J'avais une petite faim le jour où j'ai écrit ce chapitre :p (donc ne pas s'étonner des références culinaires xD)

Merci à Castle38; Mxelle Juuw; Pepe64; janeandteresa (eh oui, il faut bien qu'il se mette à parler un jour… merci du review :D) ; Ayahne pour leur reviews :D

Bonne lecture !


Ange Gardien

9

Grace ouvrit le frigo et fronça les sourcils. Mis à part quelques restes des repas précédents, les rayons étaient désespérément vides. Ou plutôt presque vides. Quelques légumes, des sauces…quelques ingrédients traînaient ici et là, mais rien n'était en quantité suffisante pour préparer un repas décent. Tout en maudissant Jane, la rouquine ramassa le sac à commissions et se dirigea vers le supermarché le plus proche. D'accord, l'homme était un ange et n'avait pas besoin de manger, mais n'était pas une raison pour négliger la nourriture ! Son ventre à elle criait famine si elle sautait des repas.

Son attention fut attirée par l'enseigne d'une pâtisserie et par curiosité, elle jeta un coup d'œil aux étalages. Des trucs verts, posés à côté de ce qui ressemblait à un muffin aux fruits rouges et de tartes miniatures ne demandaient qu'à être achetés. Grace hésita et vérifia son portefeuille. Elle avait pris la carte de crédit de Jane pour les courses et les quelques billets gagnés en surveillant les mioches de Frye. La décision fut immédiate tant qu'elle en avait les moyens, elle pouvait quand même se permettre une petite douceur non ?

Elle poussa la porte d'entrée et se tourna immédiatement vers les étagères de cookies et beignets énormes. La petite sonnerie annonçant son arrivée provoqua un mouvement derrière le rideau dissimulant la porte de service, et quelqu'un en sortit. Trop occupée à baver devant les pâtisseries exposées, la jeune femme ne le remarqua pas tout de suite.

« Je peux vous aider mademoiselle ? »

Grace sursauta et leva la tête. Un jeune homme dans la vingtaine se tenait derrière le comptoir, un sourire forcé plaqué sur son visage. La rouquine le scanna de haut en bas. Des cheveux bruns, des yeux sombres, un visage agréable, une taille supérieure à la sienne, un corps bien bâti, dissimulé derrière un tablier bariolé sur lequel un badge portant le nom de 'Wayne' était épinglé…Et était-ce un restant de crème qu'il y avait sur le coin de ses lèvres ? se demanda-t-elle en souriant intérieurement. L'homme était mignon, peut-être un peu timide mais un véritable gourmet. Elle prit son air le plus innocent et demanda avec un sourire :

« Oui s'il vous plait. Savez-vous de quoi ces choses sont faites ? demanda-t-elle en pointant les trucs verts -des 'figues' d'après la petite inscription. L'homme vacilla de droite à gauche, visiblement mal-à-l'aise.

-Je…euh….Je crois qu'ils sont fourrés à la crème pâtissière et le vert est de la pâte d'amande. Je ne saurais en dire plus, je ne les fabrique pas, je ne fais que les vendre. »

Tu ne les fabriques pas, mais tu les manges, pensa-t-elle en prenant l'air déçue, satisfaite de l'embarras du vendeur. Grace savait qu'elle exagérait, mais il paraissait tellement facile à taquiner…

« Oh, tant pis, mais ne vous inquiétez pas, je comprends. J'en prendrais un quand même…et ajoutez ces deux beignets, continua-t-elle. D'autres gâteaux vinrent remplir son panier et lorsqu'elle passa en caisse, elle demanda tout à coup : Au fait, vous avez des cookies blanc ? »

La main de Wayne s'arrêta dans son geste et il la dévisagea, complètement perdu.

« Des cookies blanc ? répéta-t-il. Qu'est-ce que…je ne suis pas sûr que… »

Grace leva les yeux au ciel.

« Des cookies blanc voyons, des cookies avec des pépites de chocolat blanc dedans. Je comprends que vous ne soyez pas un expert, mais vous devriez connaître les bases tout de même ! »

Wayne grimaça à son reproche et se fondit en excuses, lui assurant qu'ils en avaient. La rouquine faillit éclater de rire devant son air déconfit, mais redevint sobre lorsqu'elle vit à son air dépité qu'elle avait peut-être été trop loin.

« Excuse-moi, fit-elle avec un sourire désolé. Tu n'aurais pas pu savoir, c'est ainsi qu'on les appelle dans ma famille. Mais t'es trop facile à taquiner mon cher ajouta-t-elle avec un sourire éclatant et lui tendant le montant exact de ses achats. Et la prochaine fois, essuie-toi mieux la bouche. Il te reste de la crème juste là… »

Pour accentuer ses paroles, elle tendit la main. Les joues de Wayne virèrent au rouge lorsqu'elle frôla le coin de ses lèvres. Un dernier sourire séducteur, et Grace ramassa son sac et sortit de la boutique en sifflotant.

-AG-

Jane soupira, ennuyé, et croisa les bras devant l'Archange.

« Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-il sèchement, sous-entendant qu'il n'était pas d'humeur pour une conversation. Hightower comprit et alla directement où elle voulait en venir.

-Je me suis déplacée pour vous parlez du sujet du cas Code Rouge.

-Grace ? fit Jane en fronçant les sourcils. Quel est le problème ?

-Je veux qu'elle soit retirée de cette opération. Puisque je n'ai pas réussi à obtenir son historique ou le résumé de sa vie, je ne peux pas la considérer comme un élément fiable. Vous comprenez ma décision.

-Bien entendu, répondit-il calmement.

-Renvoyez-la d'ici demain alors.

-Certainement pas. »

La femme noire le dévisagea, prise de court.

« Vous refusez ? Pour quelle raison ? C'est moi qui donne les ordres ici.

-Et je suis celui qui accomplit la mission. Par conséquent, je suis le seul à pouvoir décider de qui je peux me servir. En ce qui concerne Grace, son 'historique' n'a aucune importance. J'étais son dernier AG, je sais ce que je fais. »

Hightower plissa les yeux.

« Apparemment, vous ne me comprenez pas. Je ne peux pas faire confiance –et ne ferait pas confiance- à quelqu'un dont je ne peux lire l'historique.

-Donc vous ne pouvez pas me faire confiance –et ne me ferez pas confiance. »

La lueur dans ses yeux suffit à l'Archange. Il savait qu'elle n'avait pas accès à son dossier et se jouait d'elle à présent. Une fois lancé sur une mission, un Ange Gardien ne pouvait être retiré à moins de partir de lui-même, ou en cas de force majeure. Puisqu'elle lui avait donné l'autorisation de se faire aider par Grace, elle n'avait techniquement aucun droit de revenir sur sa parole. Jane sourit intérieurement. Ce n'était pas parce qu'il ne suivait pas les règles qu'il ne les connaissait pas. Avant qu'elle ne puisse répliquer quoique ce soit, il ajouta :

« Ecoutez Archange, je ne suis pas d'humeur pour me disputer sur ces broutilles. J'ai à peine commencé ma mission, et vous êtes déjà sur mon dos. Je sais que vous êtes inquiète pour Lisbon, mais laissez-moi déjà m'incruster dans sa vie. Vous voulez qu'elle survive. Vous avez fait appel à moi. Accommodez-vous de mes méthodes. »

Hightower serra les lèvres, agacée.

« J'ai vu la façon dont vous vous comportez avec votre charge.

-Mes méthodes. Accommodez-vous, répéta-t-il fermement.

-Je vais ignorer votre impertinence pour cette fois, ajouta-t-elle, fatiguée par son comportement et sachant qu'il ne changerait pas d'avis. Mais ne laissez pas cette fille vous embobiner, Agent Jane. Elle est votre charge vous devrez la quitter un jour.

-Je suis au courant, siffla-t-il. A présent laissez-moi faire mon travail. »

L'archange s'évapora dans un nuage de vapeur, visiblement déçue par la tournure des évènements. Jane ferma les yeux et s'adossa au mur à nouveau. Le souvenir d'une grande femme svelte, en pleurs, lui martelant faiblement la poitrine lui revint en mémoire. L'image s'effaça, remplacée par celle de Teresa, les yeux plein de larmes, qui tentait désespérément de les retenir.

Vous devrez la quitter un jour.

Angela. Angela se débattait aussi, et même lorsqu'il lui avait tendu la main, elle avait tenté de le chasser. A chaque fois qu''il croisait quelqu'un comme elle…

Je suis au courant.

A présent, Jane se demandait s'il aurait la force de suivre ses engagements.

-AG-

Teresa s'arrêta dans l'encadrement de la porte du salon. Les garçons ne seraient pas rentrés avant un bout de temps, et son père dormait profondément sur le canapé. La jeune femme s'appuya contre le mur et croisa les bras. Comment les choses avaient-t-elles pu se dégénérer à ce point ? Peter Lisbon ne s'était jamais fâché facilement, même après la mort de leur mère. Il restait silencieux, replié sur lui-même. Et un soir, il était rentré complètement ivre, et là…

La jeune femme secoua la tête et prit son sac. Elle avait besoin de sortir, prendre l'air, profiter des quelques instants de solitude qui s'offraient à elle. Ses pas la menèrent au jardin d'enfants où Jane et elle avaient eu leur première véritable conversation. Elle se posa sur un banc et regarda les enfants jouer. Ses pensées vagabondèrent quelques instants avant de se focaliser autour d'un certain homme blond au sourire ravageur. Teresa sentit les recoins de sa bouche se lever. Elle n'arrivait plus à le chasser de sa tête ces derniers temps. L'homme avait attiré son attention, et malgré tous ses efforts pour l'ignorer, elle ne cessait de penser à lui. Peut-être dans une autre vie, sans John, elle se serait permise de flirter avec lui, juste pour s'amuser. Rien ne se passerait entre eux, bien entendu, mais…

« Je peux me poser ? »

Teresa leva la tête et se rendit compte que Grace se tenait là, un sac en papier dans la main droite et son sac de classe sur l'épaule. Un coup d'œil rapide aux alentours l'informa qu'aucun autre banc n'était libre, et que la rouquine n'avait absolument pas envie de tenir compagnie au petit vieux qui bavait sur son journal, ou la mère de famille qui avait envie de vider son sac au premier venu. La jeune femme se résigna et s'écarta pour lui laisser de la place.

« C'est libre. »

Le soulagement sur le visage de Grace fut évident, et elle s'assit immédiatement, posant le sac à dos au sol. Celui de papier prit place sur ses genoux, et Teresa remarqua le logo rouge et doré.

« Ah, tu es allée au 'Parisien' ? demanda-t-elle en souriant légèrement. J'ai travaillé là-bas un certain temps…il paraît que le propriétaire a travaillé pour un grand chef français quelques années. »

Grace hocha la tête et retira un gros muffin. D'après l'amas de sucre sur ses lèvres, la rouquine n'était pas à son premier gâteau, pensa Teresa avec amusement en voyant ledit disparaître en quelques minutes.

« Désolée pour les manières, fit la rouquine en se léchant les doigts. Mais c'est trop bon. T'en veux un ? ajouta-t-elle en lui offrant le sac. La petite brune hésita avant de piquer un brownie.

-Merci.

-Pas de problème. Maintenant, faut que je cache ça si je veux en garder quelques uns pour mon oncle, dit Grace en le fourrant sans pitié dans son sac à dos, et en sortit quelques magazines de mode. J'te jure, il va faire une attaque en voyant que j'ai pris des trucs à la menthe, il a horreur de ça. Mais bon, les cookies au chocolat devraient le calmer. »

Teresa ne put s'empêcher de rire.

« Il aime le chocolat ?

-Yeps, fit la rouquine en souriant à son tour. Ne le laisse jamais seul avec un paquet de cookies au chocolat. Il ne resterait que des miettes. Enfin, je ne suis pas mieux, continua Grace avec un sourire malicieux. J'ai un faible pour les oursons en guimauve. Donne-moi un sac et je te suis jusqu'au bout du monde. T'aimes les gâteaux toi ? »

La petite brune retint un ricanement. Qui aurait pu deviner que Grace était du genre rentre-dedans ?

« J'ai un faible pour la cannelle. »

L'expression de Van Pelt devint plus amère, comme si elle se remémorait quelque chose de déplaisant.

« Pas ma saveur préférée, mais je connaissais un gamin qui en était dingue. Elle inspira profondément avant de changer de sujet : Je ne pensais pas que Mr Jane serait un tel sadique. Presque la moitié de la classe n'a pas rendu sa dissert. »

Teresa n'avait pas manqué le quelque chose venu troubler le regard de Grace lorsqu'elle avait mentionné un 'gamin', mais n'en dit rien. Elle se contenta de hocher la tête, approuvant les paroles de sa camarade :

« Certains ne vont pas être contents pour sûr. Mais Mr Jane n'a pas l'air du genre à se laisser intimider par ses élèves ou prendre quatre chemins… »

La jeune femme s'interrompit en réalisant ce qu'elle faisait. Elle était assise sur un banc avec une fille qu'elle connaissait à peine, en train de papoter avec elle et…et elle y prenait plaisir. Le sentiment se dissipa aussitôt et elle ne put s'empêcher de demander :

« Tu n'as pas entendu ce que les autres disent de moi ? »

La rouquine hocha la tête et tourna une page de son magazine.

« Rassure-toi, j'ai eu droit à un exposé détaillé sur les exploits de ton petit copain. »

Teresa grimaça au ton nonchalant qu'elle venait d'employer. Cette fille n'avait-elle aucune idée de ce qu'elle risquait rien qu'en lui parlant aimablement ?

« Dans ce cas, qu'est-ce que tu fais encore là ? »

Grace lui jeta un coup d'œil avant de se concentrer sur sa lecture.

« Je te l'ai dit, j'ai vu pire. Les gens comme toi ont tendance à trop se replier. J'ai pensé qu'avoir une amie pourrait t'aider. »

Teresa soupira et se pencha en avant, posa ses coudes sur ses genoux et ferma les yeux. Elle n'avait pas envie de protester. Elle était fatiguée de sa journée et ne voulait rien d'autre que profiter de son temps libre avant de retourner dans sa famille. Apparemment, certaines personnes avaient d'autres projets en tête.

« Alors quoi qu'il arrive, tu vas me coller au train ?

-Je crois que c'est ce que j'ai dit. »

La petite brune la dévisagea à nouveau et continua :

« Tu sais que John risque de te faire la peau s'il l'apprend.

-Je peux me défendre » répliqua la rouquine calmement.

A ces mots, Teresa ne put s'empêcher de ricaner. Grace se tourna vers elle et lui lança très sérieusement :

« Ne rigole pas ! Je pourrais être une délinquante bien connue des services de police.

-Sérieusement, je te vois mal en délinquante Grace. Tu n'as pas le profile.

-Tu ne me connais pas Teresa, répondit froidement la rouquine. Et je ne te connais pas non plus, mais je voudrais changer ça. Alors on peut y aller tranquille ou non. Sois tu me laisses entrer dans ta vie, sois je te peste jusqu'à temps que tu me laisses entrer. »

La petite brune éclata de rire. Entre Jane qui l'intriguait et Grace qui la menaçait pour être son amie, elle se demandait si sa semaine pouvait devenir encore plus bizarre. Un jour, elle se morfondait et priait pour se sortir de ce pétrin, le suivant deux gugusses forçaient ses défenses.

« Tu parles toujours comme ça quand tu veux te faire des amis ? demanda Teresa, et Grace gloussa, amusée.

-Je n'ai pas d'amis. Les seuls qui s'y risquent s'enfuient aussitôt. Ca n'en a peut-être pas l'air pour toi, mais je suis très difficile.

-Ah vraiment ? répliqua Teresa d'un air septique.

-J'ai pensé qu'on pouvait se fréquenter. T'es plutôt solitaire et au final je vais finir par me retrouver seule. Autant se tenir compagnie. »

La petite brune se rassit confortablement sur le banc.

« Je me suis posée ici pour être tranquille.

-Fais comme si je n'étais pas là. Je serais muette comme une carpe. »

Le portable de Grace sonna.

« Ca commence bien » se moqua Teresa, amusé.

La rouquine grogna quelque chose en lisant le texto reçu.

« Je dois y aller. C'est mon patron.

-Ton patron ?

-Mme Frye. Je garde ses gosses. »

Teresa grimaça.

« J'ai entendu dire que ce n'étaient pas des anges.

-Dis plutôt des monstres. T'aurais pas un truc pour calmer des petits sauvages ? Je crois que j'ai tout essayé.

-Hum…des histoires qui font peur ? proposa la petite brune. Mes frères en raffolaient quand ils étaient jeunes. »

La rouquine réfléchit une seconde, puis hocha la tête.

« Ca coûte rien d'essayer. Merci du conseil. »

Grace s'en alla, laissant Teresa se détendre sur le banc. Même si la conversation avait été courte, Lisbon avait apprécié ce moment. Discuter sans contrainte à quelqu'un de son âge…Elle se distançait toujours des autres, se rappelant à chaque fois que la 'sentence' de son pseudo-petit ami pesait sur leur tête. Curieusement, elle n'avait pas eu ce sentiment avec Grace. Elle ne pouvait pas l'expliquer, mais cette fille l'intriguait, un peu comme Jane sauf qu'elle n'avait pas de sentiments pour la rouquine bien entendu. Jane et elle…partageaient quelque chose. Peut-être était-ce leurs manières brusques, la façon dont ils s'incrustaient dans sa vie.

Un véritable sourire naquit sur ses lèvres. Peut-être, pour une fois, elle pouvait se permettre de croire en ce qu'elle ressentait. Que peut-être, juste peut-être, la roue allait enfin tourner.


A mardi prochain :D !

(En parlant de pâtisserie, je crois qu'il me reste un cookie dans le placard…xD)