Chapitre 10
Kirk entra en hâte dans l'infirmerie. Grâce à quelques réglages de Scott, la machine avait été directement téléportée dans une salle du fond, pour éviter son transport depuis la salle d'énergie. En chemin, le capitaine ne put s'empêcher de jeter un coup d'oeil à Spock. Il s'arrêta d'un coup, les yeux ronds: le Vulcain dormait, couché sur le côté, enfoui sous d'épaisses couvertures.
« Quand il a commencé à montrer des signes de fatigue, je lui ai demandé de dormir, dit McCoy à voix basse, en arrivant derrière Kirk. Connaissant son goût pour la vie sous haute température, j'ai amené une pile de couvertures, en lui disant de prendre celles dont il avait besoin. Il n'a pas compris au début, vu qu'il ne s'agissait pas d'un ordre précis. Je lui ai expliqué qu'il s'agissait de le maintenir en forme pour qu'il reste fonctionnel, et ça l'a convaincu. Il semblerait que l'Enterprise soit l'Antarctique pour lui. »
Kirk ne répondit pas, absorbé dans la contemplation de son second. Ses paupières masquaient le regard inexpressif auquel Kirk n'arrivait pas encore à s'habituer. Même dans le sommeil, son attitude n'était pas détendue: il semblait accomplir cette tâche comme les autres, docilement et soigneusement. Kirk détourna soudain le regard, pris de la crainte absurde que Spock ne s'éveille et ne lève les yeux vers lui. Il se dirigea à grands pas vers la salle où était entreposée la machine.
Elle était imposante, mais semblait assez simple dans son utilisation: une couchette dont l'extrémité touchait un haut bloc recouvert de métal luisant, et à côté un cadran avec quelques boutons. Scott essuyait ses mains noircies avec un sourire satisfait.
« -Bonjour, capitaine! Je crois que le toubib et moi méritons une médaille. C'est l'engin le plus sophistiqué que j'ai jamais démonté, mais j'ai fini par comprendre comment ça fonctionnait.
-Et comment inverser ses effets, surtout, ajouta McCoy. Elle est programmée pour envoyer des ondes au niveau du cerveau, pour perturber son activité. Pour se défendre, le cerveau met en place des sortes de barrières. C'est un peu comme s'il se vidait, pour que les ondes ne touchent rien. Forcément, les informations cachées ne sont plus utilisables par le cerveau, mais au moins la personne ne devient pas un légume. Elle est juste très malléable au début: on peut lui dire ce qu'on veut, en l'occurence qu'elle doit se conduire comme un esclave obéissant, et l'information s'imprime dans le cerveau comme dans du beurre.
-Si j'ai bien compris, dit Kirk, vous avez réussi à modifier les ondes pour qu'elles stimulent les zones inhibées? Mais comment être sûr que ça va marcher?
-Pas moyen de savoir, dit McCoy en haussant les épaules. Mais Scott et moi avons étudié en détail le fonctionnement de la machine. Je ne vois pas pourquoi on n'y arriverait pas.
-De toute façon, il n'y a qu'un seul moyen de s'en assurer », dit Kirk en retournant dans l'infirmerie.
Il n'eut pas le courage de réveiller Spock: l'imaginer se lever d'un coup, luttant contre les derniers effets du sommeil, et demander immédiatement à quels ordres il devait obéir, était au-dessus des forces de Kirk.
Il trouva finalement la solution: il saisit une tablette et s'allongea sur le lit voisin. Après ce qui lui sembla des heures, durant lesquelles il s'efforça d'étudier des rapports, Spock remua enfin en battant des paupières. Aussitôt, Kirk posa sa tête sur l'oreiller et ferma les yeux, offrant l'innocent spectacle d'un capitaine endormi en plein travail. Il y eut un froissement de tissu, puis sa tablette fut doucement retiré de ses mains. Il y eut un bruit sourd, comme si quelque chose était déposée sur la table de chevet.
Kirk s'obligea à compter lentement jusqu'à cent, puis se redressa lentement sur son lit avec un bâillement. Spock, assis en face de lui avec sa propre tablette, le fixait de son étrange regard vide.
«-Salut, Spock! dit Kirk en agitant la main. Bien dormi?
-Je suis totalement opérationnel, capitaine », répondit le Vulcain.
Kirk réprima l'envie de rouler les yeux et se leva d'un bond, oubliant qu'il était censé se réveiller à l'instant.
« Eh bien, dans ce cas, dit-il, j'ai quelque chose à vous montrer. Vous venez? »
Spock le suivit docilement; mais dès qu'il entra dans la pièce où était la machine, il s'arrêta net, soudain agité de tremblements et le souffle court.
« -Qu'y a-t-il? demanda Kirk.
-Je ne sais pas, capitaine, murmura Spock.»
McCoy passa rapidement un triporteur devant lui.
«-Pic d'adrénaline et de cortisol, tachycardie, sudation… tous les signes d'un stress important, Jim. Spock, pourriez-vous décrire votre état d'esprit?
-Une… réticence, tout à fait inexplicable et condamnable, articula Spock avec difficulté. Une peur irrationnelle, la conviction instinctive d'un danger, sans aucune preuve formelle.
-Peut-être comme un mauvais souvenir, que vous auriez du mal à voir nettement? dit doucement Kirk.
-Possible, capitaine », répondit Spock.
Fidèle à son obéissance, il finit par faire quelques pas hésitants vers la machine. Sa respiration précipitée résonnait sourdement dans la pièce. Kirk soupira et posa une main sur son épaule.
« Vous n'avez absolument rien à craindre. Il faut me croire. S'il vous plaît, il faudrait vous allongerlà. »
Par ce qui sembla être un terrible effort de volonté, Spock s'avança encore et s'étendit sur la couchette, la main de Kirk toujours sur son épaule. Son visage était parfaitement impassible, mais ses yeux, fixés sur le plafond, brillaient d'une panique difficilement maîtrisée. Saisi de pitié, le capitaine continua à lui parler à voix basse, le plus calmement possible, tandis que McCoy posait des électrodes sur sa tête et son cou, rapidement, mais sans brusquerie. Quand il eut fini, le médecin ne perdit pas de temps. Il se pencha sur le cadran et enclencha quelques boutons. La machine commença à émettre un bourdonnement sourd.
« C'est prêt, dit McCoy sans lever le regard. Recule, Jim. »
Avec réticence, Kirk lâcha le bras de Spock. Leurs regards se croisèrent une fraction de seconde, puis Spock eut un violent sursaut avant de fermer les yeux.
«-Ne t'inquiète pas, tout va bien, dit McCoy sans quitter le cadran des yeux. C'était juste l'effet de surprise. A présent, c'est comme s'il dormait.
-Et après, Bones? demanda Kirk.
-Il est probable qu'il ne se souvienne pas du tout de ces derniers jours. Sa mémoire va le faire remonter à la dernière fois où la machine a agi sur lui.
-Alors, il va se réveiller en se pensant entouré d'ennemis, dit Kirk en fronçant les sourcils. Même si nous lui disons ce qui s'est passé, il y a peu de chances qu'il nous croit. Il pensera que la machine lui donne des hallucinations.
-Sans doute, dit McCoy en se dirigeant vers l'intercom. C'est pour ça qu'il faut mettre toutes nos chances de notre côté. Lieutenant Uhura? Ici le docteur McCoy. Pourriez-vous descendre à l'infirmerie sans tarder, s'il vous plaît? »
A suivre….
Belle année à tous, je vous souhaite beaucoup de bonheur et de belles lectures !
