Je crois que vous pouvez être fiers de moi, hein! Deux semaines depuis le dernier chapitre. Seulement deux semaines!

Et j'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai été très inspirée et qu'au lieu d'un seul autre chapitre avant la fin de la transition, vous en aurez deux.

Suite aux commentaires sur ce chapitre, j'ai décidé de le revoir complètement en tenant compte de vos remarques et aussi des confusions qu'il semblait avoir engendré. J'espère que cette nouvelle version vous plaira et comblera les manques ou les incompréhensions qui en étaient nés.

Reviews:

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Pour info, je suis à jour sur les réponses à l'heure où je publie de nouveau ce chapitre.

Disclaimer : Au bout de 10 chapitres, je pense que tout le monde aura compris qu'ils ne m'appartiennent pas mais à J.K Rowling et que je ne me fais pas d'argent sur son dos.

Bonne lecture!


Chapitre 10

Pas à Pas


Ca y est. Aujourd'hui, ils allaient à Poudlard. Les elfes ont fait leurs bagages et Severus s'était assuré qu'ils avaient bien emportés toutes les affaires d'hiver d'Evan. Il tenait à ce qu'Evan ait tout ce qu'il faut pour affronter les rudes hivers d'Ecosse. Une fois prêts, ils empruntèrent le réseau de cheminées jusqu'à Pré-au-Lard. Severus aurait pu directement les transporter dans ses quartiers dans les donjons mais il voulait qu'Evan puisse admirer le Château depuis l'extérieur. Sa petite main dans la sienne pour le guider à travers la forêt, le Maître des potions faisait attention à ce que le garçon reste bien sur le chemin et ne trébuche pas. Cela faisait deux semaines qu'ils étaient rentrés de leurs vacances impromptus. Ils avaient mis au point une routine et Evan semblait plutôt bien s'adapter. Il appréciait les cours avec son tuteur et étant donné que Strakowski ne lui avait pas encore remis sa démission donc il supposait que c'était réciproque.

Il était satisfait que les difficultés d'Evan et la problématique de son manque d'attention aient pu être résolues avant leur départ. Bien qu'il soit austère et strict (ce qui, pour Severus, était plutôt un compliment), Strakowski était un bon pédagogue et adaptait son enseignement aux besoins d'Evan. Il lui avait rapporté son intérêt pour l'étude des runes et de l'arithmancie mais, étant donné ses résultats aux tests en mathématiques, cela n'avait guère surpris Severus. Pour le reste, le Maîre des Potions laissait le tuteur libre de son programme tant que cela incluait les basiques nécessaires à son entrée à Poudlard. En provision de leur départ, Severus avait également profité d'une autre sortie au Chemin de Traverse pour passer ses commandes pour l'année auprès de l'apothicaire de Poudlard et pour se promener un peu avec Evan. Il se pourrait même qu'il ait décidé d'entrer – il en frissonnait encore – dans le cauchemar de tout parent : un magasin pour enfants. Il y avait tout de même une tolérance limite qu'il n'aurait pas accepter de franchir. Ainsi, il n'entrerait jamais dans « Crapouille Fripouille » », « Attrape-le-Vif » ou encore le terrible « Les P'tites Griffonades ». Cependant, il avait jugé… tolérable d'aller faire un tour à « Le Petit Merlin ».

Pas de vitrine multicolore à l'horizon, une présentation sobre. Parfait. Et ils avait une large collection de casse-têtes et puzzles. Evan n'avait touché à rien, n'avait rien réclamé. Il se contentait de suivre Severus sans presque oser regarder la sélection proposée. C'est aussi pour cela que le Maître des Potions avait choisi de le gâter, enfin, juste un peu. Tout d'abord, parce qu'il fallait bien qu'il s'équipe mais aussi parce qu'il avait été un peu à sa place étant enfant. Eileen avait si peu d'argent qu'il n'avait le droit que de regarder. Les seuls cadeaux qu'il avait reçu était toujours d'ordre pratique : vêtements, livres et rarement, une sucrerie. Combien de fois avait-il rêvé de pouvoir toucher un de ces jouets, d'avoir l'argent qu'il fallait pour s'offrir quelque chose de neuf, quelque chose qui soit juste pour le plaisir. Il voulait qu'Evan, qui n'avait jamais eu la chance d'être un enfant, puisse profiter de ces choses-là.

Il s'était finalement décidé pour une sélection de casse-têtes et un grand puzzle de Poudlard en 3 dimensions. Il commençait à savoir reconnaître les expressions qui traversaient les yeux du garçon et, si cela n'avait pas suffi, son léger sourire et la façon dont il avait pris sa main et marché à ses côté lui auraient fait comprendre qu'Evan était heureux. L'enfant savait qu'il n'aurait pas été à l'aise avec une démonstration d'affection publique, ne voulant pas que l'on croit qu'il s'était adouci ou quelque chose dans le genre. Il le comprenait parfois si bien que s'en était presque effrayant parfois. Il avait aussi profité pour acheter quelques petites choses qu'il avait ensuite demandé aux elfes d'installer au Cottage mais aussi dans le petit jardin attelé à ses quartiers à Poudlard. Il est isolé et complètement hors de vue. Il y avait fait pousser des Lys autour d'un carré d'herbes. Maintenant, il y a un petit portique avec une balançoire. Pour Evan.

L'autre portique est au Cottage.

Cela lui permettra de sentir un peu comme à la maison. Severus avait aussi arrangé ses quartiers et la chambre d'Evan en s'inspirant de la décoration du Cottage. Il m'a dit qu'il s'y sentait bien. Il aime être dehors et regarder le ciel. Le Maître des potions en avait déduit qu'il avait souvent dû être enfermé chez les Dursleys. Cela faisait parti de ces petites choses qu'il laissait échapper de temps en temps qui l'avait amené à cette conclusion. Il avait également demandé à ce que des fausses fenêtres soient installées qui donnent vue sur le lac et les montagnes avoisinantes. L'une d'elle avait été installée dans la chambre d'Evan tandis qu'une autre avait pris place dans le living-room. Les donjons pouvaient être un peu incommodants de ce point de vue là alors cela devrait les rendre plus… accueillants. Il avait aussi fini d'aménager son emploi du temps. Il avait nommé deux co-directeurs à l'usine et leur avait donné des directives précises. Ils avaient six mois pour faire leurs preuves et devraient lui faire parvenir des comptes-rendus hebdomadaires.

Il avait également revu la répartition de ses obligations en tant que professeur, Directeur de Maison et Maître des potions. Cela s'était révélé plus facile que ce qu'il avait envisagé. L'amitié qu'Evan entretenait avec Draco l'avait rassuré pour influer sur le caractère réservé du garçon. Il savait qu'ils avaient été en froid un moment et que cela avait blessé Evan mais après avoir appris le motif de la dispute… Que pouvait-il faire ? Autant qu'il puisse le vouloir, Severus avait conscience qu'il ne pouvait pas le protéger de certaines choses et qu'Evan devrait en faire l'expérience, aussi douloureuse soit-elle. Toutefois, ils s'étaient réconciliés avant leur départ pour Poudlard et il devait admettre en avoir été soulagé. Draco avait, par il ne savait quel moyen, réussi à forcer les défenses d'Evan et à permettre à ce dernier d'être plus ouvert et moins sur la défensive même si Severus doutait fortement que l'enfant étendrait ce cercle de confiance. Il était plus que probable qu'Evan resterait plutôt timide et introverti pendant encore longtemps. Le Maître des Potions n'était pas sûr de la manière dont l'enfant le percevait même s'il avait l'impression d'être inclus dans ce cercle de confiance. Il n'avait pas affaire à la façade polie qu'il offrait à Narcissa ou Lucius ou à l'indifférence polie qu'il affichait aux autres.

Severus ne pouvait qu'espérer qu'avec le temps, s'il remplissait son rôle comme il le devait, Evan cesserait d'être constamment sur ses gardes et apprendrait à s'ouvrir au monde et à avoir confiance en lui. Bien qu'il s'assurerait que le garçon ne tombe pas dans les machinations d'Albus. Il appréhendait quelque peu la confrontation, pour être honnête. Cependant, il était certain d'avoir parfaitement couvert ses arrières et il savait que le golem remplissait son rôle à la perfection. Il avait prévu d'attendre un mois supplémentaire avant de rompre le lien entre Evan et le golem. Bien qu'Albus soit un sorcier accompli et que son érudition soit très avancée en une multitude de domaines notamment en transfiguration, sortilèges et défense, il y avait des connaissances qu'il se refusait à aborder. Telles que celles liées à la magie dite « noire », même les sorts qui avaient été classifiés comme tel pour des raisons futiles. Cela était à l'avantage de Severus aujourd'hui. Car si l'on ne savait comment procéder exactement, il était impossible de discerner le sujet original de son double car celui-ci mangeait, buvait, saignait à l'identique et disposait même d'un noyau magique alimenté actuellement par Evan.

Une copie parfaite.

Une pression sur la main sortit Severus de ses songes. Le trajet pour aller de Pré-au-Lard à Poudlard avait été rapidement entamé et ils étaient presque arrivés s'il pouvait en juger la vue de plus en proche du lac. Son regard se tourna vers Evan et il haussa un sourcil pour l'inviter à poser sa question.

- Est-ce que mon arbre va supporter l'absence de ma magie pendant notre absence ?

Il soupira, quelque peu amusé. Il avait initié Evan à une tradition de la famille Prince, le plantage de son arbre. Si les Black choisissaient le nom de leurs descendants en fonction des étoiles, les Prince, eux, avaient pour coutume de planter un arbre pour célébrer la venue au monde de leurs héritiers. Severus avait jugé important de faire participer Evan à ce rituel familial ancestral et ils avaient effectué celui-ci juste après leur retour de vacances. Bien entendu, il n'avait pas été question de planter n'importe quel arbre. Evan étant né le 31 juillet, son arbre était le sorbier[1] d'après le calendrier sorcier traditionnel. Il avait emmené le gamin à Aberdeen, plus précisément dans le Dobbies Garden World[2], un magasin de jardinage moldu où se trouvait ce qu'ils recherchaient. Il le laissa choisir l'arbuste lui-même parmi les arbustes ayant atteint au moins neuf ans d'âge puis ils le replantèrent dans un coin du jardin où il pourrait prendre pleinement son essor.

Il effectua ensuite le rituel pour lier Evan à l'arbre. Il prit le temps ensuite de lui expliquer la signification du rituel et la manière dont l'arbre lui serait désormais lié. Ainsi, l'arbuste serait désormais un reflet de la bonne santé d'Evan lui-même, sa croissance dépendant de l'apport régulier de la magie d'Evan à des dates spécifiques du calendrier. Severus aussi avait eu son arbre dans son enfance avant que Tobias ne tombe dessus lors de l'un de ses retours de nuit d'ivresse et ne le brise sous l'impact, quand il avait six ans. Sa mère n'avait rien replanté à la place. Comme si ça n'avait pas tellement d'importance. Peut-être que ça n'en avait pas pour elle. Après tout, elle avait tout fait pour tourner le dos à son héritage. Ce qui ne l'avait pas empêché de lui enseigner les manières des sangs-purs, de lui apprendre à brasser (en secret) les potions et de lui faire apprendre des nouveaux mots issus du dictionnaire dès que l'occasion se présentait. Eileen était une femme faible, pleine de contradiction et de fierté mal placée qui l'avait empêché jusqu'au bout de quitter Tobias pour ne pas donner raison à ses parents. Au détriment de son fils. Il avait évité la question de son propre arbre avec Evan en disant qu'il ne pouvait être au Cottage vu qu'il n'y avait pas grandi. Peut-être parce que, quelque part, cela le blessait encore de savoir que sa propre mère n'y avait pas accordé d'importance, comme elle ne lui en avait accordé que rarement. Il se tourna vers le garçon qui le fixait de ses yeux inquiets, anxieux de savoir qu'il ne pourrait effectuer tout les rituels à toutes les dates du calendrier.

- Le solstice d'Hiver et d'Eté seront suffisants pour sa croissance, rassure toi.

L'enfant hocha la tête et ils reprirent leur marche silencieuse jusqu'à l'orée de la forêt. Là, Severus marqua une pause afin qu'Evan puisse contempler la vue qui s'offrait à eux. Le Maître des Potions sortit discrètement l'appareil photo qui ne quittait plus jamais ses poches et immortalisa le regard émerveillé du garçon. L'album qu'il avait offert à Evan pour les vacances était maintenant complet et il lui en faudrait un autre pour ranger ses souvenirs. Evan adorait avoir des photos et il se doutait qu'il n'y en avait jamais eu aucune de lui chez les Dursleys alors c'était peu de choses. Il lui en offrirait un en version sorcière cette fois pour avoir un nombre de page démultiplié. Evan avait tenu à faire encadrer l'une des photos sur laquelle ils posaient ensemble et l'avait posée bien en vue sur sa table de chevet à côté de son lit, au grand embarras de Severus. Il supposait que c'était dans l'ordre des choses même si cela le faisait grimacer. Il ne se sentait toujours pas à l'aise face à ce que cela impliquait et représentait. Il regrettait que celles de Lily et James ne soient cachées dans un tiroir du bureau d'Evan sous des sortilèges avancés et de protection par le sang mais il ne pouvait rien y faire. La sécurité d'Evan restait prioritaire.

- Ça te plaît ? Lui demanda t'il.

- C'est… grand, lui répondit-il, les yeux brillants d'amusement sur son visage fermé. Il était manifestement nerveux mais refusait de le montrer.

Lorsqu'il était ainsi, Evan lui rappelait fortement lui-même au même âge, ce qui lui laissait une étrange impression dans l'estomac. Ils continuèrent jusqu'à l'entrée avant que Severus ne les guide jusqu'à leurs quartiers dans les donjons, tentant de donner quelques repères à Evan afin qu'il ne se perde pas. Il ne serait jamais seul bien sûr mais, étant donné que Mr Strakowski ne connaissait pas Poudlard, il faudrait bien qu'au moins l'un d'eux soit à même de les conduire dans les dédales de couloirs et d'escaliers. En entrant dans ses quartiers – désormais les leurs – il fut satisfait de constater que ses instructions avaient été suivis à la lettre par les elfes de maison. Ceux du Cottage, évidemment. Le sol autrefois nu était maintenant recouvert de parquet clair en bois de hêtre avec des tapis moelleux dans les tons vert clair et des grandes tapisseries dépeignant de clairs paysages rendaient l'ensemble moins austère. La fausse baie vitrée offrait une vue sur la forêt et par là-même, apportait une clarté artificielle appréciable.

Cela n'avait plus rien à voir avec auparavant mais ce n'était pas déplaisant. De toute façon, la décoration n'avait jamais été son souci premier. Toutefois, il reconnaissait volontiers que les elfes de maison avaient accomplis un travail admirable. La circulation était fluide et aucun livre ou artéfact ne venait la gêner. Ils avaient même ajouté une étagère pour augmenter les espaces de rangement. L'ensemble était très… accueillant. Evan semble apprécier en tout cas. Il espérait qu'il en serait de même avec sa chambre, bien qu'elle soit nettement plus petite que celle qu'il avait au Cottage. Elle ne contenait qu'une armoire, un bureau avec sa chaise et une étagère au dessus afin de ranger ses livres ainsi qu'un lit à baldaquin et sa table de chevet. Cependant, tout était calqué sur sa chambre originale, que ce soit le sol ou les murs et une fenêtre enchantée lui donnait vue sur le lac et les montagnes à l'extérieur. Evan lui sourit doucement avant de se serrer contre lui, tentant vainement de l'entourer de ses bras et il sut que cela lui convenait. Il était même probable que tout ce qu'aurait pu lui proposer Severus lui aurait suffi mais l'effort avait sans doute une importance significative aux yeux de l'enfant.

Après quoi, Severus l'avait guidé vers son endroit favori, le lieu où il se retirait quand il en avait besoin, pour soulager un peu la pression qu'il ressentait parfois sur ses épaules. Un petit escalier étroit et dissimulé par un passage secret dans le living-room y menait et il était reconnaissant d'en avoir le privilège de pouvoir en user sans avoir à le partager avec qui que ce soit. Sauf présentement avec Evan. Ses collègues l'avaient souvent plaint de vivre dans les donjons humides et froids mais Severus, lui, s'y trouvait parfaitement à l'aise. Personne ne dérangeait sa solitude ici et aucune fenêtre n'y donnait vue. Ce petit jardin avait été visiblement abandonné depuis longtemps quand Severus l'avait découvert, par un heureux hasard et il avait pris le temps de le restaurer et de vérifier l'actualité des charmes et sortilèges le protégeant du rude climat écossais. Il avait choisi avec soin différentes variétés de Lys[3] plantés aux quatre coins du jardin et pris soin de faire pousser un joli gazon verdoyant au centre. C'est là qu'il avait fait installer le petit portique avec la balançoire pour Evan. Ce n'était pas vraiment un terrain de jeu mais il savait qu'Evan ferait attention à ne pas endommager le jardin.

Il lui montra comment accéder à l'escalier en lui donnant le mot de passe : « In abscondito vivit pace », autrement dit «Dans le secret réside la paix ». Il le conduisit jusqu'à la balançoire en silence, le laissant s'asseoir dessus avant de commencer à le pousser doucement. Il repoussa le sentiment de ridicule et profita du sourire qu'Evan lui renvoya avant de conjurer une chaise pour profiter de ses derniers instants de tranquillité. L'enfant s'élevait gentiment dans les airs, toujours plus haut mais pas suffisamment pour que Severus ne s'inquiète qu'il tombe for heureusement. Le Maître des Potions s'efforça de dégager un air confiant bien que l'idée du déjeuner à venir ne l'ennuie. Il aurait préféré profiter de sa petite kitchenette et de sa petite salle à manger privée plutôt que devoir faire face aux autres professeurs mais il n'avait pas le choix. Cependant, lorsque les cours débuteraient, il devrait être présent à tous les repas alors mieux valait qu'Evan s'y habitue dès à présent en petit comité.

En se rendant au Grand Hall, Severus s'arrêta aux cuisines afin de donner ses instructions aux elfes de Poudlard concernant l'alimentation d'Evan. En effet, bien que la cuisine de Poudlard soit délicieuse, il n'en était pas moins qu'elle était très riche et il tenait à ce qu'Evan puisse manger sans être découragé par les plats en sauce et la garniture frite à l'huile ou au beurre. Evan avait déjà suffisamment de mal à manger depuis que Severus ne lui donnait plus de stimulateur d'appétit sans qu'il ne le laisse perdre le peu d'appétit qu'il avait réussi à se bâtir. De plus, il savait que le garçon lui en serait reconnaissant. Il lui donna des repères également pour aller jusqu'au Grand Hall mais Evan était manifestement distrait parles portraits les saluant, les escaliers bougeant, les fausses portes et Severus savait qu'il lui faudrait recommencer. Néanmoins, il pouvait faire preuve d'indulgence. Après tout, Poudlard était très grand et impressionnant pour un enfant de l'âge d'Evan. Finalement, ils arrivèrent aux grandes portes et le Maître des Potions mit à genou à terre devant le garçon. Il savait que l'enfant avait besoin d'être rassurer.

- Tu n'as pas à t'inquiéter, Evan. Tu n'es pas obligé de parler ou de répondre aux questions. Je veux juste que tu sois poli. C'est tout ce que je te demande.

L'enfant hocha timidement la tête et son visage se fit inexpressif. Severus se releva, saisissant la petite main du garçon dans la sienne et recevant un léger sourire en retour, comme à chaque fois que le Maître des potions le gratifiait d'un de ses simples gestes auxquels les autres enfants auraient cherché à se dérober, s'estimant trop grand pour encore les recevoir. N'en ayant jamais reçu, il les accueillait comme assoiffé reçoit l'eau dans le désert et son visage tout entier s'en trouvait illuminé. Alors le Maître des Potions prenait sur lui de les lui distribuer non avec parcimonie mais avec largesse, autant que le garçon pouvait le désirer et même plus puisqu'il le fallait. Une fois décidé, Severus poussa la porte et fit son entrée, Evan flanqué à ses côtés.

oO°Oo

- Ah ! Severus, mon garçon. Vous êtes revenus ! S'exclama joyeusement Albus.

Severus nota immédiatement le regard du directeur qui cherchait Evan à présent caché derrière ses robes dans un élan de timidité. Le garçon n'aimait pas qu'on lui prête attention. Cela le rendait mal à l'aise. Il préférait grandement se cacher dans les ombres et observer le monde qui l'entourait, se faisant le plus discret possible afin qu'on l'oublie. Un trait qu'il aura sans doute développé chez les Durlseys, une fois de plus. Severus espérait que Draco, qui aimait particulièrement être au centre de l'attention, aiderait l'enfant à sortir de sa coquille et prendre confiance en lui. Arrivé devant la grande table, le Maîtredes Potions encouragea d'une main le garçon à sortir de son giron et à se montrer. Obéissant, Evan s'exécuta, les yeux fixés au sol. Il exerça une légère pression sur la main enfantine en signe de réconfort avant d'annoncer :

- Je vous présente Evan Snape, mon fils, que j'ai adopté cet été, fit-il calmement alors qu'on les regardait bouche-bée.

Il poursuivit :

- Evan, voici les professeurs Minerva McGonagall, Pomona Chourâve et Filius Flitwick. Tu connais déjà le Directeur Albus Dumbledore, Relata t'il en pointant du menton ses collègues qui le regardaient toujours, ébahis.

Exaspéré, sa voix se fit coupante pour les sortir de leur état d'hébétude.

- Maintenant, si vous avez fini de nous dévisager, moi et mon fils, nous aimerions manger.

Et sur ce, Severus conduisit Evan à la place qu'il occupait habituellement, entre Minerva et Filius. Il n'y avait que le directeur de l'école et les directeurs de maison autour de la table. Le reste de l'équipe n'arriverait que dans deux jours leur laissant ainsi le temps de terminer les derniers préparatifs de même que de régler et d'ajuster les emplois du temps de chacun. Les elfes eurent soin d'agrandir l'espace entre Minerva et Filius afin que Severus et Evan puissent s'installer confortablement entre eux. Son plat se remplit de légumes vapeur et de quelques pommes de terre. Une petite escalope braisée complète le tout. Son assiette était loin d'être remplie mais Severus s'avouerait pleinement satisfait si l'enfant pouvait avaler l'intégralité de son contenu. De toute manière, une assiette trop remplie avait tendance à lui couper inutilement le peu d'appétit qu'il avait. Avoir été privé pendant si longtemps de nourriture avait engendré chez lui un sentiment d'étrangeté à l'idée de se sustenter et la tâche était plus une corvée nécessaire qu'autre chose. Evan ne savait simplement pas que manger était un acte normal qu'il ne fallait pas juste ignorer. Il comprenait le sentiment de faim mais n'arrivait pas à se résoudre à le combler sans y être forcé. C'est pour cela que Severus veillait avec un soin particulier à ce qu'Evan ait des collations régulières tout au long de la journée et s'attacher à vérifier que le garçon les mangeait effectivement. C'était un guerre de tous les instants. C'est pour cela que le Maitre des Potions lança un regard significatif à son fils pour qu'il entame son plat sans plus attendre.

Inévitablement, l'un des chers collègues de Severus se crût dans l'obligation de venir mettre son grain de sel :

- Oh, Severus! Admonesta sèchement Minerva. Vous ne pouvez espérer nous annoncer pareille nouvelle sans que cela n'éveille notre curiosité.

Il soupira de façon inaudible. Il ne pourrait pas y échapper apparemment.

- Que voulez-vous savoir ? Répondit-il, fataliste.

Comme il fallait probablement s'y attendre, ce fut le Directeur qui reprit le flambeau :

- Allons, Severus, réprimanda t'il aimablement. Vous ne pouvez tenir rigueur à vos collègues d'être surpris de vous voir arriver avec un enfant, un enfant que vous avez adopté quand vous aviez toujours clamé haut et fort que vous n'auriez jamais, et je vous cite : « un de ces cornichons inepte et irresponsable que des parents tout aussi ignorants et incompétents ont eu le malheur d'infliger à la société ».

- Evan est un enfant poli et respectueux contrairement à la faune sauvage et indisciplinée qui hante ces couloirs en temps ordinaire. Je suis fier de l'appeler mon fils. Quant aux raisons de son adoption, elles ne regardent que moi, expliqua t'il calmement.

Il l'avait dit tout autant pour ses collègues que pour Evan. Il ne voulait pas que l'enfant mal interprète ses intentions. Il avait une promesse à tenir et il entendait bien l'honorer.

- Evidemment, mon garçon, tempéra tranquillement Albus, mais vous devez admettre que cela fait tout de même un choc.

- Vous le saviez pourtant depuis un moment, Albus, il me semble. Vous aviez rencontré Evan au Chaudron Baveur, vous devriez avoir eu le temps de vous y habituer, répondit-il du tact au tac, sachant l'inévitable réaction que cela allait causer.

- Vous étiez au courant ! S'exclamèrent ses collègues.

Albus fit un geste d'apaisement et il fut affligé de les voir immédiatement obtempérer comme les moutons dociles qu'ils étaient.

- Oui, certes, mais j'ai considéré que ce n'était pas à moi d'en parler, mon garçon. Après tout, comme vous l'avez dit vous-même, il s'agit d'un choix personnel.

Parfois, Severus songeait que le directeur aurait pu faire un bon serpentard. Le silence s'installa et, sans prêter plus d'attention à la curiosité toujours inassouvie de mes confrères et consœurs, il s'attaqua à son propre repas, retrouvant avec bonheur la cuisine si particulière de Poudlard tout en surveillant Evan du coin de l'œil. Le garçon mangeait très lentement, par petites bouchées, privilégiant les légumes, ceux-ci « passant mieux » selon ses dires. Le Maître des Potions s'assurerait qu'au moins un peu de viande et peut-être une ou deux pates viennent s'y ajouter. Il avait espéré, à tort manifestement, que ses collègues auraient la décence d'interrompre leurs questions le temps du repas mais il semblerait que cela ne saurait leur être épargné.

- Dis-moi, Evan, questionna gentiment Filius. Quel âge as-tu ?

- Neuf ans, monsieur, répondit doucement le garçon, reposant sa fourchette – et son contenu – sur le bord de son assiette.

- Et qu'as-tu fait de beau cet été ? Poursuivit Pomona, dans cette voix horripilante et doucereuse réservée, semblait t'il, aux enfants – ou aux attardés mentaux, au choix.

- Beaucoup de choses, fit vaguement Evan tout en repoussant la nourriture dans son assiette, manifestement mal à l'aise.

Filius s'apprêtait à relancer la discussion mais Severus, agacé, l'interrompit net :

- Est-il possible pour mon fils de manger le contenu de son assiette au lieu de se faire harceler de questions ?

- Voyons Severus, intervint jovialement le directeur. Nous essayons seulement de faire connaissance avec ce jeune garçon.

- Dans ce cas, faites-le en dehors des heures de repas, coupa t'il fermement.

- Comment allez-vous faire pour vous occuper d'Evan pendant l'année scolaire ? Reprit Minerva, curieuse.

Severus s'apprêta à répondre lorsqu'Albus reprit la parole :

- J'avoue avoir également été concerné par cela et j'ai pris la liberté de contacter Molly Weasley à ce sujet. Elle et sa famille sont tout à fait prêts à accueillir Evan pendant la semaine pour qu'ils suivent ses enseignements pendant que vous serez occupé. En plus de leurs enfants déjà scolarisés ou en passe de l'être à Poudlard, les Weasleys ont également un fils de l'âge d'Evan, Ronald et une petite fille, Ginevra, d'un an plus jeune. Je suis certain qu'ils s'entendront à merveille. Ainsi, Evan ne sera pas isolé. Un enfant a besoin de compagnie de son âge après tout, termina t'il, avant d'avaler une de ces maudites sucreries moldues.

Qu'il s'étouffe avec ! Le visage de Severus ne trahit aucune émotion mais sa voix s'éleva, glaciale :

- Albus, je vous remercie de votre attention mais je suis parfaitement à même d'élever mon fils. Egalement, apprenez que j'ai déjà aménagé mon emploi du temps en conséquence. Quant à l'éducation d'Evan, elle est déjà assurée par un tuteur privé et, bien que je vous sois gré – le ton sarcastique était purement intentionnel – de votre inquiétude, ce genre d'initiative ne relevait pas de votre compétence.

- Je comprends mon garçon. Je ne cherchais qu'à vous aider et je pensais qu'Evan pourrait profiter d'un peu de compagnie, reprit aimablement le vieil homme.

- Rassurez-vous, Albus, riposta Severus avec aisance. Mon fils ne sera pas privé de la compagnie d'autrui. Après tout, lui et Draco sont très amis et se verront régulièrement. De plus, Evan retrouvera d'autres enfants le samedi pour certaines activités que son tuteur ne peut superviser.

- Draco ? Comme le fils de Lucius Malfoy ? S'exclama Minerva, choquée.

- Oui, comme mon filleul, Minerva, déclara le Maître des Potions, ennuyé.

Probablement embarrassés et ne souhaitant pas énerver Severus davantage, Filius et Minerva entamèrent une conversation sur les mérites d'un nouveau sortilège de régulation thermique et de ses applications possibles à Poudlard tandis que Pomona demandait à Albus des nouvelles sur les aménagements qu'elle avait requis dans les serres à la fin de l'année précédente, les laissant enfin tranquilles. Severus jeta un œil à l'assiette d'Evan qui était à peine entamée. La tension du repas ne l'avait probablement pas aidé mais il fallait pourtant qu'il mange.

- Evan. Finis ta viande et tes légumes et je veux au moins une patate en moins sur ton assiette, déclara t'il fermement.

L'enfant soupira, réticent mais résigné.

- Oui, père.

Le sombre Maître des Potions hocha la tête, satisfait.

- Peut-être qu'un peu de tarte à la mélasse aiderait à motiver ce jeune homme, s'immisça Albus.

Comme si la promesse d'un dessert sucré pouvait lui gagner la faveur d'Evan…Si seulement, pensa t'il.

- Albus, je tiens à ce que mon fils fasse un repas équilibré si cela ne vous dérange pas, contra t'il.

- Bien sûr, mais une petite douceur ne peut pas faire de mal et stimuler l'appétit, fit le directeur, un grand sourire complice sur le visage.

Severus ne perdait rarement que son calme mais sincèrement, Albus franchissait les bornes.

- Je pense connaître mon fils mieux que vous, Albus et vos commentaires ne sont ni nécessaires ni désirés, Déclara t'il, excédé.

- Inutile de vous énerver mon garçon. Il ne faut pas en vouloir à un vieil homme de vouloir gâter un peu cet enfant et je m'excuse si mes propos vous ont paru déplacés, s'exclama t'il simplement, ne tenant absolument pas compte du véritable point de la conversation.

Faire en sorte que le garçon ait quelque chose de plus consistant et nourrissant dans le ventre qu'une sucrerie faisait-il de lui un mauvais père ? S'y prenait-il de la mauvaise façon ? Le pire était sans doute que Severus n'était sûr de rien. Après les Durlseys, une friandise de temps à autre n'était peut-être pas une mauvaise chose mais… Evan avait déjà tant de mal à manger…Il détestait comment le directeur réussissait si facilement à le faire douter de ses capacités à élever Evan, cette incertitude permanente dans laquelle il vivait de ne pas savoir… ce qu'il fallait faire, tout simplement. Mais Evan ne devait pas s'en rendre compte. C'était lui l'adulte, lui qui devait lui apporter soutien et l'aider à se construire. Il ne pouvait pas se permettre de se laisser distraire de se qu'il pensait être le mieux pour Evan. S'il devait se tromper, il en assumerait les conséquences.

Le silence règna à nouveau jusqu'à ce que Pomona se croie obligée de le rompre :

- J'ai fait planté de nouveaux plants d'armoise pour les premières années Severus, expliqua t'elle enjouée. Vous pourrez ensuite les utiliser dans vos potions pour l'infirmerie lorsqu'elles auront fini leur maturation.

- J'aurais pu le faire mais cette année, j'ai décidé de ne pas brasser les potions pour l'infirmerie afin de dégager plus de temps libre pour Evan, déclara t'il calmement, attendant l'inévitable explosion.

- Comment ça ? Riposta immédiatement Albus, alarmé. Vous avez toujours fait les potions pour l'infirmerie, mon garçon, vous ne pouvez pas décider subitement d'arrêter.

- J'ai commencé à faire les potions pour l'infirmerie, répliqua t'il avec assurance, car lorsque je suis arrivé, j'ai découvert que les potions étaient toutes de mauvaise qualité et achetées au rabais. Je les ai faites gratuitement avec seulement le paiement des ingrédients nécessaires à leur confection depuis ces huit dernières années. Je sais que le budget a cependant été maintenu au fur et à mesure des années, ce qui devrait vous permettre d'établir des commandes de potions d'un niveau standard satisfaisant jusqu'à ce que vous ayez discuté de l'augmentation du budget alloué avec le bureau des Gouverneurs, rappela t'il avec une satisfaction sadique et sans une once de remord. Sans compter que j'ai tout de même préparé les potions pour le premier semestre cet été afin de vous laisser le temps de vous organiser.

- Severus…

- Albus, je suis désolé de ne pas vous en avoir averti auparavant mais je ne reviendrais pas sur ce point. Mes priorités ont changé, il faudra vous en accommoder et… puisque nous sommes aux aménagements nécessaires à Evan, il faudra prévoir un accès par cheminette pour son tuteur. Bien évidemment, il signera la clause standard de sécurité au regard de Poudlard, ajouta t'il, profitant qu'il serait difficile pour le directeur de le lui refuser après en avoir parlé publiquement.

Avant qu'Albus ne puisse objecter, Filius– certainement pour diluer la tension – s'enquit :

- Qui avez-vous choisi comme tuteur ?

- Maître Strakowski, peut-être le connaissez-vous…

- S'agit t'il de Sergeuï Strakowski ! Le Maître en Runes et Arithmancie ! S'exclama le petit homme, excité. Je croyais qu'il avait disparu et qu'il était peut-être même mort. Et c'est le tuteur du petit Evan ? C'est une grande chance que vous avez là, Severus ! J'aimerais beaucoup que vous arrangiez un entretien avec lui si possible, je suis certaine que Bathsheba et Septima mourront d'envie de rencontrer un esprit si brillant ! S'enthousiasma Filius.

- Je… poserai la question, répondit-il posément, un peu désarçonné. L'accès du tuteur se fera à 9h et son départ à 16h, Albus, reprit-il à l'attention du directeur.

- Je pense qu'il serait sage de discuter de tout cela dans mon bureau après manger, Severus, rétorqua aimablement, Albus.

Il hocha la tête, bien décidé à ne pas céder un poil de terrain. Pour Evan. Il se tourna vers celui-ci, constatant que celui-ci ne faisait que pousser sa nourriture dans son assiette au lieu d'en avaler le contenu. Il posa une main sur la tête d'Evan afin de gagner son attention, la voix basse afin qu'il soit le seul à l'entendre :

- Tu n'as pas à être inquiet, Evan. Je ne le laisserais pas faire, tu le sais et non, rien n'est de ta faute si un certain vieillard obstiné a décidé de se mêler de choses qui ne le concernent pas. Et non, tu n'as absolument rien d'un fardeau. Maintenant, mange s'il te plait.

Il leva ses grands yeux vers Severus qui ne put que soupirer, défait. Toutes ces oppositions avaient réussi à lui couper le peu d'appétit qu'il avait et il savait que s'il tentait de forcer le garçon, cela ne passerait pas. Il appela un elfe pour lui demander de conserver le plat d'Evan pour plus tard et de lui apporter un peu de lait d'avoine que le Maître des Potions avait rapporté de leurs vacances ainsi que quelques fruits frais. Il vit du coin de l'œil Minerva s'apprêter à ouvrir la bouche mais lui lança un regard si noir qu'elle eut la décence – instinct de survie – de ne pas poser de question. Le garçon sembla s'illuminer à la vue des petites baies rouges. Des fraises. Il en saisit une, la goûta expérimentalement avant d'en attraper une autre, faisant diminuer le montant disponible doucement entre deux gorgées de lait. Au moins aurait-t-il quelque chose dans le ventre.

A la fin du repas, Severus se leva et suivit Albus dans son bureau avec Evan à ses côtés, sa main nichée dans la sienne. Il était toujours contrarié et le fit savoir en ignorant ostensiblement le directeur et ses tentatives pour animer la conversation entre eux, profitant du trajet pour faire à son fils une visite guidée de Poudlard. Le directeur sembla s'en accommoder bien que manifestement désolé par cet état de fait. Tant mieux. Arrivés à la gargouille qui garde l'entrée de son office, il lui donna un de ses ridicules mots de passe – aujourd'hui, il s'agissait de « Chocolat praliné » - et le passage se dévoila. Ils prirent place et Albus ne put résister à leur offrir un bonbon au citron qu'ils refusèrent tout deux poliment.

Albus soupira.

- Je ne suis pas votre ennemi mon garçon. Ni le tien non plus, Evan, commença t'il.

- Pourtant, il est évident que vous cherchez à me séparer d'Evan, accusa t'il, ne voyant pas de raison de dissimuler la cause de son agacement.

- Severus, je m'excuse si vous l'avez compris ainsi mais je ne veux que votre bien et celui d'Evan. Qu'arrivera t'il quand Il reviendra, Severus ? Qu'arrivera t'il à Evan ? Il voudra qu'il le rejoigne, Severus. Comment ferez-vous pour le protéger ? En établissant dès maintenant de forts liens avec les Weasleys…

- Non, coupa t'il fermement. Je vous remercie de votre sollicitude et croyez bien que nous les apprécions mais j'ai déjà pris les mesures nécessaires à la protection d'Evan, exposa t'il calmement.

- J'en suis ravi et je sais que vous comprenez l'importance de votre… rôle lorsqu'Il sera de retour, fit-il tout en jetant un regard inquiet à Evan.

- Evan sait que je suis un espion, lui notifia promptement Severus.

- Severus ! S'indigna le Directeur. Confier à un enfant une chose d'une telle importance est irresponsable. Evan est déjà suffisamment en danger sans que…

- Lorsque j'ai décidé d'adopter Evan, interrompit-il, levant une main pour stopper les récriminations d'Albus et lui laisser l'opportunité de s'expliquer, j'ai décidé qu'il était de mon devoir de lui révéler tout les éléments nécessaires pour qu'il prenne sa décision en son âme et conscience et en sachant exactement à quoi il s'exposait. Quant à la protection de ces informations, je vous rappelle que je suis un Maître Occlumens, Albus. Evan est lié à moi par le sang et la magie et par conséquent, mon occlumencie le protège jusqu'à ce qu'il soit à même de se protéger lui-même.

- Une adoption par le sang, murmura Albus, désapprobateur.

- Parfaitement légal, rétorqua t'il calmement.

- Oui, il y a encore beaucoup de lois archaïques dans nos archives, soupira Albus, essayant probablement de le faire culpabiliser d'avoir eu recours à une magie qu'il estimait comme devant être bannie. Etant donné que sans elle, il n'aurait pas pu adopter Evan, cela ne fonctionnait pas le moins du monde et il n'avait jamais caché son intérêt ni même sa pratique de la magie dite sombre. C'était une différence de point de vue qu'ils n'arriveraient probablement jamais à combler. De plus, le directeur avait bien été content de faire appel à ses talents pendant la guerre, quand ils avaient sauvé des sorciers et sorcières dans le besoin alors Severus trouvait que la leçon de morale était tout de même un peu hypocrite de la part du directeur.

Le silence s'installa avant qu'Albus ne capitule et ne commence à écouter les modifications qu'il avait apportées à son emploi du temps et les aménagements nécessaires pour l'accueil du tuteur d'Evan. Il tenta tout de même également de le convaincre de laisser Evan rencontrer les enfants Weasleys un de ces jours. Il ne refusa ni n'accepta de facto pour l'apaiser. Il pouvait comprendre les raisons de l'insistance d'Albus. Permettre à Evan de fréquenter les Weasleys, une famille notoirement contre le Seigneur des Ténèbres et ouvertement pro-moldus, donnerait une chance à Evan de se « réfugier » chez eux pour éviter d'être marqué comme l'avait fait Sirius Black en son temps (pour le résultat que l'on connait…) et tout en laissant à Severus la possibilité de continuer à espionner pour le compte de l'Ordre du Phoenix. Il savait également que le vieil homme ne voyait pas d'un bon œil qu'Evan soit proche des Malfoys, ce qui pouvait se comprendre.

Lucius avait acheté sa liberté pour éviter Azkaban à la fin de la guerre et sa famille et lui-même était connu pour prôner la suprémacie des sangs-purs ce qui semblait loin d'être un environnement sain pour un jeune enfant impressionnable. Cependant, Albus ne connaissait pas Evan comme Severus et celui-ci savait que son fils était loin d'être impressionnable ou naïf. Le Maître des Potions savait qu'il écoutait attentivement ce qu'ils disaient alors qu'il était penché sur le livre que lui avait tendu le directeur au début de leur conversation. Les contes de Beedle le Barde. Après une heure de discussion et de compromis, ils purent regagner enfin leurs quartiers. Severus pensait avoir droit à un peu de sérénité et de tranquillité, envisageant d'entamer une partie d'échecs avec Evan quand ses chers – et pénibles – collègues subitement décidèrent de leur rendre une visite « impromptue ».

Il n'avait jamais reçu autant de visite « de courtoisie » en 8 ans d'enseignement.

oO°Oo

Ils prirent doucement leurs marques à Poudlard mais bientôt – beaucoup trop tôt à son goût – ce fut la rentrée. Evan avait repris ses leçons avec Strakowski dès le lendemain de leur arrivée. Ses collègues avaient bien évidemment décidé qu'il était un tortionnaire pour forcer le pauvre « petit trésor » à étudier au lieu de profiter de ses vacances. Cependant, d'une part, tous les enfants sang-purs avaient des cours toute l'année même si ce n'était que le matin pour la plupart et seulement pour trois heures et de deux et d'autre part, il savait qu'Evan s'ennuierait sans cela et deviendrait morose d'ennui. L'oisiveté ne lui convenait définitivement pas. Le Maître des Potions avait obtenu un pass pour la bibliothèque de Poudlard pour Evan en… rusant un peu. Il y avait beaucoup de paperasse pour faire venir le tuteur d'Evan au sein de Poudlard alors qu'il n'était pas un membre de l'équipe pédagogique. Sans compter la paperasse habituelle. Bien que la majorité soit effectuée par Minerva, Albus s'occupait toutefois lui-même de celle précédant la rentrée car elle contenait celle relative à l'affectation du budget ce qui restait un domaine jalousement gardé par Albus. Et en signant les autorisations pour le tuteur d'Evan, il se pourrait qu'un feuillet supplémentaire se soit glissé – par une mégarde totalement intentionnelle de la part de Severus – parmi ceux-ci et donne accès à l'intégralité des volumes contenus dans la bibliothèque, y compris la section interdite mais ça, Evan ne s'y rendrait qu'avec lui ou Strakowski.

Il était important qu'il puisse y accéder car la plupart des volumes intéressants y étaient référencés. Severus avait toujours trouvé la section ouverte aux élèves relativement pauvre et peu de personnes se rendaient compte que la section interdite contenait plus de la moitié des volumes de la bibliothèque. C'est le directeur qui décidait de ce qui devait s'y trouver ou non et il fallait admettre que Dimbledore avait banni nombre d'ouvrages contestables à ces yeux, notamment sur la magie noire mais pas uniquement. Severus se rappelait encore des ouvrages sur la magie rituelle, les arcanes du Magenmagot ou encore les archives économiques diverses dont Albus considéraient qu'elles ne pouvaient que distraire les élèves de leurs études. Etudes dont il fixait également le cursus. Severus n'en disait rien mais il trouvait que le nombre d'options et le rythme de travail étaient bien trop léger et auraient mérité un large remaniement et une réintroduction aux arts sombres mais il n'était pas suffisamment idiot pour ne serait-que le suggérer.

Il avait remis ses lourdes robes d'enseignement. Celles qui étaient charmées pour résister au feu, à l'eau, et à peu près toutes les concoctions tournant mal de ses cornichons d'élèves. Son teint reste plus lumineux qu'à l'ordinaire car il continuait à faire une promenade matinale chaque jour avec Evan autour du lac. Ses collègues lui en avait même fait compliment…Pff ! Ses cheveux, par contre, avait retrouvé leur aspect huileux car il leur appliquait à nouveau leur mixture protectrice, ayant profité de ces derniers jours pour expérimenter à nouveau. Evan lui avait donné une idée sans le savoir concernant la dernière potion qu'il tentait de mettre au point alors qu'il ruminait sur la difficulté de manipuler les structures osseuses et cartilagineuse sans les endommager. Il avait simplement suggéré que ce serait sans doute plus facile s'ils avaient la consistance de la pâte à modeler.

Cela lui avait ouvert tout un éventail de nouvelles possibilités.

Il était désormais en bonne voie pour mettre au point la bonne formule mais cela lui avait aussi donné matière à réfléchir concernant l'amélioration de la potion tue-loup. On pourrait envisager d'atténuer de façon considérable la douleur lors des transformations si les os devenaient mous et malléables durant leur remodelage. C'était une idée à creuser. Il jeta un œil impassible à la nouvelle vague d'étudiants incompétents et écervelés qui allaient bientôt envahir sa salle de classe et lui rendre la vie infernale. Y aura-t-il au moins une gemme parmi ces cancrelats ? Il soupira discrètement et une petite main vint se poser sur la sienne, le ramenant à la réalité. Evan était installé à côté de lui, pâle figure dans ses robes bleu roi – ses préférées – et il se rappela que c'était également le jour où il allait être présenté à tous comme son fils.

La plupart des élèves le regardaient avec curiosité et certains le dévisageaient sans vergogne. Aucun respect. Un regard de la part du Maître des Potions les fit se détourner promptement et rassura Evan. Ils apprendraient suffisamment tôt à ne pas ennuyer son garçon. Les retenues et les points en moins étaient fait pour ça après tout, pensa t'il férocement. On disait de lui qu'il était sévère, ce qu'il était loin de nier même s'il lui référait le terme de strict mais qui étai-il pour les détromper. Si un seul de ces margoulins tentait d'ennuyer Evan ou de lui déplacer un seul cheveu de sa tête, il lui montrerait à quel point il pouvait être vicieux. Il présenterait Evan à ses serpents aussitôt après la fin du festin. Il voulait rencontrer les nouveaux arrivants et rassurer les anciens. Il savait combien certains comptaient sur sa présence et il ne voulait pas qu'ils se renferment sur eux-mêmes et croient qu'il ne serait plus disponibles pour eux à cause d'Evan. Il tenait à ce que ça soit parfaitement clair pour tous. Il fit un signe discret aux préfets. Il avait pu discuter avec eux par hibou interposé pour les prévenir de ses attentes et de leurs nouvelles fonctions.

Evan n'avait rien pu avaler, une fois de plus, mais cette fois, il n'avait pu faire autrement que de lui donner une potion de nutrition. Le pauvre garçon était trop anxieux pour manger quoi que ce soit, y compris ses fruits préférés et c'est à peine s'il avait pu prendre un peu de lait. Enfin, la fin du repas arriva et il descendit dans les donjons, Evan sur ses talons, en empruntant l'un des passages secrets y conduisant. Il avait choisi d'attendre dans la salle commune et de se dissimuler dans les ombres avec Evan. Bientôt, une partie des étudiants des années supérieures arrivèrent, accompagnés du préfet en chef tandis que les autres préfets le rejoignaient, guidant les élèves année par année, les premières années en tête suivies par les autres par ordre d'antériorité, la seconde moitié des étudiants de dernière année clôturant la marche. Le Préfet en chef se posta devant le groupe et articula clairement le mot de passe afin que chacun soit en mesure de le retenir.

Cette année, les préfets avaient choisi un mot de passe neutre, sachant la répugnance du Maître des potions pour les connotations politiques des mots de passe telle que « sang-pur » ou encore « Magie noire ». Néanmoins, parfois, il y en avait quelques uns qui jugeaient « amusant » de le faire. Ce qu'il ne comprenait pas c'est que malgré le fait qu'ils soient changés de façon hebdomadaire, ce genre de chose ne faisait que renforcer la mauvaise réputation de serpentard, les mots de passe étant affichés pour les professeurs. Parfois, cela désespérait Severus mais il n'allait pas les réprimander sur cela, c'était encore des enfants malgré tout même si leur sens de l'humour était parfois à déplumer un hippogriffe à la binette. suivant les rejoint bientôt, les premières années derrière lui. Il répète et articule le mot de passe pour être certain que tous l'ait bien entendu – cette année, j'ai choisi « Belladone » et l'heure est venue pour moi d'entrer en scène. Je m'avance hors de l'ombre avec Evan à mes côtés.

- Bienvenue à Serpentard, commença t'il, sans hausser la voix. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Severus Snape, votre Directeur de Maison et le professeur de potions de Poudlard. Serpentard est désormais votre maison et le restera pendant toutes vos années de scolarité et au-delà. Je vous demanderais de respecter certaines règles aussi longtemps que vous habiterez ces murs et j'ose croire que vous continuerez de les suivre une fois que vous aurez obtenu votre diplôme.

Severus s'approcha du tableau de notice où il avait tenu à installer ce qui était devenu les règles de conduite de la Maison depuis son arrivée.

Règle n°1 : Serpentard est une famille, soyez unis.

- Je ne veux pas entendre parler de dissensions à l'extérieur de ces murs. Je me moque de vos petits différents ou de vos querelles, en dehors de ces murs, j'attends de voir un front uni et que vous puissiez compter les uns sur les autres. Serpentard est une famille et aucun membre n'est jamais laissé derrière. Cela signifie aussi que vous devez vous respectez les uns les autres. Je ne tolérerai pas de brutalité verbale ou physique entre vous. Vous avez le droit de ne pas vous entendre mais dans ce cas, ignorez-vous.

Règle n°2 : Serpentard est une noble Maison, honorez-là.

- J'attends et j'exige de vous le meilleur que ce soit dans vos études ou bien dans votre comportement. Vous apprendrez que je punis rarement mes serpents en public mais, contrairement à la croyance populaire, cela ne signifie pas que vous échapperez à toute punition et, je vous assure, que vous n'aimerez pas celles que j'ai en réserve si j'apprends que vous avez manqué à cette règle. Je rappelle que j'organise des séances de tutorat le premier samedi matin après la fin de la première semaine de cours pour tout ceux qui n'auraient jamais eu la chance de toucher au domaine des potions chez eux et que des groupes de travail, obligatoires sans exception, seront organisés chaque semaine pour vous aider à progresser.

Règle n°3 : Serpentard est une Maison digne, respectez-la.

- Vous êtes tous suffisamment grand pour pouvoir prendre soin de vos affaires vous-mêmes. J'attends de vous – et cela vaut aussi pour certains de vos aînés qui ont tendance à l'oublier, fis-je en pointant certains élèves rougissant – que vous fassiez vos lits chaque matin et que vous mettiez vos affaires sales dans les paniers correspondant. Cela vaut aussi pour la salle commune ou les salles d'étude. Pas de favoritisme ici, les elfes de maison ont reçu des consignes précises à ce sujet. De même qu'ils ne vous apporteront pas de nourriture dans les dortoirs où de toute façon, vous n'êtes pas autorisés à prendre de repas. Je mènerai des inspections à intervalles irréguliers. Vous êtes prévenus.

Règle n°4 : Serpentard est la maison des ambitieux et des rusés, soyez en fiers.

- Plus qu'une règle, c'est une conduite de vie. Vous êtes ici parce que vous avez un but, des ambitions et que vous ferez tout ce qui est nécessaire pour l'atteindre. Soyez-en fier. La Maison Serpentard est souvent méprisée et dédaignée par les autres maisons. On vous accusera souvent du pire. Parfois à raison si vous avez la stupidité d'être pris en faute mais aussi à tort. Soyez fier, gardez la tête haute. Montrer à tous que cela ne vous atteint pas. Et n'hésitez pas à venir demander de l'aide au préfet en chef, Taylor Witman ainsi qu'aux autres préfets, Mr Johnson et Miss Harper qui sont à votre écoute ou encore à moi-même. Ma porte vous est toujours ouverte. Les permanences sont affichées mais en dehors de celles-ci, je serai toujours joignable en cas de besoin. Egalement, sachez qu'une réunion commune sera organisée le vendredi soir afin de discuter de vos réussites, de vos difficultés et de tout autre sujet que vous souhaitez aborder. Des sessions individuelles avec les premières années sont organisées au cours du premier mois afin que je fasse votre connaissance. Vous serez convoqués à tour de rôle.

Il termina par la devise de Serpentard : A posse ad esse, aut inveniam aut faciam (De la possibilité à l'actualité, que ce soit en trouvant le moyen ou en le créant)

Il contempla chaque visage, voulant bien marqué ce dernier point. Il lui avait fallu énormément de temps et d'efforts pour que la Maison de Salazar Serpentard devienne ce qu'elle était aujourd'hui. Slughorn ne se préoccupait que des éléments qui pouvaient l'intéresser et les autres directeurs qui s'étaient succédés dans l'intervalle des trois années qui avaient suivies son départ n'en avaient simplement rien à faire. Avec la guerre, les serpentards avaient dû faire face à un ostracisme certain au sein de Poudlard et aucun des professeurs n'avaient rien fait pour empêcher ce mouvement. Severus était arrivé avant la fin de la guerre, au plus fort de la division estudiantine. Il était jeune, pas encore 21 ans, et certains de ses serpents avaient été élèves en même temps que lui. Imposer son autorité avait été difficile mais il avait été déterminé à rendre à la Maison de Salazar ces lettres de noblesse. Ses fonctions en temps qu'espion n'avaient pas facilité la tâche mais il avait néanmoins essayé de tirer la Maison vers la neutralité. Cette première année avait été interrompue par la chute du Seigneur des Ténèbres et son emprisonnement à Azkaban et cela avait encore compliqué sa tâche.

Cependant, avec la mort de Lily, il avait eu besoin d'un exutoire à sa souffrance et ses serpents étaient devenus importants pour lui. Il leur avait donné le soutien dont il avait lui-même tant besoin, prenant leur défense et faisant même ouvertement du favoritisme quand ses protégés étaient ignorés ou rabaissés (souvent involontairement) par ses collègues. La fin de la guerre avait permis de faire le bilan des pertes et de nombreuses familles de ses serpents avaient été mises sous surveillance ou bien sous les verrous à Azkaban. Harcelés par leurs condisciples, il avait été enragé de constater que personne ne faisait la part des choses, adultes compris et ses élèves savaient qu'il pouvait les comprendre et ne les jugeait pas. Ils ne cherchaient pas un autre sympathisant à la cause du Seigneur des Ténèbres ou un Mangemort repenti à la réputation suspicieusement douteuse. Non, ce qu'ils voulaient, c'était une oreille pour les écouter, une main pour les réconforter, quelqu'un pour leur dire qu'ils faisaient bien et qu'on était fier d'eux.

Il reconnaissait que cela avait été autant salutaire pour eux que pour lui. Et c'était non seulement dans l'espoir de trouver de futurs Maîtres des Potions mais aussi l'affection qu'il avait pour ses serpents qui l'avait vraiment conduit à rester à Poudlard, plus que sa promesse à Albus. Il n'était bien sûr pas proche de tous ses serpents de la même façon mais il se flattait de tous les connaître et de savoir repérer quand ils avaient besoin d'aide ou pas. Certains surtouts avaient eu plus besoin de lui que les autres. Combien de fois avait-il dû prendre en charge des cas de maltraitance, parfois sévères, parmi eux ? Un ou deux cas chaque année finissaient dans sa maison. Il lui avait fallu briser leur résistance, gagner leur confiance et se battre pour eux, pour qu'ils ne retournent pas dans leur climat de souffrance. Pour les plus âgés, il avait invoqué toutes les faveurs, utiliser toutes les leviers, même les moins légaux, pour les faire entrer dans des apprentissages variés pour les protéger durant l'été. Pour les plus jeunes, il avait essayé d'encourager les mères à quitter leurs maris violents, allant jusqu'à rendre visite aux oncles et tantes éloignés pour les persuader de prendre en charge les enfants. Il avait tout tenté.

Il avait aussi rapidement renoncé à recevoir de l'aide de la part d'Albus ou des autres Directeurs de Maison même quand il ne s'agissait pas de ses serpents mais de leurs propres pupilles. Combien de fois lui avait-on dit que les enfants victimes d'abus exagéraient les faits, qu'une main ferme était salutaire à l'éducation des enfants, que telle ou telle famille était honorable et qu'on n'allait pas tacher leur réputation pour un fait déplorable certes mais certainement isolé… Le Département de la Protection de l'Enfance Magique lui avait ri au nez également quand il avait entrepris de leur présenter les éléments de preuve. Après tout, qu'est-ce qu'un ancien Mangemort pouvait bien avoir à dire sur la protection des enfants, étant persuadé qu'il ne cherchait qu'à mettre en cause injustement les « honnêtes et honorables familles » qu'il accusait sous couvert de « rétribution personnelle ».

Severus savait que la maltraitance sur enfant était quelque chose de tabou dans la société sorcière. La mentalité qui y régnai était partagée entre la nécessité de choyer les enfants qui y vivaient, la natalité infantile étant faible, et la nécessité de les éduquer proprement. Et par éduquer proprement, il était sous-entendu qu'un main ferme était nécessaire. En effet, la discipline était prise très au sérieuse et encouragée pour l'éducation des enfants et il était difficile d'y mettre des limites. L'éducation familiale était un domaine privée dans laquelle personne ne se sentait le droit de vraiment s'immiscer à moins que l'abus soit véritablement incontestable et même là, il suffisait que les familles concernées soient suffisamment riches ou respectées pour que cela soit passé sous silence. On ne voulait simplement pas en entendre parler et l'on préférait faire la sourde oreille plutôt que d'affronter la réalité. La plupart des collègues de Severus avait été élevé dans cette vision archaïque et la suivait sans la remettre en question.

Albus lui avait même dit qu'il faisait une projection par rapport à son propre passé. Souvent, il se demandait si le directeur avait vraiment conscience de ce qu'il avait enduré ou s'il s'agissait pour lui d'une simple discipline un peu trop ferme.

Le Maître des potions avouait volontiers qu'il se projetait.

Parce qu'il savait à quel point il était difficile d'admettre ce que l'on percevait comme une faiblesse. Parce qu'il se rappelait de la honte ressentie de savoir exposé le fait de ne pas avoir su se protéger ni se défendre. Parce qu'il savait combien il était difficile de demander de l'aide et de la peur de se la voir rejeter. Alors il avait arrêté de chercher du soutien auprès de ses collègues et il s'était occupé de tous ceux qui en avaient besoin comme il le pouvait, repérant les symptômes et faisant de son mieux. Et aujourd'hui, il allait partager son fils avec eux. Il espérait vraiment qu'ils l'accepteraient parmi eux. Il voulait pouvoir compter sur eux et leur confier Evan à l'occasion quand il ne serait pas lui-même disponible. Et il tenait à ce qu'Evan s'entende avec eux. C'était important pour lui. Ayant fini son discours, il poussa légèrement Evan devant lui. Le garçon était nerveux comme en témoignait son visage fermé.

- Serpentard est une grande famille et c'est pourquoi je tiens, avant de vous laisser aller vous coucher, à vous présenter mon fils, Evan Snape, que j'ai adopté cet été. Il a neuf ans et vous le verrez de temps à autre dans la salle commune ou dans mes quartiers. Cela ne doit pas vous empêcher de me solliciter, je ne veux pas que cela change quoi que ce soit pour vous ou vous empêche de venir me trouver en cas de besoin. Si vous avez besoin de vous entretenir avec moi et que vous souhaitez vous assurer de la confidentialité de notre entretien, Evan ira et restera dans sa chambre. De plus, la chambre d'accueil est toujours disponible pour vous, que cela soit bien clair. Avez-vous des questions ?

Les premières années secouèrent la tête et il les envoya se coucher. Les autres étaient curieux ; c'est évident mais ils étaient hésitants à poser leurs questions. Finalement, Sally Jenkins-Parsons, une petite deuxième année, leva timidement la main. Il hocha la tête en sa direction.

- Est-ce qu'il va aller en classe avec les premières années ? Demanda t'elle.

- Non. Evan a un tuteur qui lui donnera cours dans l'une des salles adjacentes à la classe où j'enseigne, répondi-il calmement.

Un petit silence prit place avant qu'un autre étudiant ne lève la main. Un septième année, Janus Garwick prit le relais et posa la question qu'ils mourraient certainement tous d'envie de poser :

- Professeur, vous dîtes que vous avez adopté Evan cet été et je me demandais… Enfin… Il bredouilla et n'osa pas achever sa question.

Il sentit le garçon se tendre à ses côtés et posa une main réconfortante sur son épaule.

- Pourquoi je l'ai adopté ? Termina t'il à la place de Janus, le soulageant visiblement.

Il prit un instant de réflexion pour pouvoir expliquer ses motifs sans pour autant en dire trop.

- J'ai rencontré Evan par hasard au début de l'été. Il était orphelin, une victime de la guerre, et vivait parmi les moldus. Ses conditions d'existence n'étaient pas des plus… favorables.

Il savait que ses serpents comprendraient à demi-mot. Il se doutait que cela risquait de renforcer l'antipathie envers les moldus pour ceux qui ont été élevé dans cette optique par leurs parents. Cependant, il savait aussi qu'ils n'en feraient cependant pas la remarque ouvertement. Bien que Serpentard soit séparé entre différentes factions formant une hiérarchie compliquée avec ses règles propres dont Severus ne se mêlait pas, il exigeait de ses serpents qu'ils soient irréprochables et se conduisent proprement entre eux. Il ne voulait pas avoir connaissance d'une quelconque discrimination ou oppression parmi eux pour des questions de pureté du sang ou en rapport à des opinions politiques. En effet, contrairement à la croyance populaire, Serpentard accueillait aussi des nés-de-moldus et il était hors de question pour Severus qu'ils deviennent des victimes dans leur propre Maison. Ceux qui enfreignaient cette règle ne recommençaient jamais. Le fait d'être un espion était un avantage pour le Maître des potions dans cette situation. D'une part, il pouvait prétendre protéger les nés-de-moldus pour se justifier auprès d'Albus et d'un autre côté, il pouvait faire croire aux supporteurs du Seigneur des Ténèbres qu'il s'agissait d'une obligation imposée par le Directeur de Poudlard.

Il poursuivit ses explications.

- Après avoir accueilli Evan le temps de lui rechercher d'éventuels parents éloignés capables de s'occuper de lui, nous avons fait connaissance et quand, au final, il s'est révélé qu'il n'y avait personne pour le prendre en charge, j'ai décidé de le garder auprès de moi. J'espère pouvoir compter sur vous pour accueillir Evan comme un serpent honoraire de la maison Serpentard.

Ils hochèrent tous la tête sauf quelques uns que Severus savait qu'il lui faudrait surveiller de près. Certains avaient du mal à reconnaître son autorité mais il faisait en sorte de le leur rappeler de manière suffisamment désagréable pour qu'il ,e le manifeste pas ostensiblement et, de toute façon, les autres serpents prenaient son parti, lui donnant un net ascendant sur eux. Evan serait en sécurité avec eux. En cas de besoin, il pouvait compter sur leur soutien pour le protéger. Personne n'osera le toucher. Il leur souhaita une bonne nuit et leur donna rendez-vous le lendemain matin pour la distribution des emplois du temps au petit déjeuner. Il ramena ensuite Evan dans leurs quartiers par le même passage qu'ils avaient emprunté à l'aller jusqu'à son bureau. Seul Severus et les préfets de Serpentard étaient autorisés à l'utiliser. Evan aussi, désormais. Ce dernier bailla discrètement derrière sa main. La journée avait été longue. Il l'envoya se changer pour la nuit. Une fois fait, le garçon vint lui souhaiter bonne nuit. A sa façon. Il aimait venir se blottir contre lui quelques minutes sur le canapé du living room. Il ne savait pas pourquoi – et n'avait pas demandé – mais se laissait faire.

Après quelques minutes, l'enfant se levait de lui-même et allait se coucher.

Evan laissait toujours la porte de sa chambre entrouverte, pour l'entendre supposait Severus. Celui-ci retourna dans son bureau pour attendre les premiers étudiants qui n'allaient pas tarder à venir le chercher, accompagner par un ou plusieurs Préfets. Il ne choisissait pas n'importe qui comme préfets et il était parfaitement conscient que ses choix laissaient ses collègues souvent perplexes. Il ne s'arrêtait pas sur leurs résultats scolaires ou la richesse de leurs familles. Non, ce qui retenait son attention, c'était leur comportement au sein de Serpentard. Devenir Préfet à Serpentard, c'était être capable de faire preuve de discrétion, d'avoir un bon sens de l'observation et de faire preuve d'autorité autant que de diplomatie et de tact. Severus comptait sur ses préfets pour lui reporter leurs suspicions si un de ses serpents semblaient rencontrer des difficultés mais aussi pour maintenir l'unité de la Maison et sa discipline car ils étaient les plus proches des élèves. Il leur donnait plus de responsabilités que les autres Directeurs de Maison. Il les autorisait non seulement à retirer des points à serpentard dans le système interne à la maison mais également à distribuer des retenues et à les superviser. Après en avoir discuté avec lui, évidemment.

Deux coups brefs retentirent et le sortirent de ses songes. Il les invita à entrer. Leroy Brewster, Holly Willtshire et Arsenius Saltzderwick accompagnent Marius Karnighan, le Préfet en Chef. Ce dernier le salua avant de partir entamer sa ronde nocturne. En silence, il invita le premier d'entre eux à le suivre jusqu'à la chambre d'accueil afin qu'il puisse les soigner. Bien qu'il tente d'aider du mieux qu'il le pouvait ses étudiants, il ne pouvait pas toujours réussir et devait se contenter d'envoyer potions et baumes tout au long de l'été ainsi que des hiboux pour garder le contact avec ceux qui le nécessitait. La seule satisfaction qu'il retirait de cet échec était qu'avec ce suivi, les abus étaient moins importants ou du moins, moins violents. Il ne parla pas et soigna chacun d'entre eux le plus rapidement et efficacement possible. C'était toujours difficile pour chacun d'entre eux de se retrouver confronter à la réalité de la maltraitance qu'ils avaient vécu. Il aurait pu, bien sûr, les amener voir Poppy mais son serment et son contrat d'infirmière de Poudlard l'obligeait à informer les gardiens des étudiants concernés à chaque passage à l'infirmerie et le motif de la visite ce qui serait au détriment de ses protégés.

Une fois que chacun fut soigné au mieux, il les invita à venir s'installer dans le salon et offrit une tasse de chocolat chaud avec une pointe de potion calmante. Il lança un sort qui permettait de rendre leur discussion plus confortable car ils avaient ainsi l'assurance qu'Evan ne les entendrait pas. Cette visite ne durait jamais longtemps, juste le temps de marquer pour chacun le retour dans la sécurité de l'enceinte de serpentard, loin de leurs tourmenteurs et de partager ensemble un moment collectif de réconfort. Severus les laissait prendre leur temps ; posant quelques questions légères sur les devoirs à rendre et les futures cours de potions. Les élèves parlaient également de leurs aspirations pour « l'après » et c'était l'une des occasions que le Maître des Potions utilisait pour rechercher ensuite comment les aider tout en s'attachant à noter ce dont ils avaient besoin au moment même. Il remarqua ainsi que les robes de Leroy étaient trop courtes et il se doutait bien que son père avait bu l'argent destiné à lui en acheter d'autres. Il lui enverrait un elfe demain matin pour prendre ses mesures et préparer une commande pour le tailleur de Pré-au-Lard grâce au fond qu'il avait pu monter grâce au soutien des anciens étudiants de Serpentard. Il savait que le garçon lui en serait reconnaissant mais Severus estimait qu'il était de son devoir de se soucier de ce genre de chose. Lors de ses inspections, il vérifiait systématiquement que ses élèves aient tous le trousseau approprié à leur âge et à leurs besoins et les fournissait gracieusement si jamais ce n'était pas le cas. C'était souvent l'un des moments permettant d'identifier les élèves ayant besoin d' aide, qu'elle soit seulement ponctuelle ou plus sur une base régulière.

Pour lui, cela faisait partie intégrante de ses responsabilités en tant que Directeurs de Maison.

Une autre observation plus tard et il se leva pour aller chercher dans son placard une potion qu'il tendit à Holly sans mot dire. Elle lut l'étiquette et le gratifia d'un sourire brillant de reconnaissance. Elle avait toujours été très fière de ses longs cheveux blonds bouclés et, s'il pouvait en juger par la manière dont elle tirait désespérément sur ses cheveux atteignant maintenant à peine ses oreilles, il ne doutait pas qu'il s'agissait d'une nouvelle technique de « représailles » de sa belle-mère. Cela ne lui allait pas mal mais il avait suffisamment travaillé avec des adolescents pour savoir que ce genre de chose pouvait s'avérer très complexant pour une jeune fille déjà mal dans sa peau.

Arsenius semblait aller bien mieux que l'année dernière mais Severus savait qu'il ne fallait pas s'y fier. Son problème ne venait pas de ses parents bien qu'ils soient toujours absents mais plutôt de son oncle à qui ses parents l'avaient confié dès son plus jeune âge. Son oncle était un peu trop « affectueux » avec lui mais depuis qu'il avait grandi, il avait appris à se rebeller ce qui avait rendu son oncle violent. Ses parents l'avaient traité d'affabulateur quand il avait essayé de leur en parler. Il lui avait fallu un temps considérable pour qu'il accepte de se confier et d'admettre sa souffrance. Encore aujourd'hui, sa fragilité l'empêchait de laisser Severus soigner autre chose que son dos qu'il ne pouvait atteindre par lui-même. Cependant, qu'il arrive à se déshabiller en sa présence était déjà un miracle en soit alors le Maître des Potions avait bon espoir qu'il s'en sorte.

Au moins Evan avait-il échappé à cela, Merlin en soit remercié.

Enfin, ils prirent congés et Severus put savourer sa solitude retrouvée. Il soupira devant l'heure tardive. Il devait encore revoir le rapport de l'usine avant d'aller se coucher et il avait également encore un peu de courrier à traiter. Avant de s'y mettre, il se laissa à aller à l'impulsion de vérifier qu'Evan dormait bien, ouvrant la porte suffisamment pour qu'il puisse se glisser dans la chambre sans faire de bruit. Evan dormait tranquillement, roulé en boule comme à son habitude. La couverture avait un peu glissé et il s'avança pour la remonter et le couvrir correctement. Il ne s'agissait pas de le border, non, il ne tenait simplement pas à ce que le garçon prenne froid. En effet, même avec les aménagements qu'il avait fait – et qui avaient causés quelques surprises ce soir – il faisait tout de même plus froid dans les donjons qu'ailleurs. Il raviva le sortilège de température par précaution avant de se résigner à retourner travailler.

La journée avait été longue, et de plus longues encore restaient à venir.


[1] Ses brindilles passent pour apporter la chance et protéger du mauvais œil. Pour les Celtes et les Germano-scandinaves il avait une symbolique proche de celle du frêne, il était surnommé Arbre de la connaissance et Donneur de vie. Il était aussi appeler Salut de Thor le dieu ayant évité la noyade en s'agrippant à un tronc de sorbier.

[2] Le magasin existe vraiment, pour information. Je trouvais la sous-référence à Dobby amusante.

[3] Lily en anglais signifie Lys.


1 Ses brindilles passent pour apporter la chance et protéger du mauvais œil. Pour les Celtes et les Germano-scandinaves il avait une symbolique proche de celle du frêne, il était surnommé Arbre de la connaissance et Donneur de vie. Il était aussi appeler Salut de Thor le dieu ayant évité la noyade en s'agrippant à un tronc de sorbier.

2 Lily en anglais signifie Lys.


Voilà! J'espère que ça vous a plu.

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