Disclaimer : La série éponyme Naruto ne m'appartient pas, et ses personnages non plus, d'ailleurs. Ils sont la propriété exclusive de Masashi Kishimoto.
Chapitre 10 – sorte de point tournant. Ici, on laisse l'introduction de l'intrigue – parce qu'il y en a une ! -, des personnages – bien que d'autres vont encore apparaître, huhu -, et de l'univers. Ici, la véritable histoire va commencer. Et je vous réserve déjà des surprises pour le chapitre 14.
Sachez juste qu'il y a TOUJOURS une raison aux actions des personnages, même si... certains personnages… ont l'air OOC. Mais il faut que j'arrête d'épiloguer.
Bonne lecture !
A FEU ET A SANG
Chapitre 10
L'atmosphère était tendue dans cette pièce.
Ce fut la première chose qui vint à l'esprit de Sakura lorsqu'elle y entra. On avait l'impression d'y étouffer. Elle était pourtant relativement spacieuse et sobrement décorée, presque spartiate ; aucune peinture ne venait rompre la monotonie des écrans de papier de riz ; et à part une table basse que les conseillers et les chefs de clans utilisaient pour signer des lois et ratifier des traités et sur laquelle Sakura se pencherait sûrement elle-même dans le futur, il n'y avait pas un seul meuble.
Les cinq conseillers, assis en demi-cercle au centre de la pièce, jetaient vers elle des regards de surprise et de soupçon mêlés ; c'était de là, sans doute, que venait cette impression d'oppression. Haruno Shoichi, le père de Sakura, avait fait réduire drastiquement leur nombre il y avait quelques années de cela, ne gardant que les plus dévoués et les plus expérimentés ; malheureusement, il avait ce faisant aussi sélectionné les plus méfiants et les plus impitoyables.
Tout cela, c'était Kakashi qui le lui avait murmuré en guise d'encouragement avant qu'elle ne soit admise au palais. Elle s'était demandé d'où il tenait ses informations – c'était une question qui l'avait démangée tout le long du voyage -, mais elle avait su se tenir. Il était impératif qu'elle se concentre sur la tâche à venir.
Et maintenant – maintenant – quelques semaines à peine ayant passées depuis qu'elle avait commencé à fomenter ses espoirs fous – maintenant, elle allait essayer de les accomplir. Maintenant, là, tout de suite. Désormais, quoi qu'il advienne, elle ne pourrait plus revenir en arrière.
Il fallait qu'elle soit calme, très calme. Elle venait ici de sa propre initiative et elle était dans son plein droit.
Sakura inspira profondément et sentit quelque chose en elle se relâcher.
« Bonjour, sires, murmura-t-elle en s'inclinant.
- Bonjour, Haruno-san, répondirent-ils. »
Ils connaissaient déjà son identité ; Sasuke, comme convenu, leur en avait informé, afin d'aiguiser leur curiosité envers elle ; sans doute auraient-ils refusés une entrevue sans aucune arrière-pensée autrement. Son nom, ce nom qu'elle portait avec justice et sans crainte d'être traitée en impostrice, avait été un argument de taille, elle le savait.
Elle devait à présent leur expliquer la raison de sa venue à Haruyama et les convaincre qu'elle ferait une bonne souveraine. Cette pensée lui arracha un sourire un peu nerveux ; rien que ça.
« Vous vous demandez sans doute pourquoi je suis ici ; pourquoi j'ai fait tout le voyage depuis la capitale Uchiha jusqu'à Haruyama et pourquoi j'ai demandé une audience au conseil Haruno. Je vais vous répondre, mais il me faut d'abord évoquer mes origines. »
C'était un bon début. Elle s'arrêta pour reprendre son souffle. Les yeux des membres du conseil étaient braqués sur elle, attentifs. Elle cligna quelques fois des yeux, dérangée par tant d'insistance, avant de réussir à en faire abstraction et à continuer.
« Mon honorée mère était une geisha. Je ne sais rien des circonstances en lequelles elle rencontra mon père, mais je fus conçue et il nous envoya loin de lui afin de nous protéger – en terre Uzumaki, où ma mère avait des connaissances.
« Mon père était feu Haruno Shoichi. »
Un membre du conseil (qui la fixait toujours avec un air de curiosité vorace) prit alors la parole, l'interrompant presque.
« Êtes-vous sûre de la véracité de ce que vous dites ?
- Sans nul doute, répliqua-t-elle.
- Il n'y a pas d'erreur possible, marmonna un autre conseiller, un homme d'âge moyen et quelconque d'apparence. Elle a les traits Haruno par excellence. »
Ces paroles entrainèrent un flot de murmures, sceptiques de le part de certains, convaincus de la part d'autres. Sakura inspira profondément et ferma les yeux, savourant le fait que jusque là, les choses se passaient plutôt mieux que ce qu'elle avait osé espérer. Plusieurs conseillers la croyaient. A présent, la question était : l'accepteraient-ils pour autant ? Ou bien préfèreraient-ils renier sa parenté, la jeter hors du château ou même, la faire assassiner ? D'après ce que Kakashi lui avait dit à leur propos, les conseillers étaient loyaux au clan Haruno et agissaient dans son intérêt, plutôt que dans le leur - comme c'était le cas dans le clan Hyuuga. Mais serait-ce dans l'intérêt du clan qu'elle soit à sa tête ?
Il n'y avait qu'un seul moyen pour s'en rendre compte.
«Vivant en ce qui était anciennement une terre Uzumaki, reprit-elle, et un silence de mort se fit dans la salle, et exerçant la profession que j'exerçais, j'ai rapidement eu vent de la mort de mon honorable père, puis des machinations du clan Uchiha à ce propos. C'est alors que j'ai décidé de me rendre ici, de venir parler aux conseillers que mon père estimait tant, à la fois pour les mettre au courant de certaines choses qu'ils devaient savoir et en espérant qu'ils reconnaissent mon ascendance et mon autorité. »
Elle avait frappé fort, cela se voyait à leur visages.
« De quelles machinations parlez-vous, et de quoi vouliez-vous nous mettre au courant ? demanda un conseiller, le même qui l'avait interrompu tout à l'heure.
- Le clan Uchiha planifie d'attaquer ces terres, de les conquérir, et d'assujettir le peuple et le clan Haruno. Est-ce supportable ?
- Non, souffla-t-il, échangeant un regard avec un autre conseiller. Ce n'est pas supportable, et ça ne sera pas supporté.
- Je n'en attendais pas moins du clan Haruno. »
Elle avait parlé avec déférence avant, mais elle sentait que désormais elle devait parler avec autorité, décision, pour mieux asseoir, tout de suite, sa position. Sasuke l'avait prévenue : avec les conseillers, il fallait montrer du fer. S'ils sentaient une quelconque faiblesse en elle, ils n'hésiteraient pas à l'écraser, aussi ne comptait-elle pas leur en laisser l'occasion.
« Qu'en est-il de ces voyageurs qui vous ont accompagnés ? Ce… Kakashi, l'homme borgne ?
- Ils sont, comme moi, convaincus qu'on ne peut laisser le clan Uchiha agir en toute impunité. J'ai une confiance totale en eux, ajouta-t-elle en apercevant leur air sceptique. Ils m'ont prouvé assez de fois durant ce voyage qu'ils n'étaient pas des traîtres ou des mercenaires, Kakashi autant que les autres.
- Nous respectons votre jugement, murmurèrent ils après un court silence, les yeux poliment baissés.
- Ils seront en ville tout l'hiver de toute manière, où vous pourrez les faire surveiller. »
Elle savait que Kakashi et Sasuke ne courraient aucun risque. Quant à Naruto – eh bien, il savait s'occuper de lui, et elle était de toute façon convaincue qu'il ne l'aurait pas vendue aux Uchiha.
Leur visages lui revinrent en mémoire avec tant de clarté qu'il lui semblait qu'ils se tenaient avec elle dans la pièce, l'encourageant silencieusement. Elle pouvait imaginer leur expressions. Kakashi, l'air quelque peu mou, comme d'habitude, Sasuke, avec un visage impassible que venait démentir un petit sourire en coin, et Naruto, avec son sourire rayonnant des beaux jours.
« Vous nous avez donné beaucoup de sujet à réflexion, dit enfin l'un d'eux. Excusez notre impolitesse (tous les conseillers s'inclinèrent devant elle) mais il nous faut désormais délibérer.
- Vous pouvez aller où vous le voulez, et toutes les servantes seront à votre disposition, ajouta un autre.
- Je vous remercie infiniment, murmura-t-elle, de nouveau docile. Votre bonté est grande. »
La jeune femme s'inclina à son tour, si bas que son front toucha les nattes , mais se leva pour sortir, comme une égale ou une supérieure. Elle pouvait sentir leur regards dans son dos et elle savait qu'elle avait au moins accompli une chose : elle avait réussi à les intriguer. Cela pouvait semblait peu, songeait-elle, mais c'était déjà beaucoup pour une personne comme elle, qui n'avait pas l'éducation ni le savoir d'une riche héritière – bien qu'elle en soit une.
Un garde ferma l'écran coulissant d'un coup sec derrière elle ; les conseillers laissèrent alors s'écouler quelques instants avant de prendre la parole, de peur qu'elle ne les entende.
« Qu'en pensez-vous ? demanda enfin un conseiller du nom d'Aizô, dit-elle la vérité ?
- Il n'y a aucun doute là-dessus, répliqua un autre en épongeant son front, avez-vous remarqué son nez et son front ? Ce sont ceux de Haruno Shoichi-sama, indubitablement.
- Nous ne pouvons pourtant pas accepter comme souverain le premier venu, simplement parce qu'il ressemble au défunt seigneur, même de très près. Depuis le temps que des bâtards se présentent à nos portes en espérant se faire adopter…
- Mais aujourd'hui, fit remarquer Aizô, elle est notre seule solution. Nous avons besoin d'un souverain, au moins pour les apparences. Nous ne pouvons pas gouverner directement, le peuple le verrait d'un mauvais œil –
- Et alors ? marmonna un autre. Une femme, le peuple le verrait-il mieux ? »
Un murmure d'approbation s'éleva, tandis qu'Aizô considérait le conseiller qui avait parlé d'un œil froid. Aizô était un homme d'expérience dans la politique, charismatique, réfléchi et populaire. Comme ses collègues, il avait ses doutes quant à cette jeune femme, mais il y avait d'autres paramètres à prendre en compte dans cette affaire qui faisaient qu'au final, elle était sans doute leur meilleure option - en espérant qu'elle se révèle être plus docile qu'elle ne le paraissait.
« Souvenez-vous du jeune homme de ce matin, et de sa proposition, murmura-t-il, et un silence tomba sur la salle.
- Vous voulez dire que…
- Non !
- Dois-je vous rappeler, messieurs, coupa-il d'un ton plus sec, que nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger le clan, coûte que coûte, quitte à… »
Les mots s'étranglèrent dans sa gorge. Les autres du conseil devinrent livides mais ils baissèrent la tête, reconnaissant la véracité des paroles de celui qui était, dans les faits, leur meneur. L'intérêt du clan passait avant tout, et s'il fallait pour le protéger jeter leur honneur aux orties, agir comme des lâches, des traîtres, des assassins, ils le feraient volontiers. Entre leur fierté - leur haine des Uchiha - et la survie du clan, ils choisissaient la survie du clan.
Haruno Shoichi, avec sa clairvoyance habituelle, ne s'était pas trompé en les choisissant comme membres du conseil. Ils étaient des machines entièrement vouées à une cause : la sauvegarde du clan – des armes redoutables pour qui savait s'en servir.
« Dans ce cas-là, articula un conseiller avec difficulté, il faudrait mieux… Je veux dire, nous serons obligés de… D'accepter.
- Les deux propositions, oui.
- Ce n'est pas de gaité de cœur, non, soupira le premier.
- Pas d'effusions, je vous en prie, aboya Aizô. »
Il avait horreur de toute démonstration de sentiments, quels qu'elles fussent, et faisait de son mieux pour que ça n'arrive jamais au sein du conseil.
« Nous ferons ce que nous devons faire.
- Nous ferons ce que nous devons faire, reprirent en chœur les autres. »
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Sakura avait profité du fait que le conseil s'était retiré pour discuter pour faire connaissance avec le château. C'était une magnifique bâtisse, ancienne mais parfaitement préservée ; les panneaux coulissants ainsi que les tatami étaient régulièrement rénovés. Les murs étaient couverts de peintures exquises représentant des paysages et des animaux mais le style était beaucoup moins lourd que celui du palais Uchiha. Les servantes se déplaçaient à pas feutrés, si bien que plusieurs fois, Sakura ne remarqua pas leur présence avant qu'elles s'inclinent devant elle – et quelle sentation étrange, de voir des gens se prostrer devant vous ! Elle s'était sentit presque gênée en voyant que le conseil montrait tant d'humilité devant elle.
Il faudrait pourtant bien qu'elle s'y habitue.
Elle découvrit les jardins, petits havres de paix, sublimes dans leur simplicité. Il lui semblait que si elle était acceptée à la tête du clan, elle aimerait se reposer là, abandonnant ses soucis à leurs abords. Sakura s'y balada pendant quelques temps, admirant leur configuration et la beauté de leur plantes, avant d'y faire une rencontre pour le moins impromptue : elle allait partir lorsqu'elle vit qu'un homme, habillé comme un noble, était affalé sur un banc à une certaine distance d'elle.
Elle s'approcha de lui, intriguée que quelqu'un de son statut puisse se tenir ainsi dans un lieu public – quoique, ce jardin était sans doute privé jusqu'à ce qu'elle y arrive -, et engagea une conversation.
« Bonjour, sire, dit-elle.
- Bonjour, répondit-il d'une voix traînante. »
Comme il ne semblait pas vouloir continuer la conversation, elle s'assit à ses côtés et le fit à sa place, poussée par la curiosité – elle songea un instant, non sans humour, que la technique qu'elle avait employée avec succès sur le conseil marchait aussi sur elle.
Il était plutôt grand, des cheveux bruns sombres coiffés en queue de cheval, des yeux noirs, perspicaces, et très intelligents. A sa plus grande surprise, il semblait… s'ennuyer.
« C'est une expression consacrée que j'ai toujours trouvée assez stupide. Après tout, il y a des bons jours et il y en a des mauvais, alors pourquoi dire 'bonjour' à chaque fois qu'on rencontre quelqu'un ? C'est mentir entre ses dents.
- La politesse exige qu'on prononce une formule positive en rencontrant un inconnu, répliqua-t-il après un court silence. Il est impoli de se plaindre d'emblée, surtout quand on ne connait pas la personne – en outre, être bougon ne donne jamais une bonne impression.
- Grâce à la société, les jours sont donc tous bons.
- A cause de la société, on doit faire semblant que tous les jours sont bons, corrigea-t-il. Galère… »
Il renversa la tête en arrière pour regarder le ciel, et elle ne put s'empêcher de sourire devant sa logique. Lui garda sa moue apathique, bien que ses yeux semblaient à présent plus vifs, comme si leur embryon de conversation l'avait réveillé de sa torpeur. Elle se dit qu'il ferait bien d'appliquer ses propres conseils sur la politesse et lutta pour ne pas rire.
« Je suis Haruno Sakura. Et vous, comment vous appelez-vous ?
- Nara Shikamaru.
- Vous faites partie du clan Nara ?
- Et vous, du clan Haruno, répliqua-t-il d'un ton moqueur. »
Bizarrement, elle ne se sentit pas vexée de cette répartie. Elle sentait que sous la façade revêche et bougonne se cachait quelqu'un avec qui elle s'entendrait bien, si elle avait l'occasion d'apprendre à mieux le connaître. Sa posture avachie le différenciait immédiatement de ceux avec qui elle avait désormais l'habitude de traiter, lui donnait l'air naturel et calme – et paresseux, mais là n'était pas le propos.
Elle ne pouvait prétendre, cependant, que la sympathie immédiate qu'elle ressentait à son égard n'était pas renforcée par le fait qu'il était un Nara. Le domaine du clan Nara s'étendait plus au Nord, et, malgré un climat plutôt froid – nul doute qu'à cette période de l'année, la neige était déjà bien installée – l'agriculture y était florissante. On y élevait des cerfs, symbole d'ailleurs du clan, et il fallait croire que c'était un élevage qui rapportait gros ; le clan Nara était riche, bien qu'il soit pris en tenaille entre les terres Haruno et les terres Hyuuga, deux clans qui vampirisaient la plupart de l'activité mercantile du coin.
Sa stabilité, à la fois économique et politique, pouvait peut-être s'expliquer par le fait qu'il était allié depuis des temps ancestraux avec les clan Akimichi et Yamanaka et qu'à eux trois, ils constituaient une puissance non négligeable. On les qualifiait parfois de « Trio Gagnant » ; même les plus grand clans hésitaient à s'attaquer à eux, selon Kakashi (il avait cru bon de lui donner des cours de politique tout le long du voyage, et dieu merci pour ça.)
De plus, le clan Nara n'avait pas d'alliance officielle avec d'autres clans que les Akimichi et les Yamanaka, bien qu'ils soient, de croyance populaire du moins, en bon terme avec le clan Haruno – ce que venait confirmer la présence de ce Nara Shikamaru ici.
« Qu'est-ce qui vous amène en terre Haruno ? reprit-elle. Je sais que nos clans ne sont pas en guerre, mais les visites sont plutôt rares.
- Je suis venu parler avec le conseil, dit-il en reportant son regard scrutateur sur elle. Récemment, nous avons subit une attaque du clan Uchiha – rien de plus qu'une escarmouche, et Uchiha Fugaku a assuré que c'était une erreur, un incident isolé, mais les coupables n'ont pas été exécutés et nous avons raison de croire qu'il ment. »
Il passa une main sur son visage, l'air profondément ennuyé par cette affaire. Sakura était estomaqué que les Uchiha aient pris une action si directe. Cela montrait qu'ils avaient confiance en leur force armée. Peut-être trop, mais il y avait sûrement une raison à ce sentiment et en ce moment le clan Haruno était particulièrement vulnérable… Cela ne présageait rien de bon.
Elle se demanda aussi pourquoi Shikamaru-san lui racontait tout cela. Sans doute était-ce une affaire secrète et il serait malaisé que des espions ennemis – des ninjas – s'emparent de cette information…
« En outre, ajouta-t-il, les Hyuuga sont en train de masser leurs forces sur les frontières. Il semblerait qu'ils se préparent à une offensive, mais envers qui ?
- Nara-san, pourquoi me racontez-vous toute cela ? Je pourrais être une espionne au compte de l'ennemi.
- J'en doute. »
Il ne lui expliqua pas son raisonnement cependant, et elle dut se contenter de cette réponse quelque peu cryptique. Elle fut alors frappée par la pensée qu'il voulait peut-être qu'elle le sache, pour une quelconque raison. Après tout, il était Nara, et les Nara étaient connus pour être de fins stratèges - et pour posséder un réseau d'informateur hors-pair, bien que cela moins ouvertement admis.
A nouveau, elle remercia mentalement Kakashi pour ces informations.
Ils réengagèrent la conversation, mais cette fois ce fut sur des sujets moins sensibles, comme le shôgi et le go. Il apparut rapidement que Shikamaru avait un niveau élevé dans ces deux jeux, et Sakura appréciant également leur logique et leur complexité, ils se lancèrent dans un débat sur les meilleurs tactiques. Sakura exprima un souhait de jouer un jour contre lui, car il semblait être un adversaire de taille ; il promit alors, avec l'air de quelqu'un dont on extirpe quelque chose de douloureux (« Galère », selon son expression, ce qui la fit sourire) que ça serait le cas. La conversation vira alors sur la poésie et la littérature, et là encore, elle fut plutôt animée – du moins du côté de la jeune femme.
Ce fut une servante qui les interrompit. S'inclinant très bas devant eux, elle dit :
« Le conseil vous attend, Haruno-san. Si vous voulez bien me suivre…
- Le devoir m'appelle, dit-elle à Shikamaru avec un sourire. Excusez-moi. »
Il se contenta de hocher légèrement de la tête et de retourner à sa contemplation du ciel – ou plutôt des nuages, comme il le lui avait expliqué. Le cœur battant, elle se retourna alors pour suivre la jeune servante, qui la contemplait d'un air intimidé, et lui fit signe de lui montrer le chemin.
Elle quitta le jardin sans un regard en arrière ; le temps commençait à s'alourdir et elle songea avec amusement que Shikamaru devrait rentrer bientôt, lui aussi, à moins qu'il ne veuille finir trempé jusqu'aux os.
Le chemin lui parut plus long qu'à l'aller. A chaque pas qu'elle prenait, son cœur semblait bondir dans sa poitrine, comme s'il était attaché à un ressort. Néanmoins, elle garda une apparence calme sans trop de difficultés car elle savait qu'à présent, son sort était hors de ses mains. Il n'y avait rien à fait que ce qu'elle avait déjà fait, rien d'autre à dire au conseil pour essayer de les persuader. Quoique fut sa décision, elle devrait désormais l'accepter.
C'était une sentation terrible d'impuissance mais paradoxalement, de liberté.
Elle arriva enfin devant la porte de la salle du conseil. Il lui semblait entendre des murmures à l'intérieur, mais elle n'y prêta pas attention et entra, s'inclinant légèrement à l'entrée avant de s'agenouiller devant eux, le visage lisse et froid comme le marbre, comme le fer. Surtout, ne pas montrer de faiblesse. Il n'en allait plus de son avenir mais de sa fierté personnelle, et c'en était tout aussi motivant.
Le conseiller le plus jeune, celui qui s'était contenté d'écouter – et de juger – pendant qu'elle plaidait son cas auprès d'eux, se racla la gorge. Leurs yeux se recontrèrent, sans ciller.
« Haruno Sakura, fille du défunt seigneur Haruno Shoichi, les membres du conseil rassemblés ici reconnaissent ton autorité en tant qu'héritière du clan et future souveraine. »
Et, sous ses yeux ébahis, ils se prostrèrent devant elle, comme d'un seul homme.
