Frodon saisit vivement la main de Lily encore couchée dans l'herbe, manquant la faire basculer en avant.
« Frodon, attention, j'ai failli me faire mal ! »
Frodon ne prit pas la peine de répondre et continua de trainer la jeune fille derrière lui jusqu'à la colline. Ce n'est qu'arrivé devant la porte qu'il prit conscience de sa vivacité excessive, considérant la figure rouge e de Lily.
« Oh, pardonne-moi, ma petite fleur, ça va, tu n'es pas trop essoufflée »
« Mais non, pfff, pff, pas du tout, ironisa cette dernière ; tu m'a juste tirée ici au pas de course comme une mule sans même me laisser le temps de me redresser ! Tout va bien ! »
Comme pour se faire pardonner, Frodon souleva Lily dans ses bras, la porta tout le long du vestibule de cul de sac et fini par la déposer délicatement dans un confortable fauteuil, en face de la cheminée du salon.
« Vous êtes vraiment surprenant chez les Sacquet, repris Lily qui avait retrouvé son souffle. Vous n'êtes mesuré pour rien ! Au point ou j'en étais, je pouvais m'assoir seule, tu sais ! »
« Je voulais que tu sois bien installée, Lily, j'ai quelque chose de très confidentiel à te dire… et à te montrer. »
Puis Frodon partit faire le tour de la maison afin de vérifier que Gandalf était sorti, et revint, rassuré, se planter devant Lily.
« Alors, voilà, si je ne peux pas accepter…ce que tu veux m'offrir, c'est parce que… »
Lily ne laissa pas à Frodon le loisir de continuer. D'un mouvement prompt, elle se leva de son fauteuil et vint poser son doigt sur les lèvres du hobbit.
« Chuuuut ! tu n'as pas vérifié le plus important. »
Puis la jeune fille alla ouvrir la fenêtre du salon et se penchant à l'extérieur :
« Sam ! Houhou ! tu peux aller me chercher un châle ? Il risque de faire froid, tout à l'heure ! »
L a tête bouclée de Sam Gamegie apparût aussitôt, signe qu'il ne se trouvait pas bien loin et avait manifestement vu sa sœur entrer.
« Tu exagères, Lily, je ne suis pas ton larbin ! tu pourrais penser à tes affaires toute seule ! »
« Oh, s'il te plait, Sam, tu es mon grand frère préféré ! ajouta-t-elle d'une voix câline en gratifiant le brave jardinier d'un baiser sur la joue. »
« Bon, bon, grommela l'autre, furieux de ne pouvoir assister à la suite de la conversation. »
« Ah, et puis j'oubliais, Rosie voudrait que tu passes au Dragon Vert, tout à l'heure, elle a des choses à te dire ! »
Cette fois, le pauvre Sam devint tout rouge. Manifestement, il avait à présent d'autres préoccupations que les histoires sentimentales de sa sœur.
« Ah, mais, que… pourquoi ? »
« Tss, tu verras bien, fit Lily en lui adressant un clin d'œil canaille. »
Tout joyeux, le hobbit disparut en courant, comme poursuivi par un démon de l'ancien monde. Quand son frère fut suffisamment loin, elle referma la fenêtre, satisfaite de sa ruse et revint s'asseoir.
« Rosie t'a dit quelque chose ? Demanda Frodon, curieux. »
« Pas du tout, mais elle trouvera bien, et comme ça, nous serons débarrassés de mon frère pendant une heure au moins. Et maintenant, qu'as-tu à me dire ? »
« Voilà, Lily, je ne veux pas te mentir ; je dois t'expliquer la vraie raison de mon attitude qui doit te sembler étrange, et même peut-être vexante. »
En parlant, Frodon s'était approché d'un grand coffre en bois. Il ouvrit le meuble plein de poussière et en sortit une enveloppe cachetée. Puis il reprit :
« Lily, tu ne peux pas imaginer à quel point j'ai désiré… j'ai attendu.. . Ce que tu voulais m'offrir aujourd'hui, mais …. »
« Mais quoi ? fit Lily en se levant, se rapprochant ainsi de Frodon et le fixant dans les yeux d'un air provoquant. »
« Lily, si tu me regardes comme ça, je ne pourrais pas terminer… ni respecter mes engagements. C'est déjà assez dur comme ça. »
« Très bien, très bien, fit la jeune fille en retournant s'asseoir, néanmoins satisfaite de son petit effet. »
Le hobbit se mit à triturer nerveusement l'enveloppe et repris :
« Tu as peut être vu, quand tu étais petite, un anneau d'or que Bilbon avait ? »
« C'est possible, oui. Je n'y ai jamais fait attention. »
« Enfin, peu importe. Bilbon aimait beaucoup cet anneau qui, croyait-il, avait seulement le pouvoir de rendre invisible. Mais après coup, Gandalf a pensé que son pouvoir allait… bien au delà. Il a engagé Bilbon à le laisser derrière lui, non sans peine, et à me le léguer. »
« Je ne vois pas en quoi le fait que Bilbon t'ai laissé ce truc me concerne. L'anneau rend… insensible aux charmes féminins ? Ça expliquerait le célibat de Bilbon ! »
« OOOOH, là, non, pas du tout, soupira Frodon. Mais… Gandalf a dit que c'était dangereux. Que d'une façon ou d'une autre, je pouvais me trouver impliqué dans des affaires… dangereuses, et qui me dépassent… et en tous cas qui m'empêchent… de planifier quoi que ce soit à long terme. »
« A long terme ? fit Lily en fronçant ses fins sourcils bruns. »
« Ma Lily, ce matin en me levant, j'avais l'intention d'aller demander ta main à ton père ….pour pouvoir t épouser au plus vite, finit par dire Frodon. Mais … Gandalf m'a ensuite mis en garde pour l'anneau et… ce n'est pas possible. »
Comme il prononçait ces paroles, les larmes commençaient à venir aux yeux du pauvre Frodon.
« Mais Frodon, je te l'ai dit, je ne demande rien, je veux juste me donner à toi ! »
« Non, je ne veux pas que ça se passe comme ça ! Protesta le hobbit. Pas avec toi ! Je t'aime trop et tu mérites tellement mieux que quelques étreintes à la sauvette !
« Oh, Frodon, s'écria Lily, en larmes elle aussi, se pendant au cou du hobbit. »
Submergé par l'émotion, Frodon eut du mal à reprendre son discours, mais finit par poursuivre.
« Lily, la première fois que nous ferons l'amour je veux que ce soit magique, un moment de grâce à la mesure de mon amour pour toi. Mais je te promets… Je vais presser Gandalf pour qu'il active ses recherches. Et enfin, enfin, nous serons tranquilles et heureux mon amour ! »
« Alors, ça, c'est le plus beau cadeau qu'on m'ait jamais fait, dit Lily avant se venir poser ses lèvres contre celles de Frodon. »
