Narrateur : Jay Halstead

- Je ne vais pas te sauter dessus Erin, lui fais-je remarquer amusé.

Elle est de plus en plus mal à l'aise. Elle se contente d'affirmer brièvement d'un signe de tête.
Je comprends que ça ne va pas être chose facile de mettre ce sujet sur le tapis. Peut-être avec le temps …

- Elle a grandi depuis la dernière fois que je l'ai vue.

Elle tourne son regard vers moi, plutôt surprise par ma remarque, puis pose ses yeux sur sa nièce.

- Tu l'as déjà vue ?

Je regrette aussitôt de lui avoir fait cette remarque. Je sais très bien qu'elle va chercher à savoir.

- Ouais …

Je n'en dis pas plus, espérant qu'elle se contente de cette réponse aussi brève, qu'évasive. Mais c'est mal la connaître …

- Comment ça se fait ?

Elle continue de m'interroger du regard. Alors je décide de reporter mon attention sur la télévision. Maintenant le plus dur, c'est d'essayer de faire semblant de m'intéresser à l'émission totalement débile qui passe à l'écran.

- Jay ?
- Hmmm …
- JAY ! insiste-t-elle.

Elle ne compte pas en rester là. Alors, de nouveau, je tourne mon visage face à elle :

- Quand t'as démissionné, Teddy est venu à Chicago, il te cherchait …

Elle fronce les sourcils, visiblement surprise. Teddy ne lui avait rien dit ?

- Il était venu au bureau un jour. Voir Voight …
- Je l'ignorais.

C'est bien ce qu'il m'avait semblé. Pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Aucune idée.

- Et il est resté longtemps à Chicago ?
- Le temps qu'on te retrouve … Enfin, on l'a hébergé, lui et Tatiana, le temps que …
- On ? m'interrompt-elle avec un regard intrigué.
- Avec Voight, affirmais-je.

Elle paraît de plus en plus étonnée. Elle me fixe en silence, tandis que je me perds dans mes pensées.


1 mois auparavant

- Il a dit qu'ils s'occuperaient eux-mêmes de l'autre salope !

Mon arme toujours à la main, tenant l'un des nombreux suspects en joue, je tourne soudainement mon visage en direction de Voight. Le visage de plus en plus tendu et crispé, il se fait encore plus menaçant envers l'homme qu'il tient entre ses mains.

- QUELLE SALOPE?! … QUELLE SALOPE ! hurle-t-il en approchant son chalumeau de son torse.
- UNE FLIC, IL LEUR A DIT DE TOUT METTRE EN PLACE! s'exclame l'homme.

Puis c'est le silence. Un silence tendu, pesant. J'aperçois les regards anxieux de mes collègues se tourner vers Voight. Celui-ci se saisit aussitôt de son portable, tandis qu'Olinsky se charge de surveiller l'homme.

- Allez Erin … Réponds ….

C'est toujours dans ce même lourd silence qu'on attend, et qu'on espère une réponse de sa part. Mais il n'en est rien. Alors il essaie une autre fois. En vain.

Puis soudainement, Voight se met à la hauteur de notre principal suspect avant de serrer ses mains autour de son cou :

- Ecoute moi bien, fils de pute ! Si tes amis touchent un seul de ses cheveux, s'il lui arrive quoi que ce soit, je te jure que ce n'est pas la prison qui vous attend !
- Hank …, tente de le calmer Olinsky.

Mais bien trop énervé, celui-ci l'ignore et continue d'étrangler l'homme qui commence à étouffer.

- TU M'AS ENTENDU ? hurle-t-il.

Il ne compte pas en rester là. Mais on ne peut pas, on n'a pas le temps. La vie d'Erin en dépend.
Alors je fais signe à Antonio de s'occuper de l'homme que j'avais sous la main.
Il me fait comprendre qu'il s'en charge. Je me dirige aussitôt jusqu'à Voight qui continue d'étrangler le suspect. Il est tellement hors de lui qu'il a l'air d'avoir oublié que plusieurs hommes en ont après Erin.

- Voight, on doit y aller ! S'ils trouvent Lindsay avant nous …


- Tout va bien ?

Non, ça ne va pas. Pas du tout. La soirée a été longue. Longue, mais surtout difficile. J'ai besoin d'un autre verre. Alors j'en demande un de plus au serveur.

- Jay ?

Assis en face de moi, Ruzzek et Antonio me questionnent du regard. Je ne réponds rien et contente de boire mon verre d'une seule traite.

- Tu devrais rentrer … , reprend Ruzzek d'une voix hésitante.
- On te ramène.

M'ordonne Antonio en se levant de sa chaise. Mais je n'en fais rien parce que je ne veux pas rentrer chez moi. Je veux juste la voir …

- J'ai cru que ...

Je n'arrive pas à finir ma phrase. Les mots sont bloqués dans ma gorge.

- On sait mon pote, me dit Ruzzek d'une voix compatissante. Mais maintenant, tout est rentré dans l'ordre.
- … J'ai cru que je l'avais perdue, murmurais-je, comme pour moi même. Quand … Quand j'étais dans la voiture et qu'elle ne répondait pas à nos appels …

Je secoue mon visage. Les mots sont trop faibles pour décrire ce que j'ai ressenti à ce moment. La peur, l'angoisse ? Non, c'était bien pire que ça …

- Mais elle va bien Jay, m'assure Antonio. Et on a arrêté Roland et son équipe. Donc Lindsay n'a plus rien à craindre.
- Elle est en sécurité.


- Jay … Jay … !

Je reviens à la réalité en sentant une main posée sur mon bras. J'aperçois Erin, accroupie face à moi, le regard soucieux.

- Qu'est ce qui se passe ?

Je secoue mon visage, pour lui faire comprendre que tout va bien. Mais c'est dur. Terriblement dur. Parce que ma réponse est totalement fausse.

- Jay … T'as vu ton état ? Ne me dis pas que c'est rien…

Je passe une main sur mes yeux devenus humides. Je m'en veux de craquer … Et surtout devant elle.

- Qu'est ce qui se passe ? me demande-t-elle à nouveau, dans un murmure.
- Ne me refais plus jamais ça …

Elle semble comprendre le message, puisque je vois son visage afficher une expression mi- désolée, mi- coupable.

- En l'espace d'un mois, j'ai cru te perdre 3 fois Erin…

Elle reste toujours silencieuse, tandis que j'aperçrois se fermer soudainement.

- Je sais que tu ne vas pas bien. Mais tu n'as pas le droit de me faire ça… Tu n'as pas le droit de nous faire ça…

Elle fronce les sourcils :

- De quoi Jay ?
- Tu demandes à Nick de te mettre une balle dans la tête … Ensuite, Roland envoie ses gars pour te tuer et pour finir …

Je ferme les yeux, repensant à cette nuit où nous l'avions retrouvée entre la vie et la mort.