Dichotomie cruelle
"Aimer, c'est perdre le contrôle." - Paul Coelho
Blanche, pure, innocente, angélique.
Roxanne Weasley observa encore quelques instants la robe qui lévitait tout autour d'elle. Assommante de lumière. Si emplie de signification. Ornée d'une couleur trop symbolique. La robe en elle-même était magnifique, avec un décolleté en forme de coeur, des manches fines et tressées, moulant sans aucun doute son corps comme une seconde peau jusqu'à mi-cuisse où elle commençait à s'évaser. Mais elle ne lui ressemblait pas.
Tendrement, elle caressa la robe du bout des doigts. Celle-ci signifiait tant de choses à la fois, trop de choses.
La tête lui tournait, sa poitrine lui faisait affreusement mal et un début de nausée la prit brusquement. Inspirant et expirant plusieurs fois, Roxanne réussit à la dissiper. Aujourd'hui devait être le plus beau jour de sa vie, et elle n'y croyait pas. Elle n'y avait jamais cru, d'ailleurs.
Pourquoi était-elle là, seule, à regarder cette robe qu'elle devait porter dans à peine quelques minutes ? Elle était déjà coiffée, déjà maquillée, ne restait plus qu'à enfiler cette robe, mettre à ses pieds les sublimes escarpins blancs que de toute manière, personne ne verrait vu qu'ils seraient cachés par la robe. Et ensuite, elle devrait sortir de cette pièce et affronter son destin... Son destin ? N'était-elle pas libre de son destin justement ? Depuis qu'ils avaient fixé une date et commencé tous les préparatifs, elle se sentait oppressée, continuellement agressée et étouffée. Voulant toujours voir le bon côté des choses, elle avait pensé que tout ça était dû justement au stress des préparatifs. Et puis tout son entourage était très heureux à l'idée de leur union. Ils l'adoraient et ne juraient que par lui. Seules quatre personnes étaient opposées à ce mariage et, étrangement, il s'agissait des personnes les plus chères à ses yeux, hormis ses parents. Léna Dirham, sa meilleure amie, Charlie Weasley, son parrain, son cousin le plus proche, Louis Weasley, et Sébastien Deveaux, un ami de vacances à qui elle s'était beaucoup attachée.
Toujours fidèle à lui-même, son parrain lui avait fait de vives remontrances comme quoi il était depuis le début contre cette relation qu'elle entretenait avec lui et qu'il n'assisterait pas au mariage. Mais après quelques larmes de sa part, il avait finalement cédé. Depuis toute petite, Charlie Weasley lui avait toujours tout passé, se comportant à la fois comme un modèle et un confident. Il était un peu comme un deuxième père pour elle, l'aidant à surmonter sa frustration de ne jamais savoir comment se comporter avec son père, Georges, à la fois présent... et absent.
Léna, elle, lui avait presque hurlé dessus quand elle lui avait montré la bague étincelante à son annulaire droit. Depuis ce jour, elle n'avait eu de cesse de faire changer d'avis sa meilleure amie. C'était une erreur, une terrible erreur, lui avait-elle maintes fois répété. Et la brune avait vivement refusé d'être la demoiselle d'honneur et c'était un miracle qu'elle ait accepté néanmoins d'assister à ce « carnage ». De toute façon, Roxanne savait bien que la brune n'agissait pas ainsi de manière totalement désintéressée. A ce mariage, il y aurait son ex, Caem Zabini, et elle s'était promis de le récupérer d'une manière ou d'une autre.
Quant à Louis, il avait été un peu plus subtil dans sa manière de lui exprimer son désaccord face à son union. Premier argument: elle ne l'aimait pas. Deuxième argument: elle était trop jeune pour se marier avec quelqu'un. Oh Merlin, se marier. Voilà que l'expression prenait tout son sens. Ce n'était plus une relation sérieuse, mais une union, avec des papiers officiels et tout le reste.
La panique affluait à ses tempes, et Roxanne se prit la tête dans les mains, de désespoir. Etait-elle vraiment prête à s'engager avec lui ? Etait-ce vraiment lui l'homme de sa vie ? Elle avait eu beau écrire sur ce genre de phénomènes, sur l'amour, la joie, le bonheur, la tristesse, mais elle n'arrivait pas elle-même à savoir ce qu'elle ressentait à cet instant précis.
Un visage lui revenait sans cesse en tête. Et ce n'était pas le bon ; ce n'était pas celui qu'il fallait. Elle ne devait pas penser à lui, elle se l'était longtemps interdit et pourquoi, aujourd'hui, il venait la hanter.
Bon sang, elle ne pouvait pas être plus idiote. Comme si il allait se ramener sur un fier cheval blanc, et dire « Je m'y oppose » quand le mage allait prononcer leurs voeux. Elle devenait cinglée. Mais après tout, n'était-ce pas normal, le jour de son mariage, de penser à ses anciens amours ?
Son seul amour, lui souffla désagréablement une petite voix.
Roxanne soupira et se retint de hurler, et de lacérer en morceaux la robe qui lévitait toujours près d'elle. Et quand elle se tourna pour échapper à sa vue, elle rencontra son regard dans un grand miroir majestueux. Ses cheveux noirs avaient été disciplinés, plaqués sur son crâne en un chignon haut, laissant juste quelques boucles s'échapper savamment ; la magimaquilleuse, que sa cousine Victoire avait engagée, lui avait souligné son regard vert clair, qui tranchait avec sa peau caramel, d'un trait noir, et lui avait mis un fard à paupières couleur ivoire légèrement pailleté ; ses lèvres étaient couvertes d'un rose très clair et ses joues étaient recouvertes d'une fine couche de blush foncé.
Grâce à Merlin, sa famille avait réussi à se débrouiller pour que l'évènement ne soit pas médiatisé, et il n'y aurait qu'un faire-part dans la Gazette du Sorcier le lendemain. Si mariage il y avait...
Secouant la tête violemment pour chasser ces pensées négatives, Roxanne se décida à enfiler sa robe. Enfin. Marquant la fin de ses doutes.
Jared Boot était l'homme qui lui fallait.
:.:
Son père l'attendait à l'entrée de la salle, pimpant dans son costume bleu marine, ses cheveux roux, grisonnants aux tempes, en bataille comme toujours. Il lui adressa un sourire lumineux, le premier qu'elle ait vu sur le visage de son paternel depuis... longtemps. Et si cet événement seul donnait ce sourire jusqu'aux oreilles, sincère, à son père, son père adoré, alors Roxanne était prête à le faire cent fois s'il le fallait. Mais une fois suffisait et ce sourire, surtout ce sourire, la poussa à avancer vers lui au lieu de s'enfuir dans la direction comme son instinct le lui soufflait, sa robe lui pesant une tonne.
-Tu es si belle, ma petite fille, lui souffla Georges, ému, en lui embrassant le front.
Roxanne inspira fort l'odeur épicée de son père, se sentant redevenir la petite fille qui était continuellement sur ses genoux pendant que lui, inventait de nouvelles farces et attrapes. Qu'il était loin le temps de l'insouciance.
-Es-tu sûre de ce que tu fais ? Lui demanda soudainement son père.
Elle ne s'y attendait pas et eut un hoquet de surprise à cette question, qui aurait dû être tout à fait banale. Mais rien n'était banal dans la bouche de Georges Weasley et malgré son sourire moqueur, il avait su distinguer les doutes que sa fille cachait derrière un masque souriant. Il avait eu beau avoir conservé le manque cruel de son défunt jumeau, il avait toujours su donner le minimum d'attention à ses enfants, laissant les remontrances à Angelina. Sa Angie, comme il aimait l'appeler.
-Je crois, balbutia la jeune femme âgée d'à peine vingt-huit ans.
-Je commencerais à m'inquiéter pour des éventuels petits-enfants avec ta douceur ma chérie que lorsque tu auras trente ans. Encore deux ans, donc, essaya de plaisanter son père. Et puis avec Fred qui vient de nous donner à Angie et moi un petit-fils à gâter autant que Lou-Ann, tu as encore le temps. Tu peux même ne pas avoir d'enfants avant tes trente-cinq ans.
La fille de Georges fut agitée d'un rire silencieux ; il avait toujours eu les mots qu'il fallait. Mais là, il parlait d'enfants et non de mariage. Il ne parlait pas d'engagement. Il ne parlait pas de l'engagement qu'elle allait contracter avec un homme. Un fils d'un ancien condisciple de Poudlard de ses oncles Harry et Ron, un ancien Serdaigle.
Qui aurait pu croire que la fille de Georges Weasley, enjouée et pourvue d'un certain sens de l'humour, allait épouser un érudit droit et un peu rigide ? Mais ils ne voyaient pas tous ce qui se cachait derrière ce masque. Jared était doux, attentionné et faisait tout pour elle. Il l'aimait vraiment, elle en était certaine. Et puis, il avait une sorte d'humour en demi-teinte, que peu comprenaient. Il avait de la classe, et était un très bon avocat autant dans le monde sorcier que dans le monde moldu. Et lui avait promis qu'il ferait tout pour la rendre heureuse. Et c'était là, l'essentiel.
-Jared est le bon.
-J'aime beaucoup ce petit mais... et Lorcan ? Lui souffla Georges.
Un frisson la parcourut tout entière à l'énoncé de ce prénom honni. Détesté. Haï. Ce prénom qui lui empoisonnait le coeur un peu plus à chaque fois qu'elle l'entendait, comme une énième piqûre, comme un poison qui se distillait dans ses veines et lui donnait la nausée, des vertiges, et surtout, surtout, comme toujours, une douleur trop cruelle. Insupportable.
-Lorcan peut toujours aller se faire foutre, siffla Roxanne, mauvaise.
Georges Weasley avait beau être son père, elle ne pouvait supporter de la part de quiconque qu'on lui parle de lui. Et le jour de son mariage en plus ! Le comble.
-Les Scamander ont vraiment du fil à retordre avec les filles Weasley, commenta, guilleret, Georges, sans plus de commentaires. On entre ?
-Je..., je vais me repoudrer le nez... et fumer une clope. Laisse-moi encore dix minutes, mentit Roxanne, sentant les larmes pointer au coin de ses yeux.
Et elle repartit vers la petite pièce qu'on lui avait attribuée sans plus de cérémonie, laissant son père et son sourire. Bienveillant et compréhensif.
Dès qu'elle eut fermé la porte derrière elle, Roxanne sentit sa poitrine se déchirer de l'intérieur et maudit son géniteur. Il ne pouvait pas le savoir mais raviver le souvenir de Lorcan Scamander lui donnait d'affreuses crises. Nervosité, tremblements, nausées, tout y passait. Elle lui avait tout donné, croyant qu'il l'aimait, qu'il était fou d'elle, comme il le clamait si fort. Mensonges, mensonges. Tout ça n'était que mensonges, et elle avait perdu une partie d'elle-même dans cette histoire. Jared l'avait aidée comme il avait pu pour qu'elle se remette sur pied, et pour ça, elle lui en serait éternellement reconnaissance. D'ailleurs, elle avait comme une certaine dépendance ; il était sa drogue, celle qui la remettait toujours de bonne humeur et qui lui faisait toucher du doigt le bonheur sans toutefois y parvenir complètement malheureusement. Elle aimait Jared, Lorcan n'était qu'une erreur.
Voilà, repenser à lui, inévitablement cela faisait repasser en boucle les souvenirs heureux. Les meilleurs moments de sa vie. Lui, ses cheveux d'un blond cendré, épars sur l'oreiller, son fameux sourire en coin accroché à son visage taillé à la serpe, plein de charme, un début de barbe ombrant ses joues ; ses yeux d'un bleu orageux lui promettant mille et une choses ; sa façon de lui caresser la joue, de mordiller son cou, de l'embrasser fiévreusement ; sa voix qui la rendait folle, qui suffisait à ne lui faire désirer que lui ; leurs membres emmêlés, son odeur boisée lui emplir les narines. Ils avaient vécu un an et six mois ensemble quand elle avait eu vingt-cinq ans. Un an et six mois d'amour, de lutte, de haine, de jalousie, de tendresse, de complicité. Dix-huit mois passés avec lui qui avaient l'avaient plus ou moins détruite.
On frappa quelques coups brefs à la porte quand elle expirait un volute de fumée, sa cigarette mentholée dans sa main tremblante.
-Deux minutes, papa !
La porte s'ouvrit quand même, et Roxanne, agacée, tourna la tête vers l'importun.
Ce n'était pas son père, et sa cigarette en tomba de ses mains jusqu'à la traîne de sa robe où le bout rougeoyant y fit un léger trou.
Lorcan Scamander, son démon personnel, se tenait là, refermant doucement la porte derrière lui, avec son éternel sourire en coin, qui la faisait toujours autant craquer, réalisa Roxanne, effarée par tant de stupidité et de naïveté de sa part.
-Qu'est ce que tu fous là, espèce de connard ?
-La tigresse sort ses griffes, répond simplement Lorcan en la détaillant de la tête au pieds avant de reprendre : Roxy, mon chou, ce n'est pas du tout ton style.
L'écrivaine serra des dents. Il énonçait à voix haute ce qu'elle avait elle-même tenté de dire à sa future belle-mère, Mandy Boot. Mais cette dernière avait été implacable. Cette robe lui allait à ravir et c'était bien plus esthétique.
Si Roxanne avait pu se marier en robe blanche toute simple, sans chichis, sans broderies, sans perles, elle l'aurait fait sans hésitation. Et Lorcan le savait.
-Mais va te faire foutre ! Comment as-tu pu entrer ? Tu n'as reçu aucune invitation !
-Tu oublies que je suis le meilleur ami de Caem et qu'il pouvait venir accompagné.
-Ah, il n'a pas choisi sa nouvelle petite pute pour lui servir de cavalière ? Quoi ? Vous avez virés gays tous les deux ? Léna va être tellement déçue, ironisa la future mariée, tordant ses doigts, se rendant à peine compte que sa cigarette était tombée.
-Clope.
Roxanne percuta enfin et avec un juron, elle prit sa baguette pour remettre sa traîne à son état original, sans brûlures de cigarettes, et prit une profonde inspiration. Si elle continuait comme ça, c'était d'un paquet entier dont elle aurait besoin avant de dire le fatidique « Oui » devant le mage.
-Alors comme ça, tu te maries ?
-Non, là telle que tu me vois, je vais faire mon jogging.
Le blond laissa échapper un rire moqueur avant de s'approcher un peu plus de Roxanne, qui se tendit douloureusement. La proximité de leurs corps lui était insupportable.
-Pourquoi tu te maries avec lui, mon chou ? Demanda dédaigneux, Lorcan. Pourquoi tu m'as quitté ? Pourquoi lui ? Pourquoi pas moi ?
Elle avait l'impression que sa tête allait exploser, son coeur aussi... et que ses jambes allaient la lâcher. Comment arrivait-il à la toucher autant, par sa seule présence ?
-Tu m'as trompé, espèce de salaud. Et tu me poses encore la question ! Le choix est vite fait entre un homme qui m'aime et un autre qui m'a fait souffrir, lança Roxanne, amère.
-C'est toi qui a dit que je t'avais trompé, répliqua Lorcan.
-Tu n'as rien fait pour me démentir.
-Parce qu'il n'y en avait pas besoin. La photo parlait d'elle-même, certes, mais tu ne m'as jamais demandé d'explications... Tu t'es juste contentée de balancer mes affaires de la fenêtre de ton appart.
Roxanne eut un sourire mauvais à ce souvenir. Et elle avait adoré d'ailleurs. Ce n'était pas Léna qui lui avait donné ce coup de main, c'était Lily, sa cousine. Grâce à elle, elle avait réussi à jeter par la fenêtre toutes les affaires de Lorcan qui traînaient dans son appartement en une heure top chrono. Seule, elle aurait mis trois bonnes heures, et encore, elle n'était pas sûre qu'elle aurait eu tout le courage nécessaire. Et puis, elle avait pris un plaisir malsain teinté de désespoir profond à brûler toutes les photos de … lui et une autre femme, qui étaient dans Sorcière Hebdo et dans La Gazette du Sorcier. Combien elle avait pleuré sur ses photos qui montraient une Lorcan animé, avec un grand sourire, et à son bras, une sublime chinoise qu'il embrassait langoureusement toutes les dix secondes. Ce connard devait couvrir un événement de Quidditch en Chine et il en avait honteusement profité.
Et ça avait détruit leur couple et la confiance qu'ils avaient l'un en l'autre. Roxanne n'avait plus jamais voulu lui adresser la parole, ni même le voir. Ça faisait un an et quelques mois déjà et à peine trois mois suivant leur rupture, elle avait rencontré Jared par l'intermédiaire de Louis. Sa drogue, celui qui la maintenait à flots, celui qui l'empêchait continuellement de sombrer dans ses souvenirs avec Lorcan.
Elle avait aimé Lorcan à Poudlard sans espoir d'un amour réciproque. Elle l'avait aimé pendant leurs vacances communes à l'île de la Réunion, se retrouvant là par hasard, lui séduit, elle méfiante. Elle l'avait aimé dès qu'elle était rentrée en Angleterre, tous les deux fous l'un de l'autre. Elle l'avait aimé passionnément, donnant tout d'elle, sans aucune peur de l'avenir, pensant naïvement qu'eux, ça allait durer toute la vie. Et elle s'était pathétiquement trompée. Leur couple n'avait pas tenu, et il avait été infidèle. A partir de ce moment-là, quand elle avait su que son monde s'écroulait petit à petit, Roxanne avait expérimenté l'affreuse douleur de la femme trompée, amour et haine intimement mêlés.
-Tu m'as trompée, c'est tout ce que je retiens. Et aujourd'hui, j'en épouse un autre.
-Tu n'as pas le droit, souffla Lorcan en se rapprochant d'elle, le regard sombre, le visage dur, tendu par sa nervosité.
Car oui, elle était palpable. Il était terrifié à l'idée de la perdre pour toujours et Roxanne le ressentit aussi fort que si c'était elle qui ressentait cela... Elle le ressentait, d'ailleurs. Faire une croix sur Lorcan Scamander en se mariant avec un autre..., n'était-ce pas la meilleure solution au mal qui la rongeait, qui la bouffait minutieusement ?
Haineuse, Roxanne Lou Weasley ne se priva pas d'adresser à Lorcan une gifle, qui laissa une marque rosée sur la joue pâle de celui-ci. Et il ne fit que sourire, les coins de ses lèvres agités par des tressautements. Visiblement, il se retenait de rire.
-Roxy, mon chou, j'aime tellement quand tu me fais du mal, minauda Lorcan en lui attrapant le poignet.
La métisse ne put s'empêcher d'avoir un petit sourire en coin avant de réaliser dans quelle position ils étaient et ô combien ils étaient proches. Et ô combien -par Merlin- cette proximité la troublait. Les flashs de leurs anciens ébats l'assaillaient de toute part, et confusément, elle se rappelait combien elle était bien dans ses bras.
-Merde, lâche-moi ! Je dois aller me marier, moi.
-Tu m'aimes encore, tu vas te marier avec quelqu'un que tu aimes moins que moi.
-Mais va te faire cuire un dragon ! Lâcha Roxanne sous le coup de la surprise.
Il osait, il osait l'immonde salaud. C'était comme si rien n'avait changé entre eux. Qu'est ce qu'il croyait ? Qu'il pouvait revenir dans sa vie et tout bouleverser ainsi ? Il se mettait le doigt dans l'oeil et jusqu'au coude.
-Je suis l'homme de ta vie, ton seul grand amour Roxy, mon chou, asséna Lorcan, cet éternel sourire au coin des lèvres qui donnait en cet instant précis à Roxanne un énorme désir de le défigurer.
-Mais tu es com...
-Tout comme tu es le mien, l'interrompit Lorcan, en attrapant ses deux mains et en les baisant du bout des lèvres.
Son coeur rata un battement. Il n'avait pas le droit de dire ce genre de choses, non, il n'avait pas le droit. Pas aujourd'hui. Pas comme ça.
-Et puis, qu'est ce que c'est cette coiffure ? Tu es tellement plus belle, tellement plus naturelle, quand ils sont détachés. Plaqués comme ça, … c'est horrible. Ton soupirant aime ça ?
Elle ne répondit pas, trop préoccupée à contrôler sa respiration pour ne rien laisser paraître de son trouble.
-Il doit aimer l'ordre alors... Toi non que je sache.
-Bien sûr que j'aime l'ordre, répliqua hargneusement Roxanne.
-Non, malgré ce que tu montres aux gens, tu aimes la folie, la passion ; tu aimes quand chaque jour, tu dois te battre pour celui que tu aimes, leur montrer à tous combien vous êtes faits l'un pour l'autre, leur montrer à tous combien vous êtes fous l'un de l'autre. Le calme dans un couple, c'est pas pour toi. Tu mérites tellement mieux ; tu as besoin de tellement plus. Tu as besoin de moi, avoue-le.
-Fous-moi la paix ! Je te hais.
-Roxanne, es-tu vraiment sûre de vouloir te marier avec lui ? D'emménager quelque part, prévoir vos vacances jusqu'au dernier moment, avoir des enfants avec lui, une maison en banlieue, peut-être avec un chien... et tout ça avant tes trente ans. Tu imagines ça pour toi … avec lui ? Murmura Lorcan, le visage défait.
-... Oui, oui j'en suis sûre, déclara Roxanne d'une voix forte avant de dégager ses mains de la poigne du blond et avancer vers la porte.
-J'avais bu ce soir-là ; ils cherchaient à t'atteindre, ils cherchaient à te faire souffrir. Tu es célèbre, Roxy. Ils voulaient avoir se mettre quelque chose sous la dent. Ils m'ont poussé à faire ça, je n'ai bu qu'un verre et pourtant... Roxy, crois-moi, je ne t'aurais jamais trompé consciemment. Ils ont dû mettre quelque chose dans mon verre, … je t'en supplie... Je me mets à genoux devant toi si tu le veux. Reprends-moi mon amour, ne te marie pas avec Boot.
Ses mots résonnaient en Roxanne, qui se retourna vers le jumeau Scamander avec qui elle avait eu une histoire, et celle-ci ne put s'empêcher d'hésiter. D'hésiter à repousser Lorcan, d'hésiter à se marier avec Jared, d'hésiter à le reprendre et tout arrêter avec l'autre.
-J'ai besoin de temps... Tu es difficile à croire, Lorcan, railla Roxanne en faisant une grimace.
-Je t'aime.
-Et moi, je ne te crois plus. Adieu Lorcan, souffla la noiraude comme une irrévocable sentence.
Les brisant tous les deux. Leur fermant les portes d'un avenir commun. Les séparant l'un de l'autre, à jamais.
-Roxanne, je m'y opposerai, sois-en sûre. Je ne te laisserais jamais dans les bras de Boot, répliqua furieusement Lorcan en sortant de la pièce, sans un regard pour Roxanne. Tu es à moi.
Cette promesse résonna dans l'air tandis que Roxanne Weasley se passait une main soucieuse sur le front. Elle était déjà en retard pour son mariage, et Jared devait s'inquiéter. Il devait penser, avec raison, qu'elle doutait sur leur future union. Lorcan lui avait insufflé le coup fatal. Comment pouvait-elle se marier la tête froide maintenant ? Comment pouvait-elle dire le fatidique « Oui » ? Quel salaud.
Revenir comme ça, à un moment aussi important, c'était du pur sadisme.
Mais elle n'allait pas le laisser gagner, ça non.
:.:
La musique avait suivi ses pas, elle avançait, sereine, dans l'allée au bras de son père, Georges Weasley ; elle croisa le regard de son promis et lui sourit doucement, comme pour le rassurer ; puis, le regard bleu orageux de Lorcan accrocha le sien, sombre.
Un instant de vertige.
Roxanne le maudit tout bas et lâcha le bras de son père, qui lui embrassa le front, pour se mettre face au magimage ; Jared lui pressa la main, et elle lui sourit, plus crispée cette fois.
Elle avait pris sa décision et rien ne pourrait la changer. Pas même Jared. Pas même Lorcan.
-Nous sommes là, réunis, pour l'union de deux êtres, deux âmes soeurs.
Pendant un court moment, Roxanne eut l'impression qu'un discret toussotement avait été émis à cette phrase, et ne venait pas de Lorcan Scamander mais plutôt de Léna, toujours aussi impulsive. Un sourire se dessina lentement sur ses lèvres et elle lâcha la main de Jared.
-Jared Terry Boot, voulez-vous vous unir à Roxanne Lou Weasley ?
-Oui, je le veux, répondit Jared, ses yeux d'un vert d'eau pétillant de bonheur.
Un tremblement agita Roxanne. Jared voulait se marier avec elle, et elle l'avait toujours su. Mais ça devenait de plus en plus vrai depuis le début. Trop vrai. Beaucoup trop vrai.
-Roxanne Lou Weasley, voulez-vous vous unir à Jared Terry Boot ?
Un silence affreux, pesant, gênant plana dans l'air pendant quelques minutes. La réponse instantanée ne lui était pas venue, et elle avait la bouche ouverte, tel un poisson hors de l'eau. En réalité, elle ne savait plus quoi répondre, et Jared la fixait trop intensément pour qu'elle puisse réfléchir convenablement ; Roxanne évitait également de fixer la foule parce qu'elle savait, oui, elle savait, qu'elle allait forcément croiser le regard de tous ceux qui lui avaient déconseillé ce mariage et surtout... elle allait croiser le regard de Lorcan. Victorieux sans nul doute.
-Non, je ne le veux pas... Je suis désolée Jared.
Les derniers mots de Roxanne avaient plané dans l'air, avant qu'elle ne parte sous les murmures indignés, ou triomphants, de la foule d'invités. Tête baissée, Roxanne avançait dans l'allée, sa robe dans ses mains pour éviter de trébucher, et elle se maudissait à voix haute. Quelle erreur elle avait fait. Comment avait-elle pu autant faire souffrir Jared ? Comment avait-elle pu croire qu'ils avaient un avenir ?
Elle sentit une main large et forte lui attraper le poignet et ainsi, la retenir. Jurant entre ses dents serrées, Roxanne se tourna vers Lorcan, car bien entendu, il ne pouvait s'agir que de lui.
Mais elle se détacha bien vite de sa poigne, avant de se rendre compte qu'un lourd silence s'était abattu, suivant les murmures effrénés que son esprit n'avait pu occulter. Tout le monde avait le regard fixé sur eux ; l'air s'était considérablement alourdi, et en face d'elle, Lorcan et son fameux sourire en coin auquel elle n'avait jamais pu résister.
-Roxanne ! Cria Jared de là où il était resté, près du magimage.
Comme seule réponse, l'écrivaine lui lança un regard désolé, et se prépara à affronter Lorcan... en public cette fois-ci.
-Je ne le fais pas pour toi Scamander, oh ça non, je le fais pour moi et moi seule. Tu ne fais plus partie de ma vie depuis que tes affaires ont fait connaissance avec le trottoir d'Oxfyhem Avenue. Ne te fais surtout pas d'idée sur mon refus d'épouser Jared. Tu n'en es aucunement responsable, débita clairement la jeune femme avant de tourner les talons une fois pour toute.
-Roxanne, attends-moi ! Hurla Léna en sortant du banc sur lequel elle avait été positionnée, et évitant les personnes qui lui barraient le chemin jusqu'à l'allée. Pardon, pardon, pardooon.
:.:
Après s'être débarrassée de la robe si empreinte de significations, Roxanne s'autorisa à prendre une longue bouffée d'air et d'un mouvement sec et précis, détacha ses cheveux qui tombèrent en boucles folles autour de sa tête, jusqu'aux épaules. Une vraie crinière de lionne.
Léna l'avait suivie jusqu'à sa « loge », si on pouvait appeler ça comme ça, et tendue, énervée comme Roxanne l'était, Nax et Naé, les inséparables venaient de s'engueuler. Pour une raison idiote dont Roxanne ne se rappelait même plus. En rapport avec Caem et Lorcan, sûrement. Les deux seuls sujets sur lesquels elles arrivaient à se disputer.
Quelques coups secs furent frappés à la porte, et Roxanne, lasse, sachant d'avance qui était l'intrus, acquiesça d'une voix faible. Elle allait devoir s'expliquer avec Jared ; et elle avait beau essayer de chercher quelles paroles seraient les moins blessantes pour lui..., elle ne trouvait pas.
-Roxanne...
-Je suis tellement désolée, Jared.
Un instant de silence, puis Roxanne sentit une main fraîche se poser sur son épaule nue. Un frisson la parcourut tout entière, et elle devina aisément que leur séparation allait être très dure. Autant pour elle que pour lui.
-Tu aurais pu me dire honnêtement que tu ne souhaitais pas te marier, commença Jared.
-... Je ne le savais même pas. Je pensais sincèrement que je le voulais, avec toi.
Sincèrement.
-Mais il y avait Scamander...
-Non Lorcan n'a rien à voir avec cela, ne t'inquiètes pas. Il peut aller au diable, lui, répondit d'une voix amère Roxanne, en remontant la manche de sa marinière.
-Arrête de te mentir, mon coeur, murmura Jared en lui embrassant le front. Tu n'as jamais cessé de l'aimer.
Roxanne ne s'offusqua pas du surnom ; depuis qu'ils s'étaient rencontrés, ça avait toujours été une habitude chez eux de se donner des petits surnoms qui pourraient avoir d'autres sens.
-Et moi je te dis que non, répliqua de suite Roxanne. Il m'a fait beaucoup, beaucoup trop, de mal.
-Tu es d'un naturel masochiste, mon coeur.
:.:
-Je suis venu te dire au revoir.
-Il ne fallait pas, ironisa Roxanne.
Mais c'était avec un coup au coeur qu'elle réalisait qu'il était toujours aussi beau, aussi charmeur, aussi … lui. Toujours le même petit sourire en coin, toujours les mêmes éclats de malice dans les yeux, toujours la petite phrase qui arrivait à la faire rire.
Ô combien elle le détestait.
Ô combien elle l'aimait.
-Au revoir mon chou.
-Adieu Scamander.
Une page se tournait, mais Roxanne eut l'impression qu'on la brisait en deux, une nouvelle fois. Le manque de Lorcan s'était accentué toutes ces années sans lui, et le fait de le revoir, de lui reparler..., et de le voir repartir, … tout ça l'atteignait en pleine poitrine.
Mais elle s'était promise d'être forte et de ne jamais céder à la tentation. Lorcan faisait partie du passé.
De son passé.
-Hey Roxy mon chou ! Des vacances à la Réunion, ça te dit ?
Sourire irrésistible.
Roxanne ne put s'empêcher d'éclater de rire à tous les souvenirs qui affluaient à la simple évocation de l'île sur laquelle ils s'étaient vraiment connus.
-J'aurais un faible pour Tahiti, aujourd'hui, répondit-elle, joueuse.
-Va pour Tahiti. Je t'enverrais les billets de Portoloin.
-Sans toi Lorcan !
-Oh ne dis pas de bêtises, mon chou. Des vacances sans moi, c'est pas des vacances !
Et Roxanne n'avait pu s'empêcher de s'éloigner de lui, malgré tout ce qu'il lui avait fait. De nouvelles vacances avec Lorcan Scamander, ça promettait.
Chute un peu... beaucoup nulle. Je ne sais même pas pourquoi j'ai écrit cet OS mais une chose est sûre... Mes vacances sont terminées depuis mercredi, et ça fout les boules. J'étais bien moi en vacances ! Même très bien ! Et puis là on a un cyclone en approche apparemment, vu le temps POURRI qu'il fait. Pluie torrentielle, brouillard, chaleur... Un temps à faire des bébés quoi.
Avis sur.. ce boudin ?
Bisous, Valouw.
