Nous revoilà, toujours Tallia et moi, le 20 comme promis !

Je dois vraiment le dire ? Bon, d'accord... Tout appartient à JKR...

Bonne lecture !


On lave son linge sale en famille

- J'imagine que vous êtes fiers de vous !

Sirius comprit soudain pourquoi Driana avait trouvé le Professeur McGonagall terrifiante. A cette seconde, elle semblait sur le point d'exploser : ses narines palpitaient de colère, ses yeux lançaient des éclairs et si la physique avait pu autoriser en certaines occasions la fumée à s'échapper des oreilles, il était sûr qu'il aurait assisté au phénomène à cet instant. Minerva McGonagall, Directrice de la Maison Gryffondor et Directrice-Adjointe de Poudlard, l'Ecole de Sorcellerie, était dans une rage noire.

Un orage qui avait obscurci le commencement de la journée alors que, tout quatre attablés pour un petit-déjeuner synonyme de victoire, elle avait fondu sur eux comme un aigle sur sa proie et les avait menés séance tenante dans son bureau.

- Il n'y en a pas un pour racheter les autres ! C'est à ça que vous vous employez, Monsieur Potter ? A utiliser cet outil qu'est votre cape aux dépends des autres ? Jamais je n'ai vu des élèves de ma Maison agir avec autant d'inconsidération ! Et vous, Monsieur Black, rappelez-moi ! Combien de fois vous êtes-vous retrouvé dans ce bureau, déjà ?

Sirius ouvrit la bouche mais elle l'interrompit :

- Ne répondez pas. C'est pour vous faire réaliser à quel point votre attitude est décevante.

Elle se tut, toujours fulminante, et James en profita pour s'avancer d'un pas.

- Professeur, tenta-t-il en dissimulant un sourire. Je ne comprends pas… Pourquoi nous avoir fait venir ? Vous nous avez déjà punis pour hier soir…

- Potter, deux points de moins pour votre insolence. Vous me prenez pour une imbécile ? Je vous surprends à marauder dans les couloirs et le lendemain matin, les effets d'une mauvaise blague se font sentir chez les Serpentards.

"C'est le cas de le dire" pensa Sirius tout en réprimant un sourire. En jetant un coup d'œil à Peter, il vit que celui-ci se mordait la lèvre inférieure, les épaules secouées de tremblements.

- Même une mandragore pourrait additionner ces événements et aboutir aux mêmes conclusions que moi ! poursuivait le Professeur McGonagall. Et cessez de rire, Monsieur Pettigrew !

Peter n'y tint plus, ouvrit la bouche et laissa son rire s'envoler tandis qu'il s'effondrait sur le tapis, les abdominaux douloureux.

- Je… Je sssssuis… désolé, Proffffff… Professeur, haleta-t-il en se mettant à genoux.

Leur Directrice parut une seconde désarçonnée puis elle ordonna, la voix montant dans les aigus :

- Monsieur Lupin, emmenez cet énergumène hors de ma vue, avant que je ne lui applique un Silencio !

Retenant son hilarité, Remus attrapa Peter par le bras et tous deux quittèrent le bureau. La porte était à peine fermée que leurs rires retentissaient dans le couloir.

McGonagall ferma ses yeux et joignit ses doigts devant sa bouche en une tentative pour reprendre son calme avant de les rouvrir et de toiser les deux Gryffondors qui restaient.

- Je me suis entretenue avec votre père ce matin par cheminée, Monsieur Potter. Il s'avère que vous ne lui aviez pas dérobé la cape mais qu'il vous l'avait donné lui-même ! Bien que je désapprouve un tel geste, je suis dans l'obligation de vous la rendre.

Elle eut un brusque mouvement de la main et la cape, jusque là pliée sur le manteau de la cheminée, vola doucement jusque dans les bras de James qui l'attrapa avec un sourire victorieux.

- Cessez de sourire ainsi, fit-elle d'un ton abrupt. Ayez au moins la décence d'attendre d'être sorti avant de paraître aussi satisfait. A présent écoutez-moi, tous les deux. Et vous répéterez ce que je vais vous dire à vos deux camarades. Si je vous reprends à utiliser cette cape à mauvais escient, je vous mets en retenues jusqu'au mois de décembre ! Est-ce que c'est clair ?

Deux "oui" murmurés signifièrent la fin de l'entretien et elle les congédia avec un geste brusque, comme chassant une mouche d'une part de gâteau. Tenant la cape serrée contre lui, James suivit Sirius dans le couloir et fit quelques pas de danse sur les dalles, caracolant comme un jeune cerf.

- On a récupéré la cape, chantonna-t-il.

Il atteignit l'extrémité du couloir bien avant Sirius, effectua un demi-tour digne d'un danseur de ballet et revint vers son ami, toujours cabriolant.

- On a récupéré la cape ! s'exclama-t-il en lui secouant l'épaule d'une main tandis que l'autre brandissait l'étoffe argentée.

- Faut le dire aux autres.

- Sont partis où ?

- On est là ! lança soudain Peter alors qu'ils arrivaient à une intersection.

Lui et Remus étaient assis sur un banc de pierre qui courait sous une fenêtre donnant sur la cour intérieure.

- T'as vu ? demanda James en se précipitant sur Peter. Elle m'a rendu la cape ! Elle m'a rendu la cape !

- Juste comme ça ?

- Juste comme ça !

- Mais… s'informa Remus. On n'est pas puni ?

- Faut croire que non !

- Elle a dit par contre, intervint Sirius, que si elle nous attrapait de nouveau, elle nous mettrait en retenue jusqu'à Noël.

Peter et Remus se regardèrent, perplexes.

- Elle peut vraiment faire ça ? demanda Remus.

- Y a qu'une manière de le découvrir, sourit Sirius.

- Ah non ! s'insurgea Peter. On vient de se faire punir, j'ai pas envie de me faire reprendre à nouveau. La retenue de ce soir est déjà bien suffisante.

- Pour moi aussi, renchérit James. Mais là, McGonagall nous a pris à cause de Peeves. La prochaine fois, ça n'arrivera pas. Hein Remus ?

- Oh ça va, grogna l'interpellé. Je pouvais pas savoir !

- Ben tiens ! fit Sirius. C'est un esprit frappeur !

- Eh ben moi, je dis que des esprits frappeurs, il ne devrait pas y en avoir dans cette école, bougonna-t-il. Ça rendrait les sorties nocturnes bien plus faciles.

Sirius éclata de rire, imité par les deux autres puis tous quatre se dirigèrent vers la sortie. L'avant-dernier match du Tournoi de Quidditch avait lieu ce samedi et aucun n'avait l'intention de le manquer.

Malgré le soleil qui perçait à travers les nuages par intermittence, le fond de l'air était frais et ce fut au pas de course que tout quatre allèrent rejoindre les filles de leur maison. A leur demande, Driana leur avait gardé une partie du banc. Au passage, ils bousculèrent Lily qui, en attendant le début du match, lisait un livre, et elle leur jeta un regard noir tandis que Driana hochait la tête pour les saluer. James prit place à coté d'elle et ils commentèrent une nouvelle fois la saison, en calculant les chances en une suite mathématique qui laissa le reste de la rangée perplexe et ennuyée.

- J'ai entendu des filles de Quatrième Année dire que Scawfell prenait des potions anabolisantes, fit Margaret, contemplant le capitaine qui donnait les derniers conseils à son équipe en contrebas.

- Qu'est-ce que ça veut dire, anabolisante ? demanda Peter.

- Je ne sais pas, reconnut-elle. Vous pensez que c'est vrai ?

- Si on ne sait pas ce que c'est, comment on peut savoir si c'est vrai ou pas ? s'impatienta Sirius.

- Taisez-vous ! fit alors Driana. Ça commence ! ALLEZ GRYFFONDOR !

Et elle ne cessa de s'exclamer pendant le reste du match, mettant les nerfs de Sirius à rude épreuve, et tout particulièrement ceux de son oreille.

Ce fut un beau match, même s'il fut rapide – au grand soulagement de Remus. Si peu de temps après la pleine lune, ses sens étaient particulièrement aiguisés, et un stade de Quidditch n'était pas le meilleur endroit où se trouver : trop de bruit pour son ouïe ultra sensible, trop d'émotions, trop d'hormones pour son odorat fin. A la fin du match – deux cents points à vingt pour Gryffondor – il avait la tête qui tournait légèrement. Cependant, les autres ne s'étaient rendus compte de rien, et ce fut presque le cœur léger qu'il se rendit à sa retenue.

oOoOoO

Pendant que le soleil et le printemps faisaient doucement leur retour sur les landes d'Ecosse, chassant les derniers tas de neige que l'hiver laissait traîtreusement derrière lui, les quatre garçons, après avoir donné une dizaine de jours au Professeur McGonagall pour les oublier, reprirent leurs sorties nocturnes, bien à l'abri de la cape de James et sans croiser à nouveau la terrible Directrice – à leur grand soulagement.

Remus, cependant, se sentit brusquement anxieux quand la nouvelle lune apparut dans le ciel. Les mois précédents lui avaient bien montré que ceux qu'il appelait maintenant ses amis avaient des soupçons. Même les filles s'étaient étonnées de le voir aussi souvent malade, et il ne savait plus qu'inventer pour échapper à leurs questions. Les élucubrations de Margaret, toujours prête à inventer des scénarios rocambolesques, ne l'aidaient d'ailleurs pas davantage…

Un jour, pendant le déjeuner, l'idée lui vint, tellement évidente qu'il s'en voulut de ne pas y avoir songé auparavant. Avec une brève excuse pour les trois autres, il se précipita vers la sortie, rattrapant ses sœurs.

- Je dois vous parler, murmura-t-il.

Comprenant tout de suite à son regard de quoi il retournait, Persephon intima d'un geste le silence à Cassandra et les entraîna vers une pièce déserte, dont elle ferma la porte d'un geste de baguette avant de jeter un sort de silence. Cassy, désinvolte, alla se percher sur le rebord de la fenêtre.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda ensuite Persephon, après s'être assurée que la pièce était sûre. Ce sont les cours ? Tu n'arrives plus à suivre ?

- Non… les cours, je me débrouille. C'est juste… Ce sont…

Soudain, il ne sut plus comment présenter les choses. N'en faisait-il pas un peu trop ? N'était-il pas paranoïaque ?

- Mes amis… souffla-t-il en se frottant l'arrière du crâne. Ils se doutent de quelque chose, ils ont remarqué que j'étais malade une fois par mois, ils posent des questions et je… Je ne sais plus quoi inventer, finit-il sur un ton misérable.

Persephon passa un bras autour de ses épaules dans un geste rassurant, tandis que Cassandra, les bras appuyés sur le rebord de pierre et la tête penchée vers l'avant, semblait plonger dans une profonde réflexion.

- Tu devrais peut-être leur dire, finit-elle par lâcher en sautant sur le sol dallé.

- Tu es folle ? s'étrangla sa sœur. Il est hors de question qu'il le dise à qui que ce soit. C'était clair dès le départ, Cassy.

- C'était clair tant qu'il n'y avait personne en qui il pouvait avoir confiance à part nous ! répliqua durement cette dernière. Mais tu l'as vu, avec ses copains. Ils sont sympas et ils n'ont par l'air stupide. Ça fait plus de six mois qu'ils sont inséparables. Tu pourrais leur faire un peu confiance !

- Confiance !

Persephon parut manquer d'air, comme outrée par le mot.

- On ne peut pas se permettre de « faire confiance » avec ça ! fit-elle soudain, singeant sa soeur. C'est bien trop risqué, et tu le sais en plus !

- Arrêtez ! s'exclama Remus, au bord des larmes. Vous… Ne…

Il ne savait pas quoi dire pour faire cesser cette dispute. Il ne leur avait pas demandé leur aide pour se sentir encore plus mal à l'aise, par Merlin !

Persephon inspira profondément, les paumes de ses mains tournées vers le sol comme pour se recentrer, et dit d'une voix plus calme, tandis que Cassy croisait les bras et se détournait, la mine boudeuse :

- Il faut que je réfléchisse, Remus, d'accord ? Mais ne t'inquiète pas, on va trouver une solution.

Et comme d'habitude, la voix douce et caressante de Persephon calma les nerfs malmenés de Remus et ce fut avec un poids en moins sur les épaules qu'il alla rejoindre ses amis à la Bibliothèque, heureux que d'autres l'aidassent à porter son fardeau.

Ils étaient tous les quatre plongés dans des livres, cherchant des renseignements pour le dernier devoir donné par Flitwick, lorsque Lizzie les rejoignit.

- Je peux m'asseoir ? demanda-t-elle de sa voix éthérée qui, étrangement, ne détonait pas dans l'atmosphère feutrée dans la Bibliothèque.

Ils hochèrent la tête en silence, concentrés, et elle commença à fouiller dans son sac.

- Merci. Bon alors maintenant, il faut que je trouve un parchemin… Combien a-t-il dit, déjà ? Cinquante centimètres, oui, c'est ça. Alors, où il est… Le voilà. Et ma plume… Non, c'est pas celle-ci, faut que je la taille, ah quand même, j'avais peur de l'avoir oubliée là-haut. Et voilà l'encre… Alors, Les sortilèges de mouvements appliqués aux végétaux, pourquoi et comment ? Et il a conseillé quatre livres, vous en avez déjà deux, je vais aller chercher les deux autres…

Elle se leva, les yeux rivés sur son feuillet de parchemin, marmonnant les références, avant de disparaître entre deux rayonnages, suivie par les regards ébahis de Remus, Sirius et James.

- Mais…commenta ce dernier. Elle est toujours comme ça ?

- Toujours, fit Peter sans lever les yeux de son devoir. Je vous avais dit qu'elle parlait beaucoup.

- Quand même, là c'est…

- … beaucoup beaucoup, compléta Sirius.

Ils ne dirent rien de plus car elle revenait s'asseoir, les deux ouvrages dans les bras, et commença à les feuilleter.

- La danse des légumes, moui, pourquoi pas… Qu'a-t-il dit, déjà ? Ah oui, les saveurs… Pourquoi est-ce que c'est plus difficile de faire danser une pastèque qu'une pêche ? La taille, peut-être… Non, ça ne peut pas être ça… Le plus dur, ce sont les papayes… J'ai jamais mangé de papaye, je me demande quel goût ça a…

Et elle continua ainsi, ne cessant pas de parler une seule minute, et n'attendant d'ailleurs pas de réponse. Elle pensait à haute voix, tout simplement. Les garçons finirent par s'y faire et travaillèrent accompagnés de ce vague bruit de fond jusqu'au dîner.

Avec un grognement, Sirius quitta ses amis à l'entrée de la Grande Salle pour se diriger en traînant les pieds vers le regard froid de Narcissa. Elle lui avait gardé une place, évidemment… Il s'assit d'un air morne, sans un regard pour personne. Les rares Serpentard qui avaient tenté de lui parler, au début, avaient maintenant abandonné cette idée, aussi Sirius mangeait-il en tête-à-tête avec sa cousine, qui entretenait généralement une conversation languissante.

Ce soir-là, cependant, elle ne lui prêta guère attention : Lucius Malefoy était assis à côté d'elle, et retenait tous ses efforts. De l'autre côté du Préfet se tenait Servilius, buvant ses paroles sans en avoir l'air, et Sirius devait se retenir pour ne pas lui lancer une remarque acerbe. Ou une pomme de terre. Qui irait s'écraser dans ses cheveux trop gras. Ça l'obligerait à les laver, tiens !

L'attitude de son camarade l'agaçait sans qu'il sache tellement pourquoi, il le trouvait trop appliqué, trop studieux, bref, trop semblable au reste des Serpentards… Et cela lui déplaisait profondément.

Le cérémoniel ennuyeux du repas du mardi fut cependant brisé, ce soir-là, par l'irruption d'une tornade rousse. Lily Evans s'assit en face de son ami sans aucune considération et, sans se préoccuper des conversations environnantes ni des regards qu'elle attirait par sa simple présence, lui dit d'un ton surexcité :

- J'ai trouvé, Sev ! Je sais ce qu'il faut faire ! C'est Margaret qui m'a donné l'idée ! Tu sais, elle adore échafauder des théories abracadabrantes, mais parfois, ça peut être utile, et là…

- Je peux savoir ce que tu fais ici ?

La voix sèche, glaciale, coupante de Lucius Malefoy aurait arrêté même un nimbus 1000 lancé à pleine puissance derrière un vif d'or. Lily perdit le fil de ce qu'elle disait et se trouva désarçonnée sous la pression de l'imposante aura du Préfet de Serpendard. Elle bafouilla quelques mots qui n'éclairèrent en rien la situation et l'un des camarades de classe de Rogue –Avers ? Aberi ? – eut un reniflement moqueur.

- Non mais regardez-là ! fit-il en direction de Sirius et de son voisin – Boxley ? Yoxley ? quelle importance ? – Les Sang-de-Bourbes n'ont vraiment pas d'éducation. Ils se croient tout permis.

Sirius le toisa, indifférent, et le sourire de Avers/Aberi perdit quelque peu de sa superbe avant qu'il ne se tournât vers Lily.

- Tu pensais que tu pouvais t'inviter comme ça à la table des Serpentard et couper la parole à tes supérieurs ?

- Mais, mais, je…

La jeune fille était visiblement au bord des larmes, et Sirius la vit déglutir pour tenter de reprendre ses esprits.

- Je suis venue parler à Severus, expliqua-t-elle les yeux brillants. On cherchait un truc pour une potion et…

- Je ne me soucie pas de tes explications, la coupa Malefoy. Tu n'as rien à faire ici.

- Mais je…

Sirius la vit soudain serrer les poings et froncer les sourcils et il dut cacher son sourire dans son gobelet alors qu'elle s'exclamait :

- Enfin, ce n'est pas interdit ! Les élèves passent leur temps à aller manger aux autres tables !

- Tu n'es qu'une petite idiote, reprit le camarade de Servilius. Personne ne vient ici sans y avoir été invité. Et surtout pas quand on vient de la basse-cour de Gryffondor.

Sirius se hérissa à ses paroles. Ses doigts se crispèrent sur son gobelet et le récipient d'étain lui échappa des mains pour aller s'échouer dans son assiette avec un tintement métallique.

- Les Gryffondors vous valent bien, lança-t-il avec hargne tandis que des exclamations étouffées retentissaient, faisant suite aux dégâts qu'il venait de causer, répandant de la sauce partout sur la table.

Les regards se tournèrent vers lui. Il se rendit compte que depuis maintenant presque huit mois qu'il mangeait là une fois par semaine, c'était peut-être la première fois qu'il ouvrait la bouche.

- Sirius… fit la voix pincée et gênée de Narcissa.

- Non mais c'est vrai ! insista-t-il. Si vous ne voulez pas d'elle parce qu'elle est à Gryffondor, je n'ai rien à faire ici non plus !

C'était un parfait prétexte. Dans un même mouvement, il se leva et quitta la Grande Salle, entraînant Lily avec lui.

- Ca va ? lui demanda-t-il quand ils furent dans le hall.

- Oui, oui, grogna-t-elle.

- Serpentard… siffla-t-il, secouant la tête avec véhémence. Tous les mêmes !

- Arrête, Sirius ! Tu ne peux pas dire ça.

Après ce qui venait de se passer… ? Il pensait bien en avoir le droit, oui !

- Tu vas encore prendre la défense de l'autre, là, Servilius ? s'échauffa-t-il. Il ne t'a même pas défendue !

- Il s'appelle Severus ! hurla Lily. Et bien sûr qu'il ne m'a pas défendu, il a peur ! Tu ne te rends pas compte, tu ne sais même pas comment ça se passe là-bas ! Le Préfet, là, Malefoy, il terrorise tout le monde ! Alors je serais toi, je ferais pas trop mon malin et je plaindrais un peu ceux qui sont là-bas, au lieu de les enfoncer !

- Ça ne sert à rien d'avoir de la pitié pour les Serpentard ! se défendit-il. Eux n'en auront jamais pour toi, tu peux me croire !

Mais elle s'éloignait déjà, montant quatre à quatre les marches du Grand Escalier et le laissant seul dans le Grand Hall.

Mais qu'est-ce qui clochait chez cette fille ? Elle venait de voir la même chose que lui, on l'avait appelé Sang-de-Bourbe et c'était contre lui qu'elle était en colère. Alors qu'il l'avait défendue ! Il ne comprenait pas.

En montant à son tour l'Escalier de marbre, il se dit que peut-être elle ne comprenait pas le terme. Après tout, lui en avait saisi la dimension insultante que lorsque James la lui avait expliquée.

Et en plus de cela, il n'avait pas fini de manger. Les filles… Après Serpentard, peut-être la catégorie de personnes qu'il aimait le moins.

oOoOo

Le lendemain, alors qu'il attendait dans le couloir avant le cours de Potion, Severus passait en revue toutes les excuses possibles qu'il pouvait présenter à Lily. Il ne l'avait pas vue depuis la veille au soir et la catastrophe du dîner, et il se demandait ce qu'elle allait lui dire. Serait-elle furieuse qu'il n'ait rien dit ? Triste ? Lui adresserait-elle seulement la parole ?

Il fut donc très surpris de la voir arriver avec un grand sourire aux lèvres. Elle l'embrassa pour lui dire bonjour, comme elle en avait pris l'habitude, et entra dans le cachot sans attendre. Le jeune Serpentard la suivit, perplexe. Il s'était attendu à tout sauf à de l'allégresse.

- Tu vas bien ? lui demanda-t-il avec précaution tout en s'installant.

- Très bien, répondit-elle avec entrain, avant de se tourner vers le professeur Slughorn qui écrivait au tableau les consignes de la potion du jour, qu'ils avaient déjà essayée – et réussie – quelques jours auparavant.

Pourtant, alors que Severus reproduisait scrupuleusement ce qu'ils avaient fait, Lily s'empara du récipient contenant les yeux de scarabées, le renversa sur sa planche de travail et commença à trier en deux piles les minuscule billes noires comme la nuit. Elle en mit quatre de coté de la pointe de son couteau, ce qui était un de plus que ce que prescrivait la recette.

- Mais qu'est-ce que tu fais ? chuchota son ami.

- Je trie les yeux, annonça-t-elle avec un hochement de tête convaincu. Et j'en ajoute un de plus. Ca va améliorer la potion, je te le promets.

- On ne va pas mettre quatre yeux de scarabées ! s'insurgea-t-il. La recette dit trois.

- Bon d'accord, abandonna Lily.

Suspicieux, il la fixa. Ce n'était pas son genre d'abandonner comme ça. Mais elle vérifiait la liste d'ingrédients, attentive, et puisqu'ils abordaient la partie délicate, il résolut de laisser couler.

- Oups, entendit-il deux minutes plus tard.

Il leva les yeux de sa mesure d'eau-de-vie de cyanophycée pour voir Lily, son couteau à la main et qui regardait son chaudron d'un air ravi.

- Qu'est-ce que t'as fait ? siffla-t-il en se penchant au-dessus du chaudron.

Tout paraissait normal, cependant. Le liquide bouillonnait doucement et la fumée qui s'en échappait prenait lentement une couleur plus foncée, comme décrit dans la recette.

- Je crois que j'ai mis un œil en plus, fit-elle avec un battement de cil taquin.

- Lily, non !

- Ne t'inquiète pas. Tu verras.

Severus vit et fut forcé de reconnaître qu'elle avait eu raison alors qu'à la fin du cours, le professeur Slughorn les félicitait chaleureusement, allant jusqu'à dire qu'il n'avait jamais eu d'élèves de première année aussi brillants, a même de réussir cette potion avec autant de perfection. En sortant du cachot, il était bien déterminé à avoir le fin mot de l'histoire.

- Lily ? Allez, dis-moi, comment tu as su, pour l'œil de scarabée ?

- J'ai bu la potion, chuchota-t-elle.

- Qu… Oh, le Felix Felicis !

Tout s'expliquait, effectivement.

- Mais, pourquoi ? voulut-il savoir.

- Eh bien, tu m'as dit que ça fait du bien, non, et de le prendre quand ça n'irait pas ? Et après hier soir, je… Enfin, ce matin, j'étais triste, et je suis tombée dessus en cherchant comment m'habiller, alors… Je me suis dit que c'était le jour ou jamais. Et j'ai bien fait, c'est génial !

Heureux de la voir réagir ainsi, Severus ne posa pas plus de questions. Il était content qu'elle appréciât son cadeau, et qu'elle eût assez confiance en lui pour boire une potion qu'il lui avait donnée. Ils continuèrent à discuter en rejoignant la Grande Salle, se séparant pour déjeuner. Même sous l'effet du Felix Felicis, Lily ne risquait pas de revenir à la table des Serpentard de sitôt.

oOoOo

- Remus ?

La voix de sa sœur le surprit dans une cour intérieure du château alors que, penché sur les parchemins de Peter, ils discutaient de leur future sortie.

- Oh, tiens, la grande sœur attentive ! fit James en se levant d'un bond pour couvrir Peter qui faisait disparaître les parchemins dans les recoins de son sac. Salut Cassy !

- Oh, tiens, une belle bande de comploteurs ! répliqua-t-elle du tac-au-tac. Vous en faites pas, je ne veux surtout pas savoir ce que vous étiez en train de faire ! ajouta-t-elle en élevant les mains en un geste apaisant. Je viens juste vous enlever Remus, Sephona veut nous parler.

Le cœur de Remus manqua un battement en devinant le sujet de cette discussion. Ces derniers jours, il avait vu arriver la pleine lune avec terreur, l'esprit vide de tout début d'idée.

- Et pourquoi ? demanda Sirius.

- Tu es toujours trop curieux, hein, Black ? Des histoires de famille. De ces secrets inavouables qu'on a tous dans nos placards !

James et Peter éclatèrent de rire et même Remus eut un sourire, mais pas Sirius. Avec un haussement d'épaules, Cassy rectifia, sentant sa gaffe sans la comprendre.

- Je ne sais pas pourquoi. On verra bien, ce n'est sans doute pas très important...

Le frère et la sœur s'éloignèrent donc en silence, et retrouvèrent Persephon dans la même salle dans laquelle ils avaient discuté une semaine auparavant.

- J'ai trouvé, les accueillit Persephon. Remus, tu vas leur dire que maman est malade, et que tu vas la voir à la maison. Les prochaines pleines lunes tombent bien pendant le week-end, non ? Bon, ça ne marchera pas pendant sept ans, mais ça nous donne un peu de temps.

- Je continue de penser que Remus devrait leur dire, remarqua Cassandra qui suivait une ligne sur le sol, les mains croisées dans son dos.

- Cassy…

- Ce que je veux dire, Remus, continua-t-elle en se tournant vers lui sans faire mine d'avoir entendu sa sœur, c'est que ce sont tes amis, non ? Tu les aimes bien ? Tu leur fais confiance ? Vous faites des bêtises ensemble, vous sortez après le couvre-feu, tout ça ? Je ne te le reproche pas, ajouta-t-elle en levant les yeux au ciel en le voyant rougir. Je fais aussi ce genre de choses. Et les gens avec qui je le fais, pour moi, ce sont mes amis. Et on partage tout. C'est un peu ce que tu fais avec les tiens, non ? Et je suis sûre qu'eux t'ont confié des choses personnelles.

Remus réfléchit. Il revit le regard de Sirius, lorsqu'il leur avait montré l'autoportrait de son ancêtre, et lorsque James l'avait questionné à propos de sa cousine, celle de Serdaigle. Il revit James sortir la Cape d'Invisibilité de sa valise, et Peter leur parler des animaux qui peuplaient la boutique de ses parents.

- Oui, souffla-t-il.

Le silence retomba tandis qu'il envisageait cette solution. Et s'il leur disait ? Comment réagiraient-ils ? Auraient-ils peur ? Seraient-ils dégoûtés ? Le rejetteraient-ils ? Ou bien est-ce qu'ils l'accepteraient ? Après tout, Cassy n'avait pas tout à fait tort. Et puis, Peter aimait les animaux, tous les animaux, lui au moins…

Mais non. Non. Non, non, non, non, non. Ce n'était pas possible. Les rares personnes qui l'avaient appris, quand il était petit, s'étaient détournées avec dégoût. Même le médicomage qui l'avait soigné après sa morsure le craignait, il l'avait bien senti. Et ça, ce dégoût dans les yeux de James, dans ceux de Sirius, dans ceux de Peter, il ne voulait pas le voir. Ce n'était pas envisageable.

- Je ne peux pas, Cassy, souffla-t-il encore plus bas, encore plus misérable.

- On s'en tient à mon plan, dit Persephon avec un regard noir pour sa sœur. On dit que Maman est malade, et qu'on va la voir chacun notre tour. C'est pas bien difficile de se planquer une fois de temps en temps, en disant qu'on n'est pas là, pour que ce soit crédible, quand même ! Tu peux bien faire cet effort-là, non ?

- En gros, tu me demandes de mentir à mes amis pour qu'on puisse mettre ton plan en action ?

- Non ! Je te demande de faire ce qu'il faut afin que Remus puisse faire ce qu'un garçon de son âge devrait pouvoir faire ! hurla soudain Persephon, à bout de patience. Est-ce que c'est trop te demander, Cassy ? Est-ce que pour une fois dans ta vie, tu pourrais arrêter d'agir en égoïste et penser à ton frère qui a besoin de toi ?

Cassy ouvrit plusieurs fois la bouche mais resta muette comme une carpe pendant ce qui parut à Remus être une éternité, avant de s'enfuir de la salle à toutes jambes.

Persephon gémit et se prit le visage dans les mains. Remus alla alors entourer son poignet de ses doigts fins et elle le prit dans ses bras avec un gros soupir. Serré contre elle, il pouvait voir la fine cicatrice que le sort de Bellatrix Black avait laissé sur sa joue, presque invisible en temps normal mais là, à cette distance et avec un rayon de soleil tombant presque dessus, elle se voyait nettement.

- Je suis tellement désolé…murmura-t-il, des larmes dans la voix.

- Ce n'est pas de ta faute, Remus, dit-elle doucement en lui caressant la tête.

Bien sûr. D'aussi loin qu'il s'en souvînt, ça n'avait jamais été de sa faute. Mais les faits étaient là, et il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable.

Ils restèrent une minute silencieux, et malgré la chaleur des bras de Persephon autour de lui, Remus se sentit affreusement seul.

- Je sais que ce n'est pas la meilleure solution, reprit enfin sa sœur, mais pour l'instant, j'en ai pas d'autre. Ça ira pour la fin de l'année. Et cet été, on demandera conseil à Papa. D'ailleurs, Maman t'a écrit il y a trois semaines déjà. Et tu n'as toujours pas répondu.

- J'ai été… occupé, biaisa-t-il en baissant les yeux.

Mais elle n'était pas dupe. Bien sûr.

- Hum… J'espère que tu travailles bien quand même.

- Oui, oui.

Avoir une grande sœur responsable, c'était bien pratique quand on était un loup-garou. L'ennui, c'était qu'elle ne vous laissait jamais tranquille, y compris pour les devoirs.

Lorsque Remus expliqua sa future absence le vendredi suivant, les autres eurent l'air tellement désolés qu'il s'en voulut un peu plus de leur mentir, tout en se sentant toujours aussi incapable de leur avouer la vérité. Comment allait-il tenir sept ans comme ça ? Ce n'était pas possible, vraiment pas.

oOoOo

Après un mois d'avril enchanteur et qui avait laissé croire que le printemps s'était installé pour de bon, le mois de mai parut beaucoup moins clément en comparaison, et leur apporta des jours de pluies et de froid qui mettaient nombre d'élèves de mauvaise humeur. Et Peter en faisait partie. Le château était plein de courant d'air, le ciel restait irrémédiablement gris et plus personne n'avait d'entrain pour aller dehors. Cela faisait maintenant trois semaines qu'il n'avait pas rendu visite à Hagrid et Crockdur, car il semblait que les nuages prenaient un malin plaisir à se vider de leurs eaux pendant ses heures de pauses.

Assis dans la salle commune de Gryffondor, il cherchait quelque chose pour se distraire. Remus était plus loin, à s'entraîner sur un sortilège avec James, et Sirius se disputait avec Driana et Lily à propos d'il-ne-savait-plus quel ingrédient dans une potion.

- Mais t'en as pas marre d'être mademoiselle Je-sais-tout en Potions ? s'exclamait Sirius à une Lily en colère.

- Et toi d'être aussi insupportable, répliquait Driana, secouant ses tresses. Je te dis que la racine de mandragore ne peut pas avoir cet effet-là !

- C'est vous qui êtes venues me voir ! Pourquoi, si vous savez déjà tout ?

- C'est une très bonne question, fit Lily en roulant son parchemin. Laisse tomber, Driana. J'irai demander à Sev' demain.

- Bien sûr, vas voir Servilius, ironisa Sirius. Il sait tout, mieux que tout le monde !

- Si par tout le monde, c'est à toi que tu fais référence, c'est pas très difficile, répliqua Driana. On monte, Lily ?

- J'arrive.

Les deux filles achevèrent de ranger leurs affaires sous l'œil furieux de Sirius, puis montèrent dans leur dortoir. Il les observa s'éloigner, avant de surprendre le regard de Jonathan depuis les fauteuils de la cheminée. Baissant la tête, il alla rejoindre James et Remus à la suite de Peter.

- Elles m'énervent, dit-il en se laissant tomber sur l'accoudoir du fauteuil de Peter qui grimaça et se décala pour lui faire un peu de place. La prochaine fois, je ne répondrai pas à leur question.

- Elles ne t'ont pas vraiment posé la question, remarqua doucement Remus en baissant sa baguette. C'est plutôt toi qui es allé t'immiscer dans leur conversation.

- Je m'ennuyais, se justifia Sirius. J'ai fini tous mes devoirs.

- Moi aussi, je m'ennuie, remarqua Peter. C'est pas pour ça que je vais embêter les autres.

- Tu n'as qu'à faire comme Remus et moi et t'entraîner sur les sortilèges, renchérit James.

Sirius poussa un soupir découragé, puis son visage s'éclaira soudain.

- Vous vous rappelez la Salle Inversante dont Flitwick avait parlé ?

- Celle qu'on n'a jamais trouvée ?

- Oui ! Ce serait bien si on se remettait à sa recherche !

James abaissa sa baguette à son tour et soupira.

- J'en ai parlé à mon père dans une lettre. Lui dit qu'il ne l'a jamais trouvé non plus. Et c'est pas faute d'avoir cherché.

- Justement, ça ne te donne pas envie de la trouver ?

James dut admettre que oui.

- Demain après-midi, on n'a pas cours. Vous ne voulez pas qu'on fasse un tour ? ajouta Sirius.

- Et où ? demanda Peter. Le château est immense.

- D'autant plus que si personne n'a jamais trouvé cette salle, renchérit Remus, elle n'est pas dans un endroit où tout le monde passe.

- Très bien, il faut trouver les endroits où personne ne va.

- Des suggestions ? ironisa Peter.

Il y eut un silence.

- Il y a bien ce couloir qui continue après l'escalier qui mène à la volière, fit enfin James. Et personne n'y passe, vu que c'est plein de toiles d'araignées.

- Et ben, on va commencer par là ! décida Sirius.

L'esprit enfin occupé, il fut assez obligeant pour s'exercer aux sortilèges et s'avéra même assez patient pour s'occuper de Peter pour le reste de la soirée.

Le lendemain, tous les quatre se trouvaient sur le seuil du nouveau couloir, hésitant à s'engager, frissonnant dans le courant d'air glacé qui descendait de la volière, leur rappelant que l'été n'était pas encore arrivé. Seul Remus, alors vêtu d'un simple pull, ne semblait pas incommodé.

- On se croirait dehors, fit James en se retenant pour ne pas claquer des dents. Tu as pris une potion réchauffante avant de partir, Remus ? Tu aurais pu nous en donner.

Remus se figea mais il n'eut pas le temps de trouver quoi répliquer que Sirius demandait :

- Tu as de quoi noter ce qu'on fait, Peter ? Faudrait pas qu'on se perde comme la dernière fois.

- J'ai tout, fit ce dernier. Même de l'encre dans mon sac.

- Bon, alors on y va ?

Personne ne bougea, et chacun resta immobile à fixer le couloir mal éclairé.

- C'est sinistre, dit enfin Remus.

- C'est pas comme si on était obligé de le faire, ajouta Peter.

Sirius inspira alors profondément et s'avança de quelques pas. James le suivit presque aussitôt.

- Là, il ne se passe rien, clama Sirius en écartant les bras. Vous avancez ?

Remus et Peter se consultèrent du regard puis ils rejoignirent les deux autres.

- Lumos, souffla Remus, allumant l'extrémité de sa baguette.

- Remus, quand est-ce que tu arrêteras d'être en avance sur le programme ? demanda James.

Pouvait-il répondre qu'il n'avait pas vraiment le choix ? Que chaque avance qu'il faisait était presque perdue pendant la pleine lune qui suivait ? Il trouvait incroyable que personne encore ne l'eût remarqué.

- Ce n'est pas très difficile, préféra-t-il répondre. Regarde. Tu tiens ta baguette légèrement incliné, comme ça, et tu dis Lumos.

James s'exécuta d'une voix claire et parvint presque aussitôt à un résultat convenable. Sirius y parvint un instant plus tard, alors qu'ils arrivaient à un escalier qui descendait.

Il semblait y avoir encore plus de toiles d'araignée, tellement poussiéreuses qu'elles ressemblaient à des cheveux blancs.

- … Escalier… marmonna Peter en griffonnant sur son parchemin.

- Précise que ça descend, fit Sirius en éclairant sa plume. Pas comme la dernière fois. Après, on ne savait plus.

Peter ajouta l'information et tous les quatre commencèrent à descendre les marches. Sur leur passage, Sirius et James écartaient précautionneusement les longs fils qui pendaient avec le bout de leurs baguettes tandis que Peter et Remus n'y prêtaient pas attention.

- C'est vraiment immonde, marmonna Sirius en contournant une énième toile. C'est incroyable que personne ne vienne faire le ménage quand même.

- Si plus personne ne passe par ici, à quoi ça servirait ? demanda Peter.

- Chez moi, même le grenier est propre. Personne n'y va pourtant.

- Regardez ! s'exclama soudain Remus.

Ils venaient de poser le pied sur une marche qui faisait également office de petit palier car une porte basse se découpait dans le mur.

- … porte sur palier… fit doucement Peter. Ça ne va pas, continua-t-il plus fort. On ne sait pas à quelle distance on est de la tour.

- Si on comptait les marches, est-ce que ça pourrait aller ? suggéra alors Remus.

- Oui, pourquoi pas.

Tous les quatre s'entre-regardèrent, personne ne voulant remonter pour compter.

- Je veux bien le faire, dit enfin James. Mais quelqu'un vient avec moi.

- Moi, dit enfin Remus quand il fut clair que ni Sirius, ni Peter ne feraient le chemin inverse. Sirius venait de s'asseoir sur une marche et Peter contemplait avec application son parchemin.

- Vous nous attendez avant d'ouvrir la porte ! ordonna James avant de commencer à monter, suivi par Remus.

Au bout d'une dizaine de marche, hors de porté de voix des deux autres, il demanda à Remus :

- Comment va ta mère ?

Remus sentit son cœur battre deux fois plus vite dans sa poitrine. Tu peux le faire, pensa-t-il.

- Un peu mieux.

- Pourquoi tes sœurs ne sont pas allées la voir avec toi, dimanche dernier ? Elles ne veulent pas ?

- On y va chacun notre tour. Les mages disent que sinon, ça la fatigue.

Ils continuèrent en silence, et arrivèrent en haut de l'escalier. Remus avait oublié de compter les marches.

- Soixante-trois, fit James.

- Ah ? Moi, j'en ai… soixante-deux.

- Zut ! Il faut recommencer.

- De toute façon, il faut bien qu'on redescende.

Soixante-trois marches plus tard, ils retrouvèrent Sirius et Peter qui contemplaient la porte en discutant de la meilleure manière de l'ouvrir. Remus donna l'information à Peter tandis que James s'approchait à son tour de la porte.

- Vous avez essayé de l'ouvrir ? demanda-t-il.

- Tu as demandé d'attendre, alors non.

- Quelqu'un connaît un sort pour ouvrir les portes fermées ?

- Si ça se trouve, elle est déjà ouverte, remarqua Peter.

- Y a qu'une manière de vérifier, fit Remus.

Il s'approcha à son tour et observa la poignée au métal terni par les siècles. Elle n'en restait pas moins finement ciselée avec des motifs végétaux et floraux, et on pouvait distinguer quelques symboles gravés dessus, que le temps avait polis.

Il n'aima pas. Quelque chose dans cette poignée ouvragée lui déplaisait profondément.

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, fit-il en se redressant et en s'éloignant de quelques pas.

- Pourquoi ? demanda Sirius, ironique. Tu as peur ?

Remus n'osa pas dire oui et se contenta de déglutir, tandis que son ami ajoutait :.

- Ce n'est qu'une porte.

- Je ne veux pas l'ouvrir.

- Très bien. Moi je vais le faire.

Il tendit la main et referma ses doigts sur la poignée. A cet instant, un cri de fureur retentit, métallique. La poignée sembla alors se déplier dans la main de Sirius, un des boutons de fleurs s'ouvrit puis se referma sur les doigts du pauvre garçon tandis que les tiges s'enroulaient autour de son poignet pour le retenir avec une force surprenante.

Trop surpris, Sirius ne hurla pas tout de suite mais rapidement, la douleur aiguë se fit sentir.

- Ahhh ! Aidez-moi ! Enlevez-ça !

James et Remus se précipitèrent et tentèrent de délier les tiges. Un autre bouton de fleur se dressa alors, comme une minuscule tête de serpent et Remus eut juste de temps de l'attraper sous la corolle avant qu'il ne le morde à son tour. Les tiges se resserrèrent autour du poignet de Sirius qui hurlait toujours, avant de se dérouler lentement.

- James ! ordonna Remus, attrape l'autre fleur comme j'ai fait.

James s'exécuta, fébrile. La fleur de métal relâcha alors son étau et Sirius se jeta en arrière, dans les bras de Peter.

James et Remus s'observèrent, tenant toujours chacun une fleur.

- Si on la lâche, elle va nous attaquer ? demanda James, le souffle court.

- A trois, fit Remus. Et on court.

Il compta lentement, puis au signal, tous deux lâchèrent leur tige et s'engouffrèrent dans les escaliers à la suite de Peter et Sirius. Ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils eurent atteint un endroit familier, au pied de la tour de la volière.

Gémissant et au bord des larmes, Sirius se laissa tomber sur une marche. Peter posa son matériel de scribe et partit à la recherche d'un mouchoir dans ses poches avant de le lui tendre pour éponger le sang qui s'écoulait en flot lent de l'index déchiré.

- Par Merlin, qu'est-ce que c'était ? souffla James, les mains sur ses genoux pour tenter de reprendre son souffle.

- J'en sais rien, fit Remus en se passant la main sur le visage. Mais ce n'était sûrement pas gentil.

- Comment tu as su ? demanda soudain Sirius.

Remus le regarda sans comprendre.

- Comment tu as su qu'il ne fallait pas l'ouvrir et surtout, pourquoi tu n'as rien dit ?

- Mais je te l'ai dit ! J'ai dit que ce n'était pas une bonne idée.

- C'est pas faux, remarqua James, en arbitre.

- Tu n'as pas répondu à ma question, détourna Sirius.

- Il y avait des écritures dessus, fit lentement Remus. Ma mère m'a toujours dit que quand on ne comprend pas ce qui est écrit, il vaut mieux ne pas toucher.

- Ça saigne toujours, dit alors Peter. Sirius, il faut que tu ailles à l'infirmerie.

Sirius retira le mouchoir et regarda le sang pulser hors de son corps.

- Quelqu'un savait que les doigts pouvait saigner autant ?

Personne ne répondit.

- Mais enfin, qu'est-ce que vous avez fait ? s'exclama Pomfresh un quart d'heure plus tard en les voyant entrer dans l'infirmerie.

Il est vrai qu'ils présentaient un spectacle peu ragoûtant. La chemise de Peter était tachée du sang de Sirius et la manche de ce dernier s'imbibait lentement, le mouchoir étant depuis longtemps saturé.

Elle fit asseoir Peter et Sirius sur un lit et commença à les ausculter de la baguette.

- Moi, je n'ai rien… tenta Peter… C'est pas moi qui saigne…

Mais elle ne le laissa pas se lever avant d'être sûr qu'il n'était pas blessé, pour s'occuper ensuite de Sirius.

- Vous vous êtes fait mordre ! s'exclama-t-elle en voyant l'extrémité de l'index en partie déchirée. Encore heureux que vous n'ayez pas perdu votre doigt, je n'aurais rien pu faire.

Elle alla dans un placard, revint avec des pots, des fioles et des bandages et commença à travailler, sous le regard curieux de Sirius. Les trois autres s'étaient prudemment éloignés de quelques pas.

Un quart d'heure plus tard, ils sortaient de l'infirmerie.

- Quand même, fit Sirius. C'est tout petit. Je n'ai pas besoin d'un bandage aussi gros.

- Elle en fait toujours un peu trop, remarqua Remus avant de se maudire quand il vit Sirius lever les yeux vers lui.

- Comment tu sais ?

- Enfin… tu as bien vu… elle me garde pour la nuit quand j'ai des brûlures d'estomac…

- Oui mais chez toi, c'est presque chronique.

Remus se figea à ces paroles et eut toutes les peines du monde à garder le même rythme de marche.

- Elle a quand même dit que tu avais failli perdre un doigt, remarqua Peter.

- Oui mais je ne l'ai pas perdu. Je suis désolé pour ton mouchoir par contre. Je te donnerai un des miens.

- Pas la peine.

Ils arrivèrent devant le portrait de la Grosse Dame et pénétrèrent dans la salle commune, presque vide en cette heure de l'après-midi.

- Quand est-ce qu'on y retourne ? demanda Sirius en prenant place pour la première fois de sa vie dans un des fauteuils près de la cheminée.

- T'es pas sérieux ? fit James. Tu veux y retourner ?

- Bien sûr ! Une porte aussi bien gardée doit cacher quelque chose, non ? En plus, maintenant on sait comment l'ouvrir.

- Je tiens à mes doigts, fit doucement Peter en croisant ses bras sur sa poitrine en signe de protection.

Mais James semblait emballé par l'idée.

- C'est vrai, ça ! Ce serait trop bien si on était capable de voir ce qu'il y a à l'intérieur.

- Mais ça peut être dangereux, ce qu'il y a à l'intérieur, fit Peter.

- Qui s'en soucie ? répliqua Sirius. On a l'infirmerie juste à coté et de toute façon, ils ne peuvent pas garder des choses si dangereuses dans une école, si ?

Peter ouvrit la bouche mais ne trouva rien à répliquer.

- Ça me rappelle quelque chose, dit soudain James, songeur. Mais je ne sais plus où je l'ai vu...

Il leva les yeux et croisa ceux de Remus, vagues et préoccupés, mais il ne vit rien de tout cela, seulement le souvenir qui remontait à la surface.

- Remus ! Tu as toujours l'Histoire de Poudlard ?

- Il est dans ma malle, oui.

James ne le laissa pas finir sa phrase et partit comme une flèche en direction du dortoir pour revenir quelques minutes plus tard et s'asseoir à son tour, le livre dans les mains.

- C'était dans le chapitre sur la construction… fit-il lentement en parcourant les pages. Ah voilà !

Il lut alors à haute voix :

"Quand la construction fut confiée à Mélusine, celle-ci demanda aux Quatre Fondateurs si elle pouvait créer une chambre pour rendre hommage à Merlin. Après moultes discussions, il fut convenu qu'elle recréerait, avec l'aide des Quatre, une minuscule partie de la forêt de Brocéliande. Cette pièce fut un temps utilisée par les habitants du Château comme un lieu de ballade et de plaisance mais au fur et à mesure que le Château s'agrandissait, on oublia peu à peu son existence et la manière de déjouer son gardien. Cette édition de l'Histoire de Poudlard n'est toujours pas en mesure de révéler son emplacement exact à ses lecteurs."

Il arrêta là la lecture et retourna le livre pour montrer aux trois autres la reproduction d'une gravure qui représentait la poignée de la porte à laquelle ils s'étaient confrontés un peu plus tôt. L'illustration animée montrait la poignée se plier et se déplier, et les deux boutons de fleurs s'ouvrir et se fermer avec impatience sur le vide.

- C'est ça ! fit James en s'efforçant de contrôler sa voix. Derrière cette porte, il y a la forêt de Brocéliande !

- Une reproduction, le tempéra Peter.

- On s'en fiche, répliqua Sirius avec un mouvement agacé de la main. C'est encore mieux qu'une Salle Inversante !

Il bondit de son fauteuil, le poing levé.

- Sus à Brocéliande !


Je vous rappelle notre adhésion au Forum Francophone, si l'envie vous vient de venir discuter avec nous...

Rendez-vous comme d'habitude (genre...) le mois prochain, c'est-à-dire le 20 novembre, pour un chapitre ensoleillé !

Et si vous pouviez nous laisser un témoignage de votre passage ? Vous savez, la case "review", juste en dessous ? Merci !