10: Red Baroness

Parmi les membres d'origine du RKO, il y avait quelqu'un dont j'ai omi de parler: Susan von Scorzeny. Une femme androgyne qui n'avait de sentiments que pour son vaisseau. Les changements hiérarchiques majeurs qui ont suivi notre arrivée dans l'organisation ne l'ont pas affectée. D'ailleurs, j'ignorais jusqu'à son existence même avant d'entrer par accident dans le hangard qui abritait son vaisseau chéri. J'ai discutté brièvement avec elle, pour voir s'il était vraiment bon de la garder dans nos rangs, voir si elle obéirait à Mein Herr et moi. Elle n'avait apparemment aucune loyauté particulière envers Ludwig. Elle m'intrigait au moins assez pour que je la laisse tranquille et décide de l'observer. De temps en temps, j'allais dans ce hangard et je l'observais en train de s'occuper de son vaisseau, lui faire des ajustements. Quand Dietrich est arrivé dans l'organisation et a tué Ludwig, ça ne lui a fait ni chaud ni froid. J'en venais même à me demander s'il existait une chose qui lui importait outre sa propre vie et son engin. Vint ensuite s'ajouter une question de plus: pourquoi faisait-elle partie du RKO. Un soir, peu après la mort de Ludwig, j'ai décidé de lui poser directement la question. Elle s'est arrêtés, a tourné son regard vers moi. C'était la première fois qu'elle m'apparaissait véritablement féminine, mais ce ne fut que pendant une fraction de seconde, ensuite elle rangea ses outils et vint se tenir bien droite devant moi, une grimace de dégoût sur le visage.

"Ce poltron de Ludwig m'avait promis de raser Rome. Ensuite il a dit que nous devions attendre. Que nous n'étions pas prêts, pas encore assez fort. Il arrive toujours quelque chose pour la sauver."

"Elle?"

"Une vieille connaissance. La seule qui a toujours été meilleure pilote que moi, mais simplement parce qu'il arrivait toujours quelque chose, un évènement imprévu qui l'avantageait. Ludwig m'a recrutée en me donnant une preuve comme quoi elle avait quitté Albion et s'était établie à Rome."

Je voyais la haine dans son regard, j'entendais la frustration dans sa voix. J'aimais sa détermination. Une pilote chevronnée pourrait certainement nous être d'une grande utilité. Je lui ai souris.

"Je ne suis pas Ludwig, et je doute un peu de ton utilité pour Mein Herr. Peut-être faudrait-il que tu me montres ce dont tu es capable."

Elle a froncé les sourcils, m'a dévisagé un moment en silence. J'ai continué à lui sourire. Je sentais que ça deviendrait très intéressant.

"Qu'est-ce que tu veux dire par là?"

"Surprends-moi."

Elle garda encore un moment le silence alors que je voyais l'incompréhension et la surprise dans ses yeux verts.

"Je peux faire ce que je veux?"

"Même attaquer une certaine université à Rome. La seule condition que je t'impose... est que je ne veux pas que ces idiots puissent remonter jusqu'à notre organisation."

Un sourire dément lui avait étiré les lèvres.

"Ils ne sauront même pas ce qui leur est tombé dessus!"

Plusieurs jours plus tard, on pouvait lire en tête de tous les journaux qu'un attentat anonyme avait détruit une université à Rome, faisant des centaine de morts et des dizaines de blessés. Cette chère Susan, quand je suis retourné la voir au hangard après ce coup, était irrémédiablement perdue dans son propre monde et elle continuait à s'occuper de son engin, le sourire aux lèvres, sans même réaliser que j'étais là. Plutôt décevant, mais... je ne pouvais pas y faire grand chose. Je l'ai donc laissée seule dans son hangard. Peut-être trouverais-je éventuellement un moyen de la rendre utile. Pour le moment ça n'avait guère d'importance puisque je n'avais pas vraiment besoin d'elle.