Chapitre 9
Posant un pied sur le sol pavé du port de Nellimar, Elsa se tenait droite, fixant la demeure du Duc à l'horizon. Ce dernier accourait au loin, un air affolé sur le visage, provoquant un sourire amusé chez la souveraine. Se détournant de ce curieux personnage qu'elle avait rencontré avec sa sœur un an auparavant, elle s'avança le long du quai, cherchant Hodin du regard. Ne le trouvant pas, elle s'approcha d'avantage jusqu'à apercevoir une main se jucher sur le bord de l'appontement de pierre.
« -Elsa ! » La Reine se retourna, faisant face à sa cadette qui la rejoignit au plus vite, la saisissant par le bras en arrivant à sa hauteur. « Est-il toujours en un seul morceau ? » demanda la princesse en retenant un rire moqueur.
« -Bien sur que oui, sinon la suite ne serait pas amusante.
-La suite...
-Ne pense à rien, Anna. » Puis, s'adressant aux marins encore sur le pont, « Messieurs, veuillez aider sa Majesté à remonter s'il-vous plaît. »
Les minutes suivantes, alors que le Duc de Nellimar arrivait tout essoufflé aux pieds des Arendelliennes, Hodin se remettait tout juste debout, trempé de sa fin de voyage. Après avoir galamment salué les jeunes femmes, Ael s'avança vers le souverain tout en gardant un mouvement de retenu.
« -Votre Majesté... » salua t-il dans une grimace. Puis faisant de nouveau face à Elsa, « Votre arrivée n'était pas prévue, ma Reine. Que vous arrive t-il ? Et...si je puis me permettre, comment se fait-il que vous arriviez d'Elredor ? ...Bien que ce ne soit pas si inhabituel quand on y repense...
-Un événement nous a conduit à Elredor. Et à présent c'est chez vous que nous nous dirigeons. La légende de Maui, cela vous dit quelque chose ? »
Le duc écarquilla les yeux à l'entente du nom du demi-Dieu légendaire.
« -Oui, mais en quoi cela vous intéresse t-il ? Ce n'est qu'une vieille histoire que l'on raconte aux enfants.
-Vraiment ? Voulez-vous que je vous parle des Îles du Sud ? Peut-être cela vous éclairera t-il ?
-Hum, bien. Si vous voulez bien avoir l'obligeance de me suivre. »
A l'instant où il prononça ses paroles, il tendit son bras à la souveraine qui le saisit non sans retenu. Tout deux remontèrent alors la grande allée en direction de la maison du Duc, suivis de près par Anna et Kristoff. Hodin ferma la marche, dépité, acceptant les conséquences de sa bêtise.
Sur leur passage, le peuple de Nellimar semblait s'arrêter de vivre, les observant de leur yeux inquiets et à la fois émerveillés.
« -Qu'ont-ils donc ? » finit par demander Elsa.
« -Oh, ne prenez pas mal leur comportement. Je crois qu'ils ont souvenir de votre présence en ces lieux il y a un an. Et, si je puis me permettre, il est rare de compter pareil beauté parmi nous. »
La souveraine stoppa sa marche à l'entente de cette remarque. Se détachant du Duc, elle lança un bref regard à Hodin, faisant clairement comprendre à son hôte ce qu'il risquerait s'il ne gardait pas sa langue dans sa poche.
« -Vos intentions sont bonnes, mais vos paroles maladroites. Par ce que vous venez de dire, vous faites insulte à toutes femmes de ce pays. Rendez-vous en compte, Duc. Je tiens également à vous préciser que je ne suis pas ici par courtoisie, mais seulement pour régler une affaire urgente. Je vous prierais donc de vous en tenir aux limites que votre rang vous impose.
-Ce n'est pas ce que...
-Inutile de trop vous épuiser à parler. A présent je peux me rendre compte de vos pensées, que jusqu'ici vous aviez réussi à cacher. Si vous le voulez bien maintenant, j'aimerais que nous rejoignions votre demeure, que nous réglions ce pourquoi nous sommes venus, et qu'enfin, nous puissions repartir de cette île. »
Tous regardèrent la souveraine d'un air perplexe. Ses paroles avaient laissé place à un grand silence, et bien que ce dernier fut oppressant, Hodin ne put s'empêcher de sourire. Elsa n'y prit pas garde, et se raccrochant au bras de sa cadette, plus étonnée que jamais, elle reprit le chemin de la maison du Duc. Attendant que les jeunes femmes se retrouvent suffisamment éloignées, le Roi d'Elredor se posta face à Ael, et lui fit signe de le regarder de la tête aux pieds.
« -Voyez comme elle a prit du caractère en un an. Prenez garde, elle devient farouche notre jolie tête couronnée.
-Gardez donc vos remarques, » répliqua amèrement le Duc, « Moi au moins, je suis encore au sec.
-Mais plus pour bien longtemps croyez-moi » s'interposa Kristoff.
Finalement, l'elredorien et le prince d'Arendelle suivirent les pas des deux sœurs face au regard hérissé de leur hôte, qui lui, se dépêcha de rejoindre ses royales invitées, tout en restant silencieux comme une tombe.
Arrivé aux portes de la grande demeure, Ael, fit entrer ses convives, et fit signe aux domestiques de les guider à travers les couloirs. Menés jusqu'à un grand salon chauffé par une grande cheminée aux pierres grises et sombres, tous prirent place dans les nombreux fauteuils qui s'offraient à eux. Tous sauf Elsa. Cette dernière passa devant le Duc sans même lui adresser un regard, et fini par s'arrêter face au feu qui réchauffait les lieux. Au creux de ses mains, elle formait de petites boules de glaces qu'elle laissait retomber finalement dans les flammes, avant d'en créer de nouvelles. Le spectacle qu'elle offrait embarrassait tout le monde, si bien que durant de longues minutes, seul le son de la glace entrant au contact du feu se faisait entendre. Comprenant qu'il avait par mégarde, échauffé les nerfs de la souveraine, Ael se redressa dans son siège, en profitant pour prendre une grande inspiration.
« -Ne soyez pas essoufflé avant même que notre discussion n'ait commencé, Duc. » lâcha sèchement Elsa, ce qui refroidi d'autant plus la pièce malgré le feu dansant entre les pierres. « Parlez nous de cette légende, à propos de Maui. Ce conflit, entre Nellimar et les Îles du Sud ? Est-il toujours d'actualité ?
-Pas totalement...
-Oui, ou non ?
-Et bien...il y a des années, un pacte a été conclu par deux anciens. Une fille de Nellimar devait épouser un fils du Sud. On donnait aux familles, un délais d'un siècle symbolique pour honorer leur promesses. Or, ce marché n'a jamais été respecté. Les héritiers des vieux sages ont refusé d'unir leurs enfants, et la haine que les pays ont l'un envers l'autre a continué d'exister durant toutes ces années.
-Et donc...vous êtes en guerre depuis tout ce temps ? » s'immisça Anna.
« -Non, heureusement que non. Sinon, je n'ose imaginer les pertes. Nous sommes en froid, et donc nous évitons d'avoir affaire ensemble. Mais je ne comprend pas en quoi cela vous intéresse si soudainement ? Et pourquoi donc venez vous d'Elredor ?
-Nous avons reçu une lettre signée d'Hodin.
-Hodin ? » répéta Ael d'un air étonné, « Sa Majesté le Roi d'Elredor vous voulez dire ?
-Et bien oui, cela me semble évident non ?
-C'est que les convenances font que...
-Épargnez moi vos convenances, Duc.
-Pardonnez-moi ma Reine, c'est que...
-Vous voulez réellement savoir en quoi votre passé nous intéresse ou bien ?
-Évidemment !
-Alors taisez-vous et laissez-moi parler, sinon nous n'avancerons jamais, et je ne tiens pas à rester ici bien longtemps. Je reprend donc, si vous me le permettez.
-Bien entendu, allez-y...
-Lorsque nous sommes arrivés à bon port, Ho...Sa Majesté nous a fait savoir que le sceau n'était pas celui de son pays. Après quelques recherches, Anna a trouvé un lien entre ce fameux sceau et la légende de Maui.
-Et quel est-il ?
-Le sceau représente le waka de Maui. Et si nous nous fions à la légende, alors il représenterait indirectement les Îles du Sud.
-Ce serait donc eux qui vous auraient demandé d'aller à Elredor ? Mais dans quel but ? Cette histoire n'a aucun sens...
-Quelques jours après notre arrivée, la chère cousine du Roi Hodin a été enlevée. Et la veille de cet enlèvement, Anna a aperçu un jeune homme qui ressemblait fortement au Prince Hans, bien qu'elle reste persuadée que ce ne soit pas lui. Toutefois, il est certain que ce soit les Îles du Sud qui soient derrière tout cela. Les couleurs des voiles du navire ayant emmené Saïnika correspondaient en tout point aux leurs.
-Saïnika ? La fille de...
-C'est cela oui » coupa Hodin.
« -Vous l'avez connue ? » demanda Anna, interloquée par l'expression abasourdie du Duc.
« -Oui et non » répondit mollement ce dernier, « Son père était reconnu pour la qualité de son travail, si bien reconnu que j'ai finis par le prendre à mon service. Il lui arrivait de parler de sa fille de temps à autre, et quelque fois je la voyais passer dans l'atelier, accompagnée de sa mère. Un peu sauvage cette enfant, mais avec certainement un bon fond.
-Vous savez donc pour ses parents ?
-Le naufrage ? Bien sûr. On en entendait parler tout les jours, à Nellimar. Ça a fait grand bruit. Mais nous pensions tous que la petite Saïnika avait sombré avec eux.
-Et bien non. Ils me l'ont laissé à charge pour que je lui apprenne nombre de bonnes manières. » marmonna le souverain d'Elredor, dirigeant son regard vers les flammes.
« -Pardonnez-moi, Duc, mais vous ne semblez pas surpris ? Vous étiez au courant pour le lien qui unissait le Roi Hodin au père de Saïnika ?
-Oui, tout le monde savait d'où Gundor tenait ses origines. »
Un silence pesant retomba alors sur la petite assemblée, chacun réfléchissant à ce qui venait d'être dit. Elsa détourna son regard du feu, le glissant vers l'elredorien. Voyant la détresse de ce dernier grandir à vu d'œil sur son visage, elle s'avança vers lui, joignant d'un geste élégant ses deux mains sur son abdomen. Leurs regards se croisèrent un court instant, et la souveraine eu juste le temps de lui faire un sourire qui se voulut rassurant. Puis elle redirigea sa vision sur le Duc de Nellimar.
« -Et bien, tout ceci est fort intéressant, mais je crains que nous ne soyons finalement pas plus avancés qu'hier. Pourquoi nous faire venir à Elredor, puis enlever Saïnika ? Je ne vois toujours aucun rapport.
-La seule chose que je vois c'est que les Îles du Sud veulent jouer à la gué-guerre, et que pour gagner une guerre, il faut défaire ses ennemis de ses dirigeants » lança alors la princesse d'Arendelle d'un ton léger.
Tous se retournèrent vers elle, leur visage totalement interdit face à ce que la jeune femme venait de déclarer.
« -Qu'est-ce que vous avez ? Oui, je dis des choses absurdes mais vous devez être habitués à force.
-Mais non Anna ! » s'écria Kristoff.
« -C'est totalement plausible ! » ajouta Elsa, « Ils s'arrangent pour qu'on ne soit pas à Arendelle, ça fait de notre pays leur première cible. Ensuite ils enlèvent Saïnika. Le sceau devait être l'élément qui nous ferait nous éloigner d'Elredor ! En cherchant des réponses, ils savaient qu'on finirait par se diriger vers Nellimar. Elredor est donc leur seconde cible !
-Mais ce n'est pas logique. C'est Nellimar qui devrait les intéresser en premier lieu, tu ne crois pas ? En vue de leurs liens belliqueux qui perdurent depuis des années.
-Oui mais dois-je te rappeler que Hans à déjà tenté de s'emparer d'Arendelle ?
-Non, bien sûr, je m'en souviens...mais Elredor alors ? Pourquoi en voudrait-il à Elredor ?
-Je...Je ne sais pas... »marmonna la souveraine, « Mais il doit bien y avoir une raison...
-Ce n'est peut-être pas directement Elredor qui les intéresse. » déclara Hodin d'un ton sombre, « Mais peut-être est-ce bien Saïnika qu'ils veulent, afin d'atteindre un tout autre objectif. »
La Reine d'Arendelle tourna son regard vers l'elredorien, l'air sévère.
« -Auriez-vous omis de nous tenir au courant d'un élément important, Hodin ?
-Je vous l'aurais dit si j'avais su que Saïnika pouvait être prise pour cible par les Îles du Sud.
-Nous dire quoi ?
-...Saïnika a été officialisée comme étant ma seule et unique héritière, pouvant prétendre au trône d'Elredor. »
Les paroles du Roi sitôt prononcées, Elsa abaissa son regard au sol, et, après avoir tourné les talons, sortit du salon, abandonnant tout le monde dans la surprise. Tandis que Hodin arborait un air gêné, Anna et Kristoff s'échangèrent un regard incrédule. La princesse se releva alors, puis, lançant un dernier regard à ceux qui lui tenaient compagnie, elle repartit aussi vite qu'elle le put à la poursuite de son aînée.
« -Et bien, avec vous, la pauvre Elsa a de quoi se faire du soucis. » commenta le Prince d'Arendelle, « Mais au moins, vous pouvez vous féliciter. Vous avez réussi à nous la mettre dans tout ces états en moins de deux. »
Sur ce, l'enfant des trolls se leva à son tour, et sortit de la pièce afin d'attendre son épouse et sa belle-sœur en détresse dans le couloir adjacent.
Dans le jardin de la demeure du Seigneur de Nellimar, Elsa se posa au bord d'une fontaine. Fixant son reflet un bref instant, elle finit par fermer ses deux yeux azurs, et écouter les sons qui l'entouraient. Ses pensées laissèrent alors place à de beaux chants d'oiseaux, et l'air paisible qui prenait place autour d'elle lui rappela de nombreux chants accompagnés de mélodies composées à la harpe. Tout cela l'emmena dans un univers si merveilleux et reposant, qu'elle en oublia sa tristesse. Pourtant, les notes de musiques se déréglèrent, et la souveraine d'Arendelle sembla reconnaître l'air sur lequel elle avait dansé, lors du bal à Elredor. Les doux traits de son visages se crispèrent alors, et elle fronça les sourcils, tentant tant bien que mal de retenir ses larmes, sa douleur revenant de plus belle pour entraver son cœur.
Anna, elle, accourait dans les couloirs, et passant devant une grande porte ouverte menant au dehors, elle reconnut son aînée, assise auprès d'une fontaine en pierre. « Elsa ? » La rouquine s'empressa de rejoindre sa sœur, cherchant à comprendre ce qui lui arrivait.
« -Elsa ? » La blonde ne réagit d'abord pas à ses appels, puis, voyant les larmes ruisseler le long de ses joues, la cadette la saisit par les épaules et la secoua doucement. « Elsa, Elsa ! Ouvre les yeux, regarde moi. ».
La Reine d'Arendelle secoua la tête de gauche à droite, n'essayant plus de retenir ses émotions, et d'un geste, elle s'accrocha à sa jeune sœur, l'attirant tout contre elle. De nombreux flocons s'échappèrent alors au dessus des deux jeunes femmes, et l'eau clair de la fontaine se mit à geler, puis se fendre en une multitude de plaques glacées.
« -J'en ai assez, Anna. J'essaie sans cesse d'être au mieux, de me contenir et de me montrer forte, mais je suis incapable de tenir plus de deux jours ainsi !
-Doucement, Elsa. De quoi parle-tu ? Que t'arrive t-il ? Je sens bien que quelque chose change en toi, et je ne comprend pas. Pourquoi cette révélation au sujet de Saïnika t'a t-elle mise si mal à l'aise ?
-Tu ne vois donc pas ? Sa seule et unique héritière, Anna. Elredor aura son Roi jusqu'à sa mort, et alors Saïnika montera sur le trône.
-Oui, je le sais ça, mais...Oh... » La rouquine redressa son regard droit devant elle, comprenant la soudaine tristesse de son aînée. « Il ne compte donc pas...
-Non, jamais. Et c'est pour cela que jamais il ne nous en aurait soufflé un mot !
-Je peux admettre que cette situation te chagrine, mais il faut avouer que tu es en partie responsable de cette situation.
-Comment ?! » La souveraine releva ses yeux rougis sur le visage de sa sœur, totalement incrédule.
« -Elsa, depuis combien de temps ce jeu dure t-il entre vous ? Il aurait peut-être fallu penser à ce que chacun de vous deux se décide à mettre la lumière sur ce qu'il ressent, et cela, clairement.
-Non ! » La jeune femme blonde baissa son regard, fuyant celui de sa cadette. Le rouge lui monta aux joues, et elle ne sut dire si cela provenait de la colère, ou de la gêne qui s'emparait d'elle.
« -Mais enfin, je ne te comprend pas, là. Tu vas attendre qu'il soit trop tard pour pouvoir faire quelque chose ?!
-Non, ce n'est pas ça mais...
-Écoute, il faut réellement que tu réagisse, sinon tout sera perdu. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Et alors, ce jour là, tu auras vraiment une raison de pleurer et de nous créer un nouvel hiver. Et bien que j'apprécie la neige, je préférerais profiter encore un temps de l'herbe bien verte garnie de jolies fleurs. Laisse tomber tes belles manières, ta courtoisie et ton protocole. Tu verras que tu n'en seras que mieux après. Compris ?
-Oui... » La blonde se résigna, s'emmitouflant une dernière fois dans le tissus de la robe de la princesse, « Merci Anna.
-Ce n'est rien. Tu sais que je serais toujours là pour mettre un terme à ses vilaines craintes, et surtout, ses vilaines larmes ! Mais à présent dis-moi, quand est-il du Duc ? Comment a t-il fait pour t'énerver aussi rapidement ?
-Le Duc ? Tu l'as entendu ?
-De ?
-Ses compliments ! Toujours des compliments ! Et pas n'importe lesquels, des compliments qu'on ne ferait qu'à une femme. Non mais vraiment.
-Et bien quoi ? Qu'est-ce qui te gêne là dedans ? Tu demande toujours à ce qu'on soit poli, bien élevé, courtois, et là ça ne te convient plus ?
-Anna, j'en ai assez que lorsque l'on me voit, on voit d'abord la femme, et non pas la souveraine.
-Je vois...
-J'ai l'impression que tous me prennent pour une idiote ne sachant pas diriger son royaume. Alors ils me complimentent sur mon physique, espérant sûrement que cela mène à de nouveaux marchés. Mais je ne suis pas dupe, et je réfléchis avec ma tête, contrairement à certains. Le Duc est bien courtois et gentil, mais il serait temps qu'il me voit comme une Reine, et qu'il respecte cela. Et d'une manière ou d'une autre, j'estime qu'il ne le respecte pas.
-Je n'aurais jamais imaginé les choses de cette manière...mais ta pensée n'est pas mauvaise. Dans ce cas je comprend mieux ta réaction. »
Les deux jeunes femmes plongées à nouveau dans le silence, la rouquine posa ses mains sur la tête de son aînée, caressant sa chevelure d'une manière maternelle. De longues minutes s'écoulèrent ainsi, offrant l'un de ces moment apaisant que chacune appréciaient. Estimant finalement qu'il était temps d'arrêter, Elsa rappela sa cadette d'une voix légère.
« -Anna ?
-Hm ?
-A ton avis, pourquoi ont-il enlevé Saïnika ?
-Pour nous faire quitter Elredor. On en a parlé tout à l'heure, tu te souviens ?
-Oui mais non. Elle va sûrement leur être utile à quelque chose. Et j'aimerais savoir quoi.
-Et bien nous le saurons aux Îles du Sud.
-Aux Îles du...Oh ! Mais Anna ! Nous devons partir sur le champs !
-De quoi ?
-Nous avons perdu assez de temps !
-Tu ne souhaite pas rentrer à Arendelle ? Notre pays est menacé Elsa.
-Je le sais, oui. Mais Saïnika ? Nous ne pouvons la laisser aux mains de Hans et ses semblables. Et si nous nous rendons aux Îles du Sud au plus tôt, alors nous pourrons stopper leurs manigances avant même qu'elles aient commencé. Allons faire préparer le navire.
-Elsa, je suis d'avis que nous partions demain. Cette journée a été longue et éprouvante. Demain matin nous pourrons reprendre la mer tranquillement.
-Oui, tu as raison. Ce serait plus raisonnable. Retournons voir les trois garnements à l'étage...
-Et, Elsa ?
-Oui ?
-Contrôle.
-Je contrôle, n'aie crainte.
-Mouai. Et lâche ma robe, veux-tu ?
-Oui, oui ».
La souveraine recula son visage du tissus portant l'odeur rassurante de sa cadette, puis se remit sur pieds, prête à retourner au salon.
Les deux sœurs traversèrent alors les couloirs tapissés de motifs sombres, silencieusement. Arrivées dans la pièce où les trois hommes patientaient, ces derniers se relevèrent tous, fixant de leurs yeux ébahis la Reine d'Arendelle, et attendant une quelconque réaction de sa part, aussi amer devait-elle être. C'est alors, que pour le plus grand soulagement de tous, Elsa, d'un calme exemplaire, fit part de sa décision.
« -Nous partirons demain, si toutefois le maître de ces lieux nous permet de passer la nuit ici. Nous ne serons pas contre un bon repos, avant de reprendre la mer. Le navire quittera le port à l'aube. »
Tous acquiescèrent d'un « Oui, votre Majesté », sans broncher.
Le soir venu, les quatre invités du Duc ne s'éternisèrent pas autour de la grande table ébène, sur laquelle il leur fut servit un véritable repas de passé la journée à vadrouiller dans la petite ville, et à longer les bords des quais , observant la vie si paisible qui demeurait à Nellimar, tous se sentir des plus fatigués.
Kristoff et Anna partirent les premiers dans leur chambre, suivit de Hodin, qui avait attendu en vain que la souveraine ne s'en aille avant lui. Cette dernière, restant seule avec Ael, ne porta pas grande attention à ceux qui avaient quitté la pièce, et celui qui s'attardait à ses côtés. Elle résidait dans ses pensées, toujours à réfléchir à ce qui leur arrivait. Elle entendit alors le Duc prendre une courte inspiration, et avant même qu'il n'eut le temps de parler, elle se releva, négligeant la présence de l'homme, et elle sortit sans un mot de la salle.
Arrivée dans la chambre luxueuse qui lui avait été attribuée, la jeune femme se prépara, l'air pensive, avant d'aller se glisser sous les draps. Fixant d'abord ce qui se trouvait au dessus d'elle, elle finit par fermer ses paupières, et la chanson du bal d'Elredor lui revint en mémoire. S'attendant alors à que ces émotions ne lui fassent défaut à nouveau, Elsa se surprit à sourire, prenant finalement ce souvenir gracieux, comme un moment magique et plaisant qu'elle aura eu un jour, le bonheur de vivre. Les idées alors plus légères, la souveraine d'Arendelle s'en alla danser une nouvelle fois, dans le monde voluptueux qui s'offrait à elle.
