entrain naturel.

En plus de la tour, ils pouvaient distinguer les quelques Ents restés sur place pour garder l'endroit. Gandalf décida alors de prendre un peu d'avance, et partit donc plus avant pour s'entretenir avec eux.

Quant aux autres membres de la compagnie ils attendaient en arrière le retour du magicien.

Celui-ci ne se fit pas attendre très longtemps, et il revint bien vite pour leur dire qu'ils pouvaient continuer. Le groupe se remit alors en marche après cette brève pause, et ils arrivèrent avant la fin du jour.

La tour noire se dressait toujours fièrement à l'horizon, sombre et inquiétante malgré l'absence de son habitant depuis de nombreux mois.

L'endroit en lui-même était surréaliste : c'était un mélange de pierres noires brisées, de rochers, et de jeunes pousses d'arbres et d'autres végétaux. L'eau avait disparue, et laissait apparaître des branches mortes d'arbres, ainsi que du bois pourri, qui gisait çà et là. Et aux endroits d'où s'élevait auparavant de la fumée noire du sous-sol de la terre, étaient entassés des rochers afin de combler les profondes ouvertures. Les Ents s'appliquaient à redonner à ce lieu un semblant de nature. Déjà, les alentours qui avaient été déboisés, brûlés et détruits, étaient à nouveau verts. La nature semblait ici plus forte que tout, et elle reprenait ses droits progressivement sur ces terres, en dépit de l'avancé massive du mal dans toute la Terre du Milieu.

Eléa n'était guère rassurée par ce lieu. Il y avait l'odeur de l'humidité et de la pourriture, et quand bien même le lieu était en pleine renaissance, il n'en restait pas moins sombre à ses yeux. Car il avait abrité celui qui était devenu un des plus fidèles serviteurs de Sauron, bien que d'une grande sagesse, Sauroumane le blanc avait cédé face à la puissance de l'ennemi, et à l'avidité du pouvoir. Tout comme Sauron l'avait lui-même fait face à Morgoth au premier âge du monde.

Cette nuit-là, Eléa eut de grandes difficultés à trouver le sommeil. Ses compagnons de route n'étaient guère plus rassurés par l'endroit, si bien que peu d'entre eux trouvèrent le sommeil.

Elle se réveilla peu avant l'aube, et vit qu'Aragorn était déjà levé et remettait du bois dans le feu au milieu du cercle que formait les marcheurs. Elle se leva, prit quelques affaires, et s'éloigna un peu du campement afin de faire sa toilette. Elle se mit derrière un tas de rochers, et entreprit de se débarbouiller un peu. Une fois cela fait, elle ramassa ses affaires et s'apprêta à repartir quand elle vit Eomer assis un peu plus loin. Il lui parut perdu dans ses pensées, regardant au loin dans le vague devant lui. Il avait enlevé son armure et était simplement vêtu d'une chemise d'un bleu sombre. Son visage était grave et ses traits tirés. Néanmoins il n'avait rien perdu de son charisme de leader et de son port de tête royal. Il restait fier dans l'adversité, malgré la douleur évidente due à la perte de son royaume. Et malheureusement, il n'était pas le seul : Aragorn et Faramir partageaient cela. Même si tous trois n'avaient jamais régné véritablement, ou sur de trop courtes périodes.

En le regardant, Eléa ressentit de la compassion pour cet homme qu'elle admirait, bien qu'elle le connût peu, elle avait pleinement confiance en lui. Sa force morale et physique l'avait impressionnée, et ce dès la première fois qu'elle l'avait vu. Elle ne pouvait expliquer ce lien qui était nouveau pour elle. La jeune femme resta de longues minutes les yeux fixés sur lui, immobile. Eomer se senti observé et au bout d'un moment, le jeune roi tourna la tête en direction de l'intruse. Il fut surpris de voir qu'il s'agissait de la nièce d'Aragorn. Il ne laissa rien paraître de son sentiment étonnement, et il la regardait simplement un instant, avant d'incliner respectueusement la tête. Eléa lui rendit son salut, et quelque peu honteuse de s'être laissé prendre, elle se leva et repartit vers le campement. Eomer quant à lui, resta sans bouger, il pensait à la signification de ces yeux posés sur lui, qui l'observait en silence. Et il sourit. Ses lèvres ne s'étaient plus étirées sur son visage depuis bien trop longtemps.

Cette parenthèse prit fin quand la forte voix de Gandalf retentit, demandant à chacun de venir autour de lui.

-Dépêchez-vous jeunes Hobbits ! ordonna-t-il.

Merry et Pippin étaient encore attablés, mangeant avec voracité leur petit-déjeuner. Leur mine désespérée face aux paroles de Gandalf, firent naître bien des sourires sur les visages de leurs compagnons de route. Une fois que tous furent autour de lui, Gandalf prit à nouveau la parole :

-Nous allons profiter de notre court séjour ici pour jeter un œil aux archives que possédait Saroumane, déclara-t-il, chaque document présent dans la tour et notamment dans son bureau, doivent être examinés. Il se peut qu'il y ait laissé des informations importantes sur les plans de l'ennemi, et sur des choses dont nous ignorons jusqu'à l'existence même.

-Mithrandir, commença Faramir, ce serait-il pas plus prudent de ne pas s'attarder ici ? Ne devrions-nous pas continuer notre route vers le nord ?

-Il vaut mieux continuer en toute connaissance de cause, plutôt qu'ignorant, objecta le magicien. Nous ne resterons pas plus de deux jours. Si on ne trouve rien, nous continuerons.

C'est ainsi que commença la fouille méticuleuse et fastidieuse de chacune des pièces qui contenait des documents dans la tour. Elles n'étaient pas moins d'une dizaine en comptant le bureau de l'ancien maître des lieux. Gandalf s'occupait bien évidement de cette pièce toute particulière, tandis que les autres étaient répartis dans les quatre étages d'archives. Eléa faisait équipe avec Faramir et Eowyn, Tilaé était avec son frère Legolas accompagné comme toujours de Gimli, et Eomer était avec Aragorn. Quant aux trois Hobbits, ils avaient reçu pour mission de faire l'inventaire du garde-manger de Saroumane, et de voir quelles denrées ils pourraient par la suite emporter. Une mission qui leur allait comme un gant.

Les archives que Saroumane entreposaient étaient impressionnantes, tant d'un point de vue de la quantité que de la diversité. Il y avait là des cartes, des ouvrages d'histoire, de botanique, des comptes rendus, des lettres, et le tout sentait le renfermé et la poussière. Gandalf trouva dans le bureau de son ancien ami la preuve que celui-ci était un traître depuis près de soixante ans. Le second et dernier jour de recherche, Eléa mit la main sur un vieux parchemin, hissé en tout haut d'une armoire poussiéreuse et pleine de toiles d'araignées. Le parchemin avait l'aspect brunâtre, et il était scellé par un fin lien de cuir noir. Nul ne pouvait dire depuis combien de temps il était là, mais une chose était sûre : il ne datait pas d'hier et apparemment, il n'avait pas été ouvert depuis longtemps.

Il avait roulé tout au fond de l'étagère, si bien qu'Eléa dut s'appuyer sur la planche de bois pour l'attraper. Mais son poids fut trop lourd et le morceau de bois se brisa emportant le précieux parchemin avec lui. Heureusement, Eowyn arrêta sa fuite avec son pied, et le parchemin cessa sa course. Alors que Faramir aidait Eléa à descendre de l'échelle, la sœur d'Eomer prit le parchemin entre ses doigts.

-Il semble en très bon état, dit-elle, en manipulant avec soin le vieux rouleau de papier.

-On l'ouvre ? demanda Eléa en s'approchant avec Faramir.

Tous trois se demandaient ce que pouvait bien renfermer ce parchemin perdu tout en haut d'une étagère, avec seulement trois autres rouleaux. Après s'être concertés d'un regard ils le déroulèrent. Rien. Le parchemin était vierge. Visiblement l'encre avait disparue.

-Ouvrons les autres, proposa Eléa.

Chacun prit donc un des trois autres parchemins, et l'ouvrit de son côté.

-Encore un vierge, dit Faramir

-De même pour moi, fit Eowyn

-Je n'arrive pas à l'ouvrir, dit Eléa

Quand elle arriva enfin à enlever le lien de cuir solidement attaché autour du sien elle put lire :

« Il est des légendes qui viennent du fond des âges, d'endroits mystérieux et inexplorés de la Terre du Milieu, et qui ne sont plus connues de quiconque. Même les plus sages parmi les peuples libres les ignorent.

Les terres de l'est ont toujours été mal aimées, rejetées, et déclarées inhospitalières par la plupart des peuples de l'Ouest, car les populations qui y vivent avait une réputation malsaine. Les connaissances et les découvertes étant apprises en temps voulues, il faut parfois du temps pour qu'une personne ait l'audace de les révéler à tous.

Certaines choses sont alors perdues et ensevelies par le silence et l'ignorance.

Le peuple de Rhûn fait partie des secrets perdus du monde. Ils ne se lient à aucun peuple, et ils restent toujours sur leur territoire, le grand pays de Rhûn aussi vaste que les royaumes du Gondor et du Rohan réunis.

Souvent assimilé aux Orientaux, peuple de guerriers et allié de longue date à Sauron, le peuple de Rhûn n'a que trop souffert de ces comparaisons désobligeantes. Car ils sont tout leur contraire : bien que sachant se battre, ces hommes n'ont plus le goût de la guerre depuis longtemps. Les effusions de sang et le carnage ont laissé la place à une foi inébranlable en la nature et en elle seule. De même que la colère et la haine à une paix relative.

Désormais pour ce peuple, la terre leur a donné la vie, et la mer leur offre de quoi la préserver en eux. Et c'est tout ce qui compte.

Ils vivent dans des maisons simples faite de terre, au toit de chaume. Leurs vêtements sont faits de tissu bleu foncé, tunique et pantalon pour les hommes, et longue tunique fermée par une ceinture de cuir noir pour les femmes. Leur société s'organise en petits villages espacés de quelques milles tout au plus. Comme leurs cousins Orientaux, leurs villages sont entourés de hautes murailles de pierre. Mais cela est leur seul point en commun. »

-Un autre peuple libre, souffla Faramir.

Tous les trois avaient les yeux grands ouverts, ébahis par ce qu'ils venaient de lire. Bien que le reste du parchemin ait été effacé, ils avaient appris une chose pour le moins inattendue : un autre peuple d'humain existait dans les terres sauvages de l'est, et vivait isolé depuis des siècles.

Tous les trois dévalèrent les nombreuses marches qui les séparaient de Gandalf, qui était redescendu quelques heures plus tôt pour regarder des documents à la lumière du jour. Le cœur battant à tout rompre, et manquant de sauter une marche, ils arrivèrent en bas le souffle court.

-Mithrandir ! s'écria Faramir, nous avons trouvé quelque chose !

-Pas votre souffle en tout cas, lui dit le magicien avec un sourire taquin.

-Nous avons trouver un parchemin ! Il faut absolument que vous le lisiez ! s'écria Eléa

- Et où est donc ce fameux document ? demanda Gandalf soudain sérieux.

-Ici, lui répondit Eléa en lui tendant le document brunâtre.

Gandalf le prit avec précautions, et l'examina longuement entre ses doigts avant d'en prendre connaissance.

-Voilà une chose pour le moins fascinante, murmura le magicien.

Après l'avoir lu pour lui seul, il lut le document à voix haute. Tous tombèrent des nues en entendant son contenu. Legolas et Tilaé semblaient tout particulièrement déboussolés.

-Comment est-ce arrivé entre les mains de Saroumane ? questionna Tilaé.

- Et comment diable à t'ont pu laisser échapper à notre connaissance un peuple entier ? ajouta Faramir.

-Autant de questions qui resteront sans réponse, j'en ai peur, répondit Gandalf, mais n'oubliez pas que jusque-là nous les assimilions avec le reste des Orientaux.

-Une grave méprise, déclara Eléa.

-Les Terres Orientales se sont vidées voilà de nombreux mois, rappela Aragorn, et une immense armée d'Orientaux s'est mise en marche vers le Mordor. Ils répondent à Sauron, et à lui seul. Ils combattront jusqu'à la bataille qui mettra les Hommes, et tous les autres peuples libres de la Terre du Milieu à genoux. Courir après encore plus de pouvoir était leur but. Tout comme Sauron. Ils sont donc des alliés naturels.

-Il se peut donc qu'il ne reste plus que ce fameux peuple de Rhûn à l'est, conclu Eomer.

-Les Orientaux ont dû laisser des garnisons pour protéger leurs villes, affirma Faramir.

-Certes, consentit Eomer, mais notre allié potentiel y est probablement toujours.

-Ne spéculons pas trop, déclara Aragorn, vu l'âge de ce parchemin, il se peut bien que son contenu face désormais partie du passé. Nous devons rester très prudents.

-Pour le moment nous devons nous préparer à poursuivre notre route, trancha Gandalf.

Tous allèrent à leurs montures pour les préparer au long voyage à venir. Quand cela fut fait, ils allèrent voir les Hobbits, qui durant deux jours s'étaient occupés des vivres. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils avaient vu les choses en grand : une quantité certaine de nourriture avait été sortie du garde-manger de Saroumane. Il y avait de tout : de la charcuterie, du vin, de l'herbe à pipe (un tonneau était visiblement resté caché de leur vue lors de leur précédente visite), des pommes, des tomates, des carottes et du maïs. Les Hobbits avaient rempli les sacs de leurs compagnons de victuailles, ainsi que leur estomac, et attendaient fièrement devant le reste des provisions qu'ils pensaient mettre sur un âne qu'ils avaient trouvé non loin du garde-manger.

-Et il en reste encore ! déclara fièrement Pippin.

-Nous allons pouvoir prendre la route sans craintes messeigneurs, ajouta Merry en bombant le torse.

Eléa ne put s'empêcher de rire à la vue de ces deux petites créatures toutes fières d'elles.

-Les Hobbits, soupira Gandalf en levant les yeux au ciel.

La nourriture fut répartie dans des sacs puis sur les chevaux et dès le lendemain la compagnie reprit la route toujours plus vers le nord à la recherche de réponses à leurs très nombreuses questions.


Alors vos avis ? :)

* citation de Nelson Mandela