Disclaimer : Tous les personnages cités dans cette fanfiction (Deadpool, Spider-Man, Iron Man, etc) sont la propriété de Marvel Comics.
Music : The Neighbourhood — Daddy Issues


« Je suis affamée. »

J'ai fui. Je suis une poule mouillée.

— Cot, cot, cot. Cot.

Face à ses protestations, je dépose Géraldine sur sa plateforme et lui caresse les plumes d'un air absent. Elle me lance un regard farouche et me picore la paume pour que je m'écarte. Je refuse d'obtempérer. Qu'elle me pince jusqu'au sang, je m'en tamponne le coquillage ! Mon châtiment sera le même, je vais m'installer dans ce poulailler et finir mes jours sur de la paille humide.

Je soupire. De toute façon, l'orage se déchaîne dehors et le métro le plus proche est à une demi-heure de marche. Je suis dans l'obligation de patienter, coincé entre ses quatre planches de bois. Ça m'apprendra à venir me réfugier ici quand je n'ai pas de plan B.

Je suis de cette catégorie de gens (encore faut-il que cette catégorie existe...) qui ont pour compagnie un gang de volatiles, faute de mieux. Bon, j'avoue, leur effet thérapeutique a certains avantages. Pour la peine, j'ai tronqué un saladier de pop-corns contre un sachet de graines. Ouais, de toutes les absurdités qui se nichent au-dessus du Bobby Van's, le maïs est sorti vainqueur ultime. Cela m'a rappelé pourquoi j'étais sur ce toit en premier lieu. La réponse ne m'a pas plu.

« Je suis affamée. »

Quand je me penche pour ramasser le saut à épluchures, ma pote à bec agite ses ailes tachetées, désapprobatrice. Je roule des yeux et enlève le capuchon. Une nuée de poules brunes, blanches et grises s'empare du sol alors que j'y déverse leur repas du jour. Je reste indifférent à leur agitation vorace, j'ai connu pire. Je me connais moi.

Soudain, le vibreur de mon téléphone portable me sort de ma léthargie. Ma bouche fait la moue ; c'est Gwen.

Allo, Pete ? s'écrie ma petite amie, suivie par des exclamations inintelligibles. Tu [...] école [...] pour ce—oir. Je pa— [...] franchement ! [...] —uite.

Je fais semblant d'être d'accord avec ce qu'elle dit, mais la vérité, c'est que je ne capte pas un mot de sa crise. Sa voix haut-perchée, combinée aux perturbations météorologiques, fait trop grésiller le combiné. Elle ne peut s'en prendre qu'à elle-même, j'ai au moins eu la décence de décrocher.

Avec de telles pensées, je passe sûrement pour un sacré enfoiré. Alors, je raccroche. Je me justifierai demain en accusant la tempête ou autres, c'est préférable à dire une connerie. S'il n'y avait pas ce temps pourri, je dirais une connerie. Foiré est devenu une habitude, je le fais toujours. Je ne sais plus m'exprimer correctement sans la blesser et ma petite voix n'a pas vraiment le vocabulaire adapté pour une quelconque interaction sociale.

Ce coup-ci, j'agis bien. J'agis juste. Je préviens au lieu de guérir en coupant la conversation et éteignant mon téléphone. Puis, je me persuade que c'est la meilleure chose à faire, parce que je suis à ma place, assis dans mes vêtements détrempés près de Géraldine.

« Je suis affamée. Je suis affamée. Je suis affamée. Je suis affamée. Je suis affamée... »

Je suppose que Wade a aussi été forcé de changer ses habitudes. Si mon départ en catastrophe l'a laissé de marbre, son écran plasma n'a pas dû apprécier la pluie après trois semaines de grand air et de soleil.