Bonjour tout le monde! Merci d'être encore là, de ne pas vous lasser de cette histoire. Sachez que vos reviews m'encouragent à continuer, j'en ai bien besoin dans mes fréquents moments de doute... En tout cas, j'espère que vos attentes ne seront pas trop déçues...
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CHAPITRE DIX
-Je suis confus de vous déranger, monsieur. Je n'en aurai pas pour longtemps…
-Vous ne me dérangez pas, mon cher Severus, répondit Dumbledore d'un ton affable tout en l'observant attentivement par dessus ses lunettes. Il se trouve que vous tombez très bien, je n'ai strictement rien à faire, ce qui se produit très rarement, comme vous pouvez l'imaginer. Je suis ravi de vous voir. Asseyez-vous, je vous prie. Une tasse de thé?
-Non merci.
-Comme vous voudrez... Je devine que vous êtes pressé. Dites-moi tout de suite quel bon vent vous amène?
Bon vent? L'expression n'est pas vraiment appropriée, il va vite s'en rendre compte...
-Eh bien…, commença Severus, essayant de paraître sûr de lui. Je voudrais vous entretenir au sujet de … Harry Potter.
-Harry ?, s'étonna le directeur. Oh, mais oui, vous le connaissez bien, vous qui avez été son premier professeur. Je vous écoute avec grand intérêt!
Le pasteur rassembla tout son courage.
-J'aimerais savoir tout d'abord si…hum…si le garçon vous a parlé d'un certain lord Voldemort…
-Lord Voldemort ?, répéta le vieux musicien. Non…non, vraiment…cela ne me dit rien.
-... Alors, peut-être Mr Potter a-t-il évoqué devant vous un personnage de l'aristocratie avec qui il aurait eu …disons…maille à partir?
Dumbledore fronça ses sourcils broussailleux, avant d'ouvrir ses belles et longues mains ridées en un geste d'ignorance.
-Non, mon ami, je suis désolé. Harry ne m'a rien raconté de ce genre. De qui, de quoi s'agit-il exactement ? Auriez-vous l'amabilité d'éclairer ma lanterne ?
Evidemment! Tu t'en doutais, d'ailleurs. Le garçon n'a rien dit. Il t'a donc menti sur toute la ligne. Pour quelle obscure raison? C'est ce qu'il faudra élucider.
Severus s'éclaircit la voix. Le regard bleu et soutenu de son vis-à-vis le mettait mal à l'aise, mais il ne pouvait plus reculer.
-Avant d'arriver à Londres, Potter a eu une…hum... disons, une mésaventure sentimentale qui s'est terminée… tragiquement. Je vous fais grâce des détails. Toujours est-il que, pour diverses raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, ce drame l'a conduit à demander la protection de l'homme dont je vous ai parlé, ce fameux lord Voldemort. Or, cet aristocrate, le voyant vulnérable, a abusé de sa confiance. A l'époque, il a voulu le séquestrer, et nous avons dû lui arracher le garçon par la force des armes…
-C'est une histoire terrible…, murmura Dumbledore, le regard devenu grave. En effet, Harry ne m'a pas mis au courant…Enfin, je puis le comprendre. Sans doute préfère-t-il oublier pour le moment ces évènements fâcheux...
-Ce n'est pas fini, malheureusement. Suite à cette affaire, lord Voldemort a fait de la prison pour différents motifs. Or, cet homme dispose de nombreux et puissants soutiens, si bien qu'il a été innocenté et libéré après quelques mois seulement de captivité. Il est à Londres actuellement, et comme on pouvait s'y attendre, il …hum…il poursuit à nouveau Potter de ses assiduités.
Silencieux, Dumbledore jouait avec son coupe-papier.
-C'est un homme extrêmement dangereux, reprit Severus, tentant de gommer la colère de sa voix. Le garçon m'avait dit qu'il vous en parlerait, et qu'il ne quitterait pas l'Académie tant que ce Lord traînerait dans les parages. Or, il semble qu'il n'en ait rien fait…
-C'est étrange, dit doucement le directeur en relevant les yeux pour les plonger dans ceux de son vis-à-vis. Peut-être n'a-t-il pas suffisamment confiance en moi…
-J'en doute.
-Ou alors, il n'a pas trouvé en lui le courage de me parler de choses aussi…intimes, aussi gênantes…par timidité, ou par fierté, tout simplement ?
Le vieux n'a rien perdu de sa finesse et de sa perspicacité. Il est sûrement dans le vrai...
-Ceci n'explique pas que Potter m'ait menti, affirmant dans ses lettres qu'il vous avait informé de ses problèmes, et m'assurant qu'il ne mettait plus les pieds hors de Poudlard. Or, j'ai appris par hasard qu'il y a deux jours, il est allé jouer chez le duc de Fields. De plus, j'ai su après coup que lord Voldemort se trouvait également à cette soirée.
-C'est moi qui l'ai poussé à s'y rendre, mon ami, reconnut le directeur, embarrassé. J'ai beaucoup insisté, c'était pour lui une très belle opportunité. A vrai dire, il ne paraissait pas très chaud…ce qui, sur le moment, m'a beaucoup étonné, voire agacé, je l'avoue.
-Il a laissé passer une chance de vous raconter toute la vérité…
-En effet. Mais nous ne pouvons lui en tenir grief. D'ailleurs, il est rentré sain et sauf à Poudlard, et depuis, il n'a pas bougé de l'école, je vous le garantis.
-Nous avons évité le pire…mais je crains pour la suite. Lord Voldemort est un homme redoutablement intelligent et retors.
-Pensez-vous qu'il soit judicieux que j'aille trouver Harry, et lui dise que vous m'avez mis au courant ?
Comme le gamin va t'en vouloir, s'il apprend que tu as révélé tous ses secrets…!
-Nn…non, hésita le pasteur. Je préfèrerais d'abord lui en parler moi-même.
-Comme vous voudrez, mon garçon. Mais dans ce cas, qu'attendez-vous de moi ?
-Que vous ne lui donniez plus aucune occasion de sortir de Poudlard, à moins que ça ne soit avec tout l'effectif de l'orchestre, et sous bonne surveillance.
-Bien. Mais ne serait-il pas plus sage qu'il quitte Londres et retourne en province, le temps que cet être malfaisant soit neutralisé?
Severus hésita une nouvelle fois.
Oh non, tout mais pas ça...!
-Ce n'est pas souhaitable, dit-il finalement. Je pense qu'il ne perd pas son temps ici, à travailler avec vous.
-J'avoue que j'aurais du mal à me séparer de lui, admit le vieil homme avec un sourire. C'est un étudiant exceptionnel, un musicien de grand talent, et un excellent pédagogue, par dessus le marché. J'aimerais vraiment le pousser à développer ses dons aussi loin que possible. Mais dites-moi, savez-vous si ce lord Voldemort réside à Londres de façon permanente ?
-Non. Il possède une propriété à Bristol. Et son activité principale est la traite négrière. Il va donc devoir partir, à un moment ou l'autre.
-Parfait. Espérons que ce sera le plus tôt possible, bien que je n'aie aucune sympathie pour le trafic d'êtres humains. En attendant, je vais veiller discrètement sur Harry, vous pouvez compter sur moi, mon ami.
-Je vous en saurai gré, monsieur.
Il y eut un silence. Puis Severus se lança.
-J'aimerais avoir avec Potter un petit entretien, ce soir même si possible. Savez-vous où il se trouve actuellement ?
Dumbledore jeta un coup d'œil à la grande pendule qui ornait un des murs du bureau.
-Huit heures et demie… Il doit tout juste avoir fini de manger, et… Je ne saurais trop m'avancer, mais il me semble que le lundi, il n'a aucune répétition en soirée. Avec un peu de chance, vous le trouverez dans sa chambre. Voulez-vous que je vous y conduise ?
-C'est-à-dire que…s'il me voit en votre compagnie, il va se douter que...
-Ne vous inquiétez pas, coupa Dumbledore, je vais vous donner toutes les indications nécessaires, puis je vous quitterai quand nous serons parvenus à proximité de ses quartiers … Allons-y de ce pas, mon cher Severus !
o0o0o0o0o
Un valet vint prévenir lord Voldemort que le jeune Cédric Diggory demandait à le voir.
Le violoniste était ponctuel, un bon point pour lui.
Au lieu d'aller aussitôt le rejoindre, Tom prit le parti de le faire attendre un peu. Quinze bonnes minutes s'étaient écoulées quand il entra enfin, l'air affairé, dans le petit salon où patientait le jeune musicien.
Ils se saluèrent rapidement, et le Lord invita son visiteur à prendre place.
-Alors, avez-vous bien mené votre petite enquête?, s'enquit-il enfin, après qu'il eût ordonné au valet d'apporter à boire et qu'ils eurent échangé quelques formules de politesse.
Diggory sourit avec fatuité, tout gonflé de son importance.
-J'ai essayé d'en apprendre le plus possible sur Potter, mylord. Mais peut-être connaissez-vous déjà tout ce que je vais vous rapporter? Je vous ai vu vous entretenir avec lui, l'autre soir...
Le ton du jeune homme était légèrement suspicieux.
-Oh, non, certainement pas! Je le connais très mal, se récria Tom, ennuyé que Diggory les eût observés, Harry et lui, durant leur courte discussion. Nos rencontres ont toujours été très occasionnelles. L'autre soir, je suis allé le trouver pour le féliciter, de manière à éteindre d'éventuels soupçons. Mais il s'est montré arrogant et impoli, comme à son habitude. Visiblement, son succès lui monte à la tête.
-En effet. Il est de plus en plus odieux!, approuva hargneusement Diggory. Il se croit tout permis, c'est insupportable.
A présent très à son aise, le violoniste ne faisait même plus semblant d'avoir de la considération pour Harry. A l'évidence, il était prêt à tout pour être débarrassé de lui.
-Bien, allons-y, à présent, lança Tom fermement. Pour commencer, dites-moi tout ce que vous savez de son emploi du temps.
Le jeune homme se rengorgea.
-Oh, rien de plus facile!, commença-t-il avec emphase. En gros, nous avons les mêmes activités, lui et moi. Le matin est consacré au travail individuel, sauf quand Dumbledore nous convoque pour une séance de direction, ce qui arrive fréquemment. Je crois savoir que Potter, étant peu fortuné, a également quelques jeunes élèves en violon, mais sans doute pas tous les matins. Ensuite, répétitions d'orchestre tous les après-midis de deux à cinq. Par ailleurs, Potter travaille le mardi et le vendredi jusqu'à sept heures avec son quatuor. Il y a aussi les cours d'analyse et d'écriture, le lundi et le jeudi, de cinq heures trente à huit heures.
Impressionné par le rythme imposé aux jeunes musiciens, Tom émit un léger sifflement.
-Vous n'avez pas le temps de vous ennuyer, commenta-t-il sobrement. Et le soir?
-Le soir? Rien de particulier, sauf quand il y a concert.
-Potter a-t-il l'habitude de sortir en ville avec des amis, de faire la fête... bref, vous voyez ce que je veux dire?
Diggory hésita un instant.
-Non, je ne crois pas. Mais je ne peux vous garantir qu'il reste toujours sagement dans sa chambre, je n'ai pas pu le surveiller constamment.
-Bien sûr, bien sûr... A-t-il beaucoup d'amis au sein de l'école?
-A part ses camarades du quatuor, je ne lui vois pas d'amis proches à Poudlard. On m'a parlé d'une liaison avec une jeune servante, mais on m'a dit aussi qu'ils avaient rompu...
"Une liaison avec une servante? De mieux en mieux!", pensa Tom, irrité. "L'incorrigible séducteur!"
-Ces trois garçons, reprit-il, dissimulant habilement ses états d'âme... Est-il fréquemment en leur compagnie?
-En dehors du temps de répétition, il me semble qu'ils ne traînent pas souvent ensemble. Ou alors, ils restent très discrets, mylord.
-Bon. Autre chose, à présent. Pour pouvoir agir, j'ai besoin de savoir de quelle manière on peut s'introduire dans l'école sans passer par l'entrée principale et la loge du concierge.
-C'est très simple. Il y a une petite porte qui donne sur Burtonstreet.
-Cette porte est-elle ouverte en permanence?
-Elle l'est dans la journée. Le concierge la verrouille à sept heures. Nous, les étudiants, nous avons chacun une clef, en plus de celle de notre chambre.
Tom réfléchit quelques secondes, fronçant les sourcils.
-Pourriez-vous me prêter votre clef un certain temps?
-Heu... C'est-à-dire...?
-Oh, deux jours !...La durée nécessaire pour en faire une copie.
Après une courte hésitation, Diggory sortit son trousseau de sa poche et en détacha une petite clef. Il la tendit à Tom, qui s'en saisit et la glissa dans sa redingote.
-Parfait. Vous viendrez la récupérer après-demain. Quel est le numéro de la chambre de Potter?
-Chambre 27. En entrant par la fameuse porte, vous prenez le couloir de gauche, et c'est la troisième chambre à droite.
-Il habite donc au rez-de-chaussée?
-Oui. Sa chambre donne sur la cour intérieure. Mais... pourquoi ces questions? Vous n'allez pas...
-Ne vous inquiétez pas. Je n'ai que de bonnes intentions, et tout le monde sortira gagnant de cette histoire, même Potter. Y a-t-il autre chose que vous vouliez me faire connaître à son sujet ?
Le violoniste resta quelques instants silencieux.
-A vrai dire...Oui, j'ai noté un dernier point intéressant, dit-il en fixant à nouveau le Lord.
-De quoi s'agit-il?
-C'est à propos de... ses relations.
-Tiens donc!
-J'ai découvert que Potter entretient une correspondance soutenue avec un certain Rogue, pasteur de son état. Il reçoit tous les jours une lettre de lui. J'ai pensé que ce... renseignement pourrait vous être utile.
-Un pasteur?... Connaissez-vous cette personne?
-Oui. Enfin, je pense l'avoir déjà rencontré. Il est venu à Poudlard, un dimanche. Je l'ai vu, en compagnie de Potter.
- A quoi ressemble cet homme?
-Grand... cheveux noirs... visage pâle... allure stricte... J'ai cru comprendre qu'il s'agit d'un ancien professeur de Potter.
-Hmmm... et comment avez-vous su qu'il lui écrivait?
-Par hasard. Il y a peu, j'ai surpris un gamin, un petit miséreux, qui s'introduisait à neuf heures du matin dans le bâtiment et s'apprêtait à frapper à la chambre de Potter. Intrigué, j'ai intercepté le drôle, je l'ai attiré à l'écart, et je lui ai demandé ce qu'il manigançait. Comme il ne voulait pas me répondre, je l'ai menacé énergiquement. Il a fini par avouer qu'il apportait tous les jours à Potter des lettres de la part du pasteur Rogue.
-Bien, bien. Et... savez-vous si Potter lui écrit également?
-Comme cette affaire avait piqué ma curiosité, je suis allé faire un tour le lendemain matin du côté de la loge du concierge. C'est là qu'on entrepose le courrier en partance, avant que le garçon de course ne l'apporte à la poste. Sur un prétexte quelconque, j'ai passé le paquet de lettres en revue. J'en ai trouvé une dont le destinataire n'était autre qu'un certain révérend Rogue, et j'ai reconnu sans difficulté sur l'enveloppe l'écriture négligée de Potter.
Ainsi, Rogue et Harry s'écrivaient régulièrement? Que pouvaient bien contenir ces lettres? A présent, Tom brûlait d'une curiosité avide, et la jalousie lui rongeait les entrailles. Il fallait qu'il mît la main sur ces courriers.
-Que pensez-vous, vous-même, de cet échange?, interrogea-t-il d'un ton aussi neutre que possible.
-Ce que j'en pense? Je trouve ça bizarre, mylord. Pourquoi un musicien de dix-sept ans entretiendrait-il une correspondance assidue avec l'un de ses anciens professeurs, pasteur de surcroît...? Moi, personnellement, ça ne me viendrait pas à l'idée...
-Et alors? Comment l'expliquez-vous?
-Je ne l'explique pas, justement.
-Ce sont peut-être des amis proches...?
-Pour en arriver à s'écrire tous les jours, ils doivent en effet être extrêmement proches, fit Diggory avec un rictus. Potter voudrait-il devenir lui-même pasteur?
-C'est peu probable.
-Dommage... Mais alors...?
Le Lord feignit de réfléchir intensément.
-A moins, lança-t-il subitement, que Potter n'ait commis quelque faute grave pesant maintenant sur sa conscience, et ne trouve réconfort et apaisement dans une pratique religieuse intensive...?
-J'y ai pensé. Mais...Sinon... il se pourrait aussi... qu'il y ait entre eux une sorte de... d'amitié particulière...enfin, vous voyez ce que je veux dire, mylord?
Cédric sourait, l'expression égrillarde. Soulevant les sourcils, Tom joua la plus parfaite surprise.
-Ah...vous voulez dire...? Oh, je n'y avais pas songé, mais à présent que vous en parlez... en effet, vous avez raison. Cela paraît assez vraisemblable. Quoiqu'il en soit, tout ceci est hautement suspect. Peut-être y a-t-il là quelque chose à exploiter pour nous. Bravo pour votre perspicacité!
Dès que Diggory eut vidé son verre, Tom le congédia. Ce faisant, il lui assura que son plan prenait forme, qu'il avait désormais les éléments en main et qu'il allait entrer prochainement en action. Tout se passerait pour le mieux à condition que lui, Cédric, sût tenir sa langue. Et bientôt, Potter ne serait plus pour lui qu'un mauvais souvenir.
o0o0o0o0o
Harry était particulièrement inspiré. Assis à son bureau, la mèche en bataille et le col grand ouvert, il écrivait fébrilement. Ce troisième mouvement semblait couler de source. Jamais le garçon n'avait composé avec autant de facilité.
Soudain, on frappa à sa porte. Il sursauta, laissant tomber une grosse goutte d'encre noire sur sa portée. La peste soit de ce visiteur! Qui pouvait bien s'amuser à le déranger dans un moment aussi mal choisi?
Rien n'était plus énervant que d'être interrompu en plein travail d'écriture.
On frappa à nouveau, plus fort. Il grimaça.
Grognant de dépit, il posa sa plume et retira ses lunettes. Puis il se leva, alla jusqu'à la porte en traînant les pieds et l'entrouvrit avec brusquerie. Il s'attendait à trouver Kitty, ou un de ses camarades du quatuor, et il était prêt à déverser sur l'intrus quelques mots bien sentis.
Une haute silhouette sombre, vêtue d'une longue robe, se détachait dans l'obscurité du couloir.
-Potter...
Les yeux de Harry s'aggrandirent. Le coeur battant la chamade, il ouvrit plus grand la porte, s'effaçant pour laisser passer le révérend. L'homme entra tandis que Harry refermait derrière lui, et avança dans la pièce d'un pas décidé.
-Mon révérend..., murmura Harry, songeant avec angoisse qu'il n'était guère présentable, pieds et mollets nus, la chemise à demi ouverte et les cheveux en désordre.
De plus, il n'avait pas à être fier de l'état de sa chambre. Il y avait plusieurs jours que Kitty n'était pas passée faire le ménage. Le lit défait était envahi de livres et de partitions. Des vêtements sales et des papiers froissés traînaient un peu partout...
Debout au milieu de la chambre, l'homme jeta un coup d'oeil à la ronde, puis se mit à le fixer avec une expression indéchiffrable.
-Je ne m'attendais pas à votre venue..., reprit Harry d'une voix mal assurée. Je suis désolé de vous recevoir dans une chambre aussi...
-Peu importe..., grommela Rogue. Je ne suis pas venu visiter vos quartiers, mais faire une petite mise au point avec vous.
Le ton était dur et froid. L'ancien Rogue, celui qui s'était montré si injuste avec Harry, semblait de retour. Le garçon frissonna. Que s'était-il passé? Il commençait à craindre le pire...
-Asseyez-vous, mon révérend, dit-il aussi aimablement que possible, en désignant son unique chaise.
-Non. Rassurez-vous, je ne compte pas m'éterniser.
Le coeur de Harry se serra. Il y eut un silence. L'homme dévisageait toujours son ancien élève avec cette expression tendue ... inquiétante.
-Vous vouliez... me parler?, risqua doucement l'adolescent.
-Oui, lança sèchement le pasteur. J'ai une question à vous poser, et vous allez me répondre sans détour. Où étiez-vous, samedi soir dernier?
C'était donc cela! Le pasteur avait appris d'une façon ou d'une autre que Harry était sorti de Poudlard! Le garçon sentit le sang affluer à ses joues.
-Chez le duc de Fields..., avoua-t-il aussitôt, sans baisser les yeux.
Quelques secondes passèrent encore en silence.
-Pouvez-vous m'expliquer pourquoi vous avez commis cette imprudence, Potter?, martela enfin le pasteur.
Harry ne prit pas le temps de réfléchir et de biaiser. Il devait la vérité au révérend, tout simplement.
-Je n'ai pas pu refuser ce concert, reconnut-il platement. Le professeur Dumbledore a beaucoup insisté pour que je m'y rende.
-Pourquoi le directeur vous a-t-il envoyé jouer là-bas?, insista le pasteur d'un ton glacial. Ne s'était-il pas entendu avec vous sur le fait que vous ne deviez pas sortir de l'école?
Cette fois, le garçon baissa le regard. Il se sentait misérable.
-Eh bien..., commença-t-il, hésitant. Contrairement à ce que je vous avais promis, je n'ai pas parlé au directeur de... de mes problèmes.
Le garçon pouvait sentir à distance la colère qui émanait de l'homme, en face de lui.
-Pour quelle raison?
-Je...hum... En fait, je craignais que, connaissant le danger, il ne veuille plus me garder à Poudlard et me renvoie à Wardour.
-Nous avions évoqué cette éventualité, vous et moi, et admis qu'il ne serait pas difficile de le convaincre de vous garder en sécurité dans l'école.
-C'est vrai. Mais... quand le moment est venu de lui parler, je n'ai pas trouvé le courage de le faire.
-Le courage?
-Oui. De lui raconter ce qui...ce qui m'était arrivé... enfin, vous comprenez. Cela me déplaisait, d'étaler ma vie privée au grand jour, et surtout... d'inspirer la pitié. Je préférais qu'il continue à... me respecter, et me considérer comme un musicien adulte, pas comme une victime.
-Ridicule. Vous connaissez comme moi le professeur Dumbledore. C'est un homme compréhensif et intelligent.
-Peut-être. Malgré cela, je craignais de le voir changer d'opinion à mon égard.
-Crainte bien futile par rapport aux risques que vous couriez en sortant!
Harry ne sut que répondre. Rogue avait raison, bien sûr. Le silence s'installa entre eux encore une fois.
-Ainsi, depuis des jours, reprit l'homme durement en croisant les bras, vous me racontez n'importe quoi dans vos lettres.
-Je regrette de vous avoir... caché la vérité, murmura le garçon. Mon intention était de ne pas vous inquiéter, et que vous ne preniez pas de risque inconsidéré.
-Vous m'avez menti outrageusement.
-Je suis désolé...
-Puis-je encore avoir confiance en vous, Potter? Je sais que vous avez vu lord Voldemort...
A ces mots, le garçon eut l'impression qu'on lui versait un seau d'eau glacée sur la tête.
-Si... si je suis allé chez lui, bégaya-t-il, c'est parce que... je n'avais pas d'autre choix. Il...
Harry s'interrompit. L'expression de Rogue était brutalement passée de la colère à une incrédulité horrifiée.
-Vous..., coupa l'homme d'une voix blanche, laissant tomber ses deux bras le long de son corps. Vous êtes allé chez lui?
Le garçon comprit son erreur. Mais il était trop tard pour reculer.
-Oui, souffla-t-il, agrippant le bord du bureau, derrière lui, pour s'empêcher de chanceler. Il y a quelques jours... Il l'avait exigé, en me menaçant de...diverses manières.
-Vous m'aviez affirmé que vous n'iriez pas! On dirait que vous n'avez qu'une envie, c'est de vous jeter à nouveau dans ses bras!
Le révérend avançait en parlant, et il se trouva bientôt tout près du jeune musicien.
-Je n'y suis pas allé de mon plein gré, assura Harry avec force.
-Vous êtes encore plus insensé que ce que j'avais supposé! Que s'est-il passé, là-bas? Qu'a-t-il exigé de vous?
-Rien... rien d'autre que de me voir revenir bientôt.
-Me dites-vous la vérité?
-Oui.
-Retournerez-vous chez lui?
-Non. Je lui ai dit que je croulais sous le travail, et qu'il n'avait qu'à patienter.
Rogue serra les poings.
-Comment vous croire?, dit-il entre ses dents. Vous m'avez déjà effrontément abusé. Et je suppose qu'il s'est arrangé pour exercer un chantage sur vous, selon son habitude.
-Pas particulièrement. La première fois que je l'ai vu, chez le duc de Fields, il avait effectivement menacé de...de faire courir sur votre compte d'horribles rumeurs. C'est pour cette raison que je suis allé chez lui, finalement. Mais il semble avoir renoncé à son marchandage sordide...
-D'horribles rumeurs? Lesquelles exactement?
-Eh bien...comme quoi il y aurait entre vous... et moi... heu... une relation...contre-nature.
La voix du garçon se brisa sur le dernier mot. Ses pommettes étaient écarlates, ses mains moites et son front couvert de sueur.
Immobile, Severus le sondait d'un regard brûlant.
-Je ne comprends toujours pas pourquoi vous ne m'avez pas dit toute la vérité, articula-t-il d'une voix mortellement douce. Avez-vous tellement peur de moi?
-Non..., chuchota Harry. Enfin, je ne crois pas...
Une ombre douloureuse voila un instant les yeux noirs du pasteur.
-Apparemment, je ne vous inspire pas confiance. Sinon, vous m'auriez parlé en toute liberté.
-Ce n'est pas ce que vous croyez..., se hâta de répliquer Harry. J'ai confiance en vous, bien sûr. Mais...si je n'ai pas osé vous en parler, c'est que j'avais honte ...Je ne savais pas comment vous alliez réagir à cette histoire de "relation contre-nature"...Le simple fait de prononcer ces mots devant vous....d'imaginer que vous puissiez être mêlé à ce...à ces insinuations avilissantes... Je craignais que... vous soyez choqué... dégoûté...
Il finit d'une voix à peine audible.
-Je sais de quoi lord Voldemort est capable, Potter, répondit Rogue, le visage fermé. Vous n'êtes pas responsable de ses menaces ou du chantage auquel il peut tenter de vous soumettre. Si vous m'aviez expliqué les choses, nous aurions pu mettre au point une stratégie de défense.
-Il n'y en avait aucune. A part celle que j'ai suivie en allant le voir. C'était la seule manière de le faire renoncer à ses projets orduriers. Mais je savais que vous me l'interdiriez.
-Savez-vous ce que votre comportement pourrait laisser supposer?, grimaça l'homme sans cesser de regarder fixement l'adolescent .Que vous avez habilement manoeuvré pour m'éloigner de vous, afin de vous rapprocher à nouveau de lui.
Le sang de Harry ne fit qu'un tour.
-Au contraire!, protesta-t-il avec véhémence. J'ai réussi à faire en sorte qu'il n'ait plus de prise, ni sur vous, ni sur moi.
-Comment avez-vous accompli ce miracle?, ironisa le pasteur.
-Je lui ai révélé que je savais tout, à propos de la mort de mes parents. Du coup, il n'en menait pas large, et je pense qu'il a choisi la prudence, pour finir...
Ils se turent tous deux quelques secondes.
-Quel sentiment vous inspire-t-il?, dit soudain Severus. J'ai besoin de le savoir...
Pris de court, Harry hésita. Il voulait rester honnête, et il s'apercevait qu'il était incapable de répondre à cette question.
-Ainsi, il a dit vrai, dans la grotte..., constata Rogue amèrement. En fait, vous l'aimez... Vous ne pouvez vous passer de lui!
-C'est faux!, se récria Harry, révolté. Je... Il me... Il me dégoûte! Surtout depuis que je sais qu'il est le meurtrier de mes parents!
-Et avant de savoir cela... vous l'aimiez, n'est-ce pas?
-Non!
De cela au moins, l'adolescent était certain. S'il avait été un temps fasciné, voire attiré par le Lord, ce sentiment ambigu n'avait jamais eu la force d'un amour véritable. L'homme avait simplement su habilement étendre son emprise sur lui, jusqu'à piéger et manipuler ses pulsions les plus intimes.
-Dois-je vous croire, Harry?
Le révérend l'appelait à nouveau par son prénom! Pris d'une impulsion, le garçon fit un pas en avant.
-Je ne l'ai jamais aimé, reprit-il, haletant. Malgré toutes ses belles paroles et ses promesses, il ne me respecte pas. Il se sert de moi, il me considère comme un jouet lui appartenant.
-Pourtant, vous acceptez de le revoir. Vous ne le fuyez pas.
Le garçon serra les poings.
-C'est lui qui se met constamment sur mon chemin. J'ai décidé de ne plus avoir peur de lui, une bonne fois pour toutes. Je veux vivre normalement. Pourquoi m'empêcherait-il de vivre ma vie comme je l'entends?
-Vous oubliez qu'il est dangereux.
-Non. Plus maintenant. Il a fait de la prison, et je crois sincèrement qu'il n'a aucune envie d'y retourner. Désormais, il n'osera plus rien entreprendre d'illégal.
Rogue leva un sourcil sceptique. Il y eut une nouvelle pause, plus longue que les précédentes. Puis le pasteur sembla s'affaisser légèrement. Ses épaules se voûtèrent.
-Ne suis-je pas comme lui, Harry...?, dit-il soudain très bas. Est-ce que moi aussi, je vous empêche de vivre votre vie comme vous l'entendez?
Le coeur du garçon s'emballa.
-Vous...? Oh non! Au contraire, vous m'avez donné la vie, en m'arrachant à mon oncle et en m'initiant à la musique, lança-t-il avec ferveur, plongeant les yeux dans ceux du pasteur. Sans vous, je vivrais aujourd'hui une vie misérable, une vie d'esclave. Je crois que je serais même mort d'ennui et de tristesse.
Soudain, Severus franchit la courte distance qui les séparait encore et attrapa Harry par les deux bras.
-Ce que vous m'avez dit, l'autre jour, au presbytère..., souffla-t-il passionnément. Est-ce toujours valable?
-Que...que vous ai-je dit?
-Je ne le répèterai pas, grimaça Severus. Que vous ne vous en souveniez plus est déjà en soi, hélas, une réponse à ma question.
-Peut-être voulez-vous savoir si... si je pense toujours à vous, jour et nuit?
-Ce sont à peu près les mots que vous avez utilisés ce soir là, en effet...
-...Avant que vous me fassiez taire!, dit Harry, fébrile. Oh...! Oui...bien sûr que oui... ! Croyez-vous que je puisse changer si rapidement de sentiments? Vous avez une bien mauvaise opinion de moi. Sur ce point là au moins, je ne vous mentais pas, dans mes lettres...
Incapable de soutenir plus longtemps le regard de feu qui le scrutait, le garçon ferma les yeux, et il fit ce qu'il n'avait osé faire lors de leur précédente entrevue, au presbytère. Sa tête vint reposer sur l'épaule du pasteur comme pour y chercher sécurité et réconfort. Severus resta un instant figé, puis leva une main et se mit à caresser doucement la chevelure du jeune homme.
-Vous comprenez, Harry, que ma position n'est pas facile?, glissa-t-il dans son oreille.
-Oui, bien sûr...je comprends. Mais c'est plus fort que moi. Je ne peux étouffer ce que je ressens. Pardonnez-moi...
Timidement, l'adolescent passa les bras autour de la taille du pasteur, et se rapprocha encore un peu de lui. La sensation de sa main dans ses cheveux, son souffle contre son oreille, le contact de son épaule puissante contre son front, tout cela était trop beau, trop troublant pour être vrai.
-Si vous êtes sûr de vos sentiments, vous devez me le dire, dit Severus avec une incroyable tendresse dans la voix. Je ne veux en aucun cas me comporter comme l'a fait lord Voldemort, et abuser de votre jeunesse et de votre vulnérabilité.
-Je suis absolument sûr de mes sentiments. Je...je vous...
-Taisez-vous, coupa Severus, et, lâchant les cheveux du garçon, il lui releva la tête et saisit son visage entre ses mains.
-Ne prononcez pas des mots dont vous ne pouvez mesurer toute la portée..., dit-il gravement, dévorant du regard le visage de son vis-à-vis.
-Auriez-vous peur de les entendre?, chuchota Harry avec un demi-sourire.
-Oui, peut-être. A votre tour de me pardonner, murmura Severus en baissant les paupières.
Et avec une lenteur infinie, ses lèvres vinrent rejoindre celles de Harry, qui les accueillit avec un long frisson de bonheur.
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-Vous devez savoir où se trouve Neville, Mylord!, lança Luna, dont les yeux rougis par les pleurs fixaient le vicomte avec désespoir. Il est parti avec vous, il y a deux jours, et n'est jamais revenu. Ma tante et moi sommes folles d'inquiétude.
Il l'avait croisée un instant auparavant sur le palier, et sans même le saluer, elle l'avait interpellé au sujet du jeune esclave.
-Oh...je suis désolé que vous n'ayez pas été informée, ma chère enfant, répondit-il hâtivement, mal à l'aise. Votre ami a demandé lui-même à rester auprès de mon grand-oncle, lord Voldemort.
-Lord Voldemort?, dit Luna dans un souffle, consternée. Il... il n'est plus en prison?
-Mais non, voyons! Voici plusieurs semaines qu'il a été libéré. Il vit actuellement à Londres, non loin d'ici.
La colère déforma soudain les traits fins de la jeune fille.
-Vous...vous avez conduit Neville chez ce... ce... cette crapule!, éructa-t-elle, les yeux flamboyants.
-Je vous prie de surveiller votre langage, mademoiselle!
-Je ne dis que la vérité. Votre oncle est un homme indigne, et je n'arrive pas à comprendre qu'il soit sorti de prison. Il aurait mieux fait d'y crever!
-C'en est trop!, s'énerva Drago en s'approchant vivement de la jeune fille. Vous dépassez les bornes, Luna. Vous n'avez pas à me parler sur ce ton. Comme je vous l'ai dit, c'est Neville lui-même qui a fait son choix.
-Il ne savait pas que le Lord était libre et se trouvait à Londres ! Vous l'avez conduit là-bas, délibérément! Et bien sûr, une fois chez son ancien maître, il s'est à nouveau laissé prendre et emprisonner!
-Vous oubliez que c'est un esclave, et qu'il appartient au Lord.
Sans répondre, la jeune fille lui jeta un regard haineux, et tourna les talons. Il hésita un instant, puis courut après elle dans le couloir et l'attrapa par un bras.
-Luna... Viendrez-vous tout-à-l'heure, pour la séance de pose?
-Mrs Ombrage m'a donné du travail. Je ne serai pas disponible!, dit-elle sèchement, sans daigner lever les yeux dans sa direction.
Accablé, il resta figé sur place tandis qu'elle s'éloignait après avoir dégagé son bras d'un mouvement brusque. Bien sûr, il aurait pu lui ordonner de se plier à sa volonté, mais bizarrement, il se sentait désarmé face à elle.
Il la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle eût disparu dans l'escalier.
Pour l'instant, elle était très en colère, mais sans doute allait-elle peu à peu s'accoutumer à l'absence du jeune esclave et retrouver sa joie de vivre. Et si elle avait refusé aujourd'hui de poser pour lui, cela ne signifiait nullement qu'elle n'accepterait pas dès le lendemain.
...Et si elle s'entêtait? Si elle lui en voulait au point de s'opposer systématiquement à lui?
Dans ce cas, il s'arrangerait pour lui rappeler qui était le maître ici, et qu'elle n'avait pas d'autre choix que d'obéir à ses ordres. Pour l'instant, il s'était montré doux, attentionné, respectueux. Mais sa patience avait des limites. Il ne pouvait tolérer qu'elle se comportât ainsi avec lui.
Et s'il le fallait, il la forcerait. Après tout, sa position pouvait bien lui offrir quelques avantages. Quel patron prenait de telles précautions avec ses soubrettes? Son père lui-même s'encombrait-il de scrupules lorsqu'une jeune servante lui plaisait? Non. Il se rendait la nuit dans sa chambre et lui faisait comprendre rapidement ce qu'il attendait d'elle.
Certes, Drago aurait préféré continuer à user de douceur et voir la jeune fille venir d'elle-même se jeter dans ses bras. Mais si elle s'obstinait à lui battre froid et le traiter avec mépris, pourquoi le vicomte ne suivrait-il pas l'exemple paternel ?
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Rouvrant les yeux, Severus détacha doucement ses lèvres de celles de l'adolescent. Ce dernier le regardait, hébété.
Mon Dieu! Qu'as-tu fait? Misérable! As-tu l'âge de laisser ainsi tes pulsions prendre le dessus?Quel brillant modèle d'homme d'église tu fais...
-Je n'aurais pas dû..., murmura-t-il sombrement en lâchant le visage du garçon. Je suis impardo...
Mais il ne put continuer. La bouche de Harry venait de s'unir à nouveau à la sienne. A présent, c'était au tour du garçon de lui tenir fermement la tête, comme s'il redoutait plus que tout de le voir s'échapper.
Tu es perdu... C'est trop bon... Que peux-tu faire contre le démon qui a pris possession de toi?
Les pensées de Severus devinrent confuses. La langue de Harry caressait ses lèvres, joueuse, et cherchait à s'introduire plus avant. Vaincu, il lui ouvrit le passage, en même temps qu'un désir violent l'enflammait, lui coupant le souffle.
Tu as su, dès qu'il t'a ouvert sa porte, que tu ne saurais pas résister. Il était l'incarnation même du tentateur, trop beau, avec ce visage d'ange perdu, dans cette tenue si débraillée qu'elle ne cachait pas grand chose de son corps de jeune dieu... Le coup de grâce, tu l'as reçu quand il a levé candidement vers toi ce regard limpide... le regard de Lily...
Fébriles, les mains de Severus s'égarèrent, passant sous la chemise de l'adolescent qui se serrait de plus en plus contre lui. Il se sentait chavirer, et c'était délicieux. La peau sous ses doigts était plus douce encore que ce qu'il avait imaginé, les muscles plus fermes, les courbes plus tendres, comme modelées selon ses rêves, parfaitement adaptées à ses propres paumes qui ne demandaient qu'à y séjourner indéfiniment...
Il va sentir ton désir... Tu perds le contrôle. Fou! Oublierais-tu qui tu es, et où tu te trouves...?
Ce fut au prix d'un énorme effort sur lui-même qu'il parvint à s'arracher à cette merveilleuse étreinte. Affolé, il recula de deux pas, haletant.
-Non..., réussit-il à dire, bouleversé, en secouant la tête.
Harry se taisait. Ses grands yeux douloureux paraissaient sombres dans la faible lumière du chandelier. Il ne bougeait pas, mais il sembla à Severus qu'il tremblait.
-J'ai perdu la tête, Harry. Pardonnez moi. C'est indigne de ma part.
-Pourquoi...pourquoi dites-vous cela?, dit le garçon dans un souffle, claquant des dents comme s'il avait de la fièvre.
-Ecoutez... vous êtes si jeune! Vous avez des excuses. Moi, je n'en ai aucune.
-Des excuses?
-Vous ne comprenez pas?
Harry secoua la tête en signe de dénégation. Severus se reprenait peu à peu. Il déglutit et considéra le garçon avec sérieux.
-Bien. Je vais vous expliquer, dit-il plus posément. J'ai l'âge d'être votre père. Je suis un homme d'église. J'ai juré de vous protéger de l'influence néfaste de lord Voldemort, et voici que je me comporte exactement de la même manière que lui.
Les yeux de Harry lancèrent un éclair.
-Vous vous trompez, lança-t-il sauvagement. Lui, il a commencé par me priver de liberté, et ensuite, il m'a fait chanter pour...obtenir ce qu'il voulait...
Il se tut, visiblement trop troublé pour continuer. Ne sachant que dire, Severus resta lui aussi silencieux. Plusieurs secondes s'écoulèrent ainsi.
-Lord Voldemort n'a tenu aucun compte de ce que je pensais ou désirais, reprit péniblement le garçon. Je ne voulais pas avoir ce genre de rapport avec lui, alors... il m'a forcé... comme il le fait avec ses esclaves... comme il l'a fait avec Neville.
Severus continuait à se taire.
-Vous, c'est différent. Vous êtes en tout point son opposé. Et si moi, j'ai envie de... enfin, je veux dire, si vous et moi, nous avons envie de la même chose... pourquoi ne pas aller plus loin?
Le pasteur ferma les yeux un instant, se contraignant à garder l'esprit clair.
-Vous oubliez deux choses, Harry. La différence d'âge...et le fait que j'aie une position sociale qui m'interdit ce genre de relation.
Le garçon soupira. Baissant les paupières, il se mordillait la lèvre inférieure.
Ah, que ne puisses-tu te jeter sur lui et l'embrasser à nouveau fougueusement...
-Alors...à vos yeux, il n'y a aucune issue à cette situation?, dit finalement le garçon en relevant les yeux.
-Que proposez-vous?
-Je n'ai pas de solution. Je ne peux aller contre votre volonté. Mais je crois que... que ces interdits dont vous me parlez, ils sont dans votre tête, uniquement.
Tiens, tiens... intéressant!
-C'est à dire?
-Est-ce que nous faisons du mal à quelqu'un, en... en faisant ce que nous venons de faire?
Le visage du garçon s'était à nouveau empourpré.
-...Peut-être pas, hésita Severus. Mais j'ai conscience de vous faire du mal, à vous.
-Du mal? A moi?, s'offusqua Harry, incrédule.
-Oui. J'ai le sentiment de profiter de la situation. C'est un pêché. Et cela déplaît à Dieu.
-Cela ne peut déplaire à Dieu, s'Il voit que cela nous rend heureux, l'un et l'autre, déclara l'adolescent d'un ton péremptoire.
-Ne pensez-vous pas que ce soit... immoral?
Harry réfléchit un instant.
-Pour moi, la seule morale valable, c'est celle qui interdit qu'on nuise à son prochain, assena-t-il fermement. Dès lors, je ne vois pas en quoi ce que... nous avons fait serait immoral.
-Admettons. Mais ce genre de relation... entre personne du même sexe... n'est-ce pas pervers? Contre-nature?
-Eh bien non, puisque nous en ressentons l'un et l'autre l'envie et le besoin...
-La Bible condamne ces actes.
-La Bible est un livre vieux de milliers d'années.
-Inspiré par Dieu.
-Mais écrit par des hommes... aussi faillibles que vous et moi.
-Dites-moi, glissa Severus en fronçant les sourcils, n'est-ce pas le Lord qui vous a inculqué ces idées gravement blasphématoires?
-Peut-être... je ne sais pas, hésita l'adolescent, bien que je n'en aie aucun souvenir. Mais est-ce qu'elles n'ont pas le mérite, ces idées, de nous libérer des chaînes qui nous étranglent?
Tout en parlant, il levait les yeux vers le pasteur avec un sourire lumineux, légèrement provocateur. Severus ne put s'empêcher de sourire en retour. Son jeune interlocuteur avait une logique saine et imparable, si on faisait abstraction de son côté téméraire et amoral. Il était intelligent, et c'était rassurant. Un sentiment d'allégresse s'empara du pasteur.
-Je suis tenté de me laisser convaincre par vos arguments, Harry, dit-il en avançant de nouveau vers le jeune homme. Mais il faut que vous me laissiez le temps. J'ai un choix difficile à faire, et ce choix risque de bousculer bien des choses.
-Un choix? Quel choix?..., interrogea le garçon avec une soudaine inquiétude.
-Un choix qui s'impose tout naturellement, vu la situation.
-Est-ce que vous êtes... fiancé?
Cette fois, Severus sourit franchement.
-Non, Harry. Ou du moins, pas à une femme. Mais vous n'êtes pas si loin de la vérité. Je suis en quelque sorte "fiancé" à Dieu à travers l'Eglise. Et si je veux me lier à vous, je dois renoncer à mon statut de clergyman. Je ne veux pas avoir une double-vie, basée sur l'hypocrisie et le mensonge.
-Je comprends..., dit Harry doucement. Ce ne sera pas facile pour vous, alors.
-En effet. Et c'est une décision sur laquelle on ne peut revenir. Aussi ai-je besoin, avant de franchir le pas, de savoir si vos sentiments sont aussi solides et durables que les miens.
Le garçon eut l'air peiné.
-Ne vous ai-je pas déjà fait comprendre que... comment dire...? Vous-même ne m'avez pas laissé exprimer ce que je...
-Attendez! Je ne vous demande pas de vous engager, ou quoique ce soit de ce genre! Vous êtes beaucoup trop jeune pour cela. Ce choix n'appartient qu'à moi, et j'en prends l'entière responsabilité. Les orientations que je souhaite donner à ma vie ne dépendent que de moi!
-Mais si vous... quittez l'Eglise, qu'allez-vous devenir?
-Eh bien... par chance, je sais faire autre chose dans la vie que des prières et des sermons.
-De l'orgue?
-Par exemple...
Le visage de Harry s'éclaira d'un magnifique sourire qui vint chauffer agréablement le coeur du pasteur.
-Je vous aiderai à trouver du travail!, lança joyeusement le garçon.
-Nous verrons. Nous n'en sommes pas encore là... Surtout, n'allez pas vous amuser à empoisonner le professeur d'orgue de Poudlard!
-Tiens! Vous me donnez des idées!
-Occupez-vous de musique, cela vaudra mieux!
Tout en parlant, Severus fit quelques pas jusqu'au bureau, se trouvant ainsi à nouveau tout près du garçon. Ce dernier pivota sur lui-même et attrapa les manuscrits qu'il venait de rédiger. Il les lui tendit.
-C'est le troisième mouvement de la sonate. Regardez! J'ai bien avancé, n'est-ce pas?
-Ca m'en a tout l'air. Auriez-vous fait du bon travail, Mr Potter ?
Irrésistiblement attiré, il leva une main et la posa sur les cheveux de l'adolescent. Ce dernier tourna vers lui des yeux rieurs.
-Quand vous avez frappé à ma porte, j'étais en pleine fièvre créatrice, dit-il avec une moue boudeuse. Par votre faute, j'ai fait une grosse tâche sur mon manuscrit.
Severus descendit la main dans sa nuque, sous les cheveux.
-Dois-je comprendre que je vous ai dérangé?
-Oui, lança Harry d'un ton bravache. En plus, vous êtes venu dans l'intention évidente de me faire passer un mauvais quart d'heure.
-C'était mon projet, en effet. J'avais prévu de vous infliger au moins une dizaine de coups de fouet. Et vous, vous m'avez reçu dans une tenue... extrêmement indécente, susurra Severus en glissant sa main plus profondément dans le cou du jeune homme.
-Est-ce pour cela que vos actions ont curieusement dévié du projet initial?, ronronna Harry, venant à la rencontre de la main de plus en plus audacieuse de Severus comme un chat à la recherche de caresses.
-Seriez-vous un démon, Potter?, grogna l'homme, frémissant de désir, en rapprochant son visage de celui de l'adolescent. Arrêtez tout de suite votre petit jeu, ou je vais rechuter lamentablement.
Le lit est si près... tu n'aurais qu'à l'y entraîner pour connaître enfin la félicité... Regarde le, il ne demande pas mieux... Non, tu ne peux pas faire ça! Il est trop tôt! Reprends toi, imbécile!
Se morigénant sévèrement, le pasteur retira sa main, suivant du bout des doigts le contour de la mâchoire bien dessinée du garçon, puis s'écarta avant que ce dernier ait pu s'agripper à lui.
-Assez plaisanté, Harry!, lança-t-il après avoir pris une grande goulée d'air. Je vais devoir partir. Vous allez me promettre de ne plus jamais mettre les pieds chez lord Voldemort, qu'il vous menace ou pas. S'il tente quelque chose contre moi, je suis assez grand pour me défendre. Quant à ma réputation... eh bien, elle m'importe peu, puisque j'ai l'intention de quitter le ministère sacerdotal.
Le garçon se tut.
-Promettez!, insista Severus avec autorité.
-Je promets, murmura Harry.
-Puis-je avoir foi en votre parole?
-Oui.
-Vous en êtes certain?
-Absolument certain.
Son regard paraît si franc, si limpide, qu'on lui donnerait le bon Dieu sans confession... A ton tour d'être honnête avec lui.
-Je dois moi aussi vous faire un aveu, dit gravement Severus. Avant de venir vous voir ce soir, j'ai pris la liberté de révéler à Dumbledore vos problèmes avec lord Voldemort.
Harry accusa le choc.
-Vous...vous lui avez tout dit?, balbutia-t-il, visiblement effaré.
-Tout peut-être pas, mais disons... les grandes lignes. Aussi longtemps que le Lord traînera à Londres, Dumbledore ne vous enverra plus jouer seul à l'extérieur de l'école .
-Oh...bon sang...
-Qu'y a-t-il? Vous m'en voulez?
-Oui. Terriblement.
Une lueur insolente s'était allumée dans les yeux verts. Severus saisit les épaules de l'adolescent et les serra avec force.
-Vous vous moquez de moi.
-Non. Vous avez trahi mon secret. Pour vous faire pardonner, vous me devez... quelque chose.
-Le traître, c'est bel et bien vous... espèce de vil manipulateur! Que dois-je faire pour me racheter?
-M'embrasser, chuchota Harry, les yeux étincelants.
Tu te damnerais pour ce sourire, reconnais-le...
Une dernière fois, ils se rapprochèrent et échangèrent un long baiser ardent. Serrant dans ses bras le corps chaud et souple de l'adolescent, grisé par son odeur, Severus sentit plus que jamais vaciller sa résolution de quitter les lieux avant que la situation ne lui échappe totalement.
Le bruit lointain d'une porte claquée dans le couloir l'aida à réagir.
-Allez plutôt voir si je peux sortir sans risque, jeune insensé!, ordonna-t-il à Harry en se détachant brusquement de lui.
Le garçon s'exécuta avec une grimace de dépit. Il entrouvrit la porte et jeta un coup d'oeil rapide dans le couloir.
-La voie est libre.
Severus s'avança vers la sortie.
-Attendez, dit Harry d'une voix basse, mais tendue. Vous m'écrirez tous les jours, comme avant?
-Evidemment! Et vous de même, surtout! Mais pas de mots enflammés, s'il vous plaît.
-Pourquoi? Vous craignez que nos lettres soient interceptées?
-Bien sûr! Vous n'y aviez pas pensé?
-Pas vraiment.
-Eh bien, songez-y, désormais. La prudence doit rester de mise.
-C'est gai!
-Je sais bien que c'est contrariant, mais nous n'avons pas le choix. Et prenez votre mal en patience: puisque vous ne pouvez sortir, je reviendrai vous voir prochainement.
Le regard du garçon se teinta d'appréhension.
-N'oubliez pas d'être vigilant, vous aussi!, souffla-t-il. Vous devez rester sur vos gardes.
-Ne m'avez vous pas affirmé que Voldemort avait renoncé à l'illégalité?, dit Severus, l'expression railleuse.
-Peut-être... mais je pense qu'il ne vous porte pas dans son coeur, et s'il apprend que... que nous...
-Rassurez-vous, je suis d'une nature méfiante, et je n'ai pas suivi pour rien l'entraînement de Maugrey Foloeil. A bientôt, Harry...
-A bientôt, Sss...
Le pasteur le dévisagea, amusé.
-Dites-le!, insista-t-il.
-Quoi donc?
-Mon prénom!
-Sss... Severus?
-Oui. Est-ce si difficile à prononcer?
-Heu... non... mais ça fait un peu bizarre.
-Il faudra vous y faire.
Le pasteur lui fit un clin d'oeil, puis sortit vivement, silencieux.
Le couloir était vide. Harry suivit son visiteur et lui ouvrit la porte donnant Burtonstreet.
Au moment où Severus franchissait le seuil, il sentit la main du garçon attraper la sienne. Il restèrent ainsi un instant dans la nuit fraîche, doigts entremêlés, puis le pasteur se dégagea sans mot dire.
En parcourant d'un pas léger les rues menant au presbytère, Severus songeait qu'il venait d'avoir, pour la première fois de sa vie, un avant-goût du bonheur...
o0o0o0o0o0o0o
Voilà. Alors, j'espère que les partisans du rapprochement entre Harry et Severus sont satisfaits? En tout cas, j'attends impatiemment vos commentaires, comme toujours. Bisous à tous!
Et la petite "annexe" habituelle:
Bloom/Sophie: Ah, tu attends fébrilement que le Lord passe à l'action? C'est pour très bientôt, encore un peu de patience. Pour l'instant, il ourdit son plan. -Et tu adores que Harry soit insolent? Nous aimons le même Harry, je crois! Merci, bisous! Laure: Je suis contente de t'avoir aidée à passer le dur cap de la rentrée. Merci et à bientôt! Marie la petite: Ta review m'a fait plaisir! Je comprends que le Lord puisse inspirer la pitié, mais il est avant tout dangereux, dans sa folie paranoïaque! Merci pour ton soutien! Biz! Une poterienne: Oui, le Lord reste le Lord. Il ne sera jamais bon, humain, altruiste. Et c'est vrai qu'il souffre, pour une fois, parce que son obsession de Harry le rend malheureux.-Tu es pour que Neville et Luna soient ensembles? Ah, moi aussi, mais la vie est compliquée, et Neville reste durement marqué par son passé.-Pour ce qui est du Harry/Sev, j'ai presque exaucé tes voeux, hé hé hé... dis merci à la dame!^o^ En tout cas, bravo pour ta clairvoyance! Ziboux! Artemis: Cédric est naïf, en effet. Il est aveuglé par sa jalousie et son ambition carriériste. Et puis lui, il ne connaît pas le Lord, il ne sait pas de quoi l'homme est capable! Il a donc quelques excuses. - Tu te demandes si Severus va mettre ses menaces à exécution? La réponse dans ce chapitre, niark!... Merci à toi pour cette review!
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