Disclaimer : absolument rien ne m'appartient, ceci est la traduction de la fanfic 'A Rose Among the Briars' de Mercury Gray, j'ai simplement reçu son autorisation de traduire sa fic selon certaines conditions. Je vous invite fortement à aller lire la version originale si vous vous débrouillez en anglais, elle est enregistrée dans mes histoires favorites ;)

Chapitre 10

Je ne m'extasiais pas sur la blancheur des lis,

Et je n'admirais pas le vermillon profond des roses

Je ne les aimais que comme des formes charmantes

Dessinées d'après vous, leur modèle à toutes.

Mais je me croyais toujours en hiver, et, vous absent,

J'ai joué avec elles comme avec votre ombre.

Sonnet 98 – William Shakespeare

Fatigué. Si mortellement et éternellement fatigué. Boromir ferma les yeux et essaya de réfléchir malgré la fatigue qui alourdissait ses yeux. Il avait l'impression de ne pas avoir dormi profondément depuis des mois à présent, se réveillant au son de chaque cloche, cri ou voix résonnant dans Osgiliath. Il était anxieux, et ses hommes étaient anxieux parce qu'il l'était, et il se détestait de leur apparaître de cette façon. Le Haut Gardien n'avait rien d'autre à faire qu'être fort et courageux. Des leaders anxieux et fatigués ne gagnaient jamais des batailles. Et nous avons besoin de chaque bataille qui se présente à nous, maintenant plus que jamais, songea Boromir.

Il retournait à nouveau à Minas Tirith pour échanger certains de ses hommes contre des gardes qui avaient servis dans la Cité durant une majeure partie de l'année. Il savait qu'ils étaient tous fatigués, et seraient heureux de retrouver leurs familles pour les six mois à venir avant que le même changement ne les renvoie à Osgiliath. De son côté Boromir rendrait visite aux blessés dans les Maisons de Guérison, et bien sûr, il passerait un moment avec Rhoswen.

Sa promise semblait prospérer dans la Tour de Garde, ressemblant de moins en moins à la jeune fille timide et effrayée qui était arrivée pour la première fois dans la cité à la fin de l'été, et plus à une femme endurcie par les courants des gens de la cité plutôt que par la mer qui l'avait vue grandir. Son frère Erun avait promis de rester et de passer l'hiver dans la cité, affirmant que son père n'aurait plus besoin de lui quand la neige commencerait à tomber et que les baies et les criques gèleraient. Boromir était ravi que Rhoswen ait de la compagnie avec son frère, même s'il savait que l'homme le détestait encore intensément.

Une bribe de vent ouvrit sa cape, et Boromir saisit au vol un pan libre de sa main gantée, essayant de l'attraper avant que le vent ne chasse toute sa chaleur corporelle. Les hommes disaient que l'hiver serait rude cette année, ou tout du moins rude pour un hiver méridional, et Boromir voulait bien les croire. Les cieux avaient déjà commencé à arborer une permanente teinte grise et l'herbe se brisait sous les sabots des chevaux, rendue rigide par le gel, le chemin du retour devenant blanc argenté.

Chez soi. Chez soi signifiait un feu, un repas chaud et un vrai lit durant quelques jours avec un duvet et un matelas si confortables qu'il se sentait coupable d'y dormir lorsque ses hommes à Osgiliath dormaient sur des matelas fourrés de paille avec des couvertures de camp en laine. Chez soi signifiait écouter son père fulminer tout au long du dîner, et intercéder pour Faramir, et voir Rhoswen.

Boromir n'était plus sûr à présent de pourquoi il ne s'était pas marié plus tôt. Pouvoir rentrer chez soi et retrouver quelqu'un qui tenait autant à lui, qui voulait connaître chaque détail et chaque manœuvre juste pour le plaisir d'entendre sa voix et de savoir qu'il en était ressorti vivant, était quelque chose de merveilleux. Lorsqu'il était plus jeune, et qu'on venait de lui attribuer ses responsabilités de Haut Gardien de la Tour, de Capitaine-Héritier et de Commandant en Chef des Compagnies Extérieures, il s'était moqué des hommes plus âgés et mariés qui parlaient avec tant de tendresse de rentrer chez eux pour voir leur femme et leurs enfants. Il se moquait et rentrait chez lui boire sa bière et chercher une plaisante compagnie dans la ville basse et restait libre de tout attachement. Mais il réalisait à présent qu'il souhaitait s'attacher. Il souhaitait que rentrer chez soi signifie plus que des querelles avec son père et un lit dans lequel il culpabilisait de dormir.

Et tu souhaites aussi un lit plus chaud, pondéra une part simple et vicieuse de son esprit. Il n'y a pas tant de chaleur que cela dans le creux d'un duvet.

Je me plaît à penser que ce désir d'attachement renferme autre chose que cela, rétorqua intérieurement Boromir. Peut-être me fais-je vieux.

Mais il se rappela qu'il n'était pas si vieux que cela. Son père s'était marié à quarante-six ans, et sa mère avait été de vingt ans la cadette de Denethor. Boromir lui avait trente-neuf ans, et Rhoswen presque vingt. Cela n'est pas si différent que pour mes parents. Les mariages ont toujours été faits ainsi dans ce pays.

Vingt-six ans. C'était l'âge de sa mère lorsqu'elle s'était mariée, ce qui n'était pas si … terriblement vieux pour une femme. Et pourtant son père avait choisi encore plus jeune, tellement plus jeune, pour lui, car il désirait des petits-enfants, et il en désirait beaucoup. Cela n'avait jamais été le cas auparavant. Quelque chose ne va pas avec Père. Boromir le savait, et l'avait compris depuis longtemps, plus longtemps qu'il ne voulait bien l'admettre. Leurs querelles étaient plus fréquentes, et à présent ne concernaient pas toujours Faramir. Son humeur était tellement changeable, et l'Intendant lui-même était toujours si tendu, comme s'il s'attendait à être attaqué d'un moment à un autre par un ennemi invisible. Et il passait beaucoup trop de temps enfermé dans ses tours. Faisant quoi, nul ne le savait.

Que sais-je de l'art de guérir, ou du fonctionnement des esprits des hommes ? Se rappela Boromir. Laissons donc d'autres se préoccuper de sa santé, et laissons-moi surveiller mes frontières et mes troupes, et m'en tenir à ce que je sais.

Grimper les marches familières menant jusqu'aux quartiers familiaux de la Maison de l'Intendant était comme répéter une prière, ses pieds frappant les mêmes cavités dans les marches que tant de générations de pieds avaient usées, ses troubles s'effaçant alors que le sentiment familier de rentrer chez soi l'enveloppait tel un chaud manteau. Boromir avait répété le même trajet depuis des années lors de ses retours de Osgiliath, mais depuis peu il y avait ajouté un détour, une excursion jusqu'aux appartements de Rhoswen. Elle était généralement la première personne qu'il allait saluer en rentrant, si son père ne le hâtait pas de venir le voir. Et voir son visage était certains jours la seule récompense qu'il lui fallait.

Le boudoir de Rhoswen ne contenait qu'une seule servante, qui grattait les cendres dans la cheminée. Elle se redressa de façon peu élégante lorsque Boromir fit son entrée, esquissant un simulacre de révérence qui l'envoya presque tomber au sol.

« Où est la Dame Rhoswen ? » demanda brusquement Boromir, regardant autour de lui au cas où sa fiancée pouvait se cacher quelque part derrière un fauteuil, immobile et silencieuse pour demeurer invisible au crible d'un coup d'œil rapide. Elle était douée pour ce genres de choses, et il n'avait encore jamais réellement compris comment elle se débrouillait.

« Sa seigneurie est sortie dans son jardin avec le Seigneur Erun, monseigneur, » le renseigna la servante.

« Comment, par ce temps ? » Demanda Boromir à personne en particulier, avant de tourner les talons et de se diriger rapidement dehors, se dirigeant vers le jardin de sa mère, niché contre le mur de la cité. Il devait être mort à cette période de l'année, et Rhoswen n'avait plus de travail à y faire jusqu'au printemps. Pourquoi donc devait-elle recevoir son frère là-bas plutôt qu'à l'intérieur, où il faisait chaud et où le vent ne pénétrait pas ?

La porte de ce qui avait été autrefois le jardin de sa mère était fermement fermée par le vent, mais alors qu'il réussissait à l'ouvrir il entendit la pression posée sur un instrument à cordes, et la voix d'une femme, qui chantait. Je ne savais pas qu'elle chantait, pensa Boromir, reconnaissant que la porte n'ait pas grincé alors qu'il l'ouvrait en grand et se glissait à l'intérieur, une partie enfantine de lui-même souhaitant surprendre sa fiancée. Pourquoi ne savais-je pas qu'elle chantait ? Fermant la porte derrière lui, Boromir se rappela soudainement son enfance et de s'être glissé à l'intérieur du jardin pour rejoindre sa mère. Mais Finduilas n'était pas de celles qui chantaient. Oh, elle possédait une voix merveilleuse, et elle pouvait conter des histoires magnifiques à ses fils. Boromir sourit malgré lui, se remémorant vaguement la femme qui était morte lorsqu'il n'avait que dix ans, et s'approcha discrètement du banc sur lequel Rhoswen s'était lancée dans une autre chanson, plus lente et contemplative que la précédente.

« Clair ou couvert, aussi doux que le pluvieux mois d'Avril,

Lisse ou froncé, tel est son visage à mes yeux.

Lorsqu'il se réjouit ou sourit, c'est comme si c'était un jour de Mai, doux et fleuri,

Où les cieux sont d'un bleu de soie, et les prés deviennent verdoyants,

Sa voix ressemble à celle de l'oiseau de nuit qui règne,

Qui peut avoir des notes douces mais aussi brutales. »

Son frère étais assis en travers du sentier à côté d'elle, et hochait la tête en rythme avec la musique. Son regard erra vers Boromir, et il acquiesça légèrement lorsque ce dernier posa un doigt devant ses lèvres pour lui demander de garder le silence.

« Son humeur est comme Juin, lorsque la terre et les arbres sont taillés,

Dans la plus belle des tenues que confère la beauté des hauteurs.

Son amour est comme les jours d'Été ensoleillés,

Parfois voilés par des nuages de doute,

Mais sa confiance, ses doutes, comme la pluie et la chaleur dans les cieux,

Tonnent doucement à mes yeux, tel un éclair devant moi.

Oh, doux été et printemps, qui apportez la vie et la croissance,

Aux mauvaises herbes comme aux fleurs et aux plantes médicinales,

Mais aussi à diverses graines semées d'autant de différentes façons,

Tombez sur les bonnes plantes et herbes,

Et laissez les mauvaises assoiffées et affamées. » (1)

Boromir applaudit, et la paire se tourna vers l'entrée du jardin, Rhoswen surprise et Erun concédant poliment l'effet de surprise à Boromir, souriant avec amusement devant la réaction de sa sœur. J'ai au moins gagné son respect pour avoir voulu la faire rire, songea Boromir. « Je ne savais pas que vous jouiez ma Dame, auquel cas je vous aurais invité à le faire plus tôt, » dit-il, s'avançant dans le jardin pour se placer près de Erun, sa voix légèrement ennuyée de la façon la plus douce possible. « Cela me réjouit d'entendre de telles choses. »

« Je n'avais pas apporté ma harpe de Mithgaear en arrivant dans la cité. On m'avait dit que la musique n'était pas encouragée ici, » expliqua Rhoswen, détournant le regard comme à son habitude lorsqu'elle était confrontée à quelque chose qui pouvait l'embarrasser.

« Ceux qui vous ont dit cela vous ont menti, » annonça fermement Boromir. « Mon père a toujours apprécié une bonne chanson, tout comme Faramir. Parliez-vous de moi ? » demanda-t-il dans un sourire. « Lorsque vous chantiez à propos d'un gentil tonnerre et de douces notes ? »

« C'est une vieille chanson monseigneur, elle ne parle de personne en particulier. »

« Bien sûr qu'elle chantait en pensant à vous, monseigneur. Ma sœur ne chante plus de personne d'autre à présent, lorsqu'elle chante une chanson d'amour, » accusa Erun. « Ne le nie pas, Rhoswen, » dit-il alors qu'elle se mettait à rire. « Tu es profondément amoureuse de ton promis. »

« Oh, quels problèmes cela va causer, » rit à son tour Boromir. « Les jeunes hommes de la cité auront le cœur brisé d'apprendre qu'un vieil homme comme moi ait l'affection de sa jeune et merveilleuse femme. Jouez-en une autre, ma Dame. »

« Que souhaiteriez-vous que je joue, monseigneur ? Quelque chose de joyeux, ou de douloureux et triste ? »

« Quelque chose qu'il vous plairait de jouer, » répondit simplement Boromir. « Je ne suis pas un grand juge en musique, cela n'a pas besoin d'être compliqué ou d'un grand mérite. »

« Joue la vieille complainte que Baineth aime tant que tu joues, » suggéra Erun. « Celle sur le vent, la vallée et l'amant absent. C'est une bonne chanson. »

Il y avait quelque chose sur son visage qu'il n'appréciait pas, réalisa Boromir, un sournois dessein. L'expression de Rhoswen face à la proposition de son frère était dure à déchiffrer, mais elle ajusta les chevillères de sa harpe et essaya quelques notes jusqu'à ce qu'elle se rappelle l'air de la chanson.

« Ma maison repose au creux de la verte forêt,

Au flanc de la Montagne Errante.

À côté coule une rivière,

Et près de la rivière se trouve une fontaine.

C'est là que je m'assois pour attendre des nouvelles,

Du long voyage de mon amant.

La seule voix qui m'apporte de ses nouvelles,

Est celle du vent qui souffle à travers la Vallée. »

Alors qu'elle commençait à chanter, Boromir remarqua qu'elle n'osait le regarder, ni regarder Erun comme elle l'avait fait auparavant, et ses yeux commencèrent à se voiler de larmes avant qu'elle n'ait finit le second couplet.

« Mon amant était le fils d'un noble seigneur,

Et moi la fille d'un fermier.

Vous n'auriez pu défaire notre amour,

Que par la mort et le massacre.

Son roi l'appela au loin pour mener une guerre,

Je ne tergiverserai plus avec lui.

Le seul ami que j'ai pour me consoler,

Est le vent qui souffle à travers la Vallée.

Il fut dur d'entendre d'aussi horribles mots,

Il ne me reviendra jamais.

Ses mains ne se saisiront plus jamais des miennes,

Sa voix ne m'accueillera plus jamais.

Ainsi n'aimerai-je plus jamais,

Mon âme n'ira plus jamais de l'avant.

Ils emmenèrent mon amour vers lui,

Sur les ailes du vent qui souffle à travers la Vallée.

Mon deuil fut doux, ma vit fut courte,

Je mourut seule et forte.

Ils me couchèrent à ses côtés,

Dans les bras de la froide terre.

Si vous venez à passer près de la rivière,

Sur l'allée de la Montagne,

La seule voix que vous entendrez est la mienne,

Le vent souffle à travers la Vallée. »

La voix de Rhoswen s'estompa rapidement, lourde d'une peur indéterminée, les dernières notes s'effaçant plus lentement des cordes de la harpe que la voix de la chanteuse. Boromir réalisa que la dernière syllabe ressemblait plus à un sanglot qu'à une note de musique, coupée courte comme pour ne pas angoisser son audience.

« Douloureux assurément. J'aurais dû demander quelque chose de joyeux. » Boromir se leva et se rassit à côté de Rhoswen, prenant une de ses mains entre les siennes. « Espérons que vous n'ayez plus jamais à me chanter cette chanson, » lui murmura-t-il, la sentant s'appuyer légèrement contre lui et reposer sa tête contre son épaule. Était-ce bien une larme qu'il voyait sur sa joue ?

« Je prie pour cela chaque jour, monseigneur, » murmura-t-elle en retour.

Un silence gênant s'installa, et Boromir eut du mal à trouver quelque chose à dire pour le rompre. « Vos mains sont froides, » dit-il avec un air de fanfaronnade dans la voix. « Vous ne devriez pas être dehors avec ce vent. Rentrons donc à l'intérieur, et nous ferons demander aux cuisines de l'hypocras et une soupe chaude. Je suis affamé. »

« Vous avez fait tout le trajet de Osgiliath jusqu'ici et vous n'avez pas mangé avant de venir me voir ? » demanda Rhoswen, son propre air protecteur de retour dans son intonation.

« Maireth saura remédier à mes maux ainsi qu'aux vôtres si je ne me trompe pas, » répondit Boromir en ajustant son lourd manteau de fourrure autour des épaules de Rhoswen et la guidant à travers le château, Erun les suivant tous les deux aussi silencieusement que possible, se contentant pour l'instant d'observer et d'apprécier ce qu'il voyait.

Maireth remédia effectivement à leurs maux lorsque Boromir introduisit Rhoswen dans son boudoir, attisant le feu jusqu'à ce qu'il atteigne une chaleur inimaginable et faisant venir un vin chaud et épicé des cuisines. Elle réprimanda Erun pour avoir laissé sa sœur dehors avec un manteau aussi fin sur le dos, et jeta un regard moins noir que d'habitude à Boromir lorsqu'on laissa sous-entendre qu'il était celui qui l'avait faite rentrer au chaud. Rhoswen protesta qu'elle n'était pas si semblable à une rose pour qui le toucher du froid était létal, mais il semblait que seul son frère l'écoutait. La soupe et le vin arrivèrent enfin, et tous s'installèrent dans des fauteuils avec des coupes ou des bols fumants, la pièce s'apaisant considérablement alors qu'ils mangeaient et buvaient tous les trois.

« La fin de l'année approche. Que souhaitez-vous que je vous offre ? Il est coutume dans la cité d'offrir des présents à la Fin de l'Année. Allons, que désirez-vous ? Un cheval ? » offrit Boromir.

Rhoswen fronça les sourcils par-dessus sa coupe, la tenant à deux mains pour réchauffer ses doigts. « J'ai déjà un cheval, monseigneur, je n'ai pas besoin d'en avoir un autre. »

« Quelque chose de plus petit, alors. Un limier ! Ou un faucon, » suggéra Boromir, ses yeux s'éclairant à cette pensée.

« Que ferais-je d'un limier ou d'un faucon, monseigneur ? Je ne chasse pas, tout comme vous d'ailleurs. »

« Des oiseaux chantants pour votre chambre, ou un chat pour votre foyer. Ou des bijoux, peut-être, j'ai entendu que cela plaisait toujours aux femmes. »

« J'ai plus de bijoux que je ne peux en porter, » plaida Rhoswen. « Je ne souhaite rien de plus pour la Fin de l'Année que de vous avoir ici, à table, à mes côtés. Accordez-moi cela et je serais comblée. »

« Mais c'est un si petit présent, » dit tendrement Boromir, se saisissant d'une de ses mains. « Il y a sûrement quelque chose d'autre que je puisse vous accorder. »

« Elle est une femme facile à contenter, ma sœur, » commenta ironiquement Erun. « Remerciez les cieux pour cela, monseigneur, mes frères se plaignent chaque jour des périls apportés par leurs femmes et de leurs désirs insatiables. »

« Vous n'êtes pas si petit que cela, monseigneur, » déclara tendrement Rhoswen. Boromir gloussa un instant, et Rhoswen fronça les sourcils, décontenancée. « Qu'ai-je donc dit, monseigneur ? »

« Je pensais juste à ce que certains de mes soldats répondraient à cela. Mais c'est une blague d'hommes, et … qui ne doit pas atteindre les oreilles d'une femme, » ajouta Boromir, murmurant pour que Erun ne puisse l'entendre et s'offenser.

Rhoswen rougit, trouvant rapidement le sens de ses propos. « Oh, » dit-elle d'une petite voix, détournant le regard. « Et vous, monseigneur ? Que devrais-je vous offrir ? » demanda-t-elle, sa voix lointaine et son regard occupé par ce qu'il pourrait dire, sur les blagues d'hommes.

« Pouvez-vous faire avancer notre mariage ? » demanda Boromir.

« Hélas, monseigneur, je ne le puis. » Bien que si cela vous rendait heureux, je pense que je le ferais, se dit-elle silencieusement.

« En ce cas j'attendrai ce que je désire jusqu'à ce que le temps soit venu, » répondit Boromir, jetant un regard à Erun, espérant éviter un regard noir. Mais il semblait que le frère de Rhoswen ait l'esprit ailleurs, et même s'il pouvait les entendre, il les laissait seuls mener leur conversation. « Les cicatrices sont parfois très instructrices, même si elles ne peuvent vous faire sentir le fouet. »

« Pourquoi mes cicatrices devraient-elles vous enseigner quelque chose, monseigneur ? » demanda Rhoswen, se détournant de lui pour cacher son visage devant la chaleur du feu, effrayée de le regarder. Sa cheville palpita au souvenir du froid de dehors - les guérisseurs lui avaient dit que la douleur ne partirait jamais tout à fait.

« Elles me rappellent que vous avez souvent été plus forte que moi. Vous avez toujours préservé votre honneur. Et je m'efforcerai à présent de faire de même. Le Batifolage n'a plus lieu d'être. »

« Vous devez avoir d'autres obligations dans la cité, » répondit rapidement Rhoswen, essayant de changer de sujet. « Je ne devrais pas vous retarder pour tenir conseil avec votre père. »

« Père sait faire preuve de patience. Il peut attendre d'entendre ce qu'il sait déjà. J'ai à faire dans les Maisons. Je doit rendre visite à mes hommes qui se rétablissent. Souhaitez-vous m'accompagner ? Ils seraient ravis de vous voir à mes côtés, » suggéra gentiment Boromir, se penchant de son fauteuil pour essayer de voir son visage dissimulé par les ombres.

Les blagues d'hommes, se rappela à nouveau Rhoswen. « Je promets qu'il n'y aura pas d'impolitesses si je suis présent, » la rassura Boromir, lisant en elle. « Cela leur fera du bien de nous voir ensembles. Ne puis-je vous exhiber comme un trophée de guerre ? »

« Lors de quelle bataille m'avez-vous acquise, monseigneur ? » demanda Rhoswen, le feu continuant de réchauffer son visage alors qu'elle contemplait les flammes, les regardant danser plutôt que d'affronter les yeux de son fiancé.

« La bataille avec moi-même, » plaisanta Boromir. « Si je n'étais pas venu à la raison nous ne parlerions toujours pas. »

« Si c'est ce que vous souhaitez, monseigneur, » répondit Rhoswen, s'extirpant de son fauteuil. Maireth apparut à ses côtés avec un manteau sans qu'on la fasse mander, la faisant glisser sur les épaules de sa maîtresse comme une mère bordant son enfant dans son lit. « Il ne fait pas si froid que cela dans les Maisons, Maireth, » rappela Rhoswen par-dessus son épaule, bien qu'elle n'esquissât pas le geste de retirer le vêtement.

« Mieux vaut prévoir que guérir, ma Dame, » dit tendrement Maireth. Rhoswen acquiesça silencieusement, attendant que Boromir se lève de son fauteuil pour lui offrir son bras.

Elle l'imaginait régulièrement lorsqu'il était au loin, le simple fait de marcher en se tenant par le bras. Partout où elle allait, le Boromir rêvé la suivait, le substitut d'ombres que seul son esprit pouvait voir. Et maintenant ils y étaient, marchant comme elle avait pu l'imaginer et c'était … différent de ce qu'elle avait pu imaginer. Les avants-bras en cuir étaient rendu froids par la chevauchée depuis Osgiliath – elle pouvait sentir un frisson se répandre à travers sa manche. Mais lorsque le vent s'engouffra dans ses cheveux et emporta presque les rubans que Maireth y avait accrochés, et que Boromir attrapa les ornements avant qu'ils ne s'éloignent trop, essayant de sa main gantée et de ses doigts maladroits de les rattacher, remettant ses cheveux en place, elle ne put s'empêcher de sentir se cœur se réchauffer, un peu plus sûre d'elle et de cet homme à qui elle était liée.

Rhoswen dut s'arrêter dans la petite cour devant le couloir menant dans la salle où les soldats du Gondor en convalescence reposaient. Ce n'était pas une pièce où elle se rendait d'habitude, ou où elle devait soigner quelqu'un.

« Des hommes dans le besoin, mais agités, » disait Ioreth. « Laissez les jeunes hommes excitables aux vieilles femmes et aux autres hommes, ma dame. »

« Cela vous effraie-t-il ? C'est votre terrain, Rose, plus que ce n'est le mien, » dit Boromir, voyant qu'elle s'attardait derrière lui, observant le passage d'un air studieux.

« Ce n'est pas tant le … terrain comme vous le dîtes. Ni les hommes en soi, car je suis devenue habituée aux soldats et à leurs manières, » s'avança Rhoswen, essayant de ne pas paraître redouter la chose.

« Qu'est-ce donc, alors ? » demanda Boromir, essayant de de maintenir un semblant de patience malgré sa contrariété.

« C'est ce qu'ils vont pouvoir penser de moi, » admit Rhoswen, jetant un nouveau regard d'inquiétude à la porte. « Lorsque je passe cette porte à votre bras, je cesse d'être une infirmière, une guérisseuse, et deviens quelque chose de différent. Je deviens vôtre. Et avec ce statut viennent … quelques obligations particulières. » Elle se rappelait de ce que Bergil avait dit, la première fois qu'il l'avait rencontrée. Ils ne savaient pas si vous étiez une gentille dame ou non, et ils espéraient que vous étiez assez bien pour mériter le Capitaine-Héritier.

« Quelles obligations avez-vous envers eux ? » se demanda à voix haute Boromir, ne réussissant pas à trouver une quelconque complication.

« Ce sont vos hommes, ils vous aiment. Ils souhaitent seulement que la femme qui vous épouse vous traite comme le prince que vous êtes. Ils se demandent si je vous mérite, si je suis assez bien, ou assez jolie pour vous. » Je peux supporter les moqueries d'autres femmes, mais celle des hommes … sont quelque chose de totalement différent.

« Et c'est le cas, ma rose, vous l'êtes. Venez à présent, » dit Boromir, se saisissant de sa petite main. « Laissons le prince présenter sa princesse à ses troupes. Quelles rumeurs avez-vous donc écoutées ? J'ai entendu, » dit Boromir en se rapprochant plus près d'elle, « qu'ils vous trouvent la plus belle femme du monde. » Bon, cela n'avait pas exactement été formulé de cette façon - cela avait été plus grossier, et il avait eu envie de fouetter l'homme qui avait dit cela, mais l'intention était là. Ne l'effrayons pas avec la vérité. « Laissons-leur dire que vous êtes belle. Laissons-les adorer ma merveilleuse femme. »

Rhoswen sourit faiblement, essayant d'adopter une expression brave. « Si vous insistez, monseigneur. »

Lorsque Boromir entra dans la salle de l'armée les conversations se firent silencieuses, tous les yeux rivés vers l'entrée. Ceux qui pouvaient se tenir debout le firent, et s'inclinèrent pour saluer leur capitaine alors que celui-ci s'avançait. Boromir s'arrêta auprès de quelques chevets, conversant aisément avec ses hommes tandis que Rhoswen observait, se sentant comme une étrangère dans un lieu qui aurait dû lui paraître familier. Boromir tout comme ses frères étaient des soldats. Et pourtant pourquoi se sentait-elle … seule ? Étais-ce parce qu'elle était à présent la seule femme au milieu d'hommes qu'elle ne connaissait pas ? Ou étais-ce parce qu'elle pouvait voir les hommes la suivre du regard sans le cadre familier de leur casque pour limiter leur vision ? Ils étaient les plus vulnérables ici dans les Maisons de Guérison, mais tout comme elle semblait-il.

Boromir était plongé dans une conversation que Rhoswen ne pouvait aisément suivre, et son esprit s'égara, ses yeux parcourant les lits placés dans la pièce. Elle quitta l'ombre de Boromir, s'éloignant silencieusement du nœud d'hommes se tenant au milieu de la salle pour s'éloigner vers les côtés, jetant un regard aux patients qui n'avaient pas encore pu voir leur capitaine. Certains regardaient Boromir, et d'autres, lorsqu'on les observait plus attentivement, étaient trop loin dans leurs pensées pour remarquer le Capitaine-Héritier.

Un de ces hommes attira son attention, qui semblait avoir l'âge de son frère aîné, son bras retenu par une écharpe. Ses yeux étaient fixés sur le bout de son lit, et malgré l'écharpe qui aurait du tenir son bras sans d'autre aide, il soutenait le membre comme si ce dernier le faisait souffrir.

« Je vois que vous vous êtes cassé le bras, » dit Rhoswen, sentant que les salutations et les plaisanteries n'avaient pas leur place ici.

« Une flèche, ma dame, » dit le soldat, se redressant légèrement sur son lit lorsqu'il vit qu'il était le centre de l'attention de la dame de son capitaine.

« Cela vous fait-il souffrir ? » demanda-t-elle en devinant la réponse, et l'homme la regarda, surpris qu'elle ait su lire si facilement ses pensées. « Vous le tenez étrangement, » expliqua-t-elle, s'asseyant au bord du lit avant de tendre sa main pour que l'homme y pose son bras. « Puis-je ? »

Décontenancé, il fit ce qu'on lui demandait et tendit son bras. Elle retira délicatement l'écharpe et sentit le pansement et les bandages contre sa peau, rendus durs par le vieux sang et les plantes qui avaient pu être appliquées. « Quand cela a-t-il été changé pour la dernière fois ? » demanda-t-elle en déroulant le bandage pour examiner le cataplasme étalé sur la blessure. Elle pouvait presque sentir Ioreth derrière son épaule, l'observant alors qu'elle inspectait son patient. Mais ce n'était pas quelque chose de nouveau, elle avait déjà vu et fait cela, et la formule du cataplasme était connue en Anfalas, pour garder la blessure propre et la cicatrice nette. Elle pouvait en refaire un autre, il n'y avait aucune difficulté.

« Il y a une semaine, ma dame, mais ne vous inquiétez pas, » dit le soldat alors que Rhoswen se levait du lit, ayant oublié Boromir et le but de sa visite. Elle alla dans la réserve, choisissant les herbes et les écrasant à nouveau, avant d'humidifier la mixture et de la placer dans un fin tissu afin de préparer le cataplasme.

« De la consoude pour souder à nouveau l'os, du millefeuille pour garder la plaie propre et sans infections, » expliqua-t-elle, montrant le contenu du tissu à son patient. « Du thym, également pour garder propre, et du romarin, pour éviter les mauvaises odeurs. La blessure guérit bien, et après cela le bandage n'aura sûrement plus besoin d'être changé. J'ai ajouté de l'huile de girofle, cela va étouffer la peau, pour que avec un peu de chance vous n'ayez plus mal. » Rhoswen tassa doucement la mixture contre la peau et commença à emballer la plaie à nouveau, faisant attention à ce que tout tienne autour du bras de l'homme pour que l'os puisse ressouder correctement.

« Je me demandais pourquoi cela sentait comme chez moi, » dit l'homme. « Ma femme adore l'odeur du romarin. »

« Où est votre femme à présent ? » demanda Rhoswen, essayant de garder son bandage serré et ajusté.

« Chez nous, dans notre maison au deuxième niveau de la cité, ma Dame, avec notre fille. Elle n'a que trois ans, » dit tendrement l'homme. « Je ne l'ai pas vue depuis six mois, elle devrait marcher à présent. »

« Ne viennent-elles pas vous rendre visite ? » s'enquit la dame.

« Cela est-il permis ? » demanda l'homme, et Rhoswen acquiesça.

« Bien sûr, et c'est même encouragé, si c'est possible ! » dit-elle avec un sourire. « Nous pouvons apporter la médecine, mais le rire d'une famille est parfois mieux pour certaines blessures que tout ce que nous pouvons faire. »

« La dame Rhoswen vous importune-t-elle, Gaelon ? » demanda Boromir de derrière elle, et Rhoswen rougit un peu de gêne, se souvenant à nouveau pourquoi elle était ici.

« Non, monseigneur. Elle a promis que ma femme et mon enfant pourraient me rendre visite ici, monseigneur. » dit joyeusement Gaelon.

« Plaît-il ? » demanda Boromir, regardant Rhoswen, légèrement amusé.

« S'ils n'habitent pas si loin d'ici, pourquoi ne pourraient-elles pas venir le voir ? » dit Rhoswen en s'agitant comme si c'était la chose la plus évidente au monde. « Il retournera en guerre bien assez tôt, » ajouta-t-elle calmement, levant les yeux vers Boromir avec cet air qui le défiait de dire autrement.

Elle pensait qu'il allait mal le prendre, mais au lieu de cela, le Capitaine-Héritier se mit à rire. « Avenante et avisée, » dit Boromir. « C'est pourquoi il me faut l'épouser rapidement. »

Tous les hommes à portée d'oreille se mirent à rire, et le sourire de Rhoswen s'élargit légèrement, rougissant un peu plus pour une autre raison. Les blagues d'hommes lui étaient revenues à l'esprit.

Boromir termina rapidement sa visite après cela, faisant ses adieux à ses hommes pendant que Rhoswen attendait près de la porte, considérant quelque chose qui, selon son expression, semblait sérieux. « N'y a-t-il point quelque chose que je puisse faire ici pour vous aider, monseigneur ? » demanda-t-elle finalement lorsqu'ils se furent éloignées des portes de la salle, à l'abri des oreilles et des yeux des soldats.

« Comment ? » demanda Boromir, se tournant vers elle, confus.

« Ces hommes, ils sont sous votre charge et ont beaucoup donné d'eux-mêmes parce qu'ils aiment leur cité et leur capitaine. Ne puis-je leur être d'une quelconque aide ici, et veiller sur eux lorsque vous ne le pouvez pas ? »

« Souhaitez-vous vraiment le faire ? » demanda Boromir, surpris. Il se rapprocha d'elle, baissant tellement la voix que Rhoswen dut tendre l'oreille pour entendre ce qu'il disait. « Je sais ce que vous êtes en train de faire et je vous le dis, vous n'avez pas besoin de le faire si cela vous rend mal à l'aise. »

Rhoswen respira profondément. « Je pense que je dois apprendre à … être un peu mal à l'aise, monseigneur. De plus, » élabora-t-elle d'un haussement des épaules, « C'est le … le devoir d'une épouse de prendre soin des biens de son mari lorsqu'il n'est pas là. Ne sont-ils pas vos biens ? »

Le capitaine-héritier acquiesça. « Vous ne devriez pas être seule avec eux, Maireth … ou un des autres guérisseurs devrait être avec vous, » dit Boromir. « Je leur fais … à peu près confiance lorsque je suis avec vous. »

C'est dans ce genre de moments que je l'aime encore plus, pensa Rhoswen alors qu'elle essayait d'effacer l'esquisse de sourire naissant sur son visage. Derrière ce soldat se cache quelqu'un qui s'inquiète.

Il n'aurait pas à s'inquiéter si tu ne te mettais pas en danger, répondit la raison de Rhoswen. Ils n'ont pas besoin de toi pour s'occuper des soldats.

Il y aura bien assez de dangers partout où j'irai, se dit Rhoswen. J'ai au moins appris cela depuis que je suis arrivée dans la Cité Blanche.

(1) La chanson la plus dure au monde à traduire ! En gros, elle parle d'une femme qui décrit l'homme qu'elle aime au fil des saisons, et continue de l'aimer malgré les changements. Si vous voulez rire et lire la version originale en vieil anglais, elle s'appelle Clear or Cloudy, de John Dowland.


Bonjour à tous, me voilà de retour ! :)

J'espère que vous avez passé de bonnes vacances, profitez-bien des derniers jours qu'ils vous reste ;)

Alors qu'avez-vous pensé de ce nouveau chapitre ? La relation entre Rhoswen et Boromir s'étoffe de plus en plus, et malheureusement pour moi les poèmes et les chansons vont devenir de plus en plus récurrents, c'est une plaie à traduire x) Nous avons en tout cas atteint le quart de l'histoire, ça avance vite !

Un grand merci à Symbelmyn, TS, Roselia001 et La Plume d'Elena pour leurs reviews au dernier chapitre, cela fait toujours autant plaisir d'avoir un retour sur son travail, alors à vous petits lecteurs anonymes, n'hésitez pas à me laisser un petit mot, cela n'a pas besoin d'être compliqué ou recherché, juste une trace de votre passage :)

Pour ceux ne me suivant pas sur D'arc et d'épée, je suis maintenant officiellement étudiante en école d'ingénieur agronome à Nantes, j'aurai donc plus de temps pour moi et pour publier, même si je compte bien profiter de cette nouvelle vie :P Je vais essayer dans un premier temps de garder un rythme de 1 chapitre toutes les 2 semaines, et si ce n'est pas possible j'aviserai ;)

Voilà, bonne journée, et à la prochaine !

Mimi :)