Chapitre 10 :
Le lendemain matin, pueblo de Los Angeles, office du magistrado.
— Buenos días, Señor Magistrado.
— Oh ! Buenos días, Don Diego. Que vous amène de si bon matin à mon bureau ?
— Et bien voilà, Señor Magistrado, figurez-vous que pas plus tard que ce matin, en passant près de l'hacienda des De Castillos, il m'a semblé apercevoir deux de vos nouvelles recrues très intéressées par la propriété, qui ont vite filé en m'apercevant. Je voulais m'assurer que vous ayez bien pris note des propos de Maître Fernando. Auquel cas je suis certain que le vice-roi pourrait rappeler ces nouveaux lanciers à l'ordre et les renvoyer en Espagne tout comme il pourrait aussi bien intervenir sur notre différend.
— Vous dites avoir aperçu… Balbutia le magistrado mal à l'aise, et estimant que finalement Diego pouvait être lui aussi dangereux.
— Oui, et Bernardo, mon serviteur ici présent, pourrait confirmer mes dires.
— Non, non, Don Diego, ce ne sera pas nécessaire. Je vous crois sur parole. Je vais rappeler moi-même ces lanciers à l'ordre. Croyez bien que je ne savais pas qu'ils s'y trouvaient. Admit le magistrado avec sincérité. J'ai bien retenu les propos de Maître Fernando, ne vous tourmentez point.
— Oh ! A propos, j'ose espérer pour ces lanciers que rien ne manquera dans l'hacienda par rapport à l'inventaire qui a été fait avant la disparition des De Castillos.
— L'inventaire, dites-vous ? J'ignorais qu'il y avait un inventaire.
— Si fait, Señor Magistrado. Il y a bel et bien un inventaire. Bonne journée à vous, Señor.
— Bonne journée, Señor De la Vega.
Ces imbéciles, qu'ont-ils été faire par là-bas ? Se questionna le magistrado pensif.
— Ricardo ! Appela-t-il ensuite…
Une fois à l'extérieur de l'office, Diego et Bernardo firent le tour de la place chacun de leur côté, flânant devant les étals du marché et ils passèrent devant le cuartel dont les portes étaient grandes ouvertes. Il n'y avait personne de visibles dans les cellules. Diego emmena ensuite Bernardo un peu plus à l'écart et ils s'arrêtèrent, imprudemment et involontairement, sous la fenêtre de la chambre des quartiers du commandante.
— Alors, Bernardo, as-tu trouvé quelque chose ? … Non, moi non plus. J'ignore où est passé leur prisonnier. Il n'est pas en cellule, ni du côté de l'office du magistrado. Cette fois je ne crains que notre ami Zo… Diego s'interrompit brusquement une douleur à l'arrière de la tête tandis qu'un caillou tomba à ses côtés.
Il se retourna à la recherche de son assaillant tandis que Bernardo se pencha vers le caillou qu'il trouvait bizarre. Il le ramassa alors et tout en se relevant, attira l'attention de Diego en lui tirant la manche.
Diego, une main à l'arrière de sa tête, se tourne alors vers lui.
— Qu'y a-t-il Bernardo ?
Ce dernier lui montre alors le caillou autour duquel est attaché un message à l'attention de … Zorro...
Diego et Bernardo s'échangent un regard interloqué. Est-ce une coïncidence ou bien est ce le hasard ? Diego lève alors la tête et remarque que la fenêtre de la chambre du Commandante, sous laquelle il réalise qu'ils se trouvent, a été barricadée et qu'il reste un passage assez grand pour passer une main.
Tandis que Diego s'apprête à héler, Bernardo attire de nouveau son attention et indique des lanciers qui viennent par ici. Diego fait alors signe à Bernardo et ils retournent près de leur véhicule où le jeune Don ouvre le message destiné à Zorro.
— Je sais, Bernardo, ce n'est pas prudent. Mais après tout ce caillou m'est tombé sur la tête.
« Señor Zorro, si par le plus grand des hasards un de vos amis vous remettait ce message, surtout ne me cherchez pas. N'essayez pas de voler à mon secours. Je connais les responsables de la disparition des De Castillos. Je suis un témoin gênant, et bien que l'un de mes ravisseurs veuille me garder vivante, je doute de le rester bien longtemps. Cet homme veut vous capturer par mon intermédiaire, et je m'y refuse. Je ne suis pas importante pour risquer votre vie. Ne me cherchez plus. SDC. »
— Et bien, je ne sais qu'en penser, mon ami. Est-ce la vérité ? Ou est-ce un nouveau piège pour capturer Zorro ? J'admets que c'est un peu léger, bien que le caillou ne le fût pas. Je vais interroger notre bon sergent. Toi, retournes à la maison avec la voiture et vient me retrouver avec des chevaux. Je serais sans nul doute à la taverne… Soit prudent mon ami, et range bien ce message.
Bernardo l'indiqua à son tour.
— Oui mon ami, je serais prudent moi aussi. Va dépêches-toi.
Puis il le salua d'un signe de main avant de se diriger vers la taverne, et à peine arriva-t-il sur le seuil, qu'il fut interpellé.
— Don Diego, comment allez-vous ? Demanda le sergent avec un large sourire.
— Je vous remercie, je vais bien. Et vous-même, Sergent ?
— Je vais bien, merci.
— J'ai cru comprendre que le… fugitif vous avez donné du fil à retordre hier.
— Oh ça oui, Don Diego. Un véritable lion des montagnes.
— Vous prendriez bien un verre pendant que nous en discutons, non ? Demanda Diego l'invitant à entrer dans la taverne
— Bien sûr, Don Diego. Sourit le sergent plus que ravi de pouvoir se désaltérer un peu, se pourléchant les babines.
— Maria, une de vos meilleures bouteilles et deux verres, por favor. Demanda Diego une fois qu'ils furent installés à l'intérieur de la taverne, et désignant le sergent avec lui.
— Tout de suite, Don Diego. Lui répondit Maria avec un grand sourire.
— Alors ? Racontez- moi, Sergent.
— Nous venions d'arriver sur vos terres, gracias, Maria. S'interrompit le sergent lorsque la serveuse déposa la bouteille et les deux gobelets.
— Gracias. Dit Diego en même temps avant de servir un premier verre au sergent. Alors, Sergent ? Interroge-t-il par la suite.
— Nous venions donc d'arriver sur vos terres, près d'une clairière il me semble, quand nous l'avons aperçu. Le pauvre bougre faisait peine à voir. Dit Le sergent avant d'avaler une première gorgée de vin. Puis le magistrado a insisté pour que nous l'arrêtions. Je dois admettre, Don Diego, que je ne suis pas fier de moi. Ce brave homme ne faisait rien de mal…
— Que s'est il passé par la suite ? Interrogea Diego en remplissant de nouveau le verre, déjà vide, du sergent.
— Et bien, je suis descendu pour aller l'arrêter mais je…
— Oui, Sergent ?
— Je me suis retrouvé à terre sans rien avoir compris… Puis il y a eu ce coup de feu qui m'a… réveillé et le magistrado a ordonné de la poursuivre et de l'attraper.
— Où est passée la señorita maintenant ?
— La señorita ? Non, Don Diego. C'est un homme que nous avons pourchassé.
— Pourtant, il y a quelques temps maintenant, je suis certain d'avoir aperçu une señorita dans cette même clairière… Il est vrai qu'avec ces cheveux courts, son pantalon et sa chemise, il eut été facile de la prendre pour un homme, surtout de loin… Je voulais aller la trouver, voir si elle n'avait besoin de rien, mais j'ai eu quelques ennuis de santé qui m'ont obligés à me reposer jusqu'à hier.
— Oh… Vous dites que c'est une señorita… C'est là une vraie sauvageonne. D'après le caporal Reyes, resté sur son cheval, elle a assommé pas moins de cinq lanciers… Le magistrado l'a fait enfermer dans les quartiers du commandante et a ordonné de barricader la fenêtre de l'intérieur et de l'extérieur. Ce sont les nouvelles recrues du Magistrado qui la surveillent à tour de rôle. D'ailleurs, voilà justement Ruy et Ricardo qui arrivent.
— Celui de gauche était présent hier, n'est ce pas ?
— Oui, c'est Ricardo. C'est lui qui est venu avertir le magistrado quant à ce… vagabond.
— Buenos días, Señor De la Vega. Salut le dit Ricardo.
— Buenos días. Rétorque Diego poliment.
Cependant Diego éprouve une sensation malsaine à l'égard de cet homme qui ne lui inspire pas confiance du tout.
— C'est donc vous le fils prodigue ? Lance Ricardo s'arrêtant à ses côtés.
— Je vous demande pardon ? Interroge Diego.
— Il est commun d'entendre que vous êtes un couard face à l'action.
— Ricardo, du respect envers Don Diego. Dit le sergent courroucé.
— Laissez le dire, Sergent… Vous semblez étranger à Los Angeles, Señor. Sans doute ne savez-vous pas qu'il ne faut jamais se fier à la moindre rumeur. Dit Diego posément et gardant son sourire.
Le lancier cherchait visiblement à le provoquer, au grand dam du tavernier qui craignait alors pour son établissement. Il est vrai que la dernière fois que Diego avait été forcé de se battre, contre le capitaine Monastario, il y avait eu quelques dégâts matériels. Cependant, même si ce dernier avait pris en charge les frais nécessaire au changement du mobilier le souvenir était encore trop récent pour le tavernier.
