J'en ai vraiment mis du temps à poster ce chapitre que j'ai rédigé en 4 jours et j'en suis désolée. Comme quoi : "De paresse nulle noblesse ni prouesse." Proverbes Français.
Chapitre 9
Lorsque le repas matinal fut achevé, comme l'avaient dit Hidemi et Kyoko, le chef de famille se présenta au rez-de-chaussée. Cependant, les shinigamis remarquèrent, sans grande difficulté, les gouttes de sueur perler de son front ridé et plissé. Ce détail aurait pu être sans intérêt s'il avait fait une chaleur caniculaire, mais les températures étaient encore fraîches les matinées. Ainsi Tsuzuki, curieux et intrigué, demanda la raison de cette transpiration marginale ce à quoi Fumihiro répondit avec une brève hésitation que son médicament quotidien lui donnait des bouffées de chaleur. Suite à cela, le propriétaire rejoignit sa famille au salon. Tous avaient décidé de débattre l'idée du mariage anticipé d'une certaine rouquine et d'un quelque fils cadet d'une soi-disant dynastie. Bien que seul le majordome était convié à la discussion, trois fouines ne se firent pas prier pour coller leurs oreilles à la porte, écoutant par la même occasion une conversation dont ils n'étaient pas censés entendre.
- T'entends quelque chose ?
- Non et toi Hannah ?
- Je ne pense pas qu'ils aient commencé.
La jeune servante avait réussi à retrouver un état proche de la normalité, mais, malgré les apparences, était toujours choquée de ce qu'elle avait vu la veille. Elle avait réussi à gagner un peu de confiance vis-à-vis des employés de la mort, même s'ils avaient été victimes de son bizutage et avaient émis quelques soupçons vis-à-vis d'elle et de son proche parent. Cependant, les shinigamis croyaient encore en la culpabilité du père. Aux aguets, ils attendirent la moindre parole venant de la pièce. Quelques secondes voire quelques minutes passèrent avant que le moindre son n'aille au-delà de la porte.
- Bien. Vous savez tous pourquoi nous sommes réunis et donc je trouve inutile de faire un discours introductif. Venons en au fait.
- Oui tout à fait, je tiens déjà à préciser que je ne désire pas cette union. De plus, étant la mariée, je trouve ça inutile de continuer à débattre dans le vide.
- Kazu, j'ai l'impression que tu ne saisis pas la situation : ce n'est pas une question de volonté. On n'a pas le choix ! Tu tiens vraiment à ce que la presse découvre le meurtre de Kaori et que ton mariage se fonde sur un scandale ? Regarde, le prince Charles et Camilla, la mort de Lady Diana a complètement anéanti l'image de leur couple et...
- Oh non, c'est pas vrai, elle recommence ! Papi Fumi s'il te plait, fais tout de suite taire ta fille ou il y aura un autre meurtre dans cette baraque !
- Père vous vous rendez compte, elle me menace ! Faites quelque chose, enfin !
- J'ai besoin de sortir un moment...
Lorsque les jeunes épieurs entendirent que le maître des lieux désirait se retirer, le réflexe de recul fut immédiat, mais pas assez pour disparaître du corridor. Ainsi, le trio furent surpris à quelques mètres de la porte par le vétéran du domaine. Cependant, au lieu de les réprimander, le vieil homme se contenta de les observer troublé avant de porter une attention particulière pour l'unique présence féminine des domestiques. Les deux êtres se contemplèrent semblant se transmettre un message télépathique. Puis, sans échanger le moindre mot, tous deux quittèrent les lieux et s'éloignèrent des shinigamis interloqués. Ceux-ci lancèrent un regard soupçonneux au duo. Même s'ils ne croyaient plus en la culpabilité de la jeune soubrette, ils étaient troublés par cet échange, mais reportèrent leur attention sur la porte close.
- Mais vous êtes tous contre moi, ma parole ! C'est ce dragon qui vous retourne contre moi ? Vous êtes sérieux ?
- Je suis désolé, Kazu, on ne peut pas faire autrement.
- Écoute, la semaine prochaine ou dans un an, ça change quoi ? Tu ne crois pas qu'il serait temps de grandir un peu ?
- Comment vous pouvez dire des choses pareilles ? Daiki, ta fiancée est morte hier. Hier ! Tu pourrais comprendre ça, toi... Pourquoi vous êtes si méchants ?
- Pardon ? Tu trouves ça méchant d'aller de l'avant ? Dans ce cas, on n'a pas la même conception du mot « méchanceté ».
Cette fois les shinigamis n'entendirent pas le départ précipité de deux des participants à la conversation. Aussi, l'impact de la porte contre les joues des deux employés de la mort fut foudroyant au point que tous deux valsèrent à quelques mètres de leur point d'origine. Le visage endolori, ils entraperçurent Kazu prenant ses jambes à son cou, les larmes ruisselant de son visage. Elle disparut aussi vite qu'elle ne fut apparue. Sa brève présence entraîna celle de son futur époux qui, quelques fractions de secondes plus tard, s'apprêtait à se lancer à la poursuite de sa fiancée lorsqu'il remarqua la présence des deux fouineurs. Le regard rempli de reproches, il attendit que les deux compères soient sur pied pour leur adresser une morale sans frais.
- Qu'est ce que vous faites ici ? Vous savez que vous n'avez pas été conviés à la conversation donc vous n'avez rien à faire là. C'est une discussion privée à laquelle des domestiques, qui, de plus sont nouveaux, n'ont en aucun cas le droit d'écouter aux portes. Filez !
Sans se faire prier, Tsuzuki et Hisoka, penauds, repartirent dans une direction quelconque, loin de la pièce prohibée. Même si la honte d'avoir été surpris tels des débutants planait au-dessus de leur tête, le fait de savoir qu'ils eussent récolté suffisamment d'informations les soulageaient au plus haut point. Aussi, cette petite satisfaction permit une détente méritée symbolisée par un soupir d'aise. Puis, Tsuzuki, observant son partenaire, constata un détail qu'il n'avait pas remarqué auparavant.
- Tiens, tu ne portes plus de robe ?
- Tu te fiches de moi ?
- Non pourquoi ?
- Je ne l'avais plus quand on était au pique-nique. Tu n'avais pas remarqué ?
- Non… Pourquoi ?
Hélas, ce ne fut qu'après sa bévue que le shinigami aux yeux améthyste se rendit compte que les deux mots qu'il venait de prononcer avaient blessé celui qu'il aimait. Il n'avait pas besoin d'un don d'empathie pour savoir qu'Hisoka était vexé de cette remarque et de ce fait, Tsuzuki voulait courir comme l'avait fait Kazu une poignée de minutes auparavant. Il voulait à tout prix échapper à la colère du jeune homme dont les yeux s'embrasaient au même titre qu'ils se gorgeaient de larmes. Tentant de garder son sang-froid par amour-propre, l'empathe haussa le menton et croisa les bras sur sa poitrine.
- Avant de partir, Robert m'avait donné de quoi me changer et j'avais dû aller dans un placard dans le hall pour m'habiller en toute pudeur. Mais après tout, c'est bête que je sois surpris puisque dès le point de départ, j'avais ressenti ton indifférence à certains moments. Pas forcément vis-à-vis du mode vestimentaire, mais aussitôt après le début de notre « relation ». Je pensais que ça irait, mais pas du tout. Tu ne prêtes aucune attention à nous et je me demande même si tu m'aimes.
Tsuzuki aurait pu renier ces paroles dites sous l'impulsion et la colère. Malheureusement, son partenaire et amoureux disait vrai sur certains points : depuis le début de la mission, il était trop préoccupé par les fantômes de son passé qui prenait un quelconque plaisir à le tourmenter sans aucun scrupule. De ce fait, même les moments de tendresse qu'il entretenait avec la personne qu'il aimait ne parvenaient pas à apaiser cette peine et cela expliquait ces moments de « vide » dans son esprit. Cependant, connaissant le caractère entêté et souvent difficile d'Hisoka, l'aîné des jeunes hommes préféra répondre par le silence plutôt que de tenter le Diable. Mais, quel choix était préférable : répondre ou ne pas répondre ? Telle était la question.
- Alors tu es comme lui : tu me vois comme un simple objet que l'on peut manipuler…
- Non… Ce n'est pas…
- Alors c'est quoi ? Merde, Tsuzuki ! J'en ai assez de tes secrets, de tes changements d'humeur et d'aimer quelqu'un dont je ne connais que le nom de famille ! Tu sais quoi ? Je crois que tout ça va se terminer aussi vite que ça a débuté parce que si on commence comme ça, je doute que ça ira mieux par la suite.
Sans autre forme de procès, Hisoka laissa son collègue et ses sombres pensées. Bien qu'ils ne distinguaient pas leurs visages en raison du fait que l'un tournait les talons à l'autre, tous deux laissaient leur chagrin s'écouler le long de leurs joues. L'empathe regrettait tout de suite ses paroles, mais ne pouvait revenir sur ses pas et changer ce qui avait été dit. Pas à pas, il s'éloigna de l'endroit où lui et le responsable de ses larmes s'était arrêté pour soi-disant souffler un peu. Il prit la peine de tourner au plus vite pour ne pas voir son partenaire au cas où il se retournerait. Manquant de renverser une statuette, il tenta tant bien que mal de se ressaisir de cette dispute partie d'une simple remarque. Comment avait-elle pu à ce point prendre un tel tournant ? Ainsi, il était sûr que son partenaire devait le détester. Hisoka avait beau être empathe, certains sentiments humains lui échappaient, les siens particulièrement. Il se demandait comment il était venu à comparer Tsuzuki à Muraki qui était un monstre digne d'une fiction d'épouvante et comment la colère pouvait conduire les Hommes à de telles bêtises.
Ses pas le menèrent au hall d'entrée. Bien que ce n'était pas sa destination désirée, il haussa brièvement les épaules en se disant que toutes les routes menaient à Rome dans le cas présent, toutes les routes menaient au vestibule. Pensif, il poussa l'immense porte de bois et quitta l'imposante demeure. Il courut à travers les gravillons couleur crème de la cour et poursuivit sa course folle parmi des arbres aussi effrayants que majestueux. Les branches les plus basses lui chatouillaient ou lui écorchaient les bras puis les jambes. Une impression de déjà-vu s'empara de son esprit tourmenté et progressivement, il cessa son marathon. Par un réflexe propre à l'être vivant, il essuya du revers de sa main, le sang qui avait déjà pris la peine de remonter jusqu'aux plaies cicatrisantes. Doucement, il reprit son souffle et observa les alentours. L'empathe maudit ses parents de l'avoir rendu claustrophobe puisque les feuillus, les résineux et les fourrés l'oppressaient au plus haut point. À défaut de tourner ou de faire demi-tour, le jeune homme tenta d'avancer du mieux qu'il put, enjambant les buissons de ronces, d'orties et autres taillis. Le liquide irritant des feuilles vertes brûlait, les piquants des arbustes épineux arrachaient, les branches trop élastiques fouettaient et lorsque les racines des arbres avaient le malheur de sortir, Hisoka se retrouvait face contre broussailles.
Pour certains, l'immortalité avait du bon.
Après quelques bosses, griffures, rougeurs, écorchures cicatrisées, l'empathe acheva son périple non pas sur terre ou de la mousse, mais un pied dans une eau verdâtre virant tantôt au brun tantôt à la couleur des ténèbres. De malheureux cadavres végétaux reposaient sur ce Styx terrestre. Même Maître corbeau ne chantait au-dessus de ce lieu macabre et lugubre. Quelqu'un de plus prudent et réfléchi aurait cherché un autre chemin pour retourner au domaine. Cependant, une quelque intuition peu sage soufflait au fantôme de chair et de sang de poursuivre cette route intrigante. Ainsi, il plongea sa deuxième jambe dans l'eau sale et gelée et prolongea son trajet dans un rythme lent et constant.
Quant à Tsuzuki, celui-ci était encore sous le choc après les paroles blessantes de son amour. Bien qu'il connaissait son tempérament compliqué, le shinigami ne pouvait s'empêcher de culpabiliser à propos de ce fâcheux incident et de ses absences spirituelles qui avaient éveillé la successibilité du plus jeune employé de la mort. Levant les yeux au ciel, ravalant ses larmes par fierté, il se releva et, le plus dignement possible, essaya d'oublier cette histoire en prétextant le fait qu'Hisoka était encore jeune et impulsif, qu'il prenait encore des décisions à la légère et qu'il ne pensait pas ce qu'il avait prononcé peu avant. Cependant, les souvenirs remontant à la vie de son vivant le tourmentaient encore malgré les longues années passées. Même s'il avait l'occasion d'aller de l'avant et de vivre sans rétroviseur, les douleurs d'antan étaient trop fortes pour être mises à l'écart. La phrase émise par l'empathe quelques minutes plus tôt était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase voire le craquer. Prenant appui contre le mur le plus proche, l'ange aux yeux démoniaques se mit à se frotter les bras aussi fort qu'il le put, essayant ainsi de compenser cette douleur morale par une autre physique. Enfonçant ses ongles dans sa peau de porcelaine, il observa les rougeurs formées par son acharnement s'apaiser tandis qu'il essayait d'en créer de nouvelles.
Pour d'autres, l'immortalité était maléfique.
Soupirant encore et encore, Tsuzuki s'apprêta à rejoindre les cuisines où Bacchi devait l'y attendre, mais quelque chose vint lui picoter l'épaule. Se retournant vers la cause de son intérêt, il vit le bel oiseau flamboyant qu'il avait envoyé la veille. L'animal fantasmagorique frotta son bec affectueusement contre la joue du jeune homme qui lui gratta doucement sa tête de flammes chaleureuses et lumineuses.
- Dis donc toi, t'en a mis du temps à revenir. Qu'est ce que tu me ramènes de beau, mon joli ?
Le phoenix, doté d'une compréhension surpassant celle de l'humain et de l'animal, tendit sa patte dans laquelle était fixé un morceau de papier plié autant que possible. Dès que Tsuzuki eut retiré la petite lettre du messager fantastique, celui s'enflamma tel un soleil ardent avant de se matérialiser sous la forme de cendres s'échouant sur le sol.
- Tu as fait un bon boulot, repose en paix.
Reportant son attention sur la réponse obtenue de ses supérieurs, Tsuzuki déplia méticuleusement le morceau de papier qui, d'un ridicule petit carré de feuille devint une lettre de bonne taille ayant les marques de pliures en quatre. Doucement, il découvrit le contenu de l'écrit.
« Tsuzuki, espèce d'idiot ! De crétin fini ! De triple andouille !
Heureusement que j'avais précisé que la mission devait être secrète. Ton messager est tombé sur Terazuma qui a bien menacé de tout détruire en apprenant que le shinigami le plus mal payé ait la seule mission digne d'intérêt. J'ai pris la peine de mettre les dégâts qu'il a commis sur ta note. Tu la recevras à ton retour.
Quant au but de la mission, Konoe m'a dit de te signaler de faire tout ce que tu veux du moment que tu restes discret. On ne peut pas émettre un quelconque objectif car on ne peut pas savoir ce qui fera le moins de bruit. C'est à vous de juger sur le terrain.
En clair : débrouillez-vous !
Tatsumi»
En achevant la lecture de cette brève réponse, le shinigami qualifié d'idiot eut envie de rire, mais aussi de pleurer. Il n'avait pas besoin de lire la signature pour savoir que l'auteur n'était autre que le secrétaire de l'Enma Cho. Il reconnaissait bien le style de cet Harpagon de la mort et cela lui redonnait une certaine euphorie enfantine et candide. Néanmoins, quelque chose de propre à Tatsumi l'attristait. Las, il ne comprenait pas pourquoi les bêtises de son rival devaient lui retomber dessus. Aussi, lorsqu'il constata que son salaire frôlerait le zéro, il poussa un cri qui aurait pu se faire entendre à des kilomètres à la ronde.
Pourtant Hisoka ne perçut pas le hurlement de désespoir de son partenaire, trop occupé dans son exploration du marécage. Le soleil venait de se cacher sous d'imposants nuages gris. Le ciel pris une teinte d'avantage foncée et l'atmosphère devint d'autant plus sinistre. Pas une bise ne faisait frémir les feuilles des arbres voisinant, pas un bruit ne venait perturber cet enfer végétal. Même l'eau troublée par la marche de l'empathe semblait inébranlable. Seule une frêle onde se dessinait sur la surface encrassée de l'eau au rythme des pas lents et réguliers. Ce calme angoissant fut brusqué par l'envol d'un grand oiseau de jais. Le corbeau, dans son décollage, fit trembler quelques troncs échoués sur l'eau du marais. À ce moment, l'ambiance funèbre devint d'avantage patibulaire. Le jeune homme au don d'empathie ne ressentait aucune émotion et pourtant, quelque chose rodait dans cet endroit abandonné par l'Homme.
Sans un bruit, une forme humaine vint bouleverser le paysage inquiétant pour amplifier ce côté macabre. Si elle ne bougeait pas, n'importe qui aurait pu émettre l'hypothèse d'un cadavre. La peau blafarde de l'être était si exsangue qu'elle semblait transparente, le visage vitreux était voilé de cernes aussi obscurcis que le charbon, elles descendaient au niveau des pommettes occupaient une bonne partie de la pâle figure. Hisoka pouvait tout de même reconnaître une apparence féminine grâce aux cheveux raides et maculés de poussière tel un vulgaire objet oublié et à la chemise de nuit en dentelle détériorée. Lorsque la dépouille ambulante découvrit qu'elle était observée, elle écarquilla ses yeux plus qu'ils ne l'étaient déjà et poussa un cri archaïque, proche d'un hurlement animal. Puis, aussi brusquement qu'elle ne prit place dans le décor, l'apparition disparut du paysage, courant tel un lièvre doté de la grâce cygne et de la discrétion du fantôme à travers le marécage. Perplexe, Hisoka se lança à la poursuite de la relique. Cependant, l'eau lui arrivant au niveau du genou et les plantes maritimes s'agrippant à son mollet, il n'eut guère la rapidité du macchabée et plus il essayait de se délivrer de cette emprise végétale et plus il voyait l'être intriguant s'enfuir avant de mourir dans le tableau. Quand il constata qu'il ne pouvait rattraper la jeune charogne, il essaya de se calmer et de, tranquillement, défaire ses liens naturels. Estimant qu'il avait eu sa dose de sensations, il essaya de refaire chemin inverse.
Le retour était beaucoup moins inquiétant que l'aller. L'évasion de la jeune femme fantomatique avait apporté une certaine quiétude : l'atmosphère avait perdu cette oppression lugubre, le ciel semblait s'être éclairci et le vent se mit à souffler sur les cadavres arborescents. Cependant, il y avait toujours ce problème, au niveau des terres, de ronces et d'orties. Le jeune homme parvint à sortir des fourrées au bout de quelques minutes et lorsque le domaine fut dans son champ de vision, il constata les dégâts qu'avait causés son escapade : son pantalon de toile était imbibé d'eau et taché par la crasse rencontrée dans le marécage, le reste, troué et déchiré à de nombreux endroits. Et comme un événement n'arrive jamais seul, Hisoka vit avec horreur le majordome de la demeure l'observant et l'attendant au pas de l'immense porte d'entrée. L'homme, ainsi, détenait une certaine ressemblance avec le secrétaire et comptable et l'Enma Cho. Et, de ce fait, Hisoka ne put que rougir de confusion en voyant de nouveau son uniforme dégradé. Arrivant à la hauteur du chef des domestiques, le jeune homme baissa les yeux tel l'enfant qu'il était encore. Robert scruta de la tête aux pieds le shinigami penaud avant de se masser les tempes.
- Monsieur Kurosaki, vous savez que c'est la deuxième fois que vous détériorez le matériel prêté, vous savez combien ça coûte un uniforme de travail comme ça ?
- Je ne sais pas… Mais ce n'est pas de ma faute… J'ai glissé et je suis tombé dans un marécage et…
- Un marécage ? Depuis le temps que je travaille ici, je n'ai jamais rien vu de tel. À votre âge, tout de même, on ne raconte pas de telles sornettes !
D'un geste autoritaire, le majordome fit rentrer l'employé de la mort dans le manoir et referma brusquement la porte de bois. Il fit signe à Hisoka de l'attendre dans le vestibule tandis qu'il partait dans une pièce voisine. Jouant de ses pieds sur le dallage, Hisoka entendit une autre porte s'ouvrir et vit son partenaire pénétrer le hall d'entrée. Les deux hommes mirent quelques longues secondes à se contempler puis soupirèrent à l'unisson, mais non pour la même raison.
- Et bien, dans quel état tu es ! Je me demandais ce que tu faisais et je me suis inquiété…
Hisoka n'émit aucune réponse. Premièrement parce que la honte qu'il éprouvât vis-à-vis des événements précédents le forçait à garder le silence, mais aussi parce qu'il avait perdu toute capacité à émettre une phrase correcte depuis l'incident du marais.
- C'est une preuve d'amour ça ou c'est encore un changement d'humeur ?
Sans prendre la peine de sortir le moindre son de sa bouche, le jeune shinigami se jeta au cou de son partenaire. Pleurant toutes ses peurs, sa culpabilité, sa fierté envolée, il s'agrippa tant qu'il put à l'homme de son cœur qui, attendri par ce pardon muet, caressait tendrement les cheveux de celui qu'il aimait en lui murmurant des paroles rassurantes.
- C'est pas grave, on en a marre de cette mission, on a des coups de gueule, mais on va y arriver, je te le promet. Et dès qu'on sera rentré, on demandera à Tatsumi quelques jours de congé et l'on restera tous les deux : toi et moi et rien ni personne.
Hélas Hisoka n'eut pas le temps de sécher ses larmes qu'un cri suraigu déchirant les tympans des deux shinigamis suivit d'un bruit de fracas se firent entendre au loin. Craignant le pire, les employés de la mort coururent jusqu'à l'étage, à l'endroit d'où provenait le son perçant et inquiétant. Lorsqu'ils ouvrirent la porte de la pièce clé, les deux homme trouvèrent à la fenêtre, le propriétaire de la demeure en sueur essuyant le liquide rougeâtre qui dégoulinait de son nez tandis qu'à ses pieds était étendue la jeune servante inerte avec qui il était parti ; les yeux clos, le crâne fracassé.
Je n'ai pas de note particulière vis-à-vis de ce chapitre à part que je promet que cette fois, je posterai le chapitre suivant très rapidement. Les vacances arrivant bientôt, je m'y mettrai de pied ferme. PRO-MIS !
