Le lendemain, le paysage commença à changer. La flore se modifia. Les collines se firent plus hautes et plus escarpées, nous approchions.

En fin d'après midi nous atteignîmes un village. Je compris qu'il s'agissait du village qu'ils avaient évoqué. C'était d'ailleurs plus un hameau qu'un vrai village. Quelques maisons serrées autour d'une auberge. Je me sentis vaguement soulagée à l'idée de ne pas y rester. Si mon comportement avait tant choqué à Bree, qui était un bourg important, comment aurai-je été accueillie dans un village qui ne devait pas compter plus de quelques centaines d'âmes. Lorsque nous arrivâmes en vu des portes, je sentis une certaine angoisse monter en moi. Qu'est-ce qu'on allait penser, en me voyant perchée sur mon immense cheval et voyageant avec des nains. Sans m'en rendre compte, je ralentis, presque à m'arrêter. C'était ridicule, je savais que je ne ferai qu'y passer, que m'importait l'avis de ces gens que je ne connaissais pas.

Bofur se rendit compte que je ne suivais plus. Il revint vers moi :

-« Ne t'inquiète pas. Ce village est très différent de Bree. Tu vas voir. »

Je pris une grande inspiration et remis Ombre au pas. Bofur resta à côté de moi. Lorsque nous eûmes passé la porte je compris ce qu'il avait voulu dire. Il semblait régner dans cet endroit une tolérance qui aurait été impensable à Bree. Je vis un couple qui se tenait par la main. A Bree, même les couples mariés ne se tenaient pas par la main. Cela aurait été considéré comme choquant et, de toute façon, comme presque tous les mariages étaient des accords commerciaux où l'amour n'avait pas sa place, ils n'en avaient pas envie.

Les gens nous regardaient avec bienveillance, certains saluèrent Bofur, et me sourirent. Lorsque nous arrivâmes dans la cour de l'auberge, je me laissais glisser à bas d'Ombre. Un palefrenier s'était avancé vers nous pour s'occuper de nos montures. Lorsqu'il s'approcha, Ombre broncha. Le palefrenier lui flatta l'encolure et le chanfrein, me sourit et dit :

-« Il est superbe cet animal, mais il risque de se trouver un peu à l'étroit dans nos stalles, je vais le mettre dans le corral à l'arrière de l'auberge. Ne vous inquiétez pas pour vos effets, je vous les ferais parvenir avec ceux de vos compagnons. »

Il avança sa main pour me prendre les rênes, je les lui tendis et lui dit :

-« Faites attention, il tire au renard, même tenu en main. »

Il me sourit et dit :

-« Ne vous inquiétez pas, j'ai l'habitude. »

Je le vis s'éloigner avec Ombre, qui marchait d'un pas tranquille à coté de lui.

Bofur vint me rejoindre et pris ma main :

-« Viens, entrons. »

-« Il a même pas paru surpris de me voir avec vous ! »

-« Qui ça ? »

-« Le palefrenier. »

Bofur rit.

-« Je te l'ai dit, ce village est très différent de ce que tu as connus jusqu'à présent ».

L'aubergiste me tendit une clef en disant :

« Vous et votre compagnon, Ma Dame, je vous ai installés dans la chambre qui donne sur l'arrière de l'auberge. C'est une belle chambre. »

Je rougis violemment en réalisant qu'il nous avait réservé une seule chambre.

Le tenancier sembla embarrassé et dit :

-« Oh, excusez moi, j'ai dû mal comprendre. Je croyais que vous souhaitiez partager la même chambre que votre compagnon ».

-« Oui… non…. C'est bien ça… Je suis sûre que ce sera parfait ». Bredouillais-je tandis que Bofur tentait de se retenir de rire.

Dans le couloir je donnais la clef à Bofur. Mes mains tremblaient tellement que j'étais sûre que je ne pourrais même pas la glisser dans la serrure.

Lorsque nous fûmes entrées dans notre chambre, je lui dis :

-« Mais, qu'est-ce qui se passe ici. Ils viennent d'où ces gens ? »

-« Ils viennent de partout. » me répondit-il en haussant les épaules, comme si ça expliquait tout.

-« Si j'avais connu cet endroit. Je crois qu'il y a longtemps que je serais venu m'y installer » répondis-je en m'approchant de la fenêtre.

Je souris en voyant Ombre gambader dans le corral. Lui aussi avait l'air plus heureux depuis que nous étions partis.

Je remarquais le silence dans la pièce et me retournais vers Bofur qui semblait malheureux.

-« Qu'est ce qui t'arrive ? »

-« Tu as changé d'avis ? Tu veux rester ici ? »

-« Bien sur que non ! »

-« Mais tu viens de dire… »

-« Je viens de dire que si j'avais connu cet endroit, avant de te connaître toi, j'aurais pu avoir envie de venir m'y installer ».

Il s'approcha et m'embrassa.

Des coups à la porte me firent sursauter. Il alla ouvrir. C'était le palefrenier qui apportait nos affaires. Je me sentis rougir à nouveau, mais il ne sembla pas perturbé de voir le nain avec moi, et il apportait nos deux paquetages.

-« Souhaitez vous dîner dans la salle ou préférez vous que je vous fasse apporter votre repas ici ? »

-« Nous allons rejoindre nos compagnons de voyages pour le dîner. Merci » dit Bofur.

-« Bien, je vous souhaite une bonne soirée. »

Je restais pantoise devant tant d'indifférence envers le couple peu orthodoxe que Bofur et moi formions.

Nous rejoignîmes la salle peu après. En arrivant, j'ouvris des yeux stupéfaits en remarquant plusieurs autres couples mixtes. Tous des hommes nains et des femmes humaines. Certains étaient bien plus surprenants que nous. Je remarquais une femme, presque aussi grande qu'Aléra, qui accompagnait un nain, très mignon, mais vraiment petit. Je me sentis sourire. La jeune femme me vit et me fit un signe amical de la main.

Nous nous assîmes avec Thorin et Dwalin. Pendant tout le repas, je regardais autour de moi. Personne ne faisait attention à nous. Je vis dans un coin une fille qui me fit penser à Milara, et à l'expression de Dwalin lorsqu'il la vit, je compris que je n'étais pas la seule à penser à elle.

-« Les filles auraient été heureuse ici. » Dis-je d'un air songeur.

-« Qui sait, » dit Thorin, « Peut-être un jours entreprendront-elle le voyage »

Je le regardais surprise.

-« J'ai parlé de cet endroit à Aléra… Mais c'était avant votre généreux présent. »

-« Si j'avais su qu'un tel endroit existait, je leur aurais dit de venir avec nous et au diable la boutique. Je voulais juste leur permettre de prendre un nouveau départ ».

-« Oui. Mais c'est bien ainsi. Elles n'étaient pas prêtes à quitter leur ville » dit Thorin avec ce qui me sembla être une pointe de regret.

Lorsque nous regagnâmes notre chambre je demandais à Bofur pourquoi Thorin n'avait demandé que trois chambre puisqu'il désapprouvais notre relation. Il rit en me disant

« Thorin est pragmatique. Il savait parfaitement que je t'aurais rejoint dans la tienne. Alors, une quatrième chambre aurait été une dépense inutile. ».

Bofur se retourna lorsque je commençais à me dévêtir. Lorsque je fus nue, au lieu de me glisser entre les draps j'attendis, le cœur battant, qu'il se retourne.

Lorsqu'il me vit il resta un instant interdit, puis s'approcha de moi en me dévorant des yeux. Je m'efforçais de le cacher, mais j'étais mal à l'aise. Personne ne m'avait jamais vue nue en pleine lumière.

Lorsqu'il fut prés de moi, il caressa mon bras et me souris, avant de m'embrasser. Sa main remonta sur mon épaule, tandis que ses yeux parcouraient mon corps. Je le vis froncer les sourcils lorsque son regard s'attarda sur ma poitrine. Ses doigts effleurèrent la cicatrice sur le côté de mon sein gauche.

-« Qui t'as fait ça ? » demanda-t-il

-« Le seul autre homme qui m'ait jamais touché. ».

Il serra les paupières avec colère et posa ses lèvres sur la morsure, ma peau se couvrit de chair de poule. Ces lèvres se déplacèrent vers mon mamelon et je fermais les yeux lorsque je sentis ses lèvres chaudes se refermer sur lui.

Ses mains caressaient mon corps tremblant. Il ne m'avait pas touchée depuis notre départ de Bree, nous avions manqué d'intimité. J'avais envie de sentir la chaleur de sa peau contre la mienne. J'avais envie de l'accueillir en moi. Mon souffle se fit plus court. Je pris son visage entre mes mains et l'embrassait furieusement, en me serrant contre lui. Il rit en disant

-« Ne soit pas si impatiente. Nous avons toute la nuit… »

-« Il y a trop longtemps que j'attends ! Répliquais-je d'un ton qui ne me ressemblait pas « Je veux te sentir en moi. »

Il me prit dans ses bras et m'amena sur le lit. Je restais étendue sur les couvertures tandis qu'il se déshabillait. Lorsqu'il fut nu lui aussi, il vint se glisser sur moi, enroulant ses bras puissants autour de mon corps.

-« Tu as confiance en moi ? » murmura-t-il à mon oreille

-« Oui ».

-« Alors, laisse moi faire quelque chose. »

Il se leva. Je le suivi des yeux lorsqu'il alla jusqu'à nos bagages et sorti de son sac ce qui me sembla être un grand mouchoir. Il vint me rejoindre, s'allongea sur moi, entremêlant ses doigts aux miens, et amena mes mains au dessus de ma tête en m'embrassant. J'étais vaguement inquiète de savoir ce qu'il avait derrière la tête. Lorsque je sentis le ruban glisser autour de mes deux poignets, je me relevait en me débattant, et me recroquevillait au pied du lit en le regardant avec horreur.

Il me regarda avec une stupéfaction inquiète.

-« Lui aussi il m'a attaché. » soufflais-je

Il ferma les yeux en se mordant la lèvre

-« Je l'ignorais. Je suis désolé. D'accord, laisse tomber », il jeta le morceau d'étoffe, qui atterri sur la table de nuit.

Mais la magie était rompue. Je savais que je devais être livide et ressembler à un animal piégé. Je me sentis soudain terriblement vulnérable et remontait la courtepointe sur mon corps. Lorsqu'il approcha la main j'eus un mouvement de recul involontaire.

Il se leva, l'air malheureux et commença à s'habiller.

-« Qu'est ce que tu fais ? » demandais-je inquiète.

-« Je vais aller demander à l'aubergiste de me donner une autre chambre. Je ne veux pas que … ».

-« Non » criais-je « Non, ne me laisses pas. S'il te plait… ».

Il avait renfilé ces sous-vêtements. Il s'approcha de moi, un peu désarçonné.

-« Tu viens de me regarder comme si j'allais te battre, alors pourquoi veux tu que je reste ».

-« Parce que, ce n'est pas toi que j'ai vu quand j'ai senti que tu m'attachais… C'est lui. S'il te plait, fais moi passer ta chemise, j'ai besoin de me couvrir… Et reste. »

Il me lança sa chemise, je l'enfilais. Dés que je fus couverte je retrouvais un peu de mon calme. Suffisamment pour quitter ma position de défense et me lever.

-« Tu te rappelles ? » lui demandai-je doucement « Tu te rappelles, la première fois où on a dormis ensemble ? »

Il sourit et s'avança pour me prendre dans ces bras.

-« Oui. Comment aurais-je pu l'oublier. Viens. » Dit-il en prenant ma main « Il est tard et nous sommes fatigués. Allons nous coucher ».

Nous nous glissâmes sous les couvertures et il me serra dans ses bras, comme ce soir là. Et comme ce soir là, je sentais son désir contre le haut de ma cuisse.

-« Tu m'en veux ? » demandai-je timidement.

-« De quoi devrais-je t'en vouloir ? » questionna-t-il en retour.

-« Je… Je t'ai aguiché… c'est moi qui… et puis, je t'ai repoussé. »

-« Non, c'est ma faute. Je n'aurais pas dû essayer de t'attacher. ».

-« J'ai confiance en toi, tu sais, mais… J'ai eu peur. »

-« Je sais. Ne t'inquiète pas. Nous aurons tous le temps de nous apprivoiser quand nous serons arrivés ». Et il m'embrassa sur le front.

Il me tenait dans ses bras, sans rien tenter d'autre. J'achevais de me détendre. Nous restâmes silencieux un moment. J'avais confiance en lui. Je me sentais bien dans ces bras, mais je ne pouvais m'empêcher de me demander ce qu'il avait bien pu avoir derrière la tête. Pourquoi avait-il voulu attacher mes mains ?

Sa respiration était régulière. Il s'était endormit. J'hésitais un instant à le réveiller. Mais j'avais vraiment envie de savoir.

-« Bofur ! » l'appelais-je doucement en le secouant.

-« humpf… » Grognât-il

-« Bofur, réveilles-toi. »

-« Quoi ? » demanda-t-il dans un demi-sommeil.

- « Qu'est-ce que tu voulais faire ? »

-« Ça peut pas attendre demain ? » gémi-t-il

-« Non ». Répondis-je.

Il soupira en ouvrant les yeux.

-« Demain soir, c'est moi qui te réveilles… » râla-t-il

-« J'ai besoin de savoir. » plaidais-je

-« Je voulais te donner du plaisir. »

-« En m'attachant ? »

-« Je ne voulais pas que tes mains me gênes ».

Devant mon silence dubitatif, il me serra dans ses bras et me murmura à l'oreille ce qu'il avait voulu me faire.

Je me mordis la lèvre et rougis, lorsque l'image de ce qu'il avait en tête se forma dans mon esprit.

Il sentis mon trouble et rit :

« On verra ça plus tard. Quand on sera chez nous. » Dit-il en m'embrassant avant de se rendormir.

« Chez nous… » Pensais-je. Ça me paraissait trop beau pour être vrais.