25 décembre 2025
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Eurydice se dirigea vers la cuisine du Terrier, des assiettes sales plein les mains. Elle passa à côté de Ted qui discutait avec Roxanne et sentit le regard de ce dernier sur elle. La jeune femme l'ignora royalement mais l'entendit s'excuser auprès de son interlocutrice.
— Tu vas me faire la gueule encore longtemps ? demanda-t-il alors qu'elle posait les assiettes près de l'évier.
— Je ne te fais pas la gueule, mentit-elle à moitié.
— Tu m'as à peine adressé la parole du repas.
— Et bien, il faut croire que ma vie ne tourne pas autour de toi, rétorqua-t-elle en se tournant vers lui.
Eurydice planta ses grands yeux verts dans ceux noisette de son « meilleur ami ». Elle n'était même plus sûre de pouvoir l'appeler ainsi. Elle avait la désagréable impression que Victoire était en train de réussir ce qu'elle avait toujours voulu faire : détruire leur amitié.
— Tu m'en veux encore pour samedi dernier ?
— Absolument pas.
— T'as toujours été incapable de me mentir correctement, Di. Tu crois quand même pas que ça va commencer maintenant.
— Il y a un problème ? questionna Lily en pénétrant dans la cuisine.
— Non aucun Lily, répliqua Eurydice en lui offrant un sourire.
Sans rien ajouter, la jeune femme quitta la pièce et retourna dans la salle à manger. Elle s'installa à côté de Louis qui avait son bras sur le dossier de sa chaise et qui caressa doucement sa nuque du bout des doigts. Il discutait avec Molly de hibou. La jeune femme travaillait dans la Ménagerie de sa mère depuis la fin de ses études et s'inquiétait quant à l'importation de hiboux.
Eurydice ignora Ted qui reprit sa place en face d'elle. La grand-mère Weasley l'avait placée là sachant qu'Eurydice et lui s'entendaient à merveille et pourtant les deux amis s'étaient à peine adresser la parole depuis le début du repas. La jeune femme tendit la main vers le pichet d'eau et se servit un verre.
— Je pourrais en avoir aussi, s'il te plaît, demanda Ted en tendant son verre.
Eurydice le servit sans rien dire tandis qu'il la remerciait. Elle se savait butée mais n'arrivait pas oublier la manière dont il l'avait laissée tomber quelques jours plus tôt. Les conversations autour d'eux étaient animées et joyeuses et Eurydice avait l'impression de ne pas être à sa place. Les Weasley tout comme les Flint était une famille unie mais elle ressentait toujours comme un sentiment d'oppression lorsqu'elle allait les voir. A chaque fois qu'elle venait l'un d'eux se croyait intelligent et lui demandait quand Louis et elle comptaient leur donner un arrière-petit-fils, un petit-neveu ou un cousin. Jamais personne chez les Flint ne les avaient pressés à se marier alors que cela avait toujours été l'ultime but de la grand-mère de Louis.
Cette dernière n'avait d'ailleurs pas manqué de leur demander quand ils comptaient lui donner un troisième arrière-petit-enfant. James Potter avait, en effet, eu une petite fille avec sa petite amie de l'époque seulement quelques mois après sa sortie de Poudlard. Les parents n'étaient désormais plus ensemble mais se partageaient la garde alternée de la petite qui avait désormais presque trois ans et jouait, à cet instant-là, avec les playmobiles qu'Eurydice et Louis lui avaient offert.
— Tata ! Tata, appela-t-elle.
Eurydice ne se tourna vers Matilda que lorsque l'enfant commença à tirer sur son t-shirt.
— Tu joues avec moi ? demanda-t-elle.
— Elle n'attendait que ça ! intervint James en souriant. Avant de partir, elle n'a pas arrêté de me demander si Tata Didi serait là.
Il était vrai qu'Eurydice prenait toujours le temps de jouer avec la petite lorsqu'elle la voyait.
— Tu veux jouer à quoi ?
— A ça ! dit-elle en lui montrant les playmobiles.
Eurydice se leva et alla s'asseoir en tailleur près des playmobiles. Elle échangea un sourire avec Louis et commença à jouer avec Matilda. Une histoire de méchant sorcier qui voulait attaquer des licornes.
— Quand je dis qu'Eurydice ferait une parfaite maman. Elle a toujours été si à l'aise avec Matilda et même avec Fergus. Tu te rappelles la fois où j'ai dû le garder. Je n'arrivais pas à le calmer, le pauvre petit criait à s'en décrocher les poumons. Il ne s'est calmé que lorsqu'Eurydice me l'a pris des bras pour le bercer, déclara Molly Senior d'une voix tendre.
Une chaise racla durement le sol et Eurydice vit Victoire s'éloigner d'un pas rapide. La jeune femme devina que la jeune Weasley avait mal pris la remarque de sa grand-mère.
— J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? questionna Molly sans comprendre.
— Non, ne t'en fais pas, Maman, répliqua Bill.
— Je vais voir ce qu'elle a, souffla Fleur avant de se lever de table.
Les regards de la majorité des Weasley suivirent Fleur alors qu'elle quittait la pièce. Un silence gêné s'installa dans la pièce seulement ponctué par le tic-tac de la pendule et les playmobiles qui s'entrechoquaient. Les conversations reprirent doucement après une trentaine de secondes mais elles couvraient difficilement la dispute qui avait lieu à quelques pièces de là. Bien qu'elle joue avec Matilda, Eurydice n'avait aucun mal à sentir la tension qui régnait dans la maison. Une poussée de colère la prit. Encore une fois, Victoire gâchait tout. Et encore une fois Ted et sa mère allaient lui trouver des excuses au lieu de prendre le minotaure par les cornes.
Fleur revint dans la salle à manger une dizaine de minutes plus tard. Les conversations cessèrent tandis qu'Eurydice ne pouvait manquer l'expression fatiguée de son visage. Victoire allait mal et lui en faisait voir de toutes les couleurs.
— Elle a envie d'être un peu seule, souffla-t-elle.
Eurydice sentit le regard de sa belle-mère se tourner vers elle.
— Pourquoi ne reviendriez-vous pas à table Eurydice ? dit-elle. Il n'est pas nécessaire de vous donner ainsi en spectacle.
— En spectacle ? répéta Eurydice sans comprendre.
— Nous savons que vous êtes douée avec les enfants, il n'est pas nécessaire d'en faire la démonstration à chaque repas de famille, répliqua Fleur Weasley.
— Fleur ! s'exclama Bill d'une voix dure.
— Mais c'est vrai. On dirait qu'elle fait exprès, s'irrita son épouse.
— Eurydice ne fait exprès de rien du tout, maman, intervint Louis. Victoire est malade et il serait peut-être temps que vous vous en rendiez compte !
Fleur tourna un regard perçant vers son fils tandis que le silence devenait de plus en plus gênant autour de la table.
— Ta sœur n'est pas malade, Louis Arthur Weasley ! Elle a juste besoin de temps et de ses proches.
— Ce dont elle a besoin c'est de voir un psychomage et je crois que Teddy et toi, vous êtes les seuls à ne pas vous en rendre compte, rétorqua Dominique.
— Ta sœur n'est pas folle !
— Je n'ai jamais dit ça. Tu déformes mes propos, maman. Voir un psychomage ne signifie pas être folle contrairement à ce que tu penses, répliqua Dominique.
Eurydice vit Fleur serrer les poings contre sa robe.
— Je… Je vais faire un tour, déclara-t-elle ne pouvant cacher le sanglot dans sa voix.
Eurydice entendit Molly se racler la gorge visiblement mal à l'aise. Il était rare que la famille de son fils aîné se fasse ainsi remarquer.
— Il fait chaud pour un noël, vous ne trouvez pas ? tenta-t-elle maladroitement.
— Je trouve aussi, Molly, intervint Audrey gênée. Comme on dit chez les Moldus : « Noël au balcon, Pâques au tison » ! s'exclama-t-elle en essayant de paraître joyeuse.
La tension fut palpable pendant le reste du repas malgré les meilleurs effort d'Audrey, Molly ou encore George. Ce dernier n'avait cessé de faire des blagues sur son oreille manquante sans que cela ne permette de baisser la tension. Après le repas, Ron avait proposé de jouer un match de Quidditch, proposition qui avait été acceptée avec joie. Fleur s'éclipsa sans doute pour aller retrouver Victoire tandis que le reste des convives se dirigeait vers le terrain de Quidditch derrière le Terrier.
— Il faut que je te parle Eurydice, déclara Ted alors que le match venait de commencer.
— On a rien à se dire, rétorqua-t-elle d'une voix froide.
— Merlin ce que tu peux être bornée ma parole ! s'exclama-t-il visiblement agacé.
Eurydice sentit le regard d'Hermione et Molly Weasley se tourner vers eux mais la jeune femme n'y prêta pas attention.
— S'il te plaît, Eurydice, insista Ted dans un murmure.
— Très bien ! lança-t-elle en se levant.
Les deux jeunes gens s'éloignèrent du terrain de Quidditch en silence. Eurydice voyait bien que Ted avait des difficultés à trouver ses mots.
— Qu'est-ce que tu me voulais, Ted ? demanda Eurydice.
Elle n'arrivait pas à cacher son agacement face au comportement de son meilleur ami. S'il avait quelque chose à lui dire, il pouvait y aller franchement et arrêter de tergiverser comme il le faisait à cet instant.
— Je sais que je t'ai blessée, Di, et j'en suis vraiment navré, finit-il par dire. Mais j'aimerais vraiment que tu comprennes que…
— Que je comprenne quoi, Ted ? Que je ne peux pas compter sur toi ? T'en fais pas ça je l'ai compris ! le coupa-t-elle venimeuse.
Eurydice se retenait d'exploser depuis des semaines mais le comportement qu'avait eu Victoire quelques heures plus tôt ne lui permettait plus de se taire.
— Tu es injuste, Di. Victoire est ma femme.
— Mais ça je le sais, Ted. J'en suis parfaitement consciente, merci ! Mais tu vois, je commence à vraiment en avoir marre d'être prise pour le dindon de la farce. Victoire s'en prend à moi ouvertement depuis plusieurs semaines et tu t'en es parfaitement rendu compte mais tu préfères te voiler la face plutôt que d'affronter la vérité. Je n'ai pas fini ! lança-t-elle quand il tenta de répondre. Tu vois, je crois que c'est le bon moment de vider mon sac en fait, donc je vais le faire maintenant. Tu es mon meilleur ami depuis l'école élémentaire, Ted. On a toujours été très proches l'un de l'autre et tu vois pendant longtemps j'étais persuadée qu'on serait amis pour toujours, toi et moi. On était là l'un pour l'autre, on se soutenait mutuellement. Mais, tu vois… Depuis quelques temps, je me rends compte que cette amitié est en train de tourner comme une amitié à sens unique.
— T'affabules… commença-t-il.
— Laisse-moi finir ! rugit-elle.
Eurydice serra les poings contre ses cuisses. La jeune femme se retenait depuis des semaines de lui dire ce qu'elle avait sur le cœur et elle ne pouvait plus garder ses sentiments pour elle.
— J'ai toujours considéré l'amitié comme quelque chose de primordiale. Quand on était en dernière année, j'ai fait passer mon amitié avec Nikolaï avant mon histoire avec Lucian. Quand Victoire et toi aviez des problèmes dans votre couple et que tu étais déprimé, j'étais toujours là pour toi. Quand je pense que j'ai annulé un rendez-vous avec Charles pour passer du temps avec toi…
Elle soupira légèrement comme si elle se rendait compte de sa propre stupidité. Eurydice vit les cheveux de Ted devenir de plus en plus gris à mesure qu'elle parlait.
— J'ai été là quand tu t'es marié avec Victoire alors que je la déteste. J'ai accepté d'être ton témoin car pour moi ton bonheur était plus important que ce que je pensais de ta future épouse. J'ai été là lorsque Victoire était à Ste Mangouste et que quelqu'un devait garder Fergus. Pour moi, c'était juste normal. C'était ce que n'importe quel ami ferait dans de telles circonstances mais, depuis quelques temps, j'ai l'impression que j'ai tort, que c'est pas le cas. J'ai l'impression que j'ai tout donné pour une amitié à sens unique et sincèrement je sais pas si j'ai envie de continuer.
— Si c'est à cause de samedi dernier, je t'ai dit que j'étais désolé. Je sais pas ce que tu veux que je te dise de plus, Eurydice, répliqua-t-il lorsqu'il fut sûr qu'elle eut fini de parler.
— C'est à cause de ça et de plein d'autres choses, Ted. Samedi dernier était un jour important pour moi. Nikolaï et moi ne nous parlons plus dernièrement. T'es mon meilleur ami et j'avais tellement envie de partager ce moment avec toi. Enfin, c'est ça et toutes les fois où elle a fait exprès de fêter son anniversaire en même temps que le mien pour que tu n'y ailles pas.
— C'est arrivé que deux fois, Eurydice.
— Parce que les autres fois, j'ai décalé le mien. Je sais pas quand je te parle j'ai juste l'impression qu'on vit pas dans le même monde. J'ai l'impression qu'elle est en train de te laver le cerveau, avoua-t-elle.
Eurydice le vit se rembrunir à l'entente de sa dernière phrase.
— Elle ne me lave pas le cerveau Eurydice. On évolue tous dans la vie ! Et à un moment ou un autre, ta vie de famille devient logiquement plus importante que tes amis. C'est normal !
— Pas au point de délaisser tes amis comme tu le fais ! répliqua-t-elle.
— Dit la fille qui ne s'est même pas rendu compte que l'un de ses meilleurs amis…. Meilleurs amis, insista-t-il, était encore amoureux d'elle.
Eurydice eut l'impression de recevoir un coup en l'entendant lâcher cette vérité de manière si violente. Elle recula d'un pas puis de deux, l'air sonné.
— Je… Je crois qu'il faut mieux qu'on arrête de se voir. Je… Je peux pas continuer à fréquenter quelqu'un qui ne semble même pas essayer de comprendre comment je me sens. Je te souhaite tout le bonheur du monde dans ta vie future, Ted, dit-elle avant de lui tourner le dos.
Elle ne lui laissa même pas le temps de rétorquer qu'elle transplanait. La jeune femme atterrit devant la porte de la grande demeure de Nikolaï. Elle avait transplané chez lui sans trop y penser et n'osa pas frapper à la porte. Elle s'assit sur la première marche dévastée. Etait-ce réel ? Venait-elle vraiment de perdre son plus vieil ami ?
Eurydice sentit les larmes commencer à couler le long de ses joues. Elle, qui ne pleurait jamais, se sentait soudainement extrêmement faible et pathétique. La colère montait en elle alors qu'elle revivait sa dispute avec Ted. La porte d'entrée, derrière elle, s'ouvrit d'un seul coup la faisant par la même sursauter.
— Tu vois ! Je t'avais dit que j'avais entendu transplaner, déclara la grand-mère de Nikolaï.
— Di ! s'exclama ce dernier visiblement surpris.
Eurydice s'essuya rapidement les yeux. Elle savait que ces derniers étaient sans doute rouges mais elle espérait pouvoir s'en sortir avec un petit mensonge. Elle se leva d'un bond et offrit à Nikolaï son plus beau sourire.
— Joyeux noël ! Lança-t-elle.
Avant qu'il n'ait pu l'en empêcher, la jeune femme passa ses bras autour de son cou pour l'enlacer. Elle sentit le jeune homme la serrer un peu plus contre lui avant de s'éloigner doucement d'elle. Eurydice tourna son regard vers la vieille femme à ses côtés.
— Bonjour Mrs Gudgeon ! Joyeux noël, déclara-t-elle poliment.
La grand-mère de Nikolaï la salua en souriant puis dit d'une voix :
— Ça a pas l'air d'aller fort, mon chaton. Tu ferais bien de rentrer au chaud.
Eurydice voulut refuser mais la sorcière ne lui en laissa pas le temps et l'entraîna à l'intérieur de la demeure. Mal à l'aise, Eurydice se laissa guider jusqu'à la salle à manger où se trouvait toute la famille paternelle de Nikolaï. Elle se sentit rougir violemment en sentant tous les regards des convives se tourner vers elle.
— Regardez qui le Père Noël nous a apporté ! s'exclama joyeusement la grand-mère. Tiens assieds-toi à côté de Nikolaï, ajouta-t-elle en faisant apparaître une chaise.
Eurydice salua les personnes présentes timidement avant de s'installer à côté de son ami.
— Tu veux du thé ? questionna Nikolaï en tendant la main vers la théière.
— Je… Avec plaisir, merci, répondit-elle.
D'un coup de baguette, Nikolaï transforma une soucoupe en tasse avant de la remplir.
— Alors comment vas-tu depuis la dernière fois, Eurydice ? interrogea la mère de Nikolaï.
Son accent russe était toujours aussi envoûtant qu'il l'avait été et sa voix toujours aussi chaleureuse.
— Très bien, Mrs Gudgeon. Nikolaï vous a dit qu'on allait travailler ensemble lors de la prochaine coupe du monde ?
— Il nous en a parlé en effet. J'imagine que tes parents doivent être fiers de toi, particulièrement ton père d'ailleurs.
— Papa était fou de joie quand il l'a appris, avoua Eurydice gênée.
— Comment va-t-il d'ailleurs ton père ? questionna Mr Gudgeon. J'ai appris pour ton frère, continua-t-il avec une petit grimace.
— Ça a pas été facile mais on relève la tête. Jonas regrette vraiment son geste.
— Il est déjà passé devant le Conseil ? demanda Nikolaï à sa droite.
— Pas encore. Cela va se faire après les vacances, répondit-elle.
La conversation dériva sur les équipes en tête de la ligue de Grande-Bretagne puis sur Poudlard où étudiait encore la plus jeune cousine de Nikolaï. Enfin, le repas prit fin et le jeune homme proposa à Eurydice d'aller faire un tour dans le parc domanial.
— Je suis désolée d'avoir débarquer comme je l'ai fait, dit-elle dès qu'ils se furent éloignés de la maison. J'espère que je n'ai pas gâché cotre repas de famille.
— T'en fais pas ! T'as rien gâché du tout, Di. Maman est toujours ravie de t'avoir à sa table et Papa adore avoir quelqu'un d'autre que moi pour parler Quidditch.
Nikolaï se tut quelques secondes avant de demander timidement :
— Il s'est passé quelque chose chez les Weasley, je me trompe ?
— Je me suis disputée avec Ted.
— A propos de Victoire, j'imagine.
— En effet, répliqua-t-elle en hochant doucement la tête.
— Comme ça on est deux ! lança-t-il d'une voix faussement joyeuse.
— Comment ça ?
— Ted t'a pas dit ? On s'est pris la tête la semaine dernière au sujet de Victoire. Il a mal pris le fait que je lui fasse remarquer qu'elle avait peut-être besoin de parler à un professionnel. Paraît-il qu'on se serait donné le mot toi et moi.
Nikolaï lâcha un rire sans joie.
— Ce n'est pas seulement Ted, avoua finalement Eurydice.
Son ami jeta un regard curieux dans sa direction.
— Je me sens tellement pas à ma place chez les Weasley. Molly Weasley ne cesse de me ramener à mon rôle de poule pondeuse. Fleur Weasley pense que c'est de ma faute si sa fille se sent mal et… Et j'ai toujours cette impression d'être oppressée quand je vais là-bas. Ils sont tellement… tellement chaleureux au point d'en étouffer les autres. Je sais qu'en soit être chaleureux n'est pas un défaut mais… mais ça me met extrêmement mal à l'aise. J'ai pas l'habitude de tout ça.
— Je comprends. J'ai ressenti à peu près la même chose la seule fois où je suis allé au Terrier. T'en as parlé avec Louis ?
Eurydice secoua violemment la tête.
— J'ai pas envie de le blesser.
— Tu pourrais essayer d'être moins directe qu'à ton habitude. Si tu y mets les formalités, je suis sûr que Louis ne le prendra pas mal. Tu détestes pas sa famille de toute façon, hein ? A part, Victoire bien sûr, ajouta-t-il en lui faisant un clin d'oeil.
La jeune femme esquissa un sourire.
— Tu m'as manqué, Nikolaï, avoua-t-elle.
— Tu m'a manqué aussi, Di, répliqua-t-il en passant son bras autour de ses épaules.
— Je suis désolée de t'avoir fait de la peine. Je crois qu'on peut dire que j'ai été la pire amie de tous les temps. J'aurais dû me rendre compte que…
— Dis pas n'importe quoi ! T'es pas la pire amie de tous les temps, Eurydice. C'est pas de ta faute si je suis tombé amoureux de toi.
— Si je n'avais pas accepté d'entamer cette liaison avec toi à l'époque…
— Si tu l'avais pas fait alors quoi ? J'étais déjà amoureux de toi avant ça, Di. J'aurais juste continué à t'aimer en secret, c'est tout. On contrôle pas ses sentiments jusqu'à preuve du contraire…
— Tu veux que je te laisse encore un peu de temps ? demanda-t-elle.
— Nan ! Je me suis fait à l'idée et j'ai pas envie de gâcher notre amitié pour ça. C'est trop important pour moi.
Eurydice sentit les larmes qui coulaient le long de ses joues. Elle leva sa main pour les essuyer.
— Et voilà que je chiale, dit-elle avant de rire nerveusement.
Les lèvres de Nikolaï s'étirèrent en un léger sourire tandis qu'il l'attira à lui pour l'enlacer. Eurydice blottit sa tête contre son épaule tandis que qu'il les balançait de gauche à droite.
— Tu devrais retourner voir Louis. Il doit s'inquiéter, souffla-t-il à son oreille.
Eurydice s'éloigna de lui en hochant la tête. Elle savait que sa fuite n'avait pas dû passer inaperçu. Elle imaginait parfaitement Victoire faire remarquer que venant d'une Serpentard, cela ne l'étonnait pas. La jeune femme retourna saluer la famille de Nikolaï et après les avoir remerciés de leur accueil, elle transplana dans l'appartement qu'elle partageait avec Louis.
Ce dernier était assis sur le canapé du salon et se leva d'un bond en la voyant. Sans attendre, il vint dans sa direction et l'enlaça. Eurydice se tendit légèrement surprise avant de se laisser aller. Être dans ses bras était, pour elle, l'une des choses les plus réconfortantes.
— Où est-ce que tu étais ? Je me suis un sang d'encre ! On s'est tous fait un sang d'encre, Di ! Ted ! On t'a cherchée partout.
Il s'éloigna d'elle et l'invita à s'asseoir sur le sofa.
— J'étais chez Nikolaï.
— Je voulais aller voir là-bas mais Ted m'a dit que vous ne vous étiez pas reparlés depuis la fête en ton honneur.
— Ça a dû jaser quand je suis partie, non ?
— Il y a eu une grosse dispute, avoua Louis. Mais c'est pas de ta faute ! Vraiment, Di ! Dominique a hurlé sur Ted. J'ai bien cru qu'ils allaient en venir au duel. Elle lui a dit ses quatre vérités ! Elle a dit qu'elle aussi en avait marre de tout ça, de Victoire et du fait que les parents et Ted refusent de voir la vérité en face. Elle a dit à Ted que c'était un ami de merde, ses mots, qu'il se rendait pas compte de la peine qu'il te faisait, que si ça continuait comme ça il allait se retrouver sans ami. Maman a engueulé Dominique mais Grand-mère Molly s'en est mêlée et a dit à maman que la manière dont elle t'avait parlé aujourd'hui, était inadmissible. Bref… Tout le monde s'est braillé dessus pendant au moins une demi-heure. Je sais pas ce que Dominque a dit à Ted mais à la fin il semblait complètement sonné et il a dit qu'il fallait qu'il te retrouve et a transplané chez tes parents. Donc t'étonnes pas si tu reçois un hibou de la part de tes parents. Je crois qu'il est même allé voir Olivier Dubois. Quand il m'a dit que tu serais sans doute pas chez Nikolaï, j'ai décidé de rentrer ici et d'attendre ton retour.
— Je suis désolée, Louis.
— Pourquoi ? Ça allait finir par exploser de toute manière.
— J'en reviens toujours pas que ta grand-mère ait pris ma défense !
— Tu vois ! Je t'avais dit qu'elle ne te détestait pas, répliqua-t-il avant de l'embrasser sur la tempe.
Eurydice passa ses bras autour de son cou pour déposer sur ses lèvres. Eurydice ne préférait même pas imaginer comment serait la prochaine réunion de famille chez les Weasley.
