Chapitre 10

J'ouvre petit à petit les yeux. Ma première vue du matin est celle de Peter qui est en train de me contempler. Il s'était réveillé bien avant moi. Son petit sourire me rend de bonne humeur. J'en ai presque oublié ce qui s'est passé la veille. Surtout que nous sommes à quelques heures du réveillon de Noël avec May. Il replace une mèche qui venait de me cacher les yeux. C'est ce genre de moments que j'apprécie et dont je profite chaque fois que j'en ai l'occasion. Ce sont nos seuls instants où nous sommes tranquilles.

— Bien dormi ?

— Oui. À quelle heure sommes-nous partis nous coucher ?

— Je crois qu'il devait être 00h30. Tu ne bosses pas aujourd'hui ?

— Non, je suis en vacances jusqu'au 2 janvier pour être tranquille. Je déteste travailler les jours de fête. Et toi ?

— Au Daily Bugle ils ne bossent pas les 24, 25, 31 et le 1er janvier. Ainsi que les jours fériés habituels.

— Ça se passe comment là-bas ? Vu que tu viens de commencer depuis une semaine pratiquement.

— Ça va. On me demande de faire un article pour la fin de la semaine sur Spider-Man. Tu m'aideras pour les photos ?

— Même si tu connais mon avis à propos de ce sujet-là, oui, je t'aiderai. Des nouvelles de May ?

— Je ne sais pas. Je ne l'ai pas entendu rentrer. Tu as faim ?

— Un peu…

— Je vais aller faire le petit-déjeuner !

— Tu veux de l'aide ?

— Non, reste là.

Il file préparer notre petit-déjeuner, même s'il est pratiquement 12 heures après avoir enfilé un jogging et un t-shirt. Il ne fait pas chaud à l'extérieur de la chambre. Il passe en même temps par la chambre de May et l'ouvre pour savoir si elle était là. Personne. Le lit n'était pas défait, il hausse les épaules et continue son chemin en direction de la cuisine. Quand il y est, il check la porte du frigo où les endroits que May utilise pour mettre un message pour expliquer son absence. Là non plus il n'y avait rien. Ce n'est pas dans son habitude de ne pas le prévenir quand elle sort. C'est une question de respect et de confiance l'un envers l'autre. Ils ont incorporé ce système dès le moment où Peter est devenu en âge de sortir et de comprendre que sa tante et son oncle avaient une vie en dehors de la sienne et de l'apprentissage de son éducation.

Devant les placards, il sort ce dont il a besoin pour le petit-déjeuner. Un grand plateau, des verres, bols et tout ce qui peut lui être utile. Il sait ce que j'aime prendre le matin. Pancakes nature, Thé aux fruits rouges, un verre de jus d'orange. Pressé ou non, je n'ai pas de préférence. Grâce à ce petit rituel routinier, je peux continuer de bosser durant trois heures sans avoir peur d'avoir des grognements de la part de mon ventre. Lui il est plus œufs brouillés, jus d'orange et bacon. May prend vraiment son temps quand je dors ici pour faire plaisir à tout le monde. Quelques fois, ça lui arrive de faire trois plats différents quand elle ne veut pas l'un des deux. Je la trouve très courageuse et motivée quand ça arrive. Quant à moi, je fouille dans mon téléphone pour voir les nouvelles. Je n'ai pas grand-chose étant donné que je ne connais plus vraiment personne. Il y a juste Charlie qui me souhaite un bon réveillon. Je lui réponds.

Peter revient avec son plateau. Je pose mon téléphone sur la table de chevet et il s'installe en le mettant entre nous deux. Je l'embrasse pour le remercier. Je devrais me rappeler de le faire plus souvent. Ça fait toujours plaisir. Il coupe un morceau d'œuf brouillé et de bacon.

— May n'est pas rentrée cette nuit.

— Ha bon ?

— Elle n'a pas laissé de mots. D'habitude elle en met toujours quand elle sort pour me prévenir.

— Peut-être qu'elle a eu trop de travail hier soir. Et qu'elle s'est reposée là-bas.

— Peut-être. J'essaierai de l'appeler si jamais elle ne revient pas dans l'après-midi.

Après avoir pris notre temps, Peter le pose à côté du lit et il entoure mes épaules de son bras. Ma tête se cale dans le creux.

— C'était très bon.

Il me fait un grand sourire avant de m'embrasser affectueusement.

— Enfin quelques jours de repos. On va pouvoir se détendre, s'enthousiasme Peter.

— Se détendre ? M'étonnais-je. Alors que les fêtes de fin d'années arrivent ?

— C'est sûr. Mais en cette période de l'année j'ai toujours un peu de répits. Et puis nous n'avons pas eu de nouvelles de ce faux Spider-Man.

— Je crois surtout qu'on parle beaucoup trop vite. Je ne sais pas vraiment si ces personnes ont une période spéciale.

— La plus part des criminels non liés à mon environnement si. Ils ont toujours une date précise qui déclenche ce côté machiavélique.

— On va vraiment rester enfermer toute la journée ?

— Bah… Dehors il ne fait pas chaud et tout est fermé à New York.

Je fais une petite moue boudeuse, mais ça ne fonctionne pas. Je glisse doucement sous la couette.

— Qu'est-ce que tu fais ?

Je ris puis me mets à le chatouiller. Il n'aime pas ça. Il me tire vers lui pour que je puisse me mettre à califourchon sur son corps. Je retente de le taquiner un peu, mais il gagne toujours.

— Tu sais très bien que tu vas perdre à ce jeu là !

Je lui tire la langue.

— Bougeons un peu. Allons au moins dans le salon pour regarder un peu la télévision.

— Devant vos feuilletons à l'eau de rose spéciaux de Noël ? Non merci !

— Tu choisis ce que tu veux.

Il finit par céder. Nous changeons de lieu. Il exploite cette option pour ranger la cuisine et ranger le plateau-repas utilisé. Il met en fond sonore la télévision.

Ce que nous ne savions c'est que les choses s'étaient gâtées derrière notre dos. Quelque part, dans une usine désinfectée, un petit groupe de trois personnes détenaient une femme. Elle était assise, endormie, la tête penchée sur le côté et enlacée sur la chaise pour éviter qu'elle ne s'échappe. Son visage était marqué par des blessures légères, prouvant qu'il y a eu lutte. Une caméra se trouvait entre les trois hommes tapis dans l'ombre. Seul le corps de cette femme était visible dans cette pièce.

Elle se réveillait difficilement. Elle avait une migraine carabinée. Comme si elle avait été droguée ou qu'elle s'était pris une cuite. Mais malheureusement pour elle, elle ne faisait aucun des deux, c'était une femme clean.

— Madame est réveillée ?

Avait demandé la voix d'un homme. Shootée, elle réalise petit à petit qu'elle est enfermée par des brigands. Elle tente de bouger, mais des cordes l'en empêchent. C'est là qu'elle saisit l'importance de la gravité. May fait son possible pour ne pas céder à la panique.

— Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?

Pas une réponse. C'est comme s'ils attendaient quelque chose. Mais quoi ?

Quelqu'un sonne chez les Parker. Nous nous dévisageons.

— May a visiblement oublié ses clefs, conclut Peter.

— Mais tu l'as appelé non ? Tu as réussi à l'avoir ?

— Non. Elle n'avait peut-être plus de batterie sur son téléphone portable, songe-t-il.

Il est agacé de devoir se lever et il insiste pour que j'y aille à sa place. Je hausse les épaules et me dirige vers la porte d'entrée.

Il n'y a personne, je baisse les yeux et un paquet a été déposé au pied de la porte. Il était assez volumineux. Un sourcil se lève sur mon visage, intrigué, il y a seulement écrit que c'était destiné à Peter. Je le ramène dans le salon.

— Alors comme ça on a un admirateur secret ?

— Ce n'est pas pour moi, mais pour toi, rigolais-je en lui tirant la langue.

— Pour moi ?

— Fais attention, je risque d'être jalouse.

Je fais mine de bouder en croisant les bras. Il pouffe de rire avant de me tirer vers lui jusqu'au canapé à l'aide de mon t-shirt.

— Tu ne bouderas point. Sous mon toit en tout cas. Ce n'est pas de ma faute si je suis aussi célèbre.

— C'est ça. Ça aurait très bien pu être pour moi ! Grimaçais-je en lui donnant une gentille tape sur la cuisse.

— AÏE ! Souffre-t-il en se massant l'endroit que j'ai visé.

Il est tellement robuste que je sais pertinemment qu'il ne sent rien. Que ce n'est que de la comédie pour se moquer de moi. Un petit tsssss sort de ma bouche et jelui donne le paquet, il l'ouvre. Une cassette vidéo est à l'intérieur, pas de mot pour expliquer pourquoi on lui en envoie une. Même si nous avons fouillé dedans. Peter se dirige vers la télévision et la rentre dans un magnétoscope. Oui, toute la maison des Parker n'est pas modernisée, seulement la chambre de Peter. May n'est pas vraiment branchée geek. Ils ont déjà le câble, c'est suffisant. Il allume la télévision et met en marche la vidéo.

Il faudra plusieurs minutes (peut-être bien cinq minutes), il n'y avait qu'un fond noir et le son était nul. Ce n'est qu'à partir de ce moment, que l'ambiance dans le salon est devenue différente. Elle contenait des images incluant deux hommes et May prisonnière. Je peux voir que Peter était désabusé de voir ça. Ses doigts se contractaient sur la télécommande. L'un des deux qui semblait plus grands qui parlait durant tout montage réclamait la présence de Spider-Man sur la Riverdale Ave, à 18 heures, ce soir. Je crois que Peter voit au-delà du rouge ou du pourpre. Je n'ose même pas lui demander ni même lui adresser un mot. May est sûrement la dernière personne à laquelle il ne veut pas qu'on touche dans sa famille. La vidéo était terminée et il ne restait plus qu'une image brouillonne. Même pas de fond noir comme au début. C'était comme si nous étions sur notre faim après plus de deux heures de film.

À bout, il jette une des télécommandes qu'il tenait dans sa main contre un mur et elle se casse en deux. Ce moment, il le craignait le jour où il arriverait. Je regarde l'objet brisé en plusieurs parties, il a simplement l'air d'avoir perdu ses piles et la face qui les cachait. Qu'est-ce que je pouvais bien faire ? Le connaissant, il ira. Je ne peux pas le retenir. C'est son devoir.

— Nous ne savons même pas qui sont ses deux hommes, cherchais-je à calmer les tensions.

— Pour moi tout est net Liz. À part Harry je ne vois pas qui nous veut autant de mal. Il a franchi un cap.

— Plus d'un serait prêt à te voir mort actuellement.

— Merci, vraiment, merci Liz de tenter de me réconforter, blâme-t-il avec amertume.

— Tout ce que je dirai tu t'en foutras, parce que je sais que tu iras à ce rendez-vous !

— Tu as tout compris.

— Ça ne te vient pas à l'idée que ça puisse être un piège ?

— C'est le seul moyen que j'ai d'en savoir plus pour May.

— Très bien, vas-y, jette-toi dans la gueule du loup !

Je me presse vers le couloir qui mène à la porte d'entrée pour enfiler mon manteau, mon écharpe et récupérer mon sac à main. Peter est sur mes talons.

— Où vas-tu ?

— Je rentre chez moi.

— Pourquoi ? Je serais rentré pour le réveillon tout à l'heure.

— Tu es optimiste. Si tu rentres avec May, si jamais elle est vraiment prisonnière, alors je reviendrai. Mais je me vois très mal attendre ici dans l'inquiétude de ne pas te revoir avec May.

— Mais chez toi où ici quelle importance ?

— L'importance ? C'est que j'ai tout à portée de mains.

— Étant donné que tu es aussi têtue que moi, je ne te supplie pas de rester ?

J'affirme sa proposition et je fais un nœud avec la ceinture de mon manteau long pour le fermer correctement. Je vérifie également que mon cache-cou est bien ajusté.

— Fais attention à toi ! Soupirais-je, déçue.

Un bisou sur la joue, mais avant que je m'en aille, il m'attire vers lui et me câline.

— Laisse-moi rentrer Peter. Tu le dis toi-même, nous nous reverrons ce soir quand tu auras fait cette rencontre.

Le coin de ses lèvres remonte un peu pour former un faible sourire et éviter de montrer le stresse qui l'envahie depuis cette annonce. Il me lorgne jusqu'à ce que je quitte sa maison. Il gravit les escaliers pour aller dans sa chambre et le voilà maintenant devant son bureau. Le masque de Spider-Man était rangé dans un de ses tiroirs. Il le récupère et l'examine. Chaque fois qu'il le fixe de cette façon, il a toujours cette sensation que le masque est vivant, et que ses yeux l'observent à son tour.

— Il n'y a plus que toi et moi ce soir. May compte sur nous !