Chapitre 10 : La délicatesse.

Très rapidement, j'eus l'étrange impression d'etre un agent soviétique sous couverture. En effet, je ne cessais de me coller aux murs des maisons, dans le moindre quartier que la rousse me faisait traverser, son sac négligemment rejeté sur son épaule gauche. Elle ne devait pas se douter un seul instant que, dans son dos, je m'improvisais acrobate et acteur de films d'action pour ne pas etre vu. Je n'avais aucune envie qu'elle me repaire entrain de la suivre jusqu'à chez elle. Je savais parfaitement que si elle venait à me découvrir entrain de l'espionner, elle n'hésiterait pas à faire voler ma dentition en éclat. Je ne comprenais d'ailleurs toujours pas ce qu'il m'avait pris. Je m'entetais à percer à jour les petits secrets de cette garce, alors qu'elle n'avait visiblement aucune envie de me laisser m'imiscer ainsi dans sa vie mouvementée. Comme Aqua me l'avait dit, elle ne souhaitait pas etre comprise. Je n'avais pas clairement saisi ce que cela pouvait signifier, sinon que mon amie avait déjà tenté de remédier au petit numéro de despote de la rouquine alors qu'elles étaient au collège. Mais cela m'avait au moins appris une chose. Pas que je comprenne véritablement pourquoi les deux filles se toléraient, mais à présent, je savais que cette envie de tout controler n'était pas récente. Depuis des années, Axel s'acharnait à avoir tout le petit peuple à sa botte, et j'étais prêt à mettre ma main à couper que c'était pour retenir ce meme peuple de lui poser des questions genantes. Comme ce fameux « pourquoi ? » qui m'avait valu de jolies crampes d'estomac.

Tout en réflechissant, je retins soudainement ma respiration en m'écrasant derrière un arret de bus, alors qu'Axel tournait rapidement dans une rue plus petite, après cinq minutes de poursuite sur la grande avenue proche de notre lycée. Un instant, je la regardai allumer une cigarette en continuant à marcher de sa démarche chaloupée. Je fronçai les sourcils. Je n'avais le loisir que d'observer son dos couvert d'un blouson de cuir, et je ne pus ainsi pas me rendre comtpe des émotions qui passaient sur son visage, ou de son humeur à ce moment. Mais cela ne m'empecha pas d'inspirer profondément pour me jeter à nouveau à sa suite. J'avais envie de savoir. De voir où elle pouvait bien vivre lorsqu'elle n'était pas occupée à terroriser l'école entière. Peut etre que percer à jour son univers m'aiderait à en savoir plus sur ce qu'elle cachait.

La jeune fille finit par s'arreter devant une petite maison de quartier résidentiel. Elle posa un poing serré contre sa hanche, et tourna la tete de droite à gauche, m'obligeant à me jeter par terre derrière les buissons d'un jardin voisin ouvert sur la rue. Je grimaçai à l'atterrisage, et relevait doucement la tete, cherchant à ne passer que les yeux au dessus du rideau de verdure. Entre les feuilles, je pus distinguer la main d'Axel sortant un trousseau de clé de sa poche, et l'enfoncer dans la serrure. Elle n'attendit pas une seule seconde pour ouvrir la porte, mais ce qu'elle fit après me surprit. Elle frappa de son poing l'embrasure de l'entrée, si fort que je pus l'entendre de la où j'étais, puis elle attendit plusieurs minutes. Je haussai les sourcils, alors qu'elle se décidait finalement à entrer, et à refermer la porte derrière elle, n'accordant pas un seul regard à la rue.

- Qui etes vous ? Qu'est ce que vous voulez ?

Je sursautai violemment, et retombai sur le coté, mes coudes refusant de me soutenir suite à cette demi crise cardiaque. Je relevai les yeux, pour tomber face à un petit homme aux cheveux grisonnant et au regard aigri, qui me regardait comme si j'avais été un ex président des Etats Unis écroulé au milieu de ses plantations de tomates.

- Oh, heu… bredouillai-je me redressant rapidement, manquant de trébucher à nouveau.

Le grand-père haussa un sourcil, puis porta son regard dans la direction de la maison d'Axel, que j'avais regardé bien cinq minutes planqué derrière ses buissons.

- Je suis tombé, répondis-je précipitamment en époussetant mes vêtements et en ramassant mon sac de cours. Excusez moi.

- Dans mon jardin ?ricana le papi en plongeant les mains au fond des poches de sa salopette. Laissez moi rire. Vous étiez plutôt entrain de reluquer la petite demoiselle d'à coté.

Je me sentis rougir, sans que je ne sache réellement pourquoi. Si seulement cet homme savait pourquoi je l'avais suivi. Certainement pas pour lui proposer un rencard.

- Non, n…

- Vous inquiétez pas, me coupa le petit homme, me cognant gentiment l'épaule. Je dirais rien. Il faut dire que la dame n'est pas commode.

Je secouai doucement la tête. Pas commode, c'était le moins qu'on puisse dire.

- Merci monsieur, soupirai-je finalement, ne souhaitant en aucun cas qu'un tiers ne vienne fourrer son nez dans cette histoire. Je vais vous laisser.

Et je tournai les talons, le saluant d'un rapide geste de la main, geste auquel il répondit en ricanant doucement, visiblement très fier d'avoir crevé mon secret et de m'avoir pris en flagrant délie d'espionnage. Espionnage qui ne m'avait pas appris grand-chose. Je ne pus retenir une moue déçue de me tordre les lèvres alors que je quittais le quartier d'Axel. La seule chose que j'avais découverte était que ses parents ne devaient pas être présents lorsqu'elle rentrait du lycée, et qu'elle invoquait les esprits en frappant contre l'embrasure de sa porte ouverte. Je lâchai un soupire en remontant la grande avenue. J'étais également sur d'une chose, je n'allais pas louper l'interrogatoire qu'Aqua devant poffiner depuis que je l'avais lâché précipitamment dans le hall pour me jeter à la suite de la rousse. Je ne savais vraiment pas pourquoi, mais cette fille était entrain de devenir une obsession.

- Roxas, tu vires maso, grognai-je pour moi même.

Je donnai un coup de pied nonchalant dans un caillou.

- Nan, c'est vrai, repris-je en exécutant de grands gestes caricaturaux avec mes bras. Pendant que les autres cherchent tous une cavalière pour ce bal débile, toi, ben toi tu pars te fourrer encore plus loin dans les ennuies ! Tu suis le sosie roux d'Adolphe Hitler jusque dans son bunker, et tu espères qu'après ça, elle va te laisser tranquille ! Ouah ! Prix Nobel d'intelligence, Rox' !

Je laissai retomber mes bras en gagnant la grille du lycée. Par moment, je me sentais vraiment stupide.

- Mais y'a vraiment un truc qui tourne pas rond chez toi.

Je sursautai pour la seconde fois de la journée, et fis immédiatement volte face. Pour tomber face au regard dédaigneux et aux sourcils haussés d'une blondinette décolorée perchée sur des talons. Larxène.

- Mais pourquoi il faut toujours que je tombe sur toi dans ce genre de moment ?ne pus-je m'empêcher de m'exclamer en me claquant le front.

- Pourquoi il faut toujours que je tombe sur toi tout court, rectifia Larxène en lâchant un profond soupire.

Je haussai un sourcil en tournant la tête vers elle, alors qu'elle rangeait dans son sac le paquet de clope qu'elle venait sans doute d'acheter. Cette fille était désagréable au possible. Imbue de sa personne, particulièrement prétentieuse, et sa décoloration capillaire menaçait chaque jour de me décoller la rétine. Pourtant, et c'était tout à fait inexplicable, je ne pouvais me retenir d'être rassuré dès que je la voyais. Je l'aimais bien. Cela n'avait aucun sens, mais je l'aimais bien. Au lieu de la trouver détestable et de la traiter de pétasse comme n'importe quelle personne équilibrée, je me plaisais à toujours faire plus ample connaissance avec elle. Sans doute parce qu'au fond, je comprenais bien qu'elle n'était pas méchante. Elle se donnait un air, rien de plus.

- Pourquoi t'es comme ça ?lâchai-je sans trop m'en rendre compte.

- Pourquoi t'es con comme un manche à balais ?rétorqua-t-elle en s'adossant au mur bordant le portail.

Je grimaçai, et la rejoignis, ne me souciant pas du regard noir qu'elle me balançait.

- Je dirais pas con, juste peu sein d'esprit, tentai-je, un demi sourire nerveux naissant sur mes lèvres.

- Mauvaise réponse, se contenta de plaquer Larxène d'une voix sèche.

Je pinçai les lèvres, et la regardai tirer une cigarette de son paquet, avant de la glisser entre ses lèvres.

- Ok...marmonnai-je en me grattant la nuque. Pourquoi Axel te déteste ?

La blonde haussa les sourcils en recrachant un peu de fumée.

- Elle déteste tout le monde, grogna-t-elle, sans émotion.

- Mais toi, plus que les autres, contrai-je.

J'avais envie de savoir ce qui posait problème entre Axel et Larxène, comme il allait un jour falloir que je réclame à Aqua des explications quant à leur petite entente. Il s'agissait là de pactes silencieux qui pourraient bien s'avérer essentiels dans ma quête de compréhension de cette furie à crinière rousse.

- Je suis une autre petite méchante, répondit la blonde en regardant le ciel. Et elle veut écraser toutes les petites méchantes pour être la seule grande garce de ce lycée.

Cela me parut assez logique, et je hochai doucement la tête.

- Pourquoi t'es méchante ?retentai-je, n'espérant pas grand-chose de sa part.

- Parce que j'ai envie, soupira Larxène.

Je lâchai un petit rire.

- Tu mens, pas vrai ?lui retournai-je.

- Non, plaqua-t-elle sans même chercher à me cacher la vérité.

Je fronçai les sourcils. Cela ne lui ressemblait pas beaucoup d'être coopérative.

- Tu mens encore ?finis-je par comprendre, étonné.

- Tu verras bien, s'agaça-t-elle, achevant sa cigarette.

Elle l'écrasa sur le muret d'un geste nerveux et énervé.

- Et tu veux bien venir à la soirée avec moi ?

Elle ouvrit de grands yeux, alors que je me demandais comment une telle chose avait pu me passer par la tête.

- Attends, quoi ?s'exclama la jeune fille, stupéfaite, toute méchanceté subitement envolée de son visage.

Honnêtement, je devais sans doute avoir l'air aussi surpris qu'elle. Mais malgré tout, je m'efforçai de reprendre un air à peu près naturel afin de justifier ce que ma bouche avait formulé sans le consentement préalable de mon cerveau.

- Je suis nouveau, et tu es une pétasse, exposai-je. Nous avons donc tous les deux un nombre de contacts limités.

Larxène ouvrit des yeux ronds, et entre ouvrit la bouche. Pour me déverser un certains flots de jurons juteux et bien assaisonnés.

- Nan mais tu te prends pour le président des Etats Unis, le nouveau, ou quoi ?cracha-t-elle par la suite. T'es qui pour me dire mes quatre vérités ?!

- Il est peut être temps que quelqu'un le fasse, contrai-je en gardant un calme olympien, chose qui l'énerva encore plus.

Je dus sincèrement me retenir de rire lorsqu'elle commença à argumenter et à m'insulter en exécutant de grands gestes caricaturaux devant moi, ses yeux bleus me foudroyant mille fois le crâne. Cela dura près de cinq minutes sans que je ne réagisse, la laissant enrager de plus en plus, en notant dans un coin de mon crâne de retenter l'expérience un jour de déprime. Voir cette fille sortir de ses gonds et entamer un véritable sketch de gros mots encore inconnus au dictionnaire valait le détour, et rentrait à présent dans mon top cinq des remèdes contre la déprime.

- Ouais.

Je relevai les yeux, mon envie de rire réduite à néant.

- Pardon ?m'exclamai-je en la dévisageant comme s'il venait de lui pousser des antennes.

- J'ai dit oui, répéta Larxène en croisant durement les bras contre sa poitrine. Mais va pas croire que je t'apprécie pour autant.

Et elle tourna les talons, nous plantant moi et mon sac contre le muret, encore tout à fait éberlués de ce qu'il venait de se produire.

ooo

Je ne savais pas pourquoi j'avais encore l'espoir de trouver la chambre dans un état de calme approximatif à mon arrivée. Je ne savais pas pourquoi je m'acharnais à me persuader que j'allais pouvoir me jeter sur mon lit dès la fin des cours et savourer avec allégresse une sieste paisible et bien méritée. Au fond, j'avais toujours été un grand optimiste.

Dès l'instant où j'avais ouvert la porte, j'avais eu la très désagréable impression qu'un ouragan sévissait au milieu de notre espace de vie. A nouveau, je laissai tomber mon sac à côté de moi sous la surprise, avant de me frotter lacement la joue. James Bond devait être jaloux de mon self contrôle. Car d'un côté de la pièce se tenait Aqua, supporter par Terra, son poing serré brandit devant elle face à une Xion visiblement bien en pétard, les bras serrés contre sa poitrine, soutenue par Sora qui jouait au fan d'équipe en braillant dans les aigus. Les deux filles se disputaient avec véhémence, leurs voix frôlant à chaque arguments les 20000 décibels. Derrière les deux camps, Kairi cherchait à se faire entendre, penchant visiblement plus du côté d'Aqua, et râlant autant après son copain qui n'était pas dans la même équipe qu'après les murs, car soyons francs, Sora n'en avait pas grand chose à faire sur le moment. Ses cheveux lits de vin semblaient sur le poing de se dresser sur son crâne.

- Eh, tentai-je en levant une main maladroite, toujours coincé dans l'entre bâillement de la porte.

Je n'eus aucune réponse, et le vent mémorable que venait de me mettre cette joyeuse assemblée allait rester un moment gravé dans les annales. Même Demyx ne m'avait pas remarqué, lui pourtant parfaitement calme à se limer les ongles assis sur son bureau, comme si les pauvres êtres présents dans cette pièce n'étaient pas assez intéressant sur le plan intellectuel pour qu'il daigne leur adresser une quelconque parole.

- Xion, au bout d'un moment, il va falloir te bouger !cria Aqua, les sourcils durement froncés. Tu peux pas rester toujours en retrait à te plaindre que tu es trop timide !

- J'ai hâte de t'y voir, toi, madame je suis pas fichue de me bouger avec le mec sur qui je fantasme depuis la seconde !rétorqua violemment la petite Xion, chose qui m'étonna d'elle.

Je vis Aqua et Terra rosir légèrement, alors que Sora lâchait un « bien joué » à l'attention de Xion. Je lâchai un prochain soupire, agacé d'être ignoré de la sorte alors que je poirautais comme un nigaud devant une dispute dont j'ignorais parfaitement la cause.

- OH !finis-je par crier pour couvrir le brouhaha infernal que ma bande faisait.

Ils tournèrent tous la tête d'un seul chef vers moi, et je me passai une main dans les cheveux.

- Merci bien !soufflai-je en me dirigeant vers mon lit.

Je sentis leurs regards suivre mon dos, et je me retournai vivement après avoir posé mon sac contre mon bureau.

- Bon, c'est quoi l'embrouille ?demandai-je alors, les poings sur les hanches.

Curieusement, se fut Xion qui choisit de parler la première. Elle inspira longuement, et fit un pas vers moi.

- Aqua maintenait que je ne serais pas capable de venir te demander d'aller au bal avec moi, vendredi, exposa-t-elle d'une petite voix courageuse. Mais il n'y a rien de gênant à demander une telle chose à un ami.

J'ouvris de grands yeux, et retins de justesse un virulent « tout ça pour ça ? ! » plus que sincère. Ils avaient un don pour dramatiser.

- Vous êtes vraiment atteints, grognai-je.

- Peu importe, m'attaqua Aqua en se rangeant finalement à côté de la petite brune. T'es d'accord ?

Visiblement, il leur fallait peu de temps pour se réconcilier.

- Cela aurait été avec plaisir, mais j'ai déjà invité quelqu'un, répondis-je sans me douter un seul instant des conséquences.

Le visage de Xion sembla se décomposer en l'espace de quelques instants, et il lui fallut plusieurs minutes pour se reconstruire une expression à peu près neutre.

- D'accord, déglutit-elle.

- Et c'est qui ?m'agressa Aqua, inquisitrice.

Cette fille était un futur agent du FBI.

- J'y vais avec Larxène, lâchai-je sachant cette fois ci parfaitement que je n'allais pas me faire d'amis avec ça.

En effet, tous écarquillèrent une nouvelle fois les yeux comme si je venais de leur annoncer que je sortais avec le pape, et commencèrent à piailler en tout sens sur ma décision saugrenue et suicidaire.

- Je me sens insulter, finit par marmonner Xion en s'éloignant quelque peu.

Elle semblait cette fois ci atrocement vexée, et incapable de le cacher. Je sentis un léger pincement m'étreindre le cœur en la voyant blessée par ma décision.

- Vous savez, elle n'est pas si méchante !tentai-je de me défendre. Vous ne l'aimez pas simplement parce que les gens disent qu'il n'est pas approprié de la fréquenter. S'il était dit qu'il était approprié de fréquenter les morues, le feriez vous ?

J'étais particulièrement fier de ma référence à Alice au pays des merveilles, même si pour l'instant, j'avais plutôt l'impression de faire face à l'armée en délire de la reine rouge. J'allais finir décapiter.

- Larxène est comme un morue, pour moi, soupira Xion en essayant de se radoucir.

Sa voix était amère, et cela m'attrista un peu plus.

- Et vous, savez ce qu'on mange ce soir ?finit par balancer Sora, le nez sur son portable.

Je haussai un sourcil. Il avait l'air très fier de sa découverte.

- Du poisson !annonça-t-il fièrement.

Cela me fit étouffer un rire, et l'ensemble de la bande me suivit. Même Xion, malgré son apparente colère. Quelque chose me disait que cette histoire était loin d'être finie.