NAUSICAA
Le crépuscule se profila à l'horizon. Le ciel se teinta d'un arc-en-ciel de couleurs vives. Nausicaa n'eut cependant pas le loisir d'admirer ce paysage pittoresque.
Elle était trop occupée à courir afin d'éviter de finir en pâtée pour wargs.
La jeune femme sentait la présence du grand orque pâle dans son dos. Un cauchemar de son enfance qui la faisait frissonner le soir venu, lorsque Thengel lui racontait l'histoire des nains d'Erebor.
Un cauchemar devenu réalité !
"Nausi !"
Kili lui lança l'arc, puis le carquois, trouvé dans la caverne des Trolls des Montagnes. La princesse rohirrim les attrapa avec habilité.
"Je me suis dit que ça pourrait vous être utile, au cas où nous devions nous battre contre une troupe de wargs."
"Merci, beau brun !, répondit-elle avec un clin d'œil."
Le nain s'empourpra subitement Malgré la situation alarmante dans laquelle la compagnie se trouvait, cela amusa énormément la jeune femme.
Celle-ci avisa la horde d'orques déchaînée qui se rapprochait dangereusement. Elle arracha les silex gobelins pendus à sa ceinture et les lança à Kili.
"Ce sont des petits couteaux qui ne payent pas de mine, mais qui sont plutôt efficaces."
Le nain planta le poignard aiguisé dans l'œil de l'orque qui se ruait sur lui. La créature bascula en arrière et, d'un coup de hache bien placé, Kili faucha les pattes de sa monture.
"Il semblerait ! J'en veux dix comme ça !"
"Nausicaa, Kili, la situation ne prête pas à rire, grogna Thorin en décapitant un orque."
La jeune femme lui jeta un regard surpris mais ne s'appesantit pas sur ce comportement. Son ennemi mortel surgissait des enfers où il était censé pourrir pour l'éternité. Normal que le roi des nains soit quel que peu perturbé.
La compagnie dévalait la montagne, poursuivie sans relâche par les sbires d'Azog le profanteur. Nausicaa se retourna, alertée par son sixième sens, avant de se plaquer au sol. Ses réflexes lui permirent sans aucun doute de garder la tête sur les épaules. La bête bondit par-dessus la jeune femme, qui la transforma en passoire grâce à l'arc elfique.
Nausicaa se releva avec difficulté, en soufflant comme un bœuf. Elle reprit sa course en boitillant. La blessure soignée par Arwen la faisait souffrir et son atterrissage forcé dans les cailloux n'avait rien arrangé.
"Dépêchez-vous !, hurla Gandalf."
Les nains se battaient furieusement contres les orques et les wargs qui s'approchaient d'eux. Nausicaa se s'aperçut pas que des éclaboussures de sang avaient teinté sa chemise de rouge carmin. Elle était trop occupée à cribler de flèches ses poursuivants.
Flèches qui commençaient à manquer.
Bientôt, sa main ne rencontra que le néant. Son carquois était vide.
"Merde, merde, merde !"
Comme si cela ne suffisait pas, elle se rendit compte que leur course les avait menés à l'extrémité d'une corniche.
Ils étaient faits comme des rats !
Les wargs arrivent ! Que fait-on ?, s'entendit-elle hurler.
"Montez aux arbres !"
La jeune femme ne se fit pas prier et entreprit d'escalader le tronc noueux d'un vieux pin. Un regard en arrière, lui apprit que Bilbo essayait désespérément d'ôter son épée du cadavre d'un warg.
"Bilbo ! Par le sang d'Eorl, que faites-vous ?"
Le semi-homme parvint enfin à récupérer Dard. Il était dangereusement talonné par la horde d'orques assoiffée de sang de hobbit. Nausicaa l'encourageait tout en effectuant une acrobatique désescalade. Lorsque Bilbo arriva à la hauteur du pin, elle le hissa par le col, déchirant en partie sa veste. Les mâchoires d'un horrible loup, au pelage aussi sombre que la nuit, claquèrent à quelques centimètres du pied du hobbit.
"Etes-vous totalement inconscient, ou complètement idiot ?"
"Mais, je... Je voulais juste..."
"Pas un mot ! Grimpez ! Plus vite que ça !"
Poussé sans ménagement par Nausicaa, Bilbo monta dans l'arbre. Quelques secondes plus tard les wargs se jetèrent contre les pins qui vacillèrent de manière inquiétante.
"Accrochez-vous, Bilbo."
Nausicaa asséna des coups de bottes sur le museau des chiens-loups, jusqu'au moment où elle faillit perdre ses doigts de pieds. L'arbre oscilla avant de se déraciner, sous les regards horrifiés du hobbit et de la jeune femme.
"Il faut que vous sautiez, cria Bofur. Maintenant !"
"Me parle pas ! Me parle pas !"
"Il a raison, Nausicaa, il faut..."
Elle prit une profonde inspiration pour tenter de se calmer.
Ce qui ne fonctionna pas.
"J'ai le vertige ! Laissez-moi me concentrer ou mourir en paix !"
Lorsque le pin menaça de s'effondrer, Nausicaa se décida à bondir sur l'arbre voisin. Elle fut aussitôt suivit par Bilbo. Elle s'accrocha de son mieux à une branche. Celle-ci céda sous son poids et elle se retrouva suspendue dans le vide. D'une torsion de buste, elle se propulsa sur un autre pin qui se trouvait, à son grand désespoir, au bord du vide. La plupart des arbres s'étaient effondrés et la compagnie s'était rassemblée sur cet unique conifère rachitique et velléitaire.
Ils furent rapidement encerclés par les orques, montés sur leurs créatures infernales.
"Vous la sentez, l'odeur de la peur ?, grogna un orque pâle, aussi laid que... Que... Nausicaa eut beau cherché, elle ne trouva aucun point de comparaison."
Elle était cependant sûre d'une chose.
Cette abomination ne pouvait être qu'une seule et même personne.
Azog, le profanateur.
"Je sens quelque chose, mais il ne s'agit pas de la peur. Non, c'est plutôt ton odeur corporelle, aussi fétide que le derrière d'un gobelin."
"Tenez votre langue, marmonna Gandalf. Ce n'est pas le moment de le provoquer."
Nausicaa serra si fort les branches du sapin, que les aiguilles lui transpercèrent la peau. La sensation du sang chaud qui dégoulinait entre ses doigts, la tranquillisa.
"Je vais m'occuper de chacun de vous, rugit Azog."
"Ou pas, marmonna la jeune femme dans sa barbe."
L'orque reprit son affreux monologue.
"Je me souviens que votre père empestait la peur avant de mourir, Thorin fils de Thrain."
"Azog !"
Nausicaa leva les yeux au sommet du conifère et ce qu'elle vit l'inquiéta. Les traits du roi des nains se durcirent. Il était prêt à sauter sur Azog pour lui arracher sa vilaine tête. L'orque blanc hurla des ordres à ses sbires, qui se ruèrent contre le pin. L'arbre vacilla et Nausicaa crut qu'elle allait fusionner avec lui, tant elle embrassait son tronc avec force.
"Celui-là est à moi ! Tuez les autres !"
Ces paroles eurent l'effet d'un déclencheur, d'un bouchon de tonneau que l'on aurait fait sauter pour laisser échapper le flot de liquide qu'il contenait.
Le sang de la jeune femme ne fit qu'un tour dans ses veines. Elle se redressa, sans lâcher le pin, et interpella l'orque en levant le poing.
"Tu pisses dans ton froc, tellement t'as peur de nous affronter en personne ? Azog le Profanateur serait-il devenu Azog la Pucelle effrayée ? Ramène toi, je t'atte..."
"Taisez-vous donc !"
"Je vais me le faire ! Je vais me le faire !"
Un coup de bâton à l'arrière du crâne calma quelque peu les ardeurs de Nausicaa.
Pas suffisamment.
Gandalf semblait contrarié par la tournure que prenaient les événements. Quant à la jeune femme, elle se sentait envahie par un feu étrange qui lui faisait oublier sa peur et qui lui déchirait les entrailles. Ce même feu qu'elle avait ressenti dans la caverne des gobelins et qu'elle avait tenté de juguler. Cette fois-ci, elle se laissa submerger par cette étrange sensation, sans y résister. Ses pensées s'altéraient et sa capacité à réfléchir s'était considérablement réduite. Sans en avoir conscience, elle perdait la maîtrise de son corps et de son esprit. Sa capacité à analyser la situation s'altérait. Seul un instinct féroce lui hurlait que l'orque blanc était un danger et qu'elle devait l'annihiler.
Immédiatement !
"La souffrance que tu éprouveras quand je t'arracherai la langue sera sans commune mesure, femelle !"
La princesse rohirrim se dressa de toute sa hauteur et toisa Azog avec mépris.
"Elle égalera celle que tu ressentiras lorsque je trancherai ta virilité. Viens donc, pauvre petit orque stupide !"
"Que vous arrive-t-il ?, grogna Thorin. Ce n'est pas le moment de jouer les fanfaronnes."
Nausicaa ne répondit pas. Une seule idée tournait en boucle dans sa tête.
Tuer.
La meute de wargs se rapprocha de l'arbre. La jeune femme se prépara au combat, bien qu'elle ne possédât plus aucune arme.
Elle n'en avait pas besoin.
C'est ce moment que choisit Gandalf pour lancer des pommes de pin enflammées contre l'ennemi. Bientôt, la plupart des nains de la compagnie se relayèrent pour lancer les projectiles. Cela eut pour effet de faire reculer l'ennemi. Des cris de joie lui parvinrent aux oreilles. Bien qu'elle les entendit, elle ne les écouta pas.
"Ce n'était pas fini."
Nausicaa était obnubilée par les flammes qui dansaient dans la nuit. Ces flammes qui tenaient en respect la vermine, qui grouillait en dessous d'elle. Pourquoi devait-elle fuir devant ces pitoyables insectes ?
"Attention !"
Le pin sur lequel ils étaient perchés bascula en arrière. Pendant un instant, se peur du vertige reprit le dessus. Elle s'accrocha de toutes ses forces aux feuilles qu'elle pouvait agripper. La compagnie se retrouva bientôt suspendue au-dessus du vide.
La jeune femme bataillait pour s'extraire des branches dans lesquelles elle s'était empêtrée, lorsqu'elle le vit.
Un roi nain entouré de flammes, portant un bouclier de chêne.
L'histoire se répétait.
Nausicaa le suivit du regard lorsqu'il s'élança dans la nuit. Il attaqua Azog avec fureur. Orcrist brillait à la lueur de la lune et les coups d'épées résonnèrent, brisant le calme de la nuit. La jeune rohirrim réussit à s'extraire de sa prison végétale. Elle rampa sur le tronc, ignorant les cris de ses compagnons.
Au creux de son ventre, le feu était si fort, qu'elle devait l'apaiser.
Sinon, il la réduirait en cendre.
Elle se rua en avant, avec un hurlement de rage à faire pâlir Sauron, la plus grande calamité des siècles derniers. Elle traversa les flammes, sans ressentir leur chaleur. A cet instant, sa température corporelle était si élevée, qu'elle n'aurait pas été étonnée que ses vêtements puissent fondre.
"Nausicaa ! Vous n'êtes pas armée !, hurla Kili dans son dos. Revenez !"
"Des armes ? Mais, pourquoi faire ?"
Un orque blanc se dressa en face d'elle. Un sourire torve déforma le visage de la jeune femme.
Elle bondit en avant.
Pourquoi utiliser une épée ?
Elle avait des griffes pour lacérer la chair, des dents pour déchirer la peau et des poings pour fracasser les os.
Nausicaa atterrit contre l'orque. Elle esquiva des coups de fauchon en pivotant sur les hanches. Dès qu'elle en avait l'opportunité, elle assénait des atémis sans pitié ou frappait du tranchant de la main.
Son adversaire n'était pas en reste.
La jeune femme eut le souffle coupé à plusieurs reprises lorsque son poing, aussi dur que la pierre, lui percutait les côtes ou l'estomac. L'immonde créature l'accula contre un arbre.
"Meurs !, grogna-t-il, les pupilles dilatées par la soif de sang."
Elle ne répondit pas. Son regard s'était attaché au cadavre d'un warg, criblé de flèches.
Ses propres flèches.
Nausicaa se jeta sur la bête ensanglantée, arracha les morceaux de bois, et les ficha avec violence dans les yeux de l'orque. Un hurlement lui déchira les tympans. Elle profita de son avantage pour démolir les parties génitales de son ennemi, qui se plia en deux. Un tel déchaînement de haine ne lui ressemblait pas, mais elle n'en avait nullement conscience.
Elle devait éteindre le feu qui la dévorait et qui menaçait de l'engloutir.
"Non ! Non !"
La scène qui se déroulait sous ses yeux, lui arracha un cri d'horreur. Bilbo se dressait devant le corps inanimé de Thorin, face à un orque blanc colossal.
Mais que c'était-il passé ? Elle n'avait rien vu ! Rien vu du tout !
Nausicaa se précipita vers lui mais elle était loin. Beaucoup trop loin. A sa grande surprise, le semi-homme l'attaqua avec férocité et le massacra avec Dard. Azog s'avança alors avec sa meute, bien décidé à réduire le hobbit en lamelles ensanglantées. La jeune femme se plaça aux côtés de Bilbo. Thorin semblait seulement assommé, mais elle n'en avait pas la certitude. Cela décupla sa colère. Elle récupéra Orcrist et la brandit devant elle avec détermination.
"Hep, la pucelle !"
Azog se retourna, le visage déformé par la haine.
"Tu baves, crut-elle bon d'ajouter."
"Nausi, c'était de trop."
"Vraiment ?"
Sans un regard pour son compagnon, elle chargea. Elle n'avait aucun espoir de réussir là où un grand guerrier comme Thorin Oakenshield avait échoué. Elle voulait juste gagner du temps. Empêcher Azog de donner le coup de grâce au nain. Elle leva Orcrist et entailla profondément la gueule du warg blanc. Pour toute réponse, la masse d'arme de l'orque pâle la cueillit au creux du ventre. Elle fut éjectée plusieurs mètres plus loin. Des étoiles dansaient devant ses yeux et la douleur la cloua au sol. Elle se força à se lever, ce qui lui arracha quelques gémissements. Azog se rua sur elle. Nausicaa l'évita en bondissant sur le côté. Elle faucha les pieds du warg avec sa lame, sans parvenir à atteindre l'orque. La princesse roula en avant et tomba le nez dans la poussière.
Elle n'avait même pas effleuré son ennemi.
C'est ce moment que choisirent les nains pour attaquer la meute avec des hurlements de défis. Très vite une véritable pagaille se répandit, et le cliquetis des épées résonna dans la nuit. Nausicaa se mit debout en s'appuyant tant bien que mal sur son épée.
Elle se traîna avec sa canne improvisée jusqu'à Thorin et tomba à genoux sur la terre battue. A son grand soulagement, elle constata que le nain respirait. La jeune rohirrim passa une main sur son visage brûlant de fièvre.
Il devait vivre !
"Nausicaa, dit Bilbo. J'ai essayé de le sauver. J'ai vraiment essayé."
"Ne meurs pas s'il-te-plaît, murmura-t-elle."
Des cris étranges attirèrent l'attention de Nausicaa. Elle leva les yeux au ciel et son cœur rata un battement. Des aigles. Non... Les grands aigles ! Ils entreprirent de mettre une raclée monumentale aux orques. La jeune femme vit des wargs s'envoler et des créatures être cisaillées en deux. De toutes parts, c'était la débandade. La horde des enfers prit la poudre d'escampette, poursuivie sans relâche par les majestueux rapaces.
L'impossible devint alors possible et la défaite se transforma en victoire.
C'est alors qu'un regard haineux brûla le dos de Nausicaa. Elle se retourna doucement. Le temps semblait s'être arrêté. Azog se dressait, seul au milieu des flammes. La fureur déformait ses traits tandis qu'un sourire vengeur éclaira celui de la jeune femme.
"Il allait payer pour ce qu'il avait fait !"
Son feu intérieur se réveilla, plus vorace que jamais.
Ses sens se décuplèrent alors que sa capacité à analyser la situation s'altéra.
"Tiens bon, Thorin. Je vais revenir."
"Vous n'allez pas recommencer ! Vous n'avez aucune chance ! Nausi !"
Orcrist en main, Nausicaa chargea.
"Retourne pourrir dans ton trou répugnant ! Tu n'aurais jamais dû le quitter !"
L'épée elfique étincela à la lueur des étoiles. Azog éperonna sa monture qui se rua en avant, toutes griffes dehors, la gueule écumante. La princesse traversa les flammes, sans être brûlée par leur ardeur. Au contraire, cela la stimula et renforça sa détermination.
Rien ne pouvait l'atteindre ou lui résister. Elle avait l'impression qu'elle pourrait tout détruire.
Tout.
Même cet abomination !
Les deux ennemis n'étaient plus séparés que de quelques mètres, lorsqu'un aigle s'éleva au dessus de la cime des arbres. Il piqua en avant, droit sur Nausicaa. Autour d'elle, les nains étaient progressivement happés par les rapaces. Lorsqu'elle comprit quel sort lui était réservé, elle tourna les talons et effectua une retraite improvisée.
Elle n'était pas suffisamment rapide.
L'aigle saisit ses bras entre ses serres et elle se retrouva prisonnière de cette prison aérienne.
Une angoisse sans commune mesure l'étreignit et étouffa le feu qui la consumait. Elle s'agrippa aux serres avec horreur et raffermit sa prise sur Orcrist.
"Reposez-moi, volatile de malheur ! Je ne pars pas sans Thorin !"
Alors qu'elle prononçait ces mots, un grand aigle blanc s'empara délicatement du nain. Il s'éleva dans le ciel avec tant de majesté que Nausicaa oublia pendant un temps qu'elle était suspendue dans le vide.
Les serres s'ouvrirent.
Elle hurla. Elle hurla si fort que bientôt plus aucun son ne put franchir ses lèvres.
Elle était persuadée qu'elle allait s'écraser contre le flanc de la montagne, lorsqu'elle atterrit sur un nid de plumes soyeuses. Sur le dos d'un aigle.
"Qu'Eorl me garde, murmura-t-elle. Que mes ancêtres me protègent, psalmodia-t-elle, les yeux à demi-clos."
"Vous vous sentez mal ?, demanda Bofur."
Nausicaa enfonça son visage dans une main, tandis que de l'autre elle agrippait les plumes.
"Je veux mourir."
"Tout va bien se passer, tenta de la rassurer le nain."
Ce vol conjugua des hurlements et des insultes, que je ne retranscrirai pas ici. Entre deux jurons, Nausicaa jetait des coups d'œil inquiets à Thorin. Elle pria ses aïeuls de le maintenir en vie. Elle n'eut pas l'occasion de s'interroger sur l'arrivée providentielle et salvatrice des aigles, bien qu'elle se doutât que le magicien gris y était pour quelque chose.
Qui d'autre, sinon ?
L'aube pointait à travers les nuages, et Nausicaa ne put s'empêcher d'admirer le lever de soleil où se mêlaient des couleurs chaudes. Des dizaines d'aigles volaient au-dessus des nuages, se dirigeant vers le soleil levant. Même si le vertige lui provoquait des nausées et qu'elle se retenait de vomir sur les plumes immaculées, elle devait avouer que le spectacle était grandiose et unique au monde.
Les grands oiseaux amorcèrent une descente en douceur, qui souleva son estomac. C'est avec bonheur et soulagement que Nausicaa se laissa glisser sur la pierre. Les aigles les avaient posés sur une corniche qui dominait une vaste forêt. La forêt de Mirkwwod.
Thorin fut également déposé sur le sol. La jeune femme se précipita à ses côtés. Du sang maculait son visage, tandis que sa fièvre avait monté en flèche. Gandalf s'approcha et fut
aussitôt harponné par Nausicaa.
"Mais, faites quelque chose ! Vous êtes apothicaire, oui ou non ? Sauvez-le, je vous en prie."
Le magicien gris l'écarta sans ménagement. Pendant de très longues secondes, il marmonna des incantations dans une langue inconnue. La princesse rohirrim piétinait en serrant Orcrist à s'en faire blanchir les phalanges.
"Nausicaa, que vous-est il arrivé tout à l'heure ? Vous n'étiez plus vous-même... Vous paraissiez différente."
« Vous n'étiez plus vous-même... »
Ces paroles furent un choc. Bilbo venait de dire à haute voix, ce qu'elle soupçonnait tout bas. Depuis quelque temps une force invisible semblait lui dicter son comportement. Une force qu'elle ne parvenait pas à cerner et qui l'effrayait au plus haut point. Elle ne se contrôlait plus.
« Un feu ardent brûle en vous. Un feu maudit qui ne sèmera que la destruction. »
Les paroles d'Elrond lui revinrent brusquement en mémoire.
Oui, elle ne se sentait plus elle-même. Quelque chose la dévorait. Quelque chose qu'elle pouvait apparenter à une menace. Pour elle même et les nains. Des gouttes de sueur perlèrent à son front. Que se passerait-il si elle était un danger pour ses compagnons ?
"Vous vous méprenez., rétorqua-t-elle avec agacement. Azog m'a juste mise en colère."
Elle ne pouvait rien dire et il était hors de question d'inquiéter la compagnie. Il fallait déjà qu'elle parvienne à comprendre d'où lui venaient ses crises et comment y mettre fin. Perdre de nouveau le contrôle pendant un combat était inenvisageable.
Thorin ouvrit les yeux.
"Comment allez-vous ?"
Nausicaa se pencha au-dessus du visage du nain et appliqua sa main sur son front.
"La fièvre est tombée. Bon travail, magicien."
"Aidez-moi à me relever, demanda Thorin en écartant la main de Nausicaa."
"Bilbo est sain et sauf, enchaîna Gandalf."
La colère déforma les traits de Thorin, qui s'approcha résolument du hobbit.
"Vous avez failli mourir ! Et vous aussi !, dit-il en se détournant vers Nausicaa. Attaquer un orque sans arme ! Si vous voulez mourir, dites le. Je ne vous ai pas évité le viol pour que vous vous fassiez tuée aussi bêtement !"
Bilbo se dandinait, dansant d'un pied sur l'autre, tandis que Nausicaa s'empourprait violemment. Thorin se rapprocha du semi-homme et la jeune femme redouta le pire.
"N'avais-je pas dit que vous étiez un fardeau ? Que vous ne pourriez pas survivre dans les terres sauvages ? Que vous n'étiez pas des nôtres ? Je ne me suis jamais autant trompé de toute ma vie. Pardonnez-moi d'avoir douté de vous, ajouta-t-il en étreignant le hobbit avec force."
Nausicaa soupira en levant les yeux au ciel. Dire qu'elle avait cru qu'il allait les renvoyés à coup de pied au derrière !
"Je ne suis ni un héros, ni un guerrier. Pas même un cambrioleur."
"Mais vous êtes bien plus que ça, ajouta la jeune rohirrim. Vous êtes notre ami."
Thorin se retourna et regarda Nausicaa avec perplexité. Celle-ci comprit qu'elle tenait encore Orcrist. Elle la tendit au nain avec un sourire d'excuse.
"Je vous l'ai empruntée. Mais, c'était un cas d'extrême urgence. Je ne suis pas totalement inconsciente."
"Je n'en suis pas si sûr, ajouta Bilbo. Se ruer sur Azog en l'insultant c'est un peu id..."
"La feeeeerme, grogna-t-elle en lui filant un coup de coude dans les côtes."
"Que voulez-vous dire ?"
Un regard noir fit aussitôt taire le hobbit.
"Rien, la bataille, tout ça..."
"Regardez !, lança Balin."
La jeune femme bénit cette diversion et avança d'un pas décidé vers le rebord de la falaise. Elle sentait encore, dans son dos, le poids du regard de Thorin. Les nains s'approchèrent et alors ils la virent.
La montagne solitaire.
"C'est vraiment ce que je crois ?, demanda Bilbo."
"Erebor, le dernier grand royaume nain de la Terre du Milieu."
Au delà de l'immense étendue de la Forêt Noire, une montagne pointait vers le ciel, comme une ancienne malédiction qui mettait en garde la compagnie.
"Chez nous."
Nausicaa sursauta. Thorin fixait l'horizon avec mélancolie.
"Je vous l'avais dis, il y a bien longtemps, murmura-t-elle."
"Quoi donc ?"
"Que je vous croyais."
« Un jour, j''y retournerai. Je reverrai mon foyer avant de mourir. Mais une enfant comme toi ne doit pas se préoccuper de ce genre de choses. »
"Le pire est derrière nous !, s'exclama Bilbo."
"Je n'en suis pas si sûre, marmonna Nausicaa."
