Anyway the wind blows
.
(NA : Petit OS/songfic/whatever que je rajoute des mois après la conclusion de cette fic. Une scène coupée, mettons. Y a du Bottero, du Bohemian Rhapsody, du Cyrano de Bergerac, du Unknown Movies et des morts, c'est un peu le bordel mais j'avais envie de l'écrire. Vous pouvez relire le dernier chapitre juste avant l'épilogue, pour vous remettre dans le bain, mais vous êtes pas obligés. Bref).
.
«Mec. J'ai toujours été le héros de l'histoire, quoi que tu en dises.»
Laurent policier le saisit au col d'une main et le plaqua au mur. Il n'essaya même pas de se débattre. C'était l'erreur qu'il attendait pour agir.
Sortir l'arme d'une main, bloquer le bras ennemi de l'autre. Plaquer le canon contre le torse qui lui fait face.
«Il y a juste un truc que tu ne sais pas, Laurent. C'est que je préférerais crever, au sens propre du terme, plutôt que de me faire tuer par toi. Tu saisis la nuance ?»
Une lueur d'incompréhension passa dans le regard du flic.
J'arrive, Maxence. Bientôt. J'arrive.
Presser la gâchette. Coup de feu, cri étouffé, le bruit sourd d'un corps qui s'écroule.
Et enfin, lâcher prise.
...
Is this the real life, is this just fantasy ?
Caught in a landslide, no escape from reality
Anyway the wind blows, doesn't really matter to me
To me...
Le nom du monde était souffrance.
Vincent regarde le corps étendu à ses pieds. Remonte jusqu'à son flingue, pendant au bout de son bras, puis jusqu'à sa main qui tremble. La manche de sa veste avec un peu de sang et de poudre dessus.
C'est curieux, cette sensation de ressentir quelque chose, justement. Enfin autre chose qe ce grand vide tiède qui lui tenait lieu d'émotions depuis si longtemps. La peine, le chagrin. Pas pour Laurent, évidemment, mais pour le gosse. Pour lui-même, aussi. Il avait toujours pensé être fort, mais maintenant que l'heure est venue, cette perspective devient terrifiante. Un monde sans lui ne fonctionnera pas correctement. Le monde ne peut pas aller bien s'il n'est pas là pour foutre la merde et tout détruire sur son passage. Détruire, c'est un peu sa marque de fabrique, son domaine. Et s'il ne détruit pas, personne ne pourra reconstruire derrière lui. Il y a...un équilibre à respecter, en quelque sorte.
Le nom du monde était terreur.
Terreur de voir que le monde va continuer sans lui. De voir que le vent souffle et que la vie continue. Sans Laurent, sans le Commissaire, sans Maxence.
Sans lui.
Le monde tourne, le soleil se lève et meurt. Avec ou sans lui. C'est ainsi.
Mama, just killed a man, put a gun against his head
Pulled my trigger, now he's dead
Mama, life had just begun
But now I've gone and thrown it all away
Une mort de plus pour le meurtrier sanguinaire, diront les journaux. Selon eux, la vie humaine n'a aucune valeur pour lui. Faux. Le crime est simplement le prix à payer pour sa cause. C'est triste, mais c'est comme ça. Il ne sent pas désolé pour Laurent. C'était un connard, et il était dangereux. Au final, il aura rendu service. Et c'est pareil pour les autres. Leur vie ont compté pour lui -c'est juste que le cinéma comptait plus que le reste. Au final, ces malheureuses victimes (sic les journalistes) se seront rendues utiles au moins une fois dans leur vie. Ils devraient être fiers d'avoir participé à son combat, au lieu de se plaindre.
Meurtrier sanguinaire...
Il sourit.
Ils sont si loin de la vérité.
If I'm not back again this time tomorrow
Carry on, carry on
As if nothing really matters
Il ne reviendra pas demain.
Non, sérieusement. Revenir, ça implique d'avoir un point de départ, pas vrai ? Ça tombe bien, il n'en a pas. Des mois et des mois de traque, dormir dans sa caisse, aller d'un point à un autre sans autre but que de tuer, de sauver sa peau -et, idéalement, les deux- n'avoir ni toit ni ancrage quelconque...c'était son quotidien. Un peu bohème. Volatil.
Personne ne l'attend. Presque personne.
Jusqu'ici, cela lui convenait parfaitement. C'était un choix qu'il avait fait, celui de vivre selon ses convictions, et d'en assumer les conséquences. Jamais il n'avait souffert de la solitude, même pas lorsqu'il avait tué son propre frère -un étranger comme un autre. Même pas lorsqu'il avait buté le Commissaire, pourtant une des choses les plus difficiles qu'il avait eu à faire. Et puis, tout s'était enchaîné si vite. Maxence. Le gosse. Fou comme nos barrières peuvent céder rapidement, lorsqu'on rencontre les bonnes personnes. Fou comme les bonnes personnes peuvent nous mener à notre propre perte.
Non, non, ne pas y penser. Garder des forces pour les minutes à suivre.
Revenir où ? Pour qui, pourquoi ? Finir au trou ?! Non merci ! Continuer à se cacher ? Non, merci ! Vivre ?
Non, merci.
Too late, my time has come, sends shivers down my spine,
body's aching all the time.
La main cesse de trembler. Elle remonte le long du corps. Elle prend tout son temps pour apposer le canon sur la peau, caresse glacée.
C'est bizarre, la vie. On est pépère à faire son petit business, regarder des films de génie tranquillement, et bim, par la force des choses on se retrouve soudainement dans une cave avec son acolyte mort à ses pieds et un flingue sur la tempe.
Ce n'est pas vraiment comme ça qu'il se voyait mourir.
Face au Commissaire, il avait cru y passer. Il avait espéré jusqu'au bout qu'il avait eu tort et qu'il avait perdu, que des renforts allaient débarquer à la dernière minute. Mais non, il avait gagné, et il en avait été le premier surpris. Quand il s'était échappé à travers la forêt, laissant le gamin derrière lui, il pensait que sa blessure le ralentirait et que le gosse le dénoncerait pour qu'il soit attrapé. Il ne l'avait pas fait. Il l'avait laissé s'enfuir.
Douce chaleur.
Ouais, la mort il l'avait croisée, plusieurs fois -évidemment. Il l'avait regardée en face plusieurs fois -évidemment.
Mais la sienne. La sienne ! C'était une autre histoire.
Le nom du monde était souffrance.
Il a mal à sa blessure, à l'épaule. Mal à la tête et à la poitrine. Faire cesser tout ça.
Mais la main retombe. Fatiguée, faible et lâche. Il faut croire que lâcher prise n'est pas aussi simple que ça en a l'air. Sa tête s'appuie contre le mur. Quelques secondes encore.
Goodbye everybody, I've got to go
Gotta leave you all behind and face the truth
Mama, oh, I don't want to die,
I sometimes wish I'd never been born at all
La main remonte, pour de bon cette fois. Le doigt qui se pose sur la gâchette, tout doucement. Juste avant d'appuyer, ses pensées s'envolent vers Ulysse. Quel drôle de môme. Pourvu que tout aille bien pour lui. Pourvu qu'il lui pardonne, un jour.
Gratitude. Espoir.
Garde-toi. Et que ta route soit belle.
Deuxième coup de feu, et puis plus rien.
Nothing really matters, nothing really matters to me
Anyway the wind blows...
…
Bisous. Phi.
Traduction même si c'est moins classe en français (parce que je te vois, Dépo) :
Est-ce la réalité, est-ce seulement un rêve ?
Emporté dans l'éboulement, pas d'échappatoire à la réalité
Peu importe, le vent qui souffle n'a pas d'importance pour moi.
Je viens de tuer un homme maman. J'ai mis mon arme contre sa tête,
pressé la détente. Il est mort, maintenant.
La vie vient de commencer maman,
Mais je suis déjà parti et j'ai tout gâché.
Si je ne suis pas retour demain à cette heure,
Continue, avance, avance
Comme si rien n'avait vraiment d'importance.
Trop tard, mon heure est venue. Je sens des frissons le long de mon dos,
mon corps ne cesse de me faire mal.
Au revoir tout le monde, je dois vous laisser
Vous laisser derrière moi et regarder la vérité en face.
Je ne veux pas mourir Maman,
Je souhaite parfois n'être jamais venu au monde.
Rien ne compte vraiment pour moi,
Peu importe que le vent souffle.
Ps : Unknown Movies revient à son créateur respectif.
