Chapitre 10 : Le grand départ

Au Quartier Général de la police préventive, Lady Une avait réuni les quatre filles et les cinq g-boys dans la salle de réunion afin de leur exposer le fruit des recherches du Département Des Phénomènes Psychiques et Paranormaux, aussi appelé le « PPP ».

« Mesdemoiselles, vous êtes arrivées chez nous en touchant une image des cinq pilotes de Gundam. » commença –t-elle, très sérieusement. « Au début, nos chercheurs ont pensé que le simple fait de toucher une photo de chez vous suffirait pour vous ramener mais comme nous n'en avons pas, ils en sont venus à l'idée que les pilotes de Gundam doivent poser tels que vous les avez vus sur l'image que vous avez touchée. En touchant les originaux, cela devrait créer un lien entre les deux mondes, entre l'originale et la reproduction photographique et vous pourrez ainsi rentrer chez vous. »

Les filles se mirent aussitôt à rire bêtement et les garçons les fixèrent d'un air perplexe.

Duo poussa un profond soupir : « Je sens que cette photo devait être particulièrement ridicule. »

« Hé bien, en fait, ce qui est marrant, euh, pas marrant du tout je veux dire, c'est que vous êtes un peu déshabillés sur cette image. » expliqua Sunny, gênée.

Les garçons échangèrent un regard inquiet.

« Oui, mais bon, l'essentiel était caché, heureusement ! » rajouta Sora, également embarrassée.

« Et moi qui me demandais comment des filles aussi gentilles que vous pouvaient chanter des chansons aussi osées ! » murmura Trowa, perplexe.

Duo conclut, en détournant les yeux : « Hé bien, vous connaissez vraiment TOUT de nous, alors ! »

« Bon. Dites-nous comment était cette photo pour que nous puissions préparer les vêtements et accessoires ! » Demanda Lady Une, calmement.

« Hé bien, l'avantage, c'est que vous n'aurez pas grand-chose à préparer ! » répondit Sora en souriant.

« En fait, des feuilles de chêne suffiront. Cinq beaux garçons entièrement dénudés, avec une feuille de chêne accrochée là où il faut…ou presque. » Expliqua Deedo, gênée.

« Heu, cinq beaux garçons ? Vous êtes sûres que c'était nous ? » L'interrogea Duo, choqué. « D'accord, on est canons, c'est vrai, mais quand même ! Y'a pas d'quoi en faire tout un plat ! »

« Je suis désolée. » compatit Sunny, sur un ton tragique.

« Pardon. » s'excusa Yami, confuse... avant d'insister : « Allez, c'est un cas exceptionnel ! »

« Oh, allez ! Je ne vois pas où est le problème ! » Déclara Deedo tranquillement. « Il y a une feuille de chêne pour cacher le plus (Intéressant ?) gênant ! ... Allez ! Tout le monde en piste ! »

Silence de mort dans la salle.

« Je vous rappelle que ce départ n'est peut-être pas définitif. Les scientifiques ont émis l'hypothèse que si vous touchez de nouveau l'image, vous pourrez certainement revenir, à tout moment. » Les avertit Lady Une, très sérieusement.

Wufei soupira : « Mais nous serons obligés de poser de façon indécente à chaque fois qu'elles voudront rentrer. »

Sa supérieure regarda les quatre filles en souriant et conclut : « De toute façon, le département PPP va continuer ses recherches pour mettre les choses au clair. Je ne vous dis donc pas adieu mais, à bientôt ! »

Sur ce, elle se leva, fit la bise aux filles et leur annonça que dès qu'elles auraient fini leurs adieux, une salle serait mise à leur disposition pour la photo. Puis elle quitta la pièce, en souriant tranquillement.


Une petite heure plus tard, dans une salle de musique, Yami avait emmené là Heero pour lui dire au revoir et lui confirmer ses sentiments. Heero avait prouvé les siens, c'était son tour. Assise devant un grand piano, elle jouait en frappant les touches de ses doigts tremblants, prête à s'arrêter si Heero partait en claquant la porte. Mais bon, jusque là, il lui avait toujours montré un peu d'attachement, et même plus sous l'effet du thé, alors ça devrait bien se passer cette fois aussi. Même si c'était peut-être la dernière fois... Mais Yami refusait de l'accepter et elle avait bien l'intention de revenir.

« Hana no you ni hakanai no nara
- Si ma vie est aussi éphémère que celle d'une fleur

Kimi no moto de sakihokoru deshou
- alors je serai totalement épanouie à tes côtés

Soshite egao mitodoketa ato
- Et après m'être rassasiée de ton sourire

Sotto hitori chitte yuku deshou
- Je pourrai alors faner doucement. »

Derrière elle, Heero écoutait, les bras croisés, les yeux clos, assis sur un banc. La chanson était assez agréable à écouter. Pourtant, il ne se souvenait pas l'avoir déjà entendu dans le répertoire des filles.

Yami poursuivit, tristement :

« Kimi ga zetsubou to iu Na no fuchi ni tatasare
- Dis-moi à quoi ressemblait le paysage que tu as vu

Soko de mita keshiki wa Donna mono datta no darou
- lorsqu'on t'a plongé dans cet abysse de désespoir.

Ikibasho wo nakushite samayotteru
Mukidashi no kokoro ga
- Ton coeur nu erre et s'égare, n'a nulle part où se réfugier

Fureru no wo ozorete
- et dresse autour de lui une barrière d'épines aiguisées

Surudoi toge hari meguraseru
- pour se protéger et ne pas être touché. »

À ces mots, Heero rouvrit les yeux et écouta plus attentivement, en fixant la jeune fille d'un air étonné, les sourcils légèrement levés.

La jeune fille sourit tendrement en chantant le refrain :

« Tori no you ni habatakeru nara
- Si je pouvais voleter comme un oiseau

Kimi no moto e tonde iku deshou
- alors je volerais jusqu'à toi

Soshite kizu wo otta sono se ni
Boku no hane wo sashidasu deshou
- et j'offrirai alors mes ailes à ton dos blessé. »

Yami hésita un moment : peut-être devait-elle arrêter là ? Machinalement, sans trop y penser, elle joua le pont puis chanta de nouveau les deux refrains en se demandant si oui ou non, Heero avait déjà quitté la pièce. Elle pourrait simplement se retourner mais, s'il était parti, elle serait déçue et s'il était toujours là, elle croiserait son regard et...

Elle sortit brusquement de sa rêverie en entendant un bruit de pas derrière elle. Non. Impossible. Il venait vers elle ?

D'une voix tremblante, elle tenta de poursuivre la chanson :

« Kaze no you ni nagareru no nara
- Si je pouvais flotter comme le vent

Kimi no soba ni tadoritsuku deshou
- je te rejoindrai

Tsuki no you ni kagayakeru nara
- Si je pouvais briller comme la Lune

Kimi wo terashi tsuzukeru deshou
- je continuerai de briller pour toi. »

Heero s'assit silencieusement à côté d'elle, sur le banc recouvert de velours, devant le piano. Sans oser détourner ses yeux de la partition, Yami sentait ses doigts fins caresser sa joue, jouer avec une mèche de ses cheveux.

Yami, au bord de l'évanouissement, termina rapidement la chanson, d'une voix essoufflée :

« Kimi ga mou kore ijou
Nido to kowai mono wo
Minakute sumu no nara
Boku wa nanni demo narou

- Je serai Tout
Si cela pouvait calmer tes peurs. »

La musique s'acheva sur un flot de fausses notes dissonantes. Yami baissa les yeux et se tourna timidement vers Heero : « Heu, oui ? »

Pas de réponse. Rien à part, un regard déterminé suivi d'un baiser sur sa joue. Heero laissa doucement glisser ses lèvres sur le visage de Yami, qui ferma les yeux en soupirant. Lentement, elles caressèrent sa joue, parcoururent son front, effleurèrent ses yeux clos, chatouillèrent son nez et glissèrent sur ses lèvres, longuement, en un baiser très tendre, comme si le temps s'était arrêté pour eux, comme s'ils étaient seuls au monde.

Heero murmura : « Si tu reviens, je crois nous aurons beaucoup de choses à nous dire. »

Puis, sans un mot de plus, il se leva et quitta la pièce, laissant là une pauvre Yami sous le choc. Très heureuse certes, mais complètement dans les vapes, hésitant entre rêve et réalité. Ce baiser était différent de l'autre, plus calme et moins énergique mais pas moins passionné et ni moins sincère mais surtout, il n'était pas sous l'effet du thé. Elle devait revenir, elle ferait tout pour ça…


« C'était donc de ça que tu voulais me parler ? »

Sunny venait d'entrer avec Wufei dans une petite pièce annexe à la grande salle de réunion.

« Oh non, cette salle est drôlement petite. On dirait un… placard… à balais… » Murmura la jeune fille.

Wufei posa avec autorité une main sur son épaule : « Entre autres. Sunny, tu vas rentrer chez toi, tu vas reprendre ta vie d'avant avec ton magasin. Alors je comprendrai que tu ne reviennes pas me voir. Après tout, c'est mieux pour toi : je ne peux rien t'offrir de plus que des sentiments que je dois cacher sous une simple amitié, et tu dois certainement en souffrir. En ne revenant plus ici, tu finiras par m'oublier et tu trouveras certainement quelqu'un qui pourras satisfaire… tes besoins. »

Il rougit légèrement et Sunny remarqua que ces derniers mots, s'ils l'avaient gênée, l'avaient aussi attristée.

« Tu sais Wufei, je crois que personne ne pourrait satisfaire mes besoins, même pas toi. » répliqua-t-elle d'une voix tranquille. Il tiqua un peu et elle poursuivit : « Je suis quelqu'un d'exigeant et je demande trop d'attention. Alors c'est sûrement mieux pour toi aussi de ne pas t'embarquer dans cette histoire… même si tu pourrais le faire maintenant, vu que tu n'es plus mon garde du corps. » Conclut-elle d'un air faussement innocent.

Wufei semblait un peu gêné : « C'est vrai mais je suis avant tout preventer. Mon métier passe avant tout et vivre une relation amoureuse avec quelqu'un me rendrait moins attentif à mon travail. Même si ça ne me gênerait pas de te voir de temps en temps. Mais bon, si tu ne veux plus revenir…»

« Ah. » fit Sunny, en fixant le sol.

« Alors, on se dit… Adieu ? » Demanda Wufei, gêné.

La jeune fille lui donna une petite tape sur l'épaule : « Tu rigoles ? Je vais souvent venir te voir, tant pis pour moi si je n'arrive pas à passer autre chose. L'autre jour, je t'ai bien dit qu'une relation platonique me convenait ! Alors je te dis seulement au revoir, et à dans 3-4 jours ! »

Wufei sourit, lui prit la main pour la tapoter un peu et, gêné, la lâcha :

« Au revoir Sunny. »

« Ouais… » Soupira celle-ci, puis une fois Wufei sorti de la pièce, elle marmonna : « Et ben on n'est pas sortis de l'auberge ! »


Dans la cafétéria du QG de la police préventive, Sora et Duo se retrouvaient seule à seul une dernière fois avant le grand départ. Assis à une petite table d'angle isolée, à demi cachés par un pilier et blottis l'un contre l'autre, ils attendaient. … Quoi ? Les boissons qu'ils n'avaient pas commandées ? En fait, aucun des deux n'était vraiment en état d'exprimer ce qu'il ressentait alors ils se contentaient d'attendre, d'attendre que ça passe.

Duo esquissa un sourire et s'exclama d'une voix qui se voulait joyeuse mais sonnait affreusement fausse : « J'arrive pas à croire que vous rentriez déjà chez vous ! Le temps est passé tellement vite ! »

Sora leva les yeux vers lui : « Oui... On rentre à la maison... déjà. »

Elle resta silencieuse quelques instants puis reprit : « Tu sais, je suis vraiment désolée de t'imposer cela. Si j'avais su qu'on serait séparés si vite, je n'aurais pas... »

Elle s'interrompit ne sachant pas trop comment terminer sa phrase mais Duo savait très bien où elle voulait en venir. Aussitôt, il se redressa, obligeant la jeune fille à se détacher de lui pour lui faire face : « Attend un peu ! A t'entendre, on croirait qu'il s'agit d'une rupture ! »

Sora le regarda avec une expression confuse et un peu honteuse sur le visage : « Heu, non, c'est pas ça, c'est juste que... »

Mais Duo ne l'écoutait qu'à moitié : « Après tout ce qui s'est passé, il est hors de question que je te laisse mettre fin à notre relation ! Une rupture...! Et puis quoi encore ! C'est pas comme si t'allais jamais revenir ! »

La jeune fille baissa les yeux et tourna la tête pour ne pas croiser son regard : « Duo... Tu sais très bien que... tout ça n'est pas sûr. »

L'ancien pilote de gundam la regarda fixement puis un grand sourire vint éclairer son visage : « Alors pourquoi est-ce que tu ne restes pas ici en attendant et que ta sœur et tes amies reviennent ? Tu pourrais attendre que tout soit sûr pour rentrer chez toi ! »

- « Duo... Je ne peux pas... Ce serait injuste pour les autres ! Et tu sais que ce n'est pas mon genre de faire ce genre de choix égoïste. … Je ne suis pas assez forte pour ça... »

Elle se pencha vers lui et, à l'abri, derrière le pilier, elle caressa sa joue avant de l'embrasser tendrement. Duo la serra contre lui et ferma les yeux.

- « Non, c'est faux. Tu es plus forte que tu ne le crois. »


Dès qu'ils furent seuls dans la salle de réunion, Trowa se leva de sa chaise et vint prendre Deedo dans ses bras.

« Oh, Trowa ! » Fit Deedo, surprise.

« J'espère que tu reviendras très bientôt parmi nous. Même si nous n'avons pas passé beaucoup de temps ensemble, tu me manqueras.» murmura Trowa d'une voix douce.

« Ah, bien sûr que je reviendrai si c'est possible ! Tu me manqueras toi aussi ! » Répondit la jeune fille, troublée.

Trowa caressa ses cheveux : « Oui mais moi, ce n'est pas pareil. Toi, pour moi... Tu es… comme une partie de ma famille. »

Deedo, choquée, essaya de le repousser : « Quoi ? »

Mais Trowa la serra plus fort contre lui : « Oui, parce que quand je suis avec toi, je me sens comme chez moi. Je ne me sens jamais seul… »

« Oooh… » Murmura la jeune fille.

Pendant un moment, elle avait craint le pire ! Mais peut-être aurait-elle mieux fait de s'attendre au meilleur car lorsque l'ancien pilote de gundam se pencha au dessus d'elle et l'embrassa tendrement, elle en resta sans voix.


Les filles entrèrent d'un pas déterminé dans la pièce pour mieux examiner un spectacle alléchant. En effet, devant leurs yeux gourmands, les cinq pilotes de gundam posaient, rougissants, en tenue d'Adam, mais Adam post dégustation du fruit de la connaissance.

Sunny ricana : « Ah ah ah ! Génial ! ... Heu, c'est tragique. »

« Oh mon Dieu ! C'est pas possible ! Ils l'ont vraiment fait ! » Murmura Sora en rougissant.

Yami, quant à elle, était à la fois super gênée et un peu excitée à la fois. Elle osait à peine regarder Heero dans les yeux et était déchirée entre ses pensées et ce qu'il valait mieux dire dans ce genre de situation : C'est… (WAAOOUUUUUUUUH ! THE image grandeur nature, mais sans la forêt derrière !) Hum… Hum hum. »

Deedo sortit brusquement un appareil photo : « Attendez ! Attendez ! »

« Arrêêêêêêêêêteuh ! Tu ne vois pas qu'ils ont déjà honte ? » L'arrêta aussitôt Sora.

Les garçons eurent un vague sourire reconnaissant pour la jeune fille.

Deedo haussa les épaules : « Mais ils n'ont pas à avoir honte ! Ce spectacle est magnifique ! »

Mais son amie, intraitable, lui prit l'appareil photo des mains et déclara d'un ton sec : « Confisqué ! Je te le rendrai quand les garçons seront à l'abri de ton esprit pervers ! »

Sunny soupira : « Bon, ça suffit, finissons-en car ils sont de plus en plus gênés. »

Puis elle se rapprocha des filles et leur murmura d'un air complice : « En plus, je suis pressée de voir ça de plus près ! »

Donc, Yami, Sunny et Deedo se ruèrent vers les cinq apollons tandis que Sora, serrant son ordi contre elle, prenait une grande inspiration et s'approchait des garçons d'un air effarouché.

« Bon, si vous êtes prêtes les filles, vous pouvez toucher. » murmura Quatre, intimidé.

Yami regarda une dernière fois Heero, légèrement rougissant puis plaqua une main sur son torse. Celle-ci s'enfonça dans le corps du jeune homme dans un flot de lumière. Après un dernier coup d'œil vers leurs gardes du corps, Sunny et Sora attrapèrent Yami par le bras et les trois filles disparurent dans le torse de Heero.

« Bon, bah, c'est à mon tour. » déclara Deedo, gênée. « En fait, j'avais enlacé l'ordinateur. Vous cinq, quoi. »

« Ce ne serait pas un stratagème pour pouvoir tous nous toucher par hasard ? » souleva Wufei, l'air méfiant.

« Nan-nan ! J'vous jure ! Je... Venez par là ! » Dit la jeune fille précipitamment.

Elle les prit tous dans ses bras et le flot de lumière réapparut pour l'emporter. En quelques secondes, les g-boys se retrouvèrent seuls, collés les uns aux autres.

Chacun bredouilla quelque chose de confus puis, tous quittèrent la pièce précipitamment.


Les filles s'étaient retrouvées toutes les quatre dans la chambre de Yami-Rose et s'étaient aperçues avec étonnement que rien n'avait changé dans la pièce. Quant à la maison, elle semblait toujours aussi calme. En fait, leur disparition n'avait pas pu être remarquée dans leur monde : il semblait que pendant leur absence, seulement quelques minutes s'étaient écoulées. Ce passage d'une dimension à l'autre avait causé une sorte de dérèglement temporel qui arrangeait bien leurs affaires !

Mais rapidement, elles s'aperçurent que l'ordinateur de Yami n'était plus en état de marche : en effet, suite à leur départ pour le monde des g-boys, suivi de près par le départ de Deedo, puis par leur retour, le disque dur avait fondu ! Les réparations allaient prendre des mois et des mois, et même : le disque dur ayant fondu, il fallait en racheter un autre ! Et bien sûr, dès qu'il serait de nouveau en état de marche, il faudrait rechercher l'image puisque Yami avait perdu toutes les données de son ordinateur.

Elles ne reviendraient jamais dans les délais.

De plus, le retour dans leur monde fut plutôt difficile : pour elles, le plus dur une fois rentrées, fut de convaincre leurs parents qu'elles avaient réellement voyagé dans une autre dimension et qu'elles avaient l'intention d'y retourner. Mais en attendant, comment se réadapter à la vie normale ?

Dès le lendemain, Sunny retournait travailler dans la boutique qu'elle tenait avec son frère Snow, un genre de bazar qui avait ses habitués, des gens toujours à la recherche d'une bricole pour améliorer le confort de leur modeste intérieur. Tout le monde sentit rapidement que quelque chose n'allait pas chez la pauvre fille.

« Mais qu'est-ce que t'as ? » l'interrogea Snow. « Tu t'es complètement gourée dans les étiquettes de prix ! Heinnnn… je suis sûre qu'il s'est passé des trucs entre toi et Wufei et que tu veux rien dire ! »

Sunny, énervée, rendit rageusement la monnaie à un client : « NON ! Euh… Au revoir Monsieur. Non Snow, je suis juste un peu déboussolée à cause de mon voyage interdimensionnel. » Voyant que la cliente suivante la regardait bizarrement, elle se corrigea aussitôt : « Euh… mon voyage exceptionnel. Les Caraïbes, ça change d'ici. »

Son frère haussa les épaules : « Ouais, c'est ça, Wufei t'a embrassé aux Caraïbes et tu n'arrêtes pas d'y penser. »

« Ça avait l'air bien ce voyage. » commenta la cliente d'un air rêveur.

Sunny soupira.

Quant aux fameux « G-Boys », ils avaient tenté de reprendre une vie normale, en attendant le retour des filles, une semaine plus tard. Enfin, presque. Le deuxième jour après le départ de Sunny, Wufei était tombé sur un programme télévisé la concernant… et le concernant un peu.

À l'écran, il aperçut Sunny, chantant lors d'un concert.

« Sous une apparente gaieté, Sunny vit un véritable drame personnel : elle aime un mystérieux inconnu sans espoir de retour. » introduisit une voix off.

À ce moment, on vit Sunny chanter sur une scène dans un bar vide :

« Wonder why, wonder why, wonder why,
= Je me demande pourquoi

Why must we pretend,
= Pourquoi on doit faire semblant

Why can't we be more than friends,
= Pourquoi ne peut-on pas être plus que des amis

Let's be more than friends… »
= Soyons plus que des amis

Puis suivirent pleins d'autres extraits de ce genre (Dans lesquels il remarqua qu'il y avait très souvent un sosie de lui qui enlaçait Sunny ou s'apprêtait à l'embrasser) et des interviews dans lesquels Sunny se plaignait de se sentir seule et de manquer d'affection. Puis on voyait Sunny chanter un duo avec un chanteur de charme au physique non négligeable.

« Pourtant, de nombreux admirateurs se bousculent à sa porte, et il se pourrait bien que Sunny se laisse un jour tenter à abandonner son amour impossible. » commenta la voix off.

L'émission se termina par une interview du fameux chanteur de charme.

« Mademoiselle Sunny me plaît beaucoup. Elle et moi, c'est quand elle veut ! » Conclut-il en adressant un clin d'œil à la caméra.

L'inscription à suivre s'affichait sur son visage au sourire carnassier.

« Même si cette émission est stupide, il y a probablement une part de vérité là dedans. » murmura Wufei, l'air inquiet. « Il est vraiment temps que je fasse quelque chose.


Assise devant sa console de jeux, Sora s'abrutissait longuement, comme tous les jours depuis son retour chez elle. Elle préférait éviter d'y penser, d'en parler et s'était rabattue sur les jeux vidéo pour s'occuper l'esprit. Seulement, ce n'était pas suffisant et elle avait toujours la tête ailleurs. Il y avait de grandes chances pour qu'elles puissent retourner dans le monde des pilotes de gundam mais l'infime probabilité que cela ne marche pas la laissait songeuse et angoissée.

Elle leva les yeux vers l'écran de télévision sur lequel on lui demandait de nommer le personnage principal. Sora hésita un moment avant de sourire faiblement : au fond, elle se sentait vraiment ridicule de ne penser qu'à ça. Après tout, si elles avaient pu y aller une fois, elles pourraient y retourner une fois encore, non ? Elle déplaça rapidement le curseur sur les lettres choisies : D. U. O.

De son côté, Duo était retourné sur sa colonie et avait repris son travail. Il était souvent plongé dans ses pensées, mais s'était complètement investi dans ses livraisons. Il ne rendait plus visite à Quatre et il sortait plus rarement avec Hilde, seulement quand elle le traînait au café du coin. Le soir, il regardait la télé jusque très tard et de temps en temps, tombait sur des rediffusions d'émissions qui avaient consacré des reportages aux Fallen Angels.

« Alors mademoiselle Sora, il paraît que vous n'êtes plus un cœur à prendre ? » demanda un journaliste curieux à la jeune fille.

« Hm-moui. » fit Sora, en rougissant.

« Il s'agit de votre garde du corps, Duo Maxwell, c'est bien cela ? » poursuivit le journaliste, sur un ton secret.

« Heu, oui, mais... » Commença Sora, intimidée, avant de se tourner vers Sunny, qui gesticulait au loin pour qu'elle vienne tourner sa scène de clip. Puis elle répondit gentiment au journaliste : « On est sur un plateau de tournage, là ! Alors, ce n'est pas trop le moment pour en parler. »

Puis elle adressa un petit sourire crispé à la caméra et se leva pour rejoindre le plateau où une maquilleuse vint s'emparer de son visage.

Journaliste, sur un ton de confident, à la caméra : « Si Sora n'aime pas parler de sa vie privée aux journalistes, elle n'hésite pas à exprimer tout son amour derrière le micro ou devant les caméras. » glissa le journaliste à la caméra.

Sur l'écran, Sora, enveloppée dans un manteau d'hiver blanc, marchait dans les rues d'une ville enneigée en chantant doucement :

The closer you get, the better you see
= Plus tu te rapproches et mieux tu vois

The closer you are, the more I see
= que plus tu es près, mieux je vois

Why everyone says that I look happier
= pourquoi tout le monde dit que j'ai l'air plus heureux

when you're around
= quand tu n'es pas loin

The closer you get,
= plus tu te rapproches

the better I feel
The better I feel
= Plus je me sens bien,
plus je me sens bien…

Duo soupira, éteignit la télé avec la télécommande puis regarda le plafond d'un air soucieux.

Les filles étaient déjà parties depuis une semaine.


Dans son grand appartement vide et froid, Deedo déprimait.

Elle n'avait pas grand-chose à faire ici. Pas de concert, pas de répétitions, pas de studio, pas de lettres de fans auxquelles elle devait répondre, et surtout, pas de Trowa avec qui partager tout ça. Il n'y avait plus de situation amusante sur laquelle elle pouvait disserter avec lui. Elle ne pouvait pas taquiner les autres filles et rire de leurs réactions avec lui. Elle ne pouvait pas lui montrer les lettres d'amour de ses fans et recevoir ses conseils sur ce qu'elle devait leur répondre. Elle ne sentait plus son regard encourageant quand elle chantait. Elle n'entendait plus sa voix chaude et rassurante qui la faisait vibrer.

Il faisait très froid dans l'appartement.

De son côté, Trowa était retourné au cirque où il continuait de donner des représentations. Mais il passait encore plus de temps dans sa roulotte. Il ne sortait plus que pour les répétitions et les spectacles. Catherine venait de temps en temps lui rendre visite pour prendre de ses nouvelles et pour l'inciter à lui dire ce qui n'allait pas. Il ne pouvait s'agir que de cette fille, celle qu'il avait protégée. Oui, c'était une évidence pour Catherine : elle lui manquait.


Dans sa chambre, assise sur son lit, Yami soupirait en serrant contre elle une peluche de loup, offerte par un fan, quelques semaines auparavant. Étrange comme le loup lui faisait penser à Heero. Elle avait enlevé tous les posters de Heero des murs de sa chambre car il lui rappelait trop à quel point Heero lui manquait… Est-ce qu'elle le reverrait un jour ? Oui, forcément ! Mais quand ? Est-ce que Heero allait l'attendre ? Elle ne supporterait pas qu'il se retrouve dans les bras d'une autre ! Poussant un soupir désespéré, elle se laissa tomber en arrière sur son lit, en fermant les yeux et en serrant la peluche contre elle comme si il s'agissait de Heero.

Elle devait penser à autre chose absolument, Sora, Sunny et Deedo par exemple ! Elles aussi devaient se languir de leurs gardes du corps, surtout Sora qui sortait déjà avec Duo au moment de leur départ… Il devait terriblement lui manquer, encore plus que Heero lui manquait à elle. Ce soir, il faudrait qu'elle prenne des nouvelles des filles pour savoir où elles en étaient à propos de leurs recherches de la fameuse image. L'image qui lui permettrait de revoir Heero.

Sans elle, elles ne pourraient plus jamais revoir les garçons… A cette idée, Yami sentit son cœur se serrer. Jamais elle ne pourrait supporter ça. L'idée de plus jamais revoir Heero lui était insupportable, et à cause de cela, elle passait constamment d'un état à un autre : pendant quelques heures, elle était pleine d'espoir, elle était sûre qu'elle allait recevoir un appel de Sora lui disant qu'elle avait retrouvé l'image et quelques minutes plus tard, elle basculait dans le désespoir, s'imaginant séparée de Heero pour toujours. Alors elle s'allongeait sur son lit, recroquevillée sur elle-même pendant des heures.

De son côté, Heero n'arrivait pas à se sortir Yami de l'esprit. Et tout ce qui l'entourait ne l'y aidait franchement pas : les affiches publicitaires partout dans la rue où apparaissait le visage de la jeune fille, les discussions des gens, qui, où qu'il aille, parlaient des Fallen Angels, ses interviews qui passaient en boucle à la télévision et aussi ses clips, comme celui qu'il était en train de regarder ce jour-là… C'était justement sa chanson préférée des Fallen angels. C'était l'histoire d'un amour impossible et dangereux entre une jeune femme de bonne famille et un forgeron à une époque médiévale, une histoire hors du temps, une histoire qui lui rappelait un peu celle qu'il vivait avec Yami, là-bas, par moment. Comme elle lui manquait…

À l'écran, on pouvait voir Yami habillée d'une somptueuse robe de velours rouge, qui mettait ses formes en valeurs et la rendait très désirable. Elle observait derrière un poteau en bois un jeune homme aux cheveux d'ébène et aux yeux bleus qui lui ressemblait beaucoup. C'était un forgeron occupé à battre sur son enclume le métal encore chaud d'un fer à cheval. L'homme portait pour seul vêtement un pantalon et un tablier en cuir lui couvrant tout le torse, ainsi que des gants. Son front et ses bras étaient couverts de sueur. Dans les yeux bleus de la jeune femme se reflétaient la lueur rouge et chaleureuse des flammes et les étincelles qui naissaient du contact violent entre le marteau et l'enclume sur le métal brûlant… Á moins que ce ne soit tout simplement la passion et l'amour.

Dear my love, haven't you wanted to be with me
= Mon cher Amour, n'as-tu jamais voulu être avec moi

And dear my love, haven't you longed to be free
= Et, mon cher Amour, n'as-tu jamais désiré être libre

I can't keep pretending that I don't even know you
= Je ne plus continuer à faire semblant de ne pas te connaître

And at sweet night, you are my own
= Alors que la nuit, tu es mien

La jeune femme pénétra à pas lents, d'une démarche gracieuse et raffinée, dans la forge et lui sourit discrètement mais irrésistiblement. Il l'aperçut et se détourna de l'enclume pour prendre une grande et longue pince dans un tonneau, à l'aide de laquelle il saisit le fer à cheval et le déposa dans un seau d'eau. Aussitôt, un nuage de vapeur se forma autour de lui et la silhouette fine de son amante lui apparut éthérée pendant quelques secondes. Mais le jeune forgeron n'y fit pas attention, fasciné par la brève vision céleste de l'ange et son regard étincelant comme une nuit étoilée. Il posa la pince et enleva ses gans, avant d'essuyer son visage, puis leva ses yeux vers elle. Alors son regard s'attendrit, incapable de résister à la douceur de son amour. Elle lui tendit la main avec un sourire rempli de tendresse mais il ne fit pas un geste, incertain de la décision à prendre et de ces éventuelles conséquences.

Take my hand
= Prend ma main

Heero éteignit brusquement la télévision. Il ne voulait plus voir Yami à travers un écran de télévision mais en vrai. Il n'avait plus aucun doute sur la décision à prendre, désormais…

À SUIVRE...