Neuvième Lune – Le Sourire des Damnés

C'est drôle, le silence, à quoi ça tient.

La chose la plus fragile au monde, quand on y réfléchit. L'immobilité parfaite.

La première chose qui le fissura fut une rumeur lointaine. Comme si quelqu'un avait sauté, sans autre bruit que celui de l'air chassé.

Mais ainsi fragilisé, il ne put que se briser lorsque le bruit d'une centaine de pas se mit à résonner entre les immeubles fantômes. Doucement, mais sûrement, les soldats achevèrent le silence.

Ils avaient été fiers, il y a peu.

Les couleurs glacées et délavées par la pluie et l'horreur qui imprégnaient les lieux avaient pris possession de leurs peaux et de leurs regards. Même le lieutenant suffisant avait ravalé sa fierté et avançait à pas feutrés.

Cela faisait presque trois quart d'heure qu'ils étaient entrés dans la ville désertée par l'humanité.

Et aucun signe de l'ennemi.

Certains commençaient à prendre l'histoire pour une blague. Certains tremblaient de froid et d'appréhension. Quelques soldats dont le comportement oscillait entre le professionnalisme et la résignation ne bronchaient pas, sur leurs gardes.

Un seul restait droit. Un seul n'avait pas absorbé les couleurs du décor, déjà livide à l'origine.

On entendit un bruit.

On sursauta, se retourna, attendit les commandements du supérieur.

Il n'eut pas le temps d'en donner, trop estomaqué pour réagir.

Un monstre venait de rejoindre les préparatifs de la fête. Il avait surgi d'une allée parallèle, et était sur le chemin de la retraite.

Un indescriptible tas de chair, de muscles, surplombés d'une tête minuscule sur un corps trop grand.

Il mugit. Un lourd grognement, qui paralysa les plus innocents des membres de la CEDA.

Mais ce qui terrifia même les plus endurcis, ce fut qu'on lui répondit.

Un hurlement strident s'éleva d'entre les toits gris.

Et les cris de haine démarrèrent, émanant de toutes les avenues perpendiculaires à la leur.

Une foule d'environ soixante dix infectés se jetèrent à corps et âme perdus dans l'avenue où la mort les attendait très certainement.

La horde était brûlante. Consumée par la haine, déchirée par l'espoir, aveuglés par les larmes, tous fidèles.

Un seul cœur, un seul corps. Elle leur avait demandé.

Un soldat jeune, paniqué, n'attendit pas l'ordre. La balle siffla, vint se planter profondément dans la chair blafarde d'une jeune infectée. Le sang éclaboussa son visage. Elle ne tomba pas.

En hurlant, elle continua de courir.

La vague de feu se jeta avec fureur sur les humains imprudents qui osaient vouloir punir leurs propres actes. Une main saisit un visage, enfonçant deux pouces griffus dans des yeux écarquillés par l'effroi.

Le soldat se recroquevilla sur lui-même, tentant de retenir le flot rouge et blanc qui coulait entre ses doigts.

On brailla des ordres inaudibles. On se mit à courir, le décor commença à exploser.

Une dizaine d'infectés attaquaient ensemble, synchronisés, en braillant une espèce de chant sauvage sans aucune harmonie ni parole compréhensible. Quatre tombèrent, face contre terre, en oubliant leur vie encore debout, qui s'envola, trop légères pour des cadavres. Les hurlements infernaux n'avaient pas cessé.

Le Tank tenait fermement sa position, bronchant à peine quand des balles ou des lames de baïonnettes tentaient de transpercer sa peau qui semblait faite de la plus solide des écorces. Ses bras balayaient les rangs humains un peu trop près de lui, qui, en hurlant, tentaient de reculer, bousculant leurs supérieurs, leurs collègues.

Déjà, les cadavres tombaient les uns sur les autres.

Un jeune soldat observa quelques instants une femme soldat humaine morte, les yeux vides rivés sur le visage d'un cadavre infecté qui lui était tombé dessus. S'ils n'étaient pas aussi blancs, et aussi couverts du sang de l'autre, on aurait presque pensé qu'ils allaient s'embrasser.

Il détourna les yeux, planta l'extrémité de sa baïonnette dans la poitrine d'un zombie, avec une adresse qu'il découvrait avec stupeur.

Devant lui, une ruelle minuscule et déserte. Il attendit que deux combattants passent devant lui, aux prises avec un infecté qui riait comme un fou, lèvres rongées, bossu.

Puis il se mit à courir et disparut dans les ombres de la ruelle sans que personne ne le remarque.

On entendit un hurlement terrifiant, qui glaça le sang de tous les combattants, peu importe leur faction. Une ombre tomba du ciel et s'abattit, plus mortelle que la foudre, sur un membre de la CEDA. Il se mit à hurler, rongé par une tempête de griffes. L'ombre quitta le corps mutilé sans même s'être assuré de sa mort, qui ne tarda cependant pas.

Le Hunter regarda la scène de carnage autour de lui, en mordillant son doigt, pensif. La nuit lui procurait un avantage certain. Il les voyait tous, eux qui tâtonnaient dans le noir. Il sentait leur sang avant même qu'il ne jaillisse hors de leurs veines. Cet avantage aurait été perdu si la bataille s'était déroulée le jour. La lumière lui brûlait les yeux. Son ample capuche, en toutes circonstances, lui était vitale, le protégeait de la lumière qui s'immisçait partout pour le rendre aveugle.

Il se ramassa et se jeta sur un autre soldat qui réussit à se dégager, gémissant, mais qu'un énorme coup de poing du Tank acheva.

Il entendit un sifflement. Une balle vint se harponner dans son dos, ce qui lui arracha un hoquet de douleur. Mais il se reprit vite.

Rien ne pourrait l'empêcher de profiter de ce petit début de vengeance.

Elena courrait, fusil à la main. A côté d'elle, la Witch, inquiète.

De là où elles étaient, on entendait les bruits du combat, sourdement, comme s'il s'agissait des battements d'un cœur qui gémissait, écorché vif, et qu'on perçait violemment pour en atteindre le sein.

Epuisée, la jeune humaine s'arrêta pour reprendre son souffle. Elle décrocha un talkie walkie trouvé dans un supermarché ravagé et lança, après un court instant :

- Hey ! Je suis à environ 500 mètres de la zone de combat. Décris-moi la situation. A toi.

- Le plan marche comme prévu pour le moment. Les deux tanks couvrent efficacement leur retraite, ils sont en train de paniquer et se séparent en deux groupes, malgré eux. On va pas tarder à passer à la phase deux. Je serais bientôt plus joignable. A toi.

La voix habituellement laconique du Smoker s'exprimait presque avec excitation. Apparemment, la possibilité d'en découdre le ravissait plus qu'il ne voulait bien l'admettre.

- Très bien. N'oubliez pas je veux le plus de prisonniers possible. C'est ton groupe qui est en charge. La Spitter, est-ce qu'elle est en position ? A toi.

- Attends... Elle me fait signe que oui. Dépêche-toi de te ramener, je risque de mal le prendre si je te vois pas une seule fois du combat. A toi.

- J'arrive, j'arrive, t'inquiète pas. Bon, terminé.

La jeune fille laissa tomber son bras, et regarda rapidement autour d'elle. Devant elle, dans une rue perpendiculaire, deux unités humaines perdues tournaient sur elles mêmes, terrifiées. L'un d'entre eux aperçut Elena.

- Hé ! Vous êtes qui ?

Avant même qu'Elena n'en ai donné l'ordre, la Witch fonça.

Le premier soldat voulut hurler, mais son cri resta coincé dans sa gorge. Une balle siffla, vint se planter dans l'épaule de l'infectée qui hurla. Ses yeux rougeoyèrent d'autant plus.

Apeurés, les deux membres de la CEDA partirent en courant dans la direction opposée, et la Witch les poursuivit.

Elena sentit sa gorge se serrer. Par peur pour la deuxième moitié d'elle-même, mais aussi parce que seule, ses chances de survie s'amenuisaient.

En suivant des yeux sa protégée, elle se mit à reculer pour rejoindre la zone où on l'attendait.

Elle se retourna soudain.

Sa gorge à quelques centimètres d'une lame de baïonnette.

Elle se figea.

Quelque part, le temps s'arrêtait.

Ses yeux remontèrent pour découvrir un soldat casqué, avec visière baissée.

Son cœur s'affolait. L'homme semblait sûr de lui, malgré le léger tremblement de sa main. Elle était en train de danser avec la Mort, elle le sentait. A chaque instant, elle pouvait décider de se baisser, et d'effleurer ses lèvres des siennes, d'aspirer sa vie, tellement vite qu'elle ne l'aurait pas vu partir.

Très doucement, elle crispa sa main sur son fusil. Il lui fallait juste le lever et tirer, afin de profiter de l'effet de surprise.

Le temps s'éternisait, alors que la ville blessée continuait de gémir.

D'un seul coup, la jeune fille brandit son arme.

Elle n'eut le temps de rien faire, la baïonnette déchirant brusquement la peau de sa main, surprise, qui lâcha le fusil. Le sang commença à couler.

La pointe de l'arme du jeune soldat se posa contre la gorge désormais livide d'Elena. La jeune fille ne dit rien.

Plus le temps passait, plus la main de l'homme tremblait, égratignant son cou par erreur.

La jeune fille, elle, ne pensait même plus. Son attention, toute son attention, était concentrée sur la proximité de la mort. Elle eut une vague pensée pour les infectés qui avaient besoin d'elle, sur sa famille qui devait maudire son existence, et sur la Witch, sa Witch, son cœur et son âme. Très abstraitement, le visage de Liven lui traversa l'esprit, mais elle le chassa rapidement. Elle s'était juré de l'oublier depuis qu'elle s'était engagée sur ce chemin dangereux. Il avait probablement tout le temps du monde pour l'oublier, elle.

Soudain, une forme floue tomba du ciel, silencieuse, accompagnée d'un petit sifflement d'admiration chuchoté par les cieux.

Elle s'effondra sur le soldat qui poussa un cri de douleur lorsqu'il heurta le sol, chevauché par la silhouette bleue sombre du Hunter, droit, terrible, avec un horrible sourire suspendu sur les lèvres, d'où coulait encore du sang frais, qui lui glissait sur le menton et qui tombait sur la combinaison de l'homme.

Elena eut à peine le temps de reprendre ses esprits et hurla :

- Non ! Ne le tue pas !

L'infecté qui était en train de laisser glisser ses griffes sur la gorge du soldat paralysé se retourna à peine. Il siffla :

- Pourquoi ?

- Il nous faut un maximum de prisonniers possibles, tu le sais bien. Emmène-le jusqu'où tu sais.

- Il allait te tuer, tu t'en rends compte ?

- C'est une guerre.

Le Hunter ne répondit pas, pensif, récalcitrant à lâcher sa proie.

- Tu me fais confiance, n'est-ce pas ? Murmura Elena qui s'était rapprochée.

Un frisson parcourut l'échine de l'infecté-fauve qui s'empressa de répondre.

- Evidemment.

- Alors file.

L'infecté saisit le soldat au collet, le força à se relever, ramassa son arme et l'entraîna dans les pénombres des rues muettes.

- N'oublie pas de le fouiller ! Lança Elena aux ténèbres.

A cet instant, derrière l'humaine, quatre infectés dont deux sérieusement blessés s'élancèrent à sa rencontre.

- Elena !

La jeune fille se retourna pour découvrir quatre visages vermeils, transportés par un immense sourire victorieux, plein d'espoir, dévorés par une joie sauvage et primitive.

Elle reconnut parmi eux la jeune black qui lui avait donné la carte du coin, et qui arriva à sa hauteur avant les autres.

- C'est trop mortel, ils se sont jetés eux-mêmes dans le piège ! Exactement comme vous aviez prédit. On a eu des pertes, mais ils ont morflé plus que nous.

- Est-ce qu'on peut amorcer la phase deux du plan ?

- Nos troupes sont en position, répondit calmement un grand infecté avec un accent asiatique prononcé.

Sa salopette déchirée dévoilait un bras immense, éraflé au possible, qui faisait presque cinq fois l'épaisseur d'un bras ordinaire, recouvert d'une peau brunâtre très épaisse. A l'inverse son autre bras, livide, était ridiculement petit, presque atrophié. Il était connu par les humains sous la catégorie de Chargeurs, et subissait une mutation assez commune.

- Dans ce cas, je vais me diriger vers l'affrontement.

- Dépêchez-vous, reprit la jeune infectée solaire, ils vont finir par y être avant vous.

- J'ai eu un contretemps, marmonna Elena avant de se mettre à courir en direction de la ruelle où la Witch avait disparu un peu plus tôt.

Le Smoker, adossé à un mur, fumait, le plus calmement du monde.

Ils s'étaient abrités dans une usine désaffectée, à l'entrée d'un jardin public, et attendaient la venue de leurs proies. Et à entendre les bruits, elles n'allaient pas tarder à pointer le bout de leur nez.

Autour de lui, les infectés s'agitaient, avides de tuer, ou terrifiés. Certains échangèrent des mots, angoissés.

- Vos gueules.

Deux mots qui clouèrent le bec aux agités, et qui, par un miracle de la nature, calma les esprits. Peut-être par admiration pour le calme insensé de l'homme qui savourait sa cigarette comme s'il s'agissait de sa dernière. Très lentement, il la laissa tomber, et, sans prendre le temps de l'écraser, il se dirigea vers une fenêtre aux carreaux brisés.

Ca y est, il les voyait.

Ils étaient une vingtaine, tout au plus, menés par un sergent blafard qui ne savait plus vraiment où il en était et qui soignait son bras déchiré comme il le pouvait tout en marchant. Plus que quelques mètres et... Parfait.

Il regarda la Spitter postée en hauteur, droit dans les yeux, et leva la main.

Le signal.

Les soldats marchaient, éreintés, terrifiés, mais aux aguets comme jamais. C'est pourquoi le bruit de crachat résonna dans leur tête aussi violemment qu'une explosion l'aurait fait. Lorsqu'ils se retournèrent, ils découvrirent une flaque verte fluo derrière eux, qui pétillait et fumait en grésillant. Un hurlement y fit écho. Une femme soldat s'était trouvée sur la trajectoire de l'étendue du liquide, et menaçait de tomber, ses bottes en caoutchouc puis sa chair rongée par l'acide. Quelqu'un lui tendit la main, mais elle trébucha et s'effondra par terre, incapable d'utiliser ses jambes dont la peau se dissolvait doucement, mêlant du sang frais au vert fumant.

Un jeune soldat poussa un cri, tremblant, en désignant de son doigt l'entrée du jardin public.

Un groupe d'une quinzaine d'infectés s'y tenaient, menaçants. L'un d'entre eux fit quelques pas vers eux, boitant légèrement.

Il était grand, et avait la moitié du visage ravagé par des bubons répugnants. Il lança d'une voix placide, à la grande surprise des soldats :

- Que ceux qui veulent se rendre se rendent maintenant. On n'a pas que ça à foutre d'attendre que vous vous décidiez.

Tremblant, le sergent fit quelques pas en arrière puis lança en chancelant :

- J...Jamais ! On va buter la vermine comme vous jusqu'au dernier !

On sentait dans le regard des membres de la CEDA qu'ils n'étaient pourtant pas si convaincus que ça par la décision de leur supérieur...

Narquois, le Smoker lança à ses troupes :

- Vous l'avez entendu ? Il faut buter la vermine. Alors qu'est-ce qu'on attend ?

Nouveau crachat, droit sur le gros des troupes. Hurlements de certains soldats, pris dans l'acide, horrifiés, tentant de retenir leur visage en train de fondre, brûlés vif par quelque chose de bien plus sournois que le feu.

Les autres infectés se jetèrent en hurlant sur les humains. Le Smoker inspira, puis attrapa un soldat avec son espèce de langue immense, enserrant sa gorge, et le tirant vers lui.

Il attendit patiemment que sa proie vienne seule à lui, puis lorsqu'elle fut à portée de griffes, glissa au visage qui oscillait entre le bleu et le rouge qui tentait encore de se débattre malgré l'absence d'air, sur un ton presque gourmand.

- C'est pas ton jour de chance, hein, gamin ?

Il posa deux doigts sur sa gorge, et laissa les griffes entrer dans la chair humide de sueur, avant d'égorger le jeune homme, doucement.

Il laissa tomber le corps inerte sur le sol, évita une balle, et découvrit un soldat d'une quarantaine d'année au sol, jambe brisée et laissé là. L'homme à la carrure imposante leva les yeux vers le Smoker et lança, souffle court.

- On peut se rendre individuellement ?

L'infecté soupira, visiblement agacé, puis marmonna :

- Ca peut se faire...

Les autres troupes s'étaient dispersées puis retrouvées. Ils étaient environ une quarantaine à marcher dans la même direction aléatoire, tentant plus ou moins d'explorer certaines demeures, vides de vie humaine.

Ils avaient décidé de faire une brève halte, histoire de se soigner et de récupérer un peu. Un soldat lança à un autre, qu'il était en train d'aider à soigner :

- C'était pas censé se passer comme ça. On nous a caché des choses. Ce genre de foutoir, ça nécessite intervention de l'armée, pas d'une bande de soldats engagés sur le tas.

- La plupart font partie de l'armée, mais... Je pense que personne ne s'attendait à ce que les zombies soient intelligents et aient fait une stratégie, répondit l'autre.

- Moi je pense que...

L'autre membre de la CEDA ne sut jamais ce que son collègue pensait, car un hurlement humain déchira la nuit.

Exclamations, surprise, les hommes et les femmes se levèrent d'un coup, armes à la main.

- Une dizaine de personnes avec moi ! Lança un homme bourru.

Au final, une quinzaine de personnes suivirent le meneur improvisé vers la provenance du cri, laissant les autres surveiller leurs arrières.

Ils n'eurent pas à courir longtemps, et arrivèrent dans une cour d'hôtel qui avait sans doute été chic avant. Sur l'auvent de pierre se tenait, prostrée, une adolescente au teint pâle et maladif, recouvert de longs cheveux ébène. Elle les vit arriver et cria :

- Aidez-moi !

Dans la cour, six infectés la fixait avec intensité, la dévorant du regard, faute de pouvoir la dévorer autrement. Certains s'étaient retournés vers les soldats, qui, pris d'une envie de courage qu'ils ne possédaient pas, s'engagèrent dans la cour, en levant leurs armes, retirant le cran de sûreté.

Cependant, quelque chose les immobilisa. Certains d'entre eux sentirent une présence, confirmée par un grognement sauvage.

Ils se retournèrent pour découvrir deux yeux rouges brillants dans la nuit. Un d'entre eux paniqua, cria, et fit quelques pas en arrière sans lâcher du regard les deux lumières infernales.

Un infecté, si sauvage auparavant, se dirigea vers la porte de l'hôtel, qu'il ouvrit à la volée, à la plus grande surprise des humains.

Dans les ténèbres de l'hôtel, on aperçut une silhouette hésitante à sortir. Soudain, elle s'immobilisa. Puis meugla.

Meuglement bestial.

Elle se mit à courir vers l'extérieur, vers les humains, vers le sang frais. La vraie source de sang, pas la fausse à l'intérieur de ce bâtiment.

Le zombie qui sortit des ténèbres fut suivi par une vague terrifiante de sauvagerie. Ce cortège infernal crachait, sifflait, hurlait, et se jeta sur les humains qui, horrifiés, tirèrent quelques coups. Une balle atteignit un des infectés-leurre qui s'effondra, mort.

Elena se releva, cessant de jouer la comédie, se révélant enfin. L'infecté à l'accent asiatique brisa une fenêtre et vint la rejoindre pour la protéger en cas d'agression des zombies en contrebas.

Un humain aperçut son manège et hurla :

- SALOPE !

Etrangement, Elena sourit en retour et lança :

- A ton service.

Le soldat furieux pesta encore, mais fut contraint de rejoindre ses collègues qui fuyaient devant le flot inhumain qui s'abattait sur eux. Certains étaient morts, piétinés par la violence des infectés encore sauvages.

Elena soupira, rassurée qu'aux dernières nouvelles, ni elle ni personne qu'elle estimait n'était mort et que les humains avaient été aussi stupides que prévus. Sa stratégie n'avait pas été facile à mettre en place, surtout concernant ce dernier acte. Elle avait dû se blesser elle-même pour créer un appât pour les infectés non libérés, et s'était servi de la climatisation pour diffuser une odeur de sang dans tout l'hôtel. Il avait fallu attendre qu'il y ait un nombre suffisant d'infectés pris au piège pour les enfermer et les faire sortir au moment opportun.

Mais ce stratagème n'allait marcher qu'une fois, les humains savaient maintenant qui était à la tête de cette armée insensée.

La Witch qui s'était écartée au passage du torrent de haine revenait tranquillement vers la cour pour observer la suite.

Le campement improvisé des humains commençait à se calmer des émois précédents, et à s'abandonner aux larmes et à la douleur. Malgré tout, la peur continuait de bâillonner les lèvres tremblantes des survivants.

Soudain, des bruits. Des cris.

Méfiants, les têtes se relevèrent, les larmes se tarirent quelques instants.

L'homme bourru qui avait entrainé quatorze de ses collègues en enfer revenait en fuyant un quelconque mal qui le poursuivait. Dès qu'il aperçut ses confrères, il hurla :

- COUREZ !

Il y eut quelques instants de paralysie. Puis on aperçut deux autres hommes fuir, poursuivis par une horde d'infectés brûlante de hargne. Aussitôt, d'une seule voix, les hommes se levèrent, hurlant des mises en garde inutiles, abandonnant tout, courant pour leurs vies.

En regardant du haut de son perchoir le déroulement de cette fin de combat, elle s'éclaircit la gorge, puis déclara aux timides brumes de l'aube qui voulaient voir du bout de l'œil l'étendue du massacre :

- Je crois que la bataille touche à sa fin...