Correction et relecture par DRAYA FELTON

-Veilleuse de nuit : Alice

-Empêcheuse de tourner en rond : Estelle

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Sonnerie retentissante, réveil. Aujourd'hui, concert et promotion quelque part en Europe. Je me lève un peu au radar avant de me glisser sous une bonne douche chaude qui me sort de ma léthargie doucement. Une fois sorti, je suis d'attaque, mes affaires sont prêtes depuis la veille, j'essaye de prévoir ces choses là lors des tournées pour éviter les imprévus de dernières minutes, toujours fâcheux. Habillé, je me poste devant la glace pour commencer à me lisser les cheveux, et faire une première séance maquillage. La petite arrive, le sourire aux lèvres et s'installe près de moi par terre, sa tétine toujours à la bouche, portant un vieux tee-shirt à moi. Elle commence à fouiller dans ma trousse où je range tous mes bijoux. Elle passe au fur et à mesure les colliers autour de son cou et fait de même avec les bracelets. Je continue de me lisser les cheveux pendants ce temps, la guettant d'un œil. Et fort heureusement. Elle commence à se mettre du gloss partout sur le visage essayant sûrement de retracer le contour de ses lèvres.

-Tom, non, arrête. Donnes-moi ça !

Elle me regarde de ses grands yeux, se lève et me tend le gloss. Pendant que je range ça dans ma trousse de maquillage, je me demande encore comment il a fait pour atterrir avec mes bijoux, je suis vraiment tête en l'air des fois Tom s'assoit sur la chaise à côté de moi.

-Je pourrais en avoir

-Si tu veux, je t'en mettrais tout à l'heure dans la loge. Mais il faut d'abord se préparer, allez ouste file t'habiller.

-Hum, hum.

Elle commence à enlever les colliers et les bracelets, pendant que je reprends mon activité de lissage de cheveux frisottant.

-Pourquoi tu fais ça ?

-Je fais quoi ?

-Ca. Dit-elle en me montrant d'un signe de tête.

-Ah ça ! Je lisse mes cheveux pour éviter qu'ils frisent. Georg aussi le fait.

-Oui mais lui, il se maquille pas.

C'est un reproche ? Je me retourne vers elle, la fixant mais rien ne laisse paraître qu'elle est énervée ou un quelconque autre sentiment. C'est peut-être juste une remarque comme ça, sans but précis. A quoi peut bien penser un enfant à cet âge de toute façon ? Même précoce, leur vision du monde ne doit pas être la même que la nôtre, nan ?

-C'est vrai.

-Pourquoi tu te maquilles ?

-Juste parce que ça me plait.

Elle me dévisage, et sourit.

-T'es belle.

-Beau, rigolais-je.

C'est vrai que Tom m'a toujours considéré comme sa mère, et elle a à fortiori, raison. Mais qui induit mère, induit sexe féminin et même si mes traits sont assez fins et que je joue sur ce look ambiguë, aux yeux des autres je suis un garçon. Je ne me pose pas trop la question sur ce que je suis exactement, je suis Bill et c'est déjà bien assez. Mais je comprends que Tom n'arrive pas à faire la part des choses.

-Je suis un garçon. Gustav est un prénom de garçon, c'est un garçon, Simone est un prénom de fille, c'est une fille et Bill est un prénom de garçon…

-Et Tom

D'accord exemple stupide, je voulais juste essayer de gagner du temps et repousser cette conversation à plus tard en espérant que le truc des prénoms marche mais forcément ne faisant pas pareil que tout le monde encore une fois, ma fille porte un nom de garçon.

-Oui, mais pour toi c'est différent, ton prénom n'est pas juste un prénom.

Je m'embrouille. Alors forcément on tombe enceinte, s'en est même risible à quel point c'est facile, on accouche en nous ayant quand même préparé un minimum mais alors après, pour les vingt années à venir, on galère et là sans aucun mode d'emploi.

-C'est celui de Tom. Répond t-elle.

-Oui, mais maintenant c'est aussi le tien.

-On partage, comme les gâteaux quand y'en a pas assez pour nous deux ?

Alors, c'est définitif ; j'ai souvent du mal à comprendre cet enfant mais là, je suis complètement à la masse.

-Oui, si tu veux, répondis-je pour faire court et simple. Tu vas t'habiller maintenant.

Elle me sourit et partit dans la chambre. Soulagement. Je ne m'étais jamais rendu compte de ça auparavant, elle nous appelle par nos prénoms la plupart du temps et lorsqu'elle emploi Bill, elle utilise toujours après le masculin. Pour moi, il n'y avait pas trop d'erreur possible même si il lui arrive de m'appeler maman à l'occasion. Il faudrait que j'en parle à ma mère ce soir, il serait peut-être vraiment temps que Tom aille voir le pédiatre psychologue.

-Bill, tu te maquilles pour Tom ?

Hein ? Tom vient de revenir ses affaires à la main, s'approche de moi et me les tend. J'arrête ce que je fais pour les récupérer, m'agenouille à sa hauteur et commence à la déshabiller et à l'habiller.

-Non pour moi.

-Tu veux pas qu'il te trouve beau. Insiste t-elle sur le dernier mot en souriant.

-Si mais …

-Pour qu'il dorme avec nous tout le temps.

Je m'arrête trente secondes, je ne bouge plus, elle me fixe, je la fixe, pour une fois j'ai très bien compris où elle voulait en venir, une boule se forme dans ma gorge et mon ventre se tord. Cette histoire commence à me peser, je pensais qu'elle ne s'apercevrait de rien même si le lendemain de ces soirs là je suis toujours un peu déprimé j'essaye de ne pas trop le faire paraître mais apparemment j'ai échoué.

-C'est compliqué et ça serait trop long à expliquer.

-Explique même en long.

Je l'embrasse sur le front et continue à l'habiller.

-Tom a parfois besoin de dormir seul dans sa chambre pour mieux jouer de la guitare le lendemain pendant les concerts. C'est rien.

C'est comme lorsqu'on est prit en faute et qu'on veut à tout prix s'en sortir, les idées pour sauver sa peau, les mensonges viennent tout seuls.

-Tu mens.

Bon, apparemment elle sera plus difficile à berner que ces millions de fans, journalistes, présentateurs, gens du milieu, connaissances, amis, membres de la famille, que j'ai l'habitude de mener en bateau à ma guise.

-Non, je ne vois pas pourquoi tu dis ça.

Le déni, y'a qu'ça de vrai. Elle ne sait rien, elle ne voit rien. Elle ne pourra pas me contrecarrer.

-La fille, la vraie

-Quoi ?!?! Le ton de ma voix était beaucoup plus élevé que je ne le voulais.

Elle baisse la tête, elle doit penser que je la gronde.

-Tom, de quoi tu parles ? J'ai radoucit ma voix.

-Tom dort pas avec nous pour être avec la fille aux cheveux jaunes.

Mon sang ne fait qu'un tour, en repensant à la soirée d'hier soir.

-Déjà ce n'est pas une fille en particulier, c'est n'importe quelle fille et …

Qu'est ce que je raconte ? Je parle à ma fille en ce moment. Bill, on se reprend. Pendant que ma tête essaye de résonner correctement et de trier mes idées aux claires. La porte de la chambre s'ouvre, et qui voit-on apparaître un sourire Colgate accroché au visage ? Tom.

-Salut vous deux !

-Tu tombes bien toi, expliques à ta fille pourquoi tu dors avec n'importe quelle pétasse de passage plutôt qu'avec nous.

Je me relève direct et quitte la chambre en oubliant pas de claquer la porte en partant. Abruti ! Je passe par les cuisines, et part fumer une clope avec le cuisiner de l'hôtel pour décompresser.

La colère a du mal à redescendre. Le problème c'est qu'aujourd'hui n'est pas vraiment le bon jour pour faire un caprice ; on a milles interviews à donner, et un concert en fin de soirée. Je remonte dans la chambre pour récupérer mes affaires, David m'intercepte et me signale qu'il ne me reste que 15 minutes pour me préparer.

Arrivé là haut, j'ouvre la porte. Tom et la petite sont là, habillés, coiffés et visiblement prêt à partir. Il me regarde de ses yeux sombres.

-Je peux te parler trente secondes ?

-Pas vraiment envie…

Il s'approche de moi, m'attrape le bras et me tire dans la salle de bain. Refermant la porte derrière lui.

-Je ne te laisse pas le choix.

-Lâches-moi Tom, tu me fais mal.

-Ecoutes-moi au lieu de geindre tout le temps.

Je viens de me retourner vivement et de lui en coller une, pour parler ouvertement. Il me regarde, j'ai les larmes aux yeux. Je crois qu'il vient de me pousser à bout. Je veux bien encaisser mais j'ai mes limites. Ce petit jeu a assez duré, il va falloir qu'il fasse un effort.

-Putain Bill !

-Ne crie pas, la petite est juste à côté.

-Connard.

-Quoi ? Tu ne crois pas que c'est plutôt toi qui a le mauvais rôle là dedans ?

-Bill mais putain combien de fois je vais devoir te l'expliquer, ces filles ne représentent rien pour moi, et puis je n'avais pas été avec quelqu'un depuis très longtemps. C'était une erreur hier soir, une putain d'erreur

-Je dois fermer les yeux, c'est ça ?

-Non, je n'ai pas dit ça. Hier soir après le concert, à cette soirée, je me suis senti seul.

-Ca va être ma faute maintenant.

-Arrête, je n'ai pas dis ça, je me sentais seul, j'ai beaucoup bu, et surtout très vite, elle était là, tu n'y étais pas, je ne vous ai même pas vu lorsque je suis rentrée à l'hôtel, j'étais complètement ivre et crois-moi ou non je venais m'excuser ce matin et tout te dire, je ne savais pas que Tom m'avait vu. Je suis impardonnable, je sais. Mais je te jure que sans vous je ne suis rien. Encore une fois je suis désolé.

-J'en ai marre Tom, de devoir toujours te pardonner. Tu me fais mal à agir ainsi et j'ai l'impression que tu t'en fous.

-Ne dis pas ça, je te promets que je fais des efforts.

-J'ai besoin de toi, on a besoin de toi.

-Je sais, je sais.

Il se rapproche doucement de moi, toujours en me fixant droit dans les yeux. Je suis nul, il me traite comme une merde et moi comme d'habitude je laisse faire. Je voudrais tellement le haïr pour ce qu'il est, ce qu'il fait mais comme pour elle, ça ne marche pas. Je ne suis pas assez fort pour leur résister et je m'en veux. Mais je ne suis plus seul à présent ; si avant ça n'affectait que moi, à l'heure actuelle ce n'est plus le cas. Je me recule de quelques pas.

-Tu te rends compte du mal que tu fais à Tom ? Tu ne peux pas jouer comme ça, plus maintenant. Il est trop tard. C'est fini pour le moment. Tu réintègres ta chambre à partir d'aujourd'hui. Mon ton est ferme et intransigeant.

-Bill.

J'entends un sanglot dans sa voix et si hier ça m'aurait fait craquer, aujourd'hui je trouve ça lamentable ; on récolte ce que l'on sème.

-Je l'expliquerais à Tom si tu veux. Bien sûr, si certains soirs tu préfères qu'elle dorme avec toi, ça ne me dérange pas.

-Tu es sûr de ta décision ?

Son regard est dur, le Tom que je connais bien vient de refaire surface.

-Hum, hum. C'est mieux comme ça pour le moment.

Il ne dit rien mais je ressens toutes ces vibrations autour de lui. Il est en colère contre lui-même et je sais que si maintenant il a mal, il commencera peut-être à prendre conscience qu'il a été trop loin ces dernières années à jouer ce petit jeu.

-On lui explique ensemble et aucun ne démonte l'autre par derrière.

-C'est vachement mon genre. Dis-je en haussant les sourcils vers le ciel.

On sort de la chambre et Tom est là, assise sur le rebord du lit, regardant par la fenêtre, l'air absente.

-P'ti bout.

Elle retourne la tête. On s'approche devant elle et nous agenouillons chacun de notre côté. Tom prend la parole.

-Bill et moi avons beaucoup discuté, et on pense qu'il serait mieux pour tout le monde que l'on se sépare un moment.

-Je vais avoir une nouvelle maman ?

-Non, lui souris-je en lui caressant les cheveux.

-Bill et moi restons tes parents, et on s'occupera de toi comme avant, on continuera à vivre ensemble aussi, on ne va juste plus dormir ensemble et faire des trucs d'amoureux. Tu pourras bien sûr dormir dans n'importe quelle chambre.

-Plus de bisous d'amour.

-Que pour toi pour le moment, lui répondis-je en l'embrassant sur le front.

-Ca ne change strictement rien à l'amour que l'on a pour toi, j'espère que tu le comprends ça. Rajouta Tom.

-Oui.

Elle étire ses bras, et les passe derrière notre tête à tout les deux. On se rapproche pour lui donner un gros câlin. J'espère encore une fois avoir prit la bonne décision, bien qu'elle va certainement être dur à tenir, je le sais, je le sens. Je ne céderais pas, je ne dois pas.

On descend pour une journée chargée, comme toutes les autres qui suivent. La petite sur une hanche, marqueur dans l'autre main, casquette, lunette de soleil et faux sourires au rendez-vous ; la vie n'attend pas.

La tournée se passe ainsi ; toutes les journées sont de vrais calvaires. Il faut constamment que je mette des barrières avec mon frère ; lui au contraire pousse chaque jour un peu plus, un jour il essaye de m'avoir par les sentiments, un autre par le sexe. Il me chauffe à longueur de journées comme d'habitude, mais là, quand on se retrouve seul le soir dans sa chambre d'hôtel, c'est dur de ne pas céder. Il n'y aura pas eu d'autres filles pendant cette tournée. On rentre finalement chez nous à Hamburg avant d'aller passer quelques jours chez nos parents. Là, tout va encore être à faire … ou non.

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Pas très satisfaite de mes derniers chapitres, je vous offre ça, mais me demandez pas pourquoi j'ai trop le trac de savoir ce que vous en pensez. J'espère que ça vous a plu.