Chapitre 10 – Expecto Patronum
L'automne se consumait doucement en ce mois de novembre pour laisser place à l'hiver, les jours étaient plus courts et quelques flocons tombaient en fin de journée. Amalia sortit du château couverte d'une cape dont la capuche était doublée d'hermine qui encadrait son visage. Ses mouvements découvraient un pantalon et des cuissardes, ses mains étaient gantées de cuir, tout dans sa tenue comme dans son allure indiquait qu'elle se préparait pour une expédition. Elle rejoignit d'un pas rapide la sortie du pont menant à la cabane de Hagrid. Une silhouette noire l'attendait, c'était Rogue qui lisait un long parchemin, en la voyant approcher il lui tendit la liste griffonnée. Elle contenait une vingtaine d'ingrédients rares et précieux, certains ne se trouvaient qu'à des milliers de lieux. Amalia relut le parchemin.
- C'est dingue ce que tu écris mal !
- Je me passerai de tes commentaires… As-tu apporté le matériel que je t'ai demandé ? grogna-t-il.
- Oui, il me manque juste deux choses que je dois emprunter à Hagrid. Charlie Weasley m'a confirmé par hibou ce matin qu'il nous enverrait prochainement les écailles de Cornelongue Roumain que nous lui avons demandé.
- Bien, allons-y…
Rogue lui fit signe de passer devant et la suivit jusqu'à la maison du garde-chasse. Amalia toqua à la porte avec fermeté et Hagrid l'ouvrit presque aussitôt. Il devait s'attendre à sa venue mais la présence de Rogue le surprit, il se raidit à sa vue.
- Amalia ! … Bonjour Professeur Richards je veux dire, Professeur Rogue, se ravisa-t-il.
- Bonsoir Hagrid, nous ne te dérangerons pas longtemps. Pourrais-je le récupérer ?
- Oui bien sûr, il t'attendait avec impatience ! Quand je lui ai dit que tu le sortirais ce soir, il est devenu tout fou ! Tu lui fais autant plaisir qu'un…
Derrière Amalia, un bruit sec de langue qu'on claque d'agacement fit comprendre au garde-chasse que le moment était venu pour les deux professeurs de se mettre en route. Il tendit à la jeune femme une laisse et un énorme dogue sortit en courant de la cabane. La sorcière lui intima l'ordre de revenir à ses pieds et l'animal s'exécuta avec une docilité étonnante.
- Tu as toujours su t'y faire avec les animaux, ajouta son maître. Tiens, n'oublie pas la lanterne et bonne route. Faites attention, même les centaures sont agités en ce moment.
Après avoir remercié Hagrid, le trio prit la direction de la Forêt Interdite d'un pas pressé, la nuit était tombée lorsqu'ils arrivèrent à l'orée du bois.
- Étais-tu obligée de prendre cette bête stupide ? pesta Rogue pendant que Crockdur lui emboîtait le pas, l'obligeant à ralentir.
- Oh s'il te plaît, ne commence pas à râler. Pour une fois que l'on sort de ton cachot, profites un peu de l'éclat du clair de lune tant que l'on peut encore la voir et de la compagnie d'un de tes semblables.
- Détrompe-toi, je peux avoir une conversation civilisée avec quelqu'un de mon niveau quand je le souhaite, dit-il d'un ton dédaigneux.
- Mais je ne parlais pas de moi ! rit Amalia en regardant le chien.
Rogue se renfrogna et n'ajouta rien, les éclairs dans ses yeux suffisaient à trahir sa pensée.
- Severus, je rigolais, Crockdur est là pour nous avertir en cas de danger, mais il ne faut pas compter sur lui pour se montrer courageux !
- Et qu'est-ce qui pourrait bien nous arriver ? maugréa-t-il.
A ces mots, un grondement sourd s'éleva derrière la cime des arbres. Le sorcier regardait les buissons d'un air inquiet et avait manifestement reconnu l'auteur de ces grognements car il sortit sa baguette d'une poche de sa cape.
- On va se dépêcher, ramasser ce dont nous avons besoin et rentrer rapidement.
La forêt avait encore ses couleurs d'arrière-saison et les feuilles tombaient tout autour d'eux, parfois des bogues de châtaigniers s'écrasaient à proximité, les faisant sursauter. L'odeur d'humus les enveloppait et le peu de chaleur accumulée la journée s'échappait du sol sous la forme d'un brouillard épais. Après quelques minutes de marche, l'air changea, l'odeur et les bruits des bois étaient différents comme si la forêt retenait son souffle. Ce fut à ce moment qu'ils arrivèrent dans une clairière. Près d'une souche un curieux phénomène se produisit, quelque chose reflétait des lumières nacrées. En s'approchant, ils reconnurent la toile d'une araignée sauteuse, elle n'était pas de la même forme que celles des araignées communes bien que la structure soit similaire, le tissage était une spirale arrondie avec des très petites rosaces complexes. La rosée perlait d'une étrange manière, régulièrement et se transformait en cristaux au contact des rosaces. Rogue et Amalia se penchèrent sur l'ouvrage et il sortit d'une poche, un petit flacon avec un bouchon en verre. Le maître de potions recueillit soigneusement quelques cristaux qui une fois détachés de la toile, se mirent à changer de couleur.
- Allons-y, le sisymbre est un peu plus loin, ordonna Rogue en montrant une direction.
oOo
Bien que les environs ne soient pas rassurant, rien n'aurait pu les préparer à ce qu'ils allaient croiser au détour d'un arbre géant. Une masse sombre, bleue accompagnée d'un ronronnement sourd les accueilli, Amalia fit un bond en arrière mais Rogue la rassura :
- Ce n'est rien…
- Pardon ? Peux-tu m'expliquer ?
Elle désigna du doigt quelque chose qui ressemblait à une vieille voiture aux ailes rayées, couverte de boue et de branchages dont les portières cabossées s'ouvraient et se fermaient comme les branchies d'un poisson.
- C'est une longue histoire qui implique Weasley et Potter, un membre du Ministère affecté au Détournement des objets Moldus et le Saule Cogneur de Poudlard.
Interloquée, la jeune femme se retourna pour le dévisager, ces quelques mots n'allaient pas lui suffire comme explications.
- La Ford Anglia que tu vois là appartient au père de Weasley, compléta Rogue en soufflant. Son fils et Potter n'ont rien trouvé de mieux une année pour leur rentrée que de l'emprunter. Il est évident qu'à douze ans, ils ne savaient pas plus conduire que maintenant. Ils sont arrivés en catastrophe dans le Saule Cogneur et voici le résultat…
L'automobile endommagée avait trouvé refuge dans la Forêt Interdite et semblait s'y être habituée, la végétation qui parsemait la peinture écaillée était un gage de son acclimatation à la vie sauvage. Sa plaque d'immatriculation s'était à moitié détachée et laissait encore apparaître les caractères 7990 TD.
- Allez, viens nous avons encore de la marche à faire… l'invita d'un geste Rogue vers le sentier.
Derrière eux, les ronronnements du moteur s'évanouir et avec, la sensation bizarre qu'Amalia ressentit en voyant se mélange détonnant de technologie moldue et d'art sorcier.
oOo
Le chemin devint de plus en plus sinueux, Crockdur tirait un peu sur sa laisse et Amalia dû le tenir court pour qu'il arrête de pousser pour passer devant et ouvrir le chemin.
- Tu sais, je réfléchissais tout à l'heure à une solution qui pourrait nous faire gagner du temps, déclara Amalia.
- Quoi donc ?
- Nous pourrions nous répartir les potions, je m'occupe de vérifier celles qui ont été transformées et tu te charges de celles à modifier. Une fois que j'aurais terminé ma part, je pourrais t'aider sur les nouvelles recettes et aussi faire la mise en page avec le prototype. Qu'en dis-tu ?
- J'en pense que je vais avoir la majorité du travail à faire… grommela le maître de potions.
- On peut aussi échanger pour que je m'occupe de la partie la plus intéressante…
Elle prononça ces mots innocemment, persuadée de l'effet qu'elle allait obtenir.
- Pas question, celui qui maîtrise cette matière, c'est moi. Si une personne doit se charger de reformuler les recettes, je crois être le mieux placé !
Intérieurement, Amalia pensa « Bingo ! » et eut un sourire jusqu'aux oreilles que Rogue ne put voir en étant devant la procession. Soudain, le chien se figea.
- Qu'est-ce qu'à cet idiot ? marmonna le sorcier.
- Je crois que nous ne sommes pas seuls… murmura Amalia en voyant ce que l'animal avait aperçu.
Elle éteignit sa lanterne. Une forme humaine emmitouflée dans une cape noire était affairée à tirer sur les plants de sisymbre sans parvenir pour autant à les détacher. Rogue fit signe à Amalia de se cacher derrière un tronc d'arbre épais, il se tenait derrière elle et lui souffla à son oreille.
- Aucune personne sensée ne viendrait ici la nuit pour du sisymbre alors qu'il y en a dans les serres de Poudlard. Si nous n'avions pas dû prendre la Rosée du Crépuscule, nous ne serions jamais venus le cueillir ici !
- Ce qui veut donc dire que c'est forcément une personne du château sinon il lui aurait été impossible de rentrer dans la Forêt Interdite et quelqu'un qui ne veut pas être vu en train de récolter cette plante… Reste à savoir pourquoi…
Ils continuaient de leur cachette à observer ce visiteur inopiné, Crockdur se mit soudain à gémir pour attirer leur attention, ils se plaquèrent contre le tronc.
- Mais tais-toi donc !
Quand ils se penchèrent à nouveau, l'individu avait disparu ce qui mit en colère Rogue.
- Cet idiot de chien l'a fait fuir !
- Sans lui, il nous aurait certainement entendus approcher. Au moins nous savons que quelqu'un vient la nuit à couvert pour le sisymbre. Quelles sont ses autres utilisations ?
Rogue la fixa, scandalisé.
- Oh ne me regarde pas ainsi ! Je ne suis pas le maître de potions comme tu l'as si bien dit !
- Cet ingrédient entre dans la composition de nombreux poisons mais également dans des bases pour les potions de métamorphoses ou encore le Polynectar ! Un élève de deuxième année le sait ! s'esclaffa-t-il d'un air hautain.
- Rappelle moi de te répondre la même chose la prochaine fois que tu me demanderas une date ou le déroulé d'un événement ! Prenons ce dont nous avons besoin et partons.
Elle s'approcha des plants, sortit sa baguette et les figea par un sort de Stupéfixion avant de les couper et de les enfourner dans son sac. Un nouveau grondement résonna mais il était beaucoup plus proche et Crockdur se mit à couiner, les arbres bougeaient au loin et les cimes se baladaient de droite à gauche dans d'horribles bruits de pas lourds, des troncs craquaient et s'abattaient sur le sol dans un grand fracas.
- Amalia, vite !
Rogue lui prit la main et l'attira vers le sentier mais la sorcière se retourna et hurla à plein poumons.
- Expecto Patronum !
Un fin filet de lumière s'échappa de sa baguette et forma un oiseau élégant, agile, il fit le tour de sa propriétaire avant de fondre à toute vitesse dans la direction des grondements plus proches encore. Elle n'eut pas le temps de voir ce qui les poursuivait, Rogue l'attirait vers la lisière du bois. Ils courraient à en perdre haleine, manquant parfois de trébucher sur une racine, Crockdur était sur leurs pas et tentait désespérément de les dépasser sans succès par le chemin trop étroit. Le sol tremblait sous les pas du monstre qui les poursuivait, ils avaient beau courir de toutes leurs forces, les bruits se rapprochaient de plus en plus. Subitement, un cri perçant d'oiseau retentit dans la forêt et leur poursuivant ralentit, le patronus d'Amalia venait d'arrêter la bête à leurs trousses.
oOo
Dix minutes plus tard ils étaient devant la cabane de Hagrid, hors d'haleine mais aussi hors d'atteinte.
- Qu'est-ce que c'était ? Cette chose devait bien faire six mètres de haut !
Amalia réussit non sans difficultés à articuler ces mots entre deux inspirations.
- Oh, tu n'as vraiment pas envie de le savoir, lui répondit Rogue en s'asseyant sur le banc devant la maison du garde-chasse.
La lumière était éteinte et un écriteau suspendu à un clou indiquait « Au château », la sorcière se laissa tomber sur le banc à son tour. Une fois les émotions passées, le froid mordant de la nuit vint les saisir, Amalia rabattit sa capuche en fourrure et alors que Rogue grelottait. Elle se rendit compte de l'état de son comparse, ôta ses gants et lui prit les mains pour les réchauffer.
- Pourquoi tu ne t'es pas plus couvert ? lui reprocha-t-elle.
- Peut-être parce que je peux faire un feu magique avec ma baguette… dit-il d'un ton dégagé, une étrange sensation lui brûlait les joues.
Ils restèrent en silence à regarder au loin la grande prairie devant le château, attendant un signe du retour de Hagrid. Les mains d'Amalia diffusaient une douce chaleur, Rogue arrêta de trembler.
- Un oiseau…
- Je te demande pardon ? interrogea la jeune femme.
- Ton patronus, c'est un oiseau.
- C'est personnel…
Elle était gênée et tentait se le dissimuler sous sa capuche.
- La plus part des gens ont un animal domestique ou commun, les oiseaux sont rares.
Il se tut quelques instants, semblant hésiter.
- Il te ressemble, c'est ce que je voulais dire…
- … Merci.
Amalia resta silencieuse, après mûre réflexion, le maître de potions n'était pas si détestable lorsqu'il le voulait. Brusquement, elle se leva d'un bond et montra du doigt les herbes hautes.
- Là ! Donne-moi un flacon vide !
Rogue s'exécuta et se releva pour observer la direction vers laquelle le professeur d'Histoire courait dans l'herbe, la lanterne à la main. Au milieu de la prairie, elle s'arrêta et s'assit dans l'herbe, une nuée de lucioles s'éleva, l'enveloppa d'un halo de lumière et une fois toutes les insectes dans le ciel, Amalia revint doucement vers la cabane. Elle tenait quelque chose dans ses mains jointes, avec une infinie délicatesse, elle les ouvrit. Une luciole était enfermée dans la fiole et virevoltait d'un coin à l'autre du réceptacle.
- Il me semble que c'est un des éléments de la liste d'ingrédients dont nous avions besoin…
Son visage était illuminé d'une lueur bleutée venant du flacon. Rogue la regardait sans rien dire, entre l'étonnement de la voir si radieuse de sa prise et la surprise quand il réalisa qu'en définitive, malgré une course poursuite dans la Forêt Interdite et tous les événements récents, il avait passé une excellente soirée.
Prochain chapitre : La potion d'humeur
