Chapitre n°10 : Je l'aime…
P.O.V. (narrateur) :
Des croissants, des pains au chocolat, des éclairs, des religieuses, des tartes de tous les parfums, des chouquettes, des gaufres, des macarons, des cookies, des choux à la crème, des forêts noires, des muffins, des cupcakes, des gâteaux, des crêpes… Interminablement sur l'étalage, on pouvait dévorer des yeux des centaines de pâtisseries plus succulentes les une que les autres. De toutes les couleurs, elles se battaient de l'autre côté de la vitrine pour vous faire fondre, duel acharnée qui se solderait par un choix critique.
Les yeux remplis d'étoiles dans ce paradis gustatif qui criaient ostensiblement « Pâtisserie françaises ! », les écoliers de Teitan étaient déjà en train de débattre au sujet de la meilleure pâtisserie. Bien sur, les avis divergeaient. Certains étaient pour l'éclair, d'autre la tarte au citron, un autre sur les crêpes, ou bien sur les macarons. Mais au final ils étaient tous d'accord pour dire qu'ici, toutes valaient détours.
« Vous désirez ? »
Une jolie petite pâtissière fit son entrée, un reste de farine sur la joue. Avec ses traits occidentaux, ses tâches de rousseurs et ses cheveux roux flamboyants, elle semblait sortir d'un conte de fée, où évidemment elle serait la princesse rebelle. (NdlR : Oui je sais, j'ai repris le physique de Mérida dans le film Rebelle de Disney.) Elle affichait un sourire si chaleureux, que les soucis des détectives boys semblaient s'être envolés. Bondissant dans sa direction, ils commandèrent monts et merveilles. Et quand ce fût l'heure de payer, ils se tournèrent tout trois vers le détective, qui se rappelant sa raison de leur visite, s'avoua vaincus et paya.
Il voulait les voir sourire. Les voir rire de bonheur. À cause de lui, ils avaient dut voir bien trop de choses, des choses que l'on ne devrait pas connaitre à l'âge où la beauté naïve du monde et de noël est toujours en ébullition dans votre esprit. S'il gâchait à nouveau l'enfance de ces petits lutins, il s'en voudrait éternellement. Il ne pourrait plus, ne serait-ce que pour une seconde, oublier qu'il aurait détruit, briser, l'imaginaire univers de gentillesse que l'on s'imaginait à l'enfance.
Courant vers la table du fond charger de leurs trésors, les gamins emplissaient bruyamment l'échoppe de leur hilarité. Kudo s'excusa auprès de la vendeuse, qui le réprima en lui disant qu'une boutique comme la sienne n'était vraiment vivante qu'avec ce genre de bruit. Elle afficha à nouveau un sourire si gracieux, et leur demanda leur commande. Ils furent plus modeste que les bambins : Haibara demanda un éclair au café, Aoko un assortiment de macarons, Kaito s'écria qu'il désirait un paris-brest et Shinichi se contenta d'un croissant au beurre.
Quand la totalité fut payée –les gâteaux des jeunes détectives compris– ils s'assirent à la table qui débordait de pâtisseries. Tandis que les écoliers mangeaient et discutaient entre eux, Kaito engagea la conversation avec la fille de l'inspecteur désireux d'en connaitre plus sur son passé. Ils riaient et s'amusaient tous. Tous ? Non, pas vraiment. Ne disons pas qu'il est triste, ni qu'il est malheureux, mais, il s'ennui. Il aurait désiré ne pas venir ici. Ce lieu lui rappelait trop de chose, de souvenirs. Des souvenirs qu'il continuait d'écrire et de lire en maculant sa feuille d'encre de rancœur.
Il lui arrivait de désirer oublier, oublier pour ne plus avoir mal, pour ne plus souffrir. Mais, s'il éclipsait ces souvenirs, il avait peur de perdre le peu de logique qui lui restait, il avait peur de devenir quelqu'un d'autre. Il avait peur de lui-même en somme. L'idée même de devenir un monstre l'effrayait. Alors, doucement, il ferma les yeux, et repartis dans ses ténèbres personnels, pour tenter de vaincre la peur qui le nouait, qui le tuait, qui l'aimait…
Kaito de son côté, avait une discussion passionné avec Aoko, qui lui parlait de tout leurs souvenirs communs. Souvenirs qu'il avait malheureusement perdus. Alors, en dépit, il essayait de recréer ces souvenirs. Quant-elle décrivait le lieu, il se l'imaginait, quant-elle parlait des situations, il se mettait à Sa place. C'était frustrant, de ne pas pouvoir en rire à présent. C'était désagréable, de se voir raconter sa propre existence par quelqu'un d'autre. C'était exaspérant, d'être inefficace contre le sort. C'était pourtant réel et bien présent. C'était sa vie, désormais.
Elle lui parlait de la fois devant la tour de l'horloge, où ils s'étaient rencontrés. Elle piaillait sur la rose qu'il avait sortit, sur la classe qu'il avait à l'époque, sur le fait qu'ils devraient y retourné, car il pourrait peut-être retrouver des éléments de sa vie. Il opina du chef, heureux de pouvoir à nouveau être ami avec elle, même s'il lui semblait qu'ils avaient été plus proches auparavant. Il avait la désagréable impression que quelque chose se plaçait, se coulait entre eux. Il ne savait quoi, mais ça ne semblait pas mauvais, plutôt bienveillant.
« Kaito ? »
Il sursauta, pris au dépourvut. Devant lui, la lycéenne le considérait. Il s'était perdus dans ses pensés, et se dépêcha de s'excuser. Elle soupira, agacée d'être ignorée. Son visage pris une jolie teinte rouge tandis qu'elle cherchait ses mots, incapable de formuler une phrase cohérente. Ses lèvres s'ouvraient et se fermaient, essayant de découvrir les mots qu'il fallait prononcer. Finalement, elle se jeta à l'eau :
« Kaito, qu'est-ce que tu penses de Kudo ? » Murmura-t-elle, gêner.
« Ce que j'en pense ? » Il ne comprenait pas de quoi elle voulait parler.
« Qu'est-ce tu ressens pour lui ? »
Elle baissa la tête, tétanisée par la réponse qu'il lui fournirait. Elle s'amusait avec un fil qui s'échappait de son écharpe rouge vermillon, le triturant de peur de relever son visage et tomber nez-à-nez avec le magicien. Pourtant, celui-ci savait parfaitement ce qu'il ressentait pour le détective. Mais, quelque chose le retenait, comme si c'était un moment capital de sa vie, un tournant. Il prit une grande inspiration, sachant qu'il ne mentirait pas à la brune, et se pencha à son oreille.
Dans un souffle, il lui murmura sa réponse, presque inaudible. Elle écarquilla les yeux un bref instant, mais expirer à nouveau. Elle aussi connaissait la réponse d'avance. Elle avait gardé cet infime espoir dans le creux de son cœur, mais par ces mots, il venait d'être pulvérisé. Des diamants roulèrent sur ses joues, sa tête baissé trembla, ses doigts se figèrent sur son écharpe, et doucement, elle releva vers Kaito un visage emplit de haine.
Ses yeux embués de larmes et rouges lui jetèrent des éclairs. C'était de sa faute, s'il n'arrivait plus à se souvenir. La lycéenne ne voulait pas, non, elle ne voulait pas qu'il lui réponde ça ! Il l'avait oublié, et il croyait qu'elle allait le laissé partir pour le premier hurluberlu du coin. Ça n'allait pas se passer comme ça ! Elle allait faire en sorte qu'il revienne à elle. Et ce quelque soit le prix à payer ! (NdlR : Très possessif la p'tite Aoko.)
Elle se leva d'un coup, faisant tressauter le Sherlock Holmes des années 2000. Elle se dirigea à grands pas vers la sortie, et en attrapant la poignée, elle lança un dernier regard à l'intention de Kudo. Un regard qui semblait dire : « Je ne perdrais pas ! ».
Le voisin du professeur resta là, incapable de bouger. À la vue de Nakamori, il avait frissonné. Il y avait eu tant de haine dans son regard. Il en était sur, s'il l'avait fallut, elle l'aurait égorgé sur place. Tous ses sens était en alertes, apeuré il coula un regard en biais à l'amnésique qui lui aussi, observait la porte, ébahie.
« Je l'aime... » Lui avait-il dit…
La nuit commençait à tomber sur la capitale du pays du soleil levant. Dans les hauteurs des gratte-ciels interminables, une petite forme sombre battait des ailes en tentant de garder sa vitesse initiale. Sous ses petites pattes crochues s'étendait la ville aux immeubles illuminés. Malheur à celui qui chercherait un coin d'ombre dans ce dédale de néons colorés.
Elle continua son périple en contournant les édifices et les cotons d'eau tout en cherchant de ses deux billes violettes son but. Scrutant intensément la marée d'Humains qui se formait sous ses pattes, elle poussa un insignifiant cri auquel une voie sensuelle et chaude répondit. Émerveillée à l'idée d'avoir enfin trouvée sa cible, elle piqua du museau vers la rue qui se trouvait deux cents mètres plus bas, et en un furtif mouvement, vint se cachée dans les plis d'un châle aussi noir que la nuit d'encre.
La main chaude de la propriétaire se tendit, et caressa doucement la minuscule roussette qui était lové contre elle. Un chaleureux ronronnement monta de la gorge de la chauve-souris, auquel la femme répondit par un vaporeux sourire. Elle avançait elle aussi parmi les bâtiments, mais à hauteur de mortel. Sa robe de velours pourpre qui s'harmonisait parfaitement avec les courbes de son corps ne laissant aucune place possible imagination, commença à disparaître, tandis qu'elle tournait dans une exiguë ruelle ou la lumière des néons de noël parvenait encore à pénétrer.
Elle repoussa ses cheveux noirs de jais en arrière avec une de ses mains fines et délicates, et en penchant son visage de côté, regarda sa chère et tendre roussette pour lui murmurer :
« Allons chercher ma fille Lao-shu, (NdlR : Traduction de « chauve-souris » en chinois, peut-être un indice sur cette femme…) nous devons avoir une discussion à propos de ces deux charmants jeunes hommes, tu ne crois pas ? »
La petite boule de fourrure rousse laissa s'échapper prestement un cri inaudible pour le commun des mortels, tandis qu'elles disparaissaient dans la pénombre ambiante de la ruelle, où il ne resta bientôt plus aucun signe du passage des inconnus. Dehors, la pluie tombait toujours à verse, noyant dans ses larmes la disparition et les lumières colorées.
Coulant comme les larmes qu'elle essayait de cacher, la pluie s'abattait avec violence sur la ville. Elle courait, refusant de céder à la tentation de se retourner pour aller embrassé l'imbécile qu'elle venait de planté. Pourquoi avait-il fallut qu'elle s'emporte ? Elle ne voulait pas le blesser, et si l'autre comptait tant à ses yeux, elle se devait de l'aider. C'est ce que ferais une amie, non ?
Mais voilà, elle, elle n'était pas vraiment une amie, puisque au fond de son cœur, ce n'était pas de l'amitié qu'elle avait à son égard, mais bel et bien de l'amour. Alors, comment devait-elle faire pour reprendre le cours de sa vie comme si de rien n'était ? Comment, après ces mots, pouvait-elle faire autre chose que de se battre jusqu'au bout pour l'avoir avec lui ? Comment, après tout ce qu'ils avaient vécus, pouvait-elle ignorer ces sentiments violents qui sommeillaient dans son cœur ?
« Je l'aime… »
Il avait brisée, par ces simples mots, toute son existence. Tout ce qu'elle n'avait jamais espéré venait de s'envoler, comme emporté par une brise. Ou plutôt une tempête. Et d'ailleurs, n'étaient-ils donc pas deux hommes ? Comment cela pourrait-il fonctionner entre eux ? Comment pourraient-ils vivre ensemble avec quelqu'un du même sexe qu'eux ? C'était écœurant. Elle ne comprenait pas l'attrait que lui pouvait avoir pour les hommes. Comment un homme pouvait-il en aimer un autre ?
Elle s'arrêta soudain, et leva son visage inondé de larmes vers le ciel. À quoi pensait-elle bon sang !? Comment pouvait-elle penser ainsi ? Il n'y avait rien qui interdisait à deux hommes –ou deux femmes– de s'aimer. Elle était idiote de penser ainsi. Son ami risquait de souffrir par sa faute. Elle l'avait peut-être déjà blessé ? Comment ferait-elle si c'était le cas ? Elle doutait d'elle. Elle doutait de ses sentiments. Elle doutait de tout.
Le cœur à ses raisons que la raison n'a pas.
C'était une phrase anodine pour la plupart des personnes, un moyen de se défiler quand on vous demandait pourquoi vous l'aimiez. Mais aujourd'hui, pour elle, il s'agissait réellement d'une institution. Elle, qui durant des années c'était évertuée à trouver toute les raisons possibles et inimaginables d'aimer, tout avait été remis en question. Ses convictions les plus intimes, ses désirs, cette manière de penser bien à elle. Tout était bancal, comme une pile de feuilles qui risquait de s'envoler au moindre coup de vent.
Elle se demandait réellement si, au fond, aimer sans raisons apparentes était possible. Elle aurait aimé que l'étincelle qui lui hurlait que ce n'était que des foutaises soit plus vives, plus présente. Son cœur volait en éclat. Depuis toujours, elle aimait cet imbécile de magicien à la noix. Elle l'adorait parce qu'il était beau. Elle l'admirait pour sa détermination. Elle l'observait pour sa prestance. Elle le protégeait pour son insouciance. Elle le chérissait pour son sens de la justice. Elle l'aimait pour lui, défauts et qualités comprissent.
Rien n'est éternel…
Peut-être. Elle l'aurait aimée que cet amour inconsidéré qu'il portait pour l'autre ne soit qu'un passage idiot de sa vie. Que ce ne soit qu'une amourette de noël. Mais quant-il lui avait murmuré qu'il l'aimait, sa voix était remplis de conviction, qu'elle aurait désirée ébranler. Ses jambes la démangeaient. Elle se remit à courir, tentant par la même occasion de retenir ses larmes. Pourquoi ? Pourquoi tombait-il amoureux de ce lycéen qu'il ne connaissait que depuis un mois ? Pourquoi l'avait-il oublié elle, celle qui depuis leur rencontre sous l'horloge ne l'avait jamais abandonnée ?
Elle hurla de désespoir, avant de s'affaisser contre un mur. Dans ce tumulte de questions et de doutes, elle n'avait pas remarqué qu'elle c'était arrêté au pied de ladite horloge. La place était vide s'étonna-t-elle. Dire qu'il y avait à peine trois mois, cet endroit était remplis de badauds désireux de découvrir le magicien du clair de lune en pleine action. (NdlR : Chapitre n°23 de Magic Kaito.) Ce brigand insaisissable, lui qui lui avait volé son père. Et maintenant, c'était ce détective qui lui volait son ami d'enfance. Tout ceux auquel elle tenait s'envolait, disparaissait pour un autre. Était-elle si inutile ?
« Aoko… »
Elle fit volte-face en un mouvement de stupéfaction. À quelques mètres d'elle, il était là, trempé de la tête aux pieds. Il avait l'air si misérable. Son regard était empreint de tristesse, et son visage n'arrangeait rien. Des mèches de sa chevelure brune se collaient à sa figure. Ils restèrent ainsi. Combien de temps ? Ils ne sauraient le dire. Chacun tentait de comprendre dans l'expression de l'autre ce qui n'allait pas. Elle, agenouillé contre un mur et en larme. Lui, pitoyable et malheureux sur ses jambes.
Elle détourna d'un coup le regard, fuyant celui de son ami. Comment osait-elle encore le regarder après ce qu'elle avait fait ? Elle en était sur, dans un instant, il allait l'injurier. Elle qui n'arrivait pas à l'accepter tel qu'il était. Qui ne cautionnait son amour. Elle était méprisable, elle le savait. Elle ne s'avisa de se tourner vers lui. Il ne disait rien pour l'instant, et elle doutait que le semblant d'esprit qui lui restait survivrait à ses cris et ses insultes.
Pourtant, il ne fit rien. Le temps s'écoula, sans un bruit. Seule la pluie continuait de se déverser inlassablement sur Tokyo. Et elle, elle attendait, sans l'ombre d'une suspicion que le brun lui hurle ses quatre vérités. C'était un échange silencieux. Un échange qui n'arrivait pas à se faire, car elle était sur d'être en tort. Elle refusait d'entendre le cri de détresse qu'il lui lançait. Lui qui ne désirait qu'une chose : ce faire pardonné. Il ne pouvait lui rendre ses sentiments, et ça le tuait. Il aimait beaucoup la brune, mais pas de la même manière qu'elle. Comme lui avec l'autre.
Soupirant d'exaspération, il fit enfin un pas. Un pas qui fit tressaillir la lycéenne. Que désirait-il ? Pourquoi s'approchait-il brusquement d'elle ? Elle resta là, sans bouger, les mains sur ses bras trempés et froids. Elle avait peur. Peut-être que finalement, il trouvait que des jurons à son égard ne serait suffisant ? Peut-être qu'il allait finalement la frapper ? Ce serait certes tout ce qu'elle méritait, mais elle avait tout de même peur de se faire frapper. Peur de finir avec un œil-au-beurre-noir ou à l'hôpital. Peur qu'il aille trop loin…
Mais étrangement, ce fut une chaleur réconfortante qui se posa sur ses épaules. Elle releva ses deux orbes bleus vers lui. Il souriait. Un sourire complaisant. Un sourire qui se voulait rassurant. Un sourire… Un sourire… Il était là, face à elle. Il venait de poser sur ses frêles épaules son manteau si chaud. Il était ainsi, en train de lui sourire. À elle ! Il lui souriait, elle qui l'avait méprisé, elle qui aurait put, sous le coup de sa rage le calomnier de mille façons. Alors, pourquoi ? Pourquoi était-il si attentionné à son égard ?
« Tu dois être gelée. Rentrons. »
Il l'avait murmurée, d'une voix si douce. Une voix si réconfortante. Cependant, elle restait à terre, refusant de se lever. Tout lui échappait. Elle ne comprenait pas. Tout s'embrouillait dans son esprit, formant une masse noir et compact où rien n'était décelable. Elle voulait lui brailler de la traiter, de l'injurier, de la calomnier, de la battre. Cela lui aurait parut plus normal que ce sourire si bon. Des perles nacrées se formèrent à nouveau au creux de ses yeux, et son corps tressautait. Elle rebaissa à nouveau son visage, et d'une voix frileuse et minable, elle souffla :
« Pardon… Pardon Kaito… »
« Pourquoi donc t'excuses-tu ? »
Elle releva subitement le visage. Pourquoi s'excusait-elle ? Mais pour tout ce qu'elle avait fait bon dieu ! Ne se rendait-il donc pas compte de ce qu'elle avait fait ? Était-il si stupide ? Ou juste idéaliste ? Elle refusait qu'il passe simplement l'éponge, ni vus ni connus sur ses actions. Elle refusait que cet abruti agisse ainsi, comme si elle était son amie, et rien de plus. Elle désirait que tout soit mit enfin au clair entre eux.
« Parce que je t'ai fait du mal… Je t'en voulais de l'aimer lui et non moi ! Je l'ai méprisé alors qu'il n'y est pour rien ! Je n'arrive pas à accepter le fait que tu puisses aimer un homme ! Je… je… je… »
Les mots se coinçaient dans sa gorge, refusant de sortir. Elle se trouvait si lamentable en cet instant. Elle aurait aimée pouvoir dire oui à tout. Son cœur refusait. Il refusait d'abandonner ce jeune homme si charmeur qu'elle aimait. Il refusait cette abomination de l'homosexualité. Il refusait tout. Mais rien n'y changerait rien. Elle désirait avant tout être auprès de lui, et elle savait qu'il lui faudrait accepter les choix du magicien.
Deux bras l'enlacèrent, la serrant contre un torse humide mais ardent. Elle resta un moment sans bouger, surprise par ce contact si particulier, mais si agréable. Elle passa à son tour ses bras dans le dos du jeune homme, et se serra contre lui, son visage enfouie remplit de larmes. Comment pouvait-il être si conciliant et délicat à son égard, elle qui l'avait dédaigné ? Il n'était plus un simple adolescent, c'était un adulte qui sous ses airs de gamins insouciant tentait de comprendre la vie et de prendre le meilleurs choix. Il était mature, bien plus mature qu'elle ou que n'importe qui d'autre pour son âge.
« Tu n'as pas à t'excuser… Je t'assure que j'aurais fait exactement la même chose si Shin-san m'avait dit qu'il aimait quelqu'un d'autre… »
« Même si je sais qu'il aime déjà quelqu'un d'autre… » Pensa-t-il amèrement pour lui-même.
Elle se décolla de son corps si captivant, et leva vers lui un regard qui semblait lui dire « Vraiment ? ». Il ria un instant face à cette frimousse adorable, et baissa ses billes azurent vers elle. Déposant sur son front un léger baiser, il lui murmura un « Vraiment… » tant élégant qu'elle en rougit. Il était décidément séduisant. Sans un mot, ils se relevèrent sous les pleurs du ciel gris. Ce regardant tout deux droits dans les yeux, ils se sourire mutuellement.
Soudain, un carillon palpitant se fit entendre. Ils redressèrent leur tête vers le cadran qui les surplombait. Désormais, il s'en souvenait, il revoyait ce moment où il avait remarqué la gamine au pied de la tour, de sa mine si attristé. Il s'était approché d'elle, captivé par son expression. Sa petite robe rose et sa dentelle était tellement mignonne. Il lui avait demandé pourquoi elle patientait là, et d'une voix noué par la tristesse, elle lui avait dit :
« Mon père devait venir me chercher ici. Peut-être qu'il doit de nouveau travailler tard… »
Son air si innocent et mignon, cette amertume dans sa voix, il n'avait pas résisté. Il avait fait apparaitre une rose d'un rouge éclatant dans sa main dans un nuage de fumés rosés, un sourire d'un kilomètre de long sur son visage. Elle l'avait regardé avec émerveillement, et sur de lui, il avait clamé :
« Kaito Kuroba, enchanté ! »
Il sourit, enfin, il arrivait à se souvenir de quelque chose. Et même si c'était un souvenir vraiment court, il était heureux. Pouvoir ainsi se rappeler d'elle, de leur rencontre, c'était revigorant. Lui qui avait eu si peur de ne pas arriver à retrouver ses souvenirs, il pouvait désormais le passer en boucle, rire de ce moment de gaminerie dont il avait fais preuve sous cette horloge, dix ans auparavant. Comment savait-il que cela c'étais passé il y avait dix longues années ? Il n'en savait rien, et il s'en contrefichait. Seul le goût indélébile de la nostalgie lui restait en bouche.
Un sourire de béatitude sur le visage, il ferma ses yeux, laissant défiler l'unique souvenir heureux qu'il lui restait. Mais, pendant que son esprit vagabondait dans cet instant d'enfance, de charme et de simplicité, deux bras entourèrent son coup et soudain…
P.O.V. (Shinichi) :
La pluie tombait en rafale dehors, alors que mon regard continuait de fixer la porte rouge bordeaux de la pâtisserie. Cela faisait une dizaine de minutes déjà que la fille de l'inspecteur étais partis et que ma marmotte s'en étais allée la rejoindre. En face de moi, sur la banquette toute aussi colorée que la porte, l'idole des Détectives Boys et la fillette-au-regard-mauvais-qui-baille-sans-arrêt discutaient de tout et de rien. Cela m'étonnait toujours qu'elle est désirée rester Aï Haibara la petite écolière, mais je comprenais son choix.
Elle n'avait jamais réellement eu de vie. La sienne c'étais résumée à sa sœur et à l'organisation. Malheureusement pour elle, ces deux choses n'existait plus, enterré, enfermé ou bruler. Elle avait découvert cependant d'une manière si étrange, ce qu'étais les joies de l'enfance, et je sens toujours au fond elle qu'elle n'est qu'une enfant qui dut se dépêcher de grandir. Après tout, tuer des Hommes n'est pas quelque chose que l'ont fait de bonté de cœur, surtout en étant un bambin.
Je souris, bienveillant à son égard. Après tout, nous partageons un secret inavouable –que je me suis empresse de crier à bon nombre de mes fidèles amis : Heiji, Ran, Agasa… Je soupire de frustration devant ma stupidité. À ma droite se trouve les deux garçons du club : Genta Kojima et Mitsuhiko Tsuburaya. Se chamaillant à voix basse, je vois leurs joues prendre de jolies teintes vermeilles tandis qu'ils lancent de petits regards en coin vers les demoiselles. Je vous jure…
Dire qu'il y avait à peine deux mois, j'étais au milieu d'eux, à rire de leurs naïveté et de leur gentillesse. Au fond, j'ai envie parfois de retourné avec eu, pouvoir en un instant me transporter dans mon corps haut comme trois pommes, et de recommencer à mener des enquêtes inutiles sur des fantômes inexistants… Serais-je si nostalgique ? Sans doute. Après tout, comme l'ex-membre des Hommes En Noirs, je fais partit des Détectives Boys, et j'ai put retrouver cette âme de gamin attardé à leurs côtés.
« Shinichi-nii !? » Me hurla Ayumi dans les oreilles en se retournant brusquement.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Fis-je une fois ma stupeur passé.
« Comme t'es un grand détective, tu veux venir résoudre cette énigme avec nous ? » Dit-elle en me tendant un morceau de papier où d'étranges hiragana étais inscrit.
Je fus un instant estomaqué, mais bien vite, je souris et me penchait sur la feuille, murmurant un léger « Bien sur. » A nouveau, je résolvais une énigme tordue avec eux. Cesserais-je d'être un gamin un jour ?
