Mardi 1er Décembre 2015, 8h02

Un étrange sentiment étreignit le Commissaire lorsqu'il posa son regard sur la recherche internet. Quelques mots clés, jeté au hasard. Bouteille à la mer. Ses yeux foncés cherchèrent frénétiquement parmi les milliers de résultat. Double meurtres ; famille ; France ; années 2010 ; enfants.

Beaucoup trop de résultat. Il but une gorgée de café. Comment savoir lequel choisir ? Un titre finit par attirer son attention, après plus d'une heure de recherche ; Meurtre d'une mère de famille dans le Rhône-Alpes, disparition suspecte de son fils. Le Commissaire cliqua sur le lien et la page d'un journal local s'afficha sur l'écran.

Au milieu de l'article, une photographie montrait la femme, cinquantenaire souriante. De longs cheveux châtains dans lesquels se détachaient quelques mèches grisonnantes, une peau pâle, elle était assise dans le jardin de la maison de village, l'air sereine, au coté de son fils. La photographie était de mauvaise qualité et cela ne fit qu'empirer lorsque le policier l'aggrandit. Banal.

Il écarquilla pourtant les yeux en scrutant le visage de la femme. Un détail. Juste un. Ce grain de beauté, là, sous la lèvre. Au même endroit que celui du Tueur.

Il finit par observer le jeune homme à coté de la femme. Les cheveux longs, il souriait franchement à l'objectif, une main posée sur l'épaule de sa mère. Il devait avoir la vingtaine et portait une chemise à carreaux rouges, retroussée aux manches. Le Commissaire se leva brusquement et arracha le portrait de la cinquième victime du mur pour la mettre a coté du visage pixélisé qui s'étalait sur son écran. Pas de doute. C'était bien lui. Le Frère.

Souriant d'un air victorieux, le brun enleva l'image et entama la lecture de l'article.

C'est un véritable drame qui s'est joué dans ce village paisible de / , vendredi dernier. En effet, Marie Duval, respectable mère de famille sans histoire, a été retrouvée assassinée dans la grange bordant sa propriété. La police recherche activement son fils, âgé de 16 ans à peine, qui a mystérieusement disparu le jour du meurtre. La piste privilégié par les autorités semble être l'enlèvement.

Que s'est-il vraiment passé, ce vendredi 22 avril ? Qui aurait pu en vouloir à cette femme, que tous semblaient apprécier et respecter dans le village ? "Marie était toujours pleine d'énergie, elle donnait des cours de soutient aux jeunes en difficultés. C'était vraiment une femme généreuse, elle va laisser un grand vide." déplore une voisine, qui a désiré rester anonyme. "Ce qui m'inquiète le plus, c'est la disparition du petit. Il a jamais été très sociable ce gamin, toujours seul. Il est un peu bizarre, si ça se trouve il avait de mauvaises fréquentations et Marie a eut des ennuis à cause de lui" imagine le boucher du village, l'air inquiet. Le fils aîné de la victime, F. Duval, n'a pas voulu témoigner pour notre journal.

Agé de dix-neuf ans, le jeune homme a décidé de partir vivre chez la sœur de son père et sa famille à une trentaine de kilomètre du lieu du drame, sous surveillance de la police. En effet, l'hypothèse d'une vendetta contre la famille n'est pas a exclure ; après la mort plus que suspecte du père, un an plus tôt, victime d'un tragique accident de la route, l'assassinat sanglant de la mère et l'enlèvement du frère, les autorités ont toutes les raisons de croire que le reste de la famille est en danger.

Ci-contre, une photographie de la victime et du fils ainé et ci-dessous, un portrait du disparut.

Le Commissaire remarqua avec agacement que le prénom du cadet n'était écrit nul part. De plus, la photographie sensé le représenter ne se chargeait pas. Agacé, le policier actualisa la page mais la photographie n'apparaissait toujours pas. Apres quatre essais infructueux, il se rendit à l'évidence : le lien était mort.

Bon. Il en avait déjà apprit énormément. Le gardien de la paix imprima l'image de la mère et l'épingla sur le mur, à coté du visage du frère, avant d'y collé un post-it ; "Marie Duval, assassinée le 22 avril 2010, mère du Tueur ?".

Satisfait, le Commissaire retourna à son bureau. A présent qu'il avait le nom de ses parents, le trouver sera un jeu d'enfant. Souriant, le policier entama ses recherches.

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11h20

Eléonore dut relire cinq fois les résultats pour y croire. La bouche entrouverte en une moue surprise, elle assimilait l'information qu'elle venait de recevoir par e-mail. Les résultats ADN. C'était impossible. Impossible. Il devait y avoir une erreur, il y avait eu une mauvaise manipulation. La scène de crime avait été contaminée. Elle soupira et glissa son pouce entre ses dents, rongeant son ongle.

Que devait-elle faire ?

Devant ses yeux, en gras et en italique, s'étalait le nom et le prénom du Commissaire.

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16h47

Le Commissaire était excédé. Aucune trace de ce type. Il avait consulté toute les archives possibles et imaginables ; cherché dans les actes de naissances de la mairie, les dossiers médicaux, les archives de l'éducation nationale, facebook... Rien. Il avait trouvé les dossiers de Florian Duval, le frère présumé du Tueur, ceux de Marie Duval-Bonnefond et de Benoît Duval, les parents. Mais aucune trace d'un deuxième enfant. Comme si quelqu'un avait effacé son existence.

Il fronça les sourcils. Oui. Comme si quelqu'un avait effacé son existence. Le Tueur avait-il de tels capacités en informatique ou avait-il un complice ? Un hacker qui aurait piraté pour lui et détruit toute donnée a son sujet... ? Le Commissaire ne s'y connaissait pas beaucoup en informatique, mais ce pourrait-être possible. Il appuya son dos contre son fauteuil. Un complice. Génial, comme s'il avait besoin de cela.

Et si ce complice était le Fanatique ? Un frisson parcourut son dos. "... la prochaine fois que je te planterais je me raterais pas. Je viserai le cœur. Et tu crèvera comme une merde. - Tu risques d'avoir du mal à réaliser ton rêve. Tu es sous les barreaux. - Un détail, commissaire. Ce n'est qu'un détail. " Un détail. Et si le Fanatique et le Tueur étaient alliés...?

Le Commissaire inspira profondément. Il devenait paranoïaque. Le Tueur n'avait aucun moyen de contacter le Fanatique. Aucun. Il n'avait répondu à aucune lettre et n'avait reçu aucune visite. D'après le registre. Le registre numérique. Le Commissaire écarquilla les yeux. Quel con ! Le brun attrapa d'un geste le téléphone de son bureau et composa le numéro de la prison. Il devait en avoir le cœur net.

- Allo ? Oui bonjour, c'est le Commissaire en charge de l'affaire du Fanatique... Puis-je parler au directeur de la prison ?...Merci. -il attendit une dizaine de seconde puis la voix du directeur lui répondit- Oui, bonjour Mr. Touzet. J'aurais besoin de savoir si vous gardez un registre manuscrit des visites ?... Parfait, pouvez vous me communiquer les visites qu'a reçut le Tueur Cinéphile depuis son incarcération ?...Merci. Oui, envoyé tout a mon adresse e-mail. Parfait... Au revoir Mr Touzet.

Il raccrocha et sourit un peu. Au moins une chose que le hacker n'a pas put modifier. Le registre écrit. Une fois qu'il aura ce document, il saura si le Tueur a reçu de la visite et si oui, a quel heure. Dés lors, les cameras de surveillance lui apprendront le visage du complice, en espérant qu'il s'agisse bien de leur homme.

Avec la preuve de la complicité du Tueur dans les meurtre du Fanatique, les vidéos et l'ADN de ce dernier, ils allaient vite coffrer ce salaud. Et empêcher que le Cinéphile n'ait un allègement de peine. Parfait. Il détestait l'idée que ce connard ne fasse pas perpet'.

En se connectant à sa messagerie personnelle, il remarqua que Sanaa Aznar, la psychologue qui le suivait depuis deux ans sur ordre de son supérieur, lui avait envoyé un mail. Il se passa une main lasse dans les cheveux, marmonnant dans sa barbe à quel point il était inutile qu'il continue à voir une psy. Il allait bien ! Tout s'arrangerait après l'affaire. Il répondit rapidement à Sanaa, lui confirmant malgré sa réticence le rendez-vous du lendemain.

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17h11

Hésitante, elle toqua à la porte de son supérieur et attendit qu'il lui dise pour entrer. Elle poussa la porte et s'arrêta dans l'entrebâillement, surprise par la scène.

Les yeux écarquillés, fixés sur l'écran de l'ordinateur, le Commissaire souriait largement. Eléonore frissonna. Sourire tordu. Trop large. Presque fou. La seule source de lumière de la pièce était l'ordinateur, envoyant une lumière blanche sur le visage déjà blafard de l'homme, accentuant ses cernes. Sur le mur, a coté du bureau, elle remarqua plusieurs photographies. Le Tueur Cinéphile. Elle reconnu un portrait du brigadier Mallard, son oncle, avant et après son meurtre. Le Frère présumé. Et une femme qu'elle ne reconnu pas.

- Venez voir, Théveny.

La jeune femme contourna le bureau, n'osant pas allumer la lumière, et se pencha au dessus de l'épaule de son supérieur ;

- Qu'est-ce ?

- Les visites qu'a reçu notre Tueur les deux dernières années.

La rousse fronça les sourcils ;

- Mais le registre disait qu'il n'en avait reçu aucune ?

- Le registre a été piraté, mais tout est également gardé par écrit.

La liste ne comportait qu'un seul nom, revenu en tout cinq fois en deux ans. Camille Conge. Le Commissaire eut un rictus cynique. Ce gars avait un sens de l'humour particulier ; prendre pour nom de famille celui qu'avait choisit le frère du Tueur.

Dans un deuxième e-mail, il avait les copies des vidéos de surveillance datant des jours où ce Camille était venu à la Centrale de Saint Maur. Il sourit. Une fois ce gars choppé, il aurait l'identité du Tueur. Après trois ans et demi d'enquête. Il l'aurait. Sa victoire sera complète.

Eleonore regarda le Commissaire et hésita avant de dire ;

- Commissaire ?

- Quoi ?

- Nous avons reçut les résultats ADN...

Le brun releva vivement les yeux vers elle ;

- Parfait, correspondent-ils à quelqu'un ?

- Non...

Il grimaça mais haussa les épaules ;

- Tant pis, je soupçonne le Tueur de vouloir nous envoyer sur une fausse piste de toute manière. A qui correspondent les traces ?

- C'est la qu'il y a un problème...

- Soyez concise, Théveny.

- L'ADN est le votre, Commissaire.

Il la regarda, sous le choc.

- Le mien ?

Elle se tritura les mains, mal à l'aise ;

- Les résultats sont formels... La scène de crime a dut être contaminée.

Le Commissaire grogna :

- Bordel...Manquait plus que ça. Bon, sortez d'ici Théveny. Et faites des recherches sur ce Camille Conge. Je veux tout savoir sur ce type. Tout.

La jeune femme hocha la tête et se hâta de sortir, sous le regard furibond du Commissaire.

Une fois seul, le brun ramena une main sous son menton, l'index contre la lèvre, et réfléchit intensément. A aucun moment, il n'avait touché le cadavre de la dernière victime. Il n'avait pas put contaminé la scène de crime...

Comment son ADN a-t-il pu se retrouver là ?