Ce qui m'appartient ne peut m'être repris, que par la mort. (Liam)

- Chapitre X -

Liam

- Encore vivante ? Questionna insidieusement Rosalie en poussant la porte. Il m'a pourtant semblé entendre des cris.

Elle ignora délibérément le regard noir de sa sœur et sourit gentiment à Bella qui acquiesça.

- Edward avait raison, ajouta-t-elle, tu es renversante.

Bella haussa les sourcils. La frangine n'allait pas s'y mettre aussi tout de même ?

- Je parie que tu n'as pas la moindre idée de ce à quoi tu ressembles, poursuivit Rosalie impitoyablement.

Effectivement. Bella ne s'était encore jamais vu depuis sa transformation. Elle suivit les filles Cullen dans la chambre adjacente à la salle de bain et s'immobilisa devant son reflet. Elle était… Sublime était-il un mot trop fort ? Alors nous dirons qu'elle était mieux que ravissante, mieux que jolie.

- Est-ce que ta chambre te plait ? Questionna Alice. Je sais déjà comment je vais la redécorer. Je poserai un papier à fleurs dans le style Liberty, je suis sûre qu'une déco à l'Anglaise t'ira à merveille. Tu es tellement romantique Bella !

Trop ahurie pour réagir sur la seconde partie de la phrase, celle-ci se cala sur la première.

- Ma chambre ? S'étrangla-t-elle.

- Alors ? Elle te plait ? Insista Alice en tournant autour d'elle comme une toupie.

- Mais laisse la respirer, gronda sa sœur en l'immobilisant fermement.

Rosalie était la plus jolie fille que Bella avait jamais vu. De grande taille avec un corps de rêve, cette blonde aux yeux bleus avait heureusement beaucoup d'autorité sur sa sœur et celle-ci se calma instantanément.

- Allez tout le monde nous attend en bas, poursuivit-elle et Laurent aimerait repartir très vite retrouver Tanya. Ils se sont parlés au téléphone et il y a de la réconciliation dans l'air, semble-t-il.

Trop heureuse de s'éclipser, Bella suivit Rosalie au rez-de-chaussée et absolument pas rancunière Alice les précéda en chantonnant. Des applaudissements bruyants accueillirent leur arrivée.

- Alors Bella, Alice t'a récurée des pieds jusqu'à la tête ? Rigola Emett. Tu brilles comme un sou neuf ?

Alice soupira d'exaspération et Jasper l'accueillit avec des bras réconfortants. Il posa un baiser appuyé sur ses lèvres et miss vif argent se remit aussitôt à sautiller joyeusement.

- Tu es ravissante Bella, la complimenta Laurent.

Lui même s'était lavé et changé. Il portait désormais un jean flambant neuf et, un nouveau tee-shirt de couleur noir, avait avantageusement remplacé l'ancien. Il avait cependant gardé son blouson de cuir, sans doute lui vouait-il un attachement particulier.

- Vraiment très jolie, approuva Edward de sa voix de velours.

- Je suis d'accord, renchérit Emett.

Alice se pavanait triomphalement, s'attribuant sans doute bonne part du mérite de cette métamorphose, tandis que Bella serait volontiers rentrée dans un trou de souris.

Laurent était effectivement très pressé de partir et c'est le cœur gros qu'elle lui fit ses adieux.

- Comment te remercier ? Si tu n'avais pas été là, je ne sais pas ce que je serai devenue, bafouilla-t-elle, très émue.

- Ce fut un plaisir Bella. Prends soin de toi, recommanda-t-il encore avant de se mettre en route. Je te passerai un petit coup de fil dès que je serai rendu en Alaska.

Elle le regarda disparaître dans la nature. C'était la mi-journée, l'heure du repas chez les humains et l'heure de pointe chez Jef. Elle se demanda qui l'aidait à servir les plats du jour. La nostalgie l'envahit, ils lui manquaient tous tellement !

- Que dirais-tu d'une partie de chasse ? Suggéra Esmée en l'enlaçant.

Bella n'avait pas particulièrement faim, mais sortir de la maison et prendre l'air lui ferait, de toute évidence, le plus grand bien. Elle accepta avec empressement.

- Dans un petit moment alors, intervint Carlisle.

Il posa un baiser empreint de tendresse sur le front de son épouse et entraîna Bella derrière lui.

- J'aimerai d'abord te montrer quelque chose, expliqua-t-il.

Il s'arrêta un instant devant Edward et ils échangèrent un long regard que Bella interpréta comme un dialogue silencieux. Le jeune homme aux yeux d'or sembla se crisper. Alice se joignit à eux, elle avait pris un air absent comme si elle n'était plus vraiment là.

- C'est bien lui Carlisle, je t'ai vu en avertir les Volturi, affirma-t-elle en sortant de sa transe.

- Bien, allons vérifier, soupira-t-il, visiblement inquiet.

Ils le suivirent tous jusque dans son bureau, au premier étage, et Carlisle désigna un tableau sur lequel des personnes vêtus comme au dix huitième siècle, avaient pris la pose.

- Les Volturi, expliqua-t-il succinctement en désignant les trois hommes qui se tenaient à l'avant plan.

Un peu en retrait, Bella identifia son hôte.

- Oui, c'est bien moi, acquiesça-t-il. Mais ne reconnais-tu personne d'autre ? Regarde attentivement, c'est important.

Soudain Bella se raidit. Un homme parmi les autres avait attiré son attention. Elle le pointa du doigt.

- Liam ? Réussit-elle à articuler.

- Liam, approuva Carlisle, visiblement contrarié.

Tous les Cullen vinrent tour à tour découvrir le visage du créateur de Bella.

- Je me suis douté que c'était lui dès que Laurent a fait mention d'un traqueur nommé Liam. Le risque était faible qu'il s'agisse d'une coïncidence. J'aurai pourtant préféré que ce soit le cas, déclara-t-il avec tristesse.

- Pourquoi ? C'est toujours un avantage de connaître son ennemi, aussi puissant soit-il. On sait son potentiel, on élabore des stratégies ; je trouverai comment nous débarrasser de lui, affirma Jasper en faisant preuve d'une assurance que Bella ne lui aurait jamais soupçonnée.

Emmett approuva bruyamment. Même les filles qui s'étaient laissées gagner par les craintes de Carlisle semblèrent atteinte par son enthousiasme.

- Les choses ne sont pas si faciles et Liam n'est pas un simple vampire, ni même un bête traqueur. Il dispose de talents particuliers et qui le rendent éminemment dangereux pour nous tous.

- Explique-toi, intima Jasper pas vraiment convaincu.

- Il peut localiser sa proie d'un simple effort de concentration. Il n'a pas besoin de suivre aucune piste pour savoir où trouver sa victime…

- …Il me court derrière depuis plusieurs semaines et n'a toujours pas réussi à me localiser, l'interrompit Bella.

- Il a aussi le don de paralyser ses victimes simplement en les touchant de la main, poursuivit ce dernier sans relever. S'il effleure l'un d'entre nous, il sera ensuite dans l'incapacité de se défendre.

Un brouhaha général envahit la pièce et Carlisle en profita pour faire venir Bella, que cette dernière information avait clouée sur place, auprès de lui.

- C'est bien ce qu'il s'est produit lors de ta transformation, n'est-ce pas ?

Elle acquiesça silencieusement.

- Je sais que c'est douloureux mais j'aimerai que tu me racontes tout ça dans le détail. J'ai une petite idée qui pourrait nous donner un avantage sur lui, affirma-t-il.

Bella s'exécuta mollement, gardant seulement par-devers elle ce qui s'était passé avec Jason.

- Je ne crois pas qu'il t'ai remarquée le matin même de ton agression, réfléchit Carlisle. Quand il est question d'imprégnation, un créateur prend toujours son temps. C'est très important pour lui de ne pas se tromper. La première chose dont il s'assure, en général c'est que l'élue est…

Un silence embarrassé laissa la phrase en suspens.

- ... Vierge, conclut Jasper à sa place.

Bella se figea et tout le monde autour d'elle prit un air dégagé. Ils connaissaient tous, sauf elle, cette particularité de l'imprégnation. Elle déglutit difficilement, hésitant à s'insurger contre cette intrusion dans sa vie privée et la compréhension que cet important détail n'avait pour eux rien de personnel. Finalement elle hocha la tête. C'était à l'instant même où elle avait proposé à Jason de faire d'elle une femme, que Liam était passé à l'attaque. Elle n'osa pas lever les yeux par peur de leur réaction. Elle n'imaginait que top bien la malice qu'elle croiserait dans le regard d'Emmett. Elle ne vit donc pas l'expression soulagée d'Edward, ni le regard soupçonneux que ses soeurs échangèrent après s'en être aperçu. Carlisle s'assura encore que Liam ne l'avait pas touchée et, de nouveau, elle acquiesça.

- Il n'a donc d'autre prise sur toi que de t'avoir transformée. C'est une bonne chose, affirma Jasper. Il n'est pas dans son droit.

Devant l'air ahurie de Bella, il crut bon d'expliquer que d'un accord tacite, les vampires répugnaient à se mêler des histoires d'imprégnation. Les revirements de situations étaient fréquents et dûs essentiellement au fait de l'instabilité émotionnelle des nouveau-nés.

- Je ne suis ni instable, ni émotive, se défendit Bella.

- Ça nous le savons, affirma Edward en lui adressant un sourire attendri. Nous avons pleinement confiance en toi.

- Quoi qu'il en soit, Liam n'aurait jamais été dans son droit, affirma Carlisle, captant ainsi l'attention générale. A l'époque où je vivais chez les Volturi, un grave conflit entre lui et Aro s'est soldé par la mort de quelqu'un. Ils avaient tous les deux des vues sur une même jeune fille, mais pour des raisons différentes. Aro et son épouse voulaient l'adopter, alors que Liam désirait en faire sa compagne. Aro décida, il me semble avec sagesse, que devenue adulte, elle serait libre de s'attacher à qui elle voudrait et il se chargea de sa transformation ; ce qu'il fit avec beaucoup d'amour, j'en suis le témoin. A peine née, Liam trompa leur confiance en tentant d'imprégner la jeune femme. Il fut surpris à temps pour en être empêché et banni avec l'interdiction formelle de tenter à nouveau de transformer qui que ce soit. Mais quelques semaines plus tard, la jeune vampire disparut lors d'une partie de chasse. On retrouva les traces d'un bûcher avec cette inscription. « Ce qui m'appartient ne peut m'être repris, que par la mort », et c'était signé Liam.

Instinctivement tout le monde se rapprocha de Bella. Esmée la première l'enlaça d'un geste protecteur. La colère et l'indignation brillaient dans les yeux de tous.

- Nous te protègerons, Bella, affirma Alice de sa voix flûtée.

Et tout le monde approuva bruyamment, faute de pouvoir tous la tenir dans leurs bras.

- Je le découperai en tranches, affirma Emett avec rage. J'en ferai de la purée.

- Tu ne feras rien du tout, le contredit Carlisle. Les Volturi s'occuperont de son cas. Je vais les prévenir, ils nous enverrons leurs meilleurs combattants. Aro tient enfin sa vengeance, croyez-moi qu'il ne la laissera pas passer.

Jasper et Emett protestèrent pour la forme mais les femmes Cullen se rangèrent aussitôt à l'avis de Carlisle. Seuls, Edward et Bella restaient silencieux. L'un observait l'autre attentivement, soupçonnant sans peine la résolution qu'elle était en train de prendre.

- Je vais partir.

La déclaration tomba comme une bombe, affichant un masque de contrariété sur le beau visage d'Edward. Le silence se fit dans la pièce.

- Et pour quelle raison ? Questionna Carlisle.

- Je vous mets tous en danger. Je vais profiter que Liam ne sait pas encore où je suis pour aller plus loin. Je traverserai les mers et je ne regagnerai plus la terre ferme pendant des semaines. Ce n'est pas un problème pour moi, plaisanta-t-elle, je m'entends très bien avec les poissons…

Carlisle interrompit le concert de protestations qui s'élevait, pour se faire entendre.

- Et à ton avis, pourquoi ne t'a-t-il pas encore retrouvée ? De la même manière, peux-tu expliquer la raison pour laquelle Alice ne te voit pas ? Pourquoi Edward ne te lit pas ?

- Non, je l'ignore. Peut-être que je ne suis pas… normale, lâcha-t-elle, confuse.

Ça faisait un moment qu'elle se posait la question de savoir ce qui n'allait pas chez elle et c'était la seule explication qu'elle avait pu trouver. Même pareille aux êtres les plus parfaits, il fallait qu'elle ne soit pas à leur hauteur. Tel était son destin, elle devait l'accepter.

N'y tenant plus, l'ange aux yeux d'or la prit dans ses bras pour la première fois.

- Non, tu n'es pas anormale Bella. Tu es exceptionnelle ! Déclara-t-il avec conviction. Liam ne t'a pas encore trouvé parce qu'il est incapable de te localiser, son radar ne répond pas en ce qui te concerne. Il y a en toi comme un bouclier qui te protège des ondes, quelles qu'elles soient.

La compréhension se fit jour dans l'esprit de Bella. Liam ne pouvait pas la repérer, elle était invisible.

- Pourtant lorsqu'il m'a transformée, je me suis retrouvée paralysée aussi bien que Jason.

- C'était un contact physique Bella, ton talent ne s'étend malheureusement pas à ce domaine-là, déplora Carlisle.

- Ne t'en va pas Bella, supplia Alice, très inquiète. Nous allons nous organiser le temps que les Volturi nous envoient des renforts. Ça ne saurait tarder, j'irai les chercher moi-même si tu veux.

Bella n'était plus très sûre de vouloir partir. Liam ignorait où elle se trouvait et des renforts allaient arriver d'un jour à l'autre. Peut-être ne prenait-elle pas un gros risque en restant et… elle en avait tellement envie !

Alice se mit à danser de joie.

- Merci Bella, tu ne vas pas le regretter, nous allons bien nous occuper de toi tu verras !

Comme elle n'avait encore rien dit dans ce sens ni dans un autre, Bella s'étonna.

- Je croyais que tu ne pouvais pas me voir ?

- Toi non, mais je me vois sortir cette magnifique robe bleue dont je t'ai parlé et comme elle ne me va pas du tout, j'imagine que c'est pour te la faire essayer, triompha-t-elle.

- D'accord, se rendit Bella.

Mais dans son for intérieur elle fut prise d'un grand doute quand à l'exactitude des visions d'Alice et se promit de ne jamais les prendre pour argent comptant. Elle ne voyait vraiment pas de quels arguments disposeraient la poison, pour la convaincre d'enfiler ce genre de fringues. Des hourras triomphants accueillirent sa réponse et elle ne prit conscience qu'à ce moment-là, qu'Edward avait laissé son bras autour de ses épaules.