Chapitre 10 : Prophétie.

La lune, cette nuit-là, éclairait d'argent pur les ténèbres, agrandissant les ombres et leur côté menaçant au lieu de les fondre les unes dans les autres dans l'obscurité. L'astre lunaire dans sa clarté opalescente les séparait et leur imposait d'écouter la voix de sa prophétesse qu'elle avait sortie de son sommeil dès que ses premiers rayons de lumière lunaire avaient percé les rideaux de sa chambre. La jeune fille s'était levée pour se placer devant l'ouverture afin de se baigner de la lumière de l'astre stérile et de recevoir son message.

Témoins silencieux, les ombres formèrent un cercle autour de la jeune fille, écoutant avec avidité les mots de puissance qui seraient scellés par leur pouvoir dans le cœur de la jeune fille qui fixait la Dame d'Argent d'un regard gris métallique qui luisait, non sans rappeler l'éclat de l'astre lui-même. Les ombres s'attachèrent au corps de la jeune fille, presque de bon cœur, pour que cela fut exact il aurait fallu qu'elles en possèdent un de cœur, mais ce n'était qu'un détail insignifiant par rapport au sentiment de faim qui les animait et les guidait. Elles s'enroulèrent donc autours des bras et des jambes de la prophétesse glissant le long de sa chair comme une seconde peau. Si la jeune fille ressentit le moindre désagrément, le moindre dégoût à ce contact froid, elle n'en montra rien, restant concentrée sur la lumière de l'astre lunaire.

Ce n'était plus une enfant mais pas encore tout à fait une femme. Une toute jeune fille qui commençait à voir son corps et son esprit changés de par les effets de ce passage décisif pour toute jeune fille, mais qui parce qu'elle était l'élue de la Dame d'Argent prenait une tout autre valeur pour elle et aussi pour les ombres. L'élue de l'astre de la nuit n'avait rien à craindre d'elles, elles lui enseigneraient ce qu'il faut savoir, la guideraient sur le chemin du savoir que seuls ceux nés des ténèbres possédaient et gardaient jalousement. Elles la protégeraient de l'éclat violent et décadent de la lumière de ceux qui vivent le jour et qui préféraient oublier qu'ils étaient frère et que nuit et jour même s'ils ne se mélangeaient que rarement était frère et sœur.

Ces longs cheveux blonds, si fins et ondulés sous la lumière de celle qui influençait le cycle des marées, se parèrent de reflets blancs et argent alors que des perles de rosée faisaient briller le haut de sa tête et son front, comme une couronne de diamant pur qu'un bras invisible aurait déposé sur sa chevelure. Les ombres firent disparaître la simple robe de nuit de coton pour la parer d'une robe sombre aux couleurs de la nuit où s'incrustaient autant de diamants purs que d'étoiles dans le ciel, donnant vraiment l'impression que la jeune fille s'était vêtue du manteau de la nuit. Un châle de gaze pailletée d'argent finissait sa tenue entourant ses épaules et protégeant son décolleté de la fraîcheur de cette nuit d'été.

Parée comme elle l'était la jeune fille n'avait pas besoin de bijoux, sa beauté naturelle et sauvage rehaussée par la robe qui épousait ses courbes suffisait à la rendre méconnaissable et plus belle encore qu'il n'eut été possible à une simple mortelle de l'être. Ses yeux gris brillaient du même éclat que les pierres de sa robe et en étaient presque aveuglants. Un fin sourire attentif et satisfait effleurait ses lèvres qui paraissaient être les seules touches de couleur vive. Le contraste entre le teint de porcelaine et la couleur sombre de sa robe suffisait à leur donner un éclat carmin vif et tranchant rappelant aux Ombres le sang.

Sa voix douce et mélodieuse sonna dans le silence comme un grondement de tonnerre. Pour les ombres qui savaient lire sans avoir à interpréter, les prophéties, les mots de la jeune élue de la Lune furent autant un espoir qu'une crainte sans nom. Les paroles prononcées annonçaient un roi. Un roi qu'elles devraient servir et apprendre à craindre ou bien se préparer à disparaître. Un roi comme il n'en était pas né depuis des siècles.

« Quand l'enfant en serpent aura mué, il se mettra à avancer sur un chemin que jamais personne avant lui n'avait emprunté.

Ce chemin commence ainsi :

D'un qui n'aurait pas du être, viendra trois êtres qui bien que séparés ne feront qu'un.

Le premier, Celui que l'on croit perdu, sur les sorciers et les moldus, aura plus que sa revanche.

Le deuxième, Celui que l'on n'attendait pas, saura, pour le service du roi, trouver sa voie.

Et enfin le troisième, Celui qui sera roi, jour et nuit unira ou sans regret périra.

Par eux trois le monde changera ou ne sera pas !»

Un fois la prophétie délivré les ombres se retirèrent doucement du corps de la jeune fille qui retrouva son habituelle tenue de nuit. La couronne de rosée disparut de sur sa tête et l'éclat métallique de ses yeux s'effaça, rendant à la beauté encore enfantine de la jeune fille son écrin permettant de cacher à tous la beauté de la femme qui bientôt se ferait connaître. Tout comme les ombres, la fille savait l'importance des mots de sa prophétie. C'était la première fois qu'elle exerçait ce pouvoir et elle n'était pas déçue du résultat. Le pouvoir qu'elle avait senti courir dans ses veines lui était familier et elle n'avait pas eu peur. Elle n'avait eu aucune crainte à répondre à l'appel de l'astre lunaire. Elle savait qu'elle devrait attendre avant de se dévoiler et de révéler les mots de pouvoirs qui en cette nuit unique s'était gravés dans son cœur et le faisait battre un peu plus fort et plus vite. Jamais elle ne s'était sentie plus vivante qu'à cet instant, mais elle saurait se montrer patiente. Elle saurait attendre que le roi vienne à elle. Car il viendrait. Il aurait besoin d'elle et elle ferait l'impossible pour l'aider dans sa quête.

Bien loin de l'endroit où se trouvait la jeune fille, dans les entrailles même du Ministère de la magie. Au plus profond des méandres des salles du département des mystères, lieux remplis de secrets et d'objets plus puissants et intrigants les uns que les autres, il y avait un endroit particulier gardé bien à l'abri des regards profanes et du commun des mortels. Une salle où personne d'extérieure au service ne mettait les pieds, car les objets qui y étaient déposés étaient d'une grande puissance mais d'une grande fragilité et en aucun cas ils ne devaient tomber entre de mauvaises mains. Raison pour laquelle un seul langue de Plomb passait matin et soir dans la pièce sans ne jamais toucher à rien pour s'assurer que tout était en ordre.

Cette pièce renfermait des prophéties, comme celle que venait de faire la jeune fille. Contrairement à ce qui venait de se passer pour elle, celles-ci avaient été faites depuis longtemps et enfermées dans de petites sphères de cristal pour être conservées jusqu'à ce que celui qu'elles concernaient ne se montre et ne décide à consulter la révélation.

Il y avait des milliers de sphères qui s'empilaient les unes sur les autres dans cette pièce sombre et poussiéreuse. Elles étaient classées selon la date à laquelle elles avaient été prononcées. Normalement personne ne venait troubler le sommeil des mots de pouvoirs mais en cette nuit particulière un événement incongru troubla l'ordre et l'équilibre des choses au cœur même d'une des sphères et en conséquence celle-ci explosa en une dizaine de milliers de petits morceaux de cristal lumineux. Le réceptacle détruit, il n'y avait plus rien qui retenait les mots de pouvoirs, et la magie de la sphère s'évapora rapidement dans l'air sans que personne ne les entende et ils se perdirent dans le néant.

Cependant le cycle infernal qui semblait s'être enclenché à ce moment ne s'arrêta pas à cette seule prophétie, d'autres sphères se mirent à exploser ici ou là sans que rien n'explique l'origine du phénomène. Pourtant plus d'une centaine de sphères, réparties dans toute la salle, explosèrent et retournèrent à l'état de poussière alors que les paroles de pouvoirs qu'elles avaient contenues se dissipaient dans le néant sans que le moindre mot ne soit audible par un sorcier.

Le phénomène s'expliquait pourtant facilement. La première prophétie s'était rompue car le message qu'elle contenait ne se réaliserait pas. Elle n'avait plus de raison d'être car quelque chose venait d'annuler les mots et la révélation qu'elle contenait. Sans enquêter et sans information sur le contenu de la prophétie il était quasiment impossible de savoir ce qui avait pu causer une telle catastrophe, mais il était tout à fait possible de comprendre pourquoi les autres sphères s'étaient rompues. Tout comme la première, elles étaient devenues désuètes, caduques, inutiles ce qui voulait dire qu'il existait un lien entre toutes ces prophéties et que celui-ci venait d'être rompu. Tout ce qu'elles avaient pu annoncer ne serait plus.

Il fraudait attendre le matin pour que l'alerte soit donnée et pour prendre conscience de l'ampleur du désastre. Le ministère fera tout ce qu'il pourra pour ne pas ébruiter l'affaire de peur de bouleverser la population et de la pousser à la panique. Dumbledore, le directeur de l'école de sorcellerie et Fudge, le premier ministre de la magie seront pour une fois d'accord pour garder l'information secrète.

Sachant pertinemment tous les deux quels événements avaient pu conduire à une telle débâcle. Car quand on réaliserait que cet événement avait eu lieu quasi en même temps que la mort du survivant, on ne serait pas loin de penser, même en étant le plus obtus des fonctionnaires du ministère qu'il existait un lien et plus d'un en le comprenant perdrait espoir. Mais pour le moment personne ne savait encore.

À suivre...