Chapitre 9 : Quand un Kanda ne suffit pas…
- Eslie ? Ça va ?
- Oui, Allen. Ne t'en fais pas…
Walker n'ajouta rien, laissant les deux exorcistes entrer dans la pièce qui leur servait de chambre. Après quelques minutes de silence, il afficha un sourire triste, et se leva pour aller prendre une douche, abandonnant la fille seule avec Kanda. L'adolescente se frotta les yeux pour être sur qu'aucune larme ne la trahisse.
- Tu es déjà assez rouge comme ça.
- T'occupe Yû !
- Moi je dis ça, je dis rien… Si tu préfères ressembler à un clown…
Eslie sourit. Elle s'adossa au mur, à côté du garçon, puis posa sa tête sur son épaule.
- … Oh ! dit-il froidement. Tu fais quoi là ?
- Pourquoi tu aurais le droit de me prendre dans tes bras (deux fois d'affilées), alors que moi je ne pourrais même pas poser ma tête sur toi ?
- Parce que...
- …
- … Tu recommences, souffla-t-il.
- Quoi donc ?
- A m'appeler par mon prénom…
- Ça te déplait ?
- … Oui, répondit Kanda en tournant la tête.
- Pourquoi ?
- …
Pourquoi détestait-il se faire appeler par son prénom ? C'était une bonne question. Cependant, le kendora le savait au fond de lui, et le refoulait. Son prénom avait un triste passé. Il n'était que souffrance et haine… Que Lavi l'appelle Yû, et que Kanda s'énerve, n'était que pur caprice. Il n'aimait pas entendre son prénom de la bouche du rouquin, peut être car il le disait de façon toujours enjouée. Mais lorsque Eslie le prononçait, c'était bien différent… Kanda ne savait pourquoi il se sentait si mal en ces moments là. Cela éveillait peut être des souvenirs… Pourquoi donc ?
L'adolescente préféra changer de sujet.
- Tu te rappelles le jour où l'on sait rencontrer ?
- Non.
Il mentait bien sur, et Eslie le savait. C'est pourquoi elle continua sur sa lancé.
- … Tu devais me réduire en tranches, non ?
- Et alors ?
- J'attends toujours.
- Tu risques de te blesser.
- Trouillard, murmura-t-elle avec une pointe d'ironie.
- PARDON ?
La porte se rouvrit. Eslie retourna sur son lit en voyant apparaître les autres (hors mis Allen toujours sous l'eau). Lavi quitta ses bottes, et s'assit sur son martelât. Un large sourire aux lèvres, il se tourna vers Karwel.
- Tu étais passé où ? Je t'ai cherché partout ! Tu m'as un peu laissé en plan sans la fin de ta phrase, rit-il.
- … Tu avais écouté le début au moins, dit-elle d'un ton glacial.
- Heu… ça ne va pas ? T'es vachement rouge sous les yeux.
Karwel posa violement la paume des mains sur ce qui lui servait de lit, et haussa la voix, sourcils fronçait.
- C'est vraiment la seule chose que tu sais voir ! A non pardon, dit-elle avec un rire jaune. C'est la deuxième ! Avant il y a Miss Gonflette !
- Je ne comprends pas.
- Rien d'étonnant, ajouta-t-elle simplement avant de se coucher. Bonne nuit tout le monde.
Le roux la regarda, perdu. Il se gratta la tête, et tourna un regard interrogateur vers Kanda et Krory. Yû tourna la tête et Arystar haussa les épaules pour lui dire qu'il ne savait pas.
Il faisait sombre. Seuls les rayons de la Lune arrivé à éclairer la pièce. Si l'on pouvait appeler ça « éclairer ». Les seules distinctions possibles étaient les formes noires formées par les exorcistes. Eslie ouvrit les yeux et regarda le hublot dont la vitre était couverte de buée. La chair de poule aux bras, la base des cheveux hérissés par le froid, elle se recroquevilla en boule en resserrant l'étreinte de ses mains sur la couverture. Cet air glacée lui pénétrer toujours autant les os. Heureusement qu'ils arriveraient bientôt et que ces nuits horribles seraient finis. Vivement une auberge ! Eslie tremblait. Elle entendit un rire dans son dos. Quelqu'un se releva pour s'appuyer sur son poing, afin de garder le buste élevé. Il ne dormait pas non plus…
- Toujours aussi froid ? chuchota-t-il.
L'exorciste ne répondit pas. Elle se sera encore plus contre le mur d'en face. Lavi rit doucement. Karwel entendit une couverture passer sur le côté, et des bruits de pas assourdis.
- Reste… à ta place, dit-elle dents serrées.
- Que… Tu es sure que ça va ? dit-il inquiet.
Le garçon tenta de s'avancer pour la rejoindre, mais il fut une nouvelle fois atteint par cette voix glaciale.
- Je t'ai dis de retourner à ta place, Lavi !
Un silence pesant tomba sur la pièce. Le bookman la regarda encore quelques minutes, espérant une explication. Une explication qui ne vint pas. Il baissa le regard et retourna se coucher. Il croisa ses bras derrière la tête et s'adressa de nouveau à la jeune fille, penseur.
- Il s'est passé quelque chose ?
- …
- Eslie ? dit-il avec tristesse.
- …
- … Tu ne veux pas terminer ce que tu voulais me dire ?
- Non.
Au moins, c'était clair et directe. Après quelques secondes béates où il ne su que dire, il répondit « ok », puis chercha un autre sujet de conversation.
- J'ai appris que tu avais été adopté, et que tu n'étais pas anglaise.
- …
- Que s'est-il passé ?
Le cœur d'Eslie rata un battement. La question qu'elle désirait ne surtout pas entendre. Tout simplement parce que cette partie de sa vie était la pire. Une existence qu'elle ne voulait surtout pas revivre. Mais également, car avant la mort de sa mère, elle ne se souvenait de rien. Que dire alors ? Cependant, elle ne voyait qu'une réponse à la question de Lavi, et elle ne ménagea pas ses mots.
- … Mais t'es con ou quoi ? Si j'ai étais adopté, c'est que ma mère est morte !
- … Euh ! Pardon ! Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je me suis mal…
- Tais-toi, d'accord ?
- … Désolé.
- …
- Tu pourras me faire visiter si jamais on passe devant un site intéressant ? dit-il amicalement.
- …
- On passera par ta région ?
- Lavi ! … Je n'ai pas envie d'en parler, ok ?
- Heu… mais enfin je…
- Dors Lavi !
L'héritier sentit un énorme malaise lui prendre le cœur. Le dialogue semblait bloqué. Il soupira, dit bonne nuit et se tourna sur le côté. Eslie se mordit les lèvres. Elle n'y arrivait pas. Sa colère envers lui ne s'apaisait pas. Dès qu'elle le voyait, dès qu'elle l'entendait, elle sentait son cœur se serrer. Cette boule de haine qui lui bloquait la gorge ne voulait pas s'évanouir. Yû lui vient en tête, sa voix lui raisonnant aux oreilles. Cette conversation qu'ils avaient eue avant de revenir dans la chambre lui défilait devant les paupières.
- Pourquoi je suis énervée à ce point ?
- Tu n'es pas énervé. Tu es juste blessée.
- Mais pourquoi ? Ce n'est pas comme s'il m'avait insulté ? Je n'ose même pas imaginer ma réaction si cela arrivé…
- C'est juste les effets néfastes de l'amour, dit Yû avec un petit sourire. Tu ne peux prévoir les réactions que cela engendre.
Elle détesté l'amour autant que les insultes alors ! Eslie desserra le poing. L'amour… Elle passa la main autour de son cou, sentant sous le tissu de son vêtement la chaîne en argent et sa tiédeur. L'adolescente fronça les sourcils et chercha à s'endormir. Elle avait beau chercher, cette boule ne voulait pas sortir de sa gorge.
†††††
- Tu te fiches de moi là ? Tu crois que je n'ai que ça à faire, gamin ?
- Je sais, je suis désolé. Mais je te le demande comme une faveur.
- …
- S'il-te plait Bookman.
- Je peux au moins savoir pourquoi tu veux savoir ça ?
- J'ai l'impression que quelque chose cloche. Je pense que ça pourrait être important.
- Autres raisons ?
- Heu… n-non, je ne crois pas…
- Tu ne crois pas, répéta-t-il. Comment ça tu ne crois pas ?
- Bon, tu veux bien ou pas ?
- Et pourquoi tu ne lui demandes pas toi-même ?
- E… elle n'a pas voulut me répondre.
- … Bon ok ! Mais tu me le redevras ! C'est quoi que tu veux savoir déjà ?
- La vie d'Eslie avant son adoption, et surtout son arrivé en Angleterre.
- Hum.
- Merci Panda.
- Lavi, je comprends que tu te poses des questions à propos de tes amis, mais n'oublie pas trop qui tu es.
- Ecoute ! J'ignore pourquoi je te demande ça ! Mais j'ai envie de savoir ! C'est un peu le but des bookmen, non ? Le Savoir ! Et bien j'ai envie de savoir !
- … Ok. C'est demandé avec tans de gentillesse, réponditle vieil homme avec cynisme.
- Excuse-moi. Je… je ne sais pas se qu'il me prend.
- Je te recontacte quand je trouve quelque chose.
- Merci, dit Lavi avant de mettre fin à la conversation qu'il avait avec son golem.
Le garçon s'appuya contre le mur. Pourquoi il s'en voulait autant ? Il avait beau se remuer les méninges, il ne voyait pas comment il avait pu blesser Eslie. Car il était évident qu'il s'était passé quelque chose, et que c'était lui le coupable. Il l'appréciait énormément. Et ces répliques froides, violentes, distantes, étaient un étau pour son cœur.
- RAAAAGGGH ! Je ne vois pas ! dit-il en s'ébouriffant les cheveux.
- Lavi, ça va ?
- Lenalee ! Oui ne t'en fait pas.
- On va arriver dans quelques minutes, dit-elle en partant.
- Ok merci.
Les exorcistes descendirent de la parcelle. Le port était animé. Une odeur de poisson et de fumée se balader dans l'air. Les passants en habits sombres, les hommes en costards, chapeaux hautes formes pour les uns, melons pour les autres, les femmes en robes, un panier en osier au bras, déambulaient sur le port au milieu des bonimenteurs. Vendeurs en tous genres se tenaient debout près de leurs marchandises, à s'égosiller pour attirer l'attention sur leurs stands. Eslie prit une grande inspiration. Comme cela faisait du bien. Sept ans qu'elle avait quitté la France. Ce pays lui avait tant manqué.
- Tu as l'aire heureuse, dit Krory.
- Normal ! C'est mon pays d'origine.
Lavi la regarda. La jeune fille avait le sourire aux lèvres. Ce sourire qu'elle lui affiché encore il y a peu de temps. Il tourna la tête vers le sol, et poussa un soupire. Il fut vite sorti de ses pensées lorsqu'un gosse d'une demi-douzaine d'années le poussa. Un de ses petits camarades qui le poursuivait rentra, lui, dans Kanda, qui faillit tomber au sol en emportant Eslie. L'exorciste se releva, et attrapa sa victime par le col.
- Tu ne peux pas regarder devant toi, minus ?
- J-je s-suit dé-désolé !
- C'est bon Yû, pose-le, dit Karwel.
Kanda s'exécuta en lançant un regard plus que meurtrier au garçon qui repartit en courant. Le groupe marcha le long du port, lorsqu'un manqua à l'appel. L'adulte du groupe, Arystar Krory, avait disparu. Allen poussa un profond soupire. Le vampire avait pour sale habitude de se perdre, ou de tomber sur de mauvaises rencontres. Les exorcistes cherchèrent donc de tous les côtés. C'est Walker qui l'aperçu le premier. Il vit le Baron Krory courir dans tous les sens, cherchant ses compagnons, un air paniqué sur le visage.
- Vous allez bien Arystar ? demanda Karwel.
- Euh… Et bien… J'ai prit ce très joli vase à un homme fort sympathique, mais… il s'est cassé… tout seul… Et ensuite, vous aviez tous disparus, et…
- Pour ne pas changer, il s'est fait plumer, désespéra Allen.
Kanda, de part son aura plus que meurtrière, poussa le groupe à avancer. Une demi-heure plus tard, ils furent cependant contrains de stopper leur marche. Encore.
- Mais il est passé où encore ? s'estomaqua Lavi en cherchant le vampire des yeux.
Heureusement, il n'était pas bien loin. Ils leur suffirent de se retourner. Arystar se tenait debout, bavant de tous côtés, devant un vendeur de poires. Eslie rit et en prit pour la route. Le bâtiment qu'ils devaient atteindre se trouvait dans la ville voisine. Traverser la campagne était agréable et un peu de marche à pied (au point où ils en étaient) ne leur ferait pas de mal. Eslie posa sa main sur son épaule. Le coup du rejeton de tout à l'heure lui avait relancé la douleur.
- Ta plaie s'est rouverte ? demanda Lavi inquiet.
- T'occupe.
- Euh…
Elle lui faisait vraiment la tronche, ma parole ! L'adolescente accéléra le pas pour rejoindre celui qui ouvrait la marche, Yû.
- Tu vas arrêter de me coller !
- …
- Je ne suis pas ta nounou !
- …
- Tsss…
- …
- … Ça va ton épaule ?
- J'ai connus mieux, mais ce n'est pas insupportable… NOUNOU.
- …, répliqua le kendora avec un regard blasé.
Une voix s'éleva dans leurs dos. Eslie continua de marcher dans une absence de réaction totale. Yû, lui, lança un regard en coin d'œil à l'adolescente.
- Eslie !
- …
- … Eslie !
- Tu ne lui réponds pas ? demanda Kanda.
- Non.
- ESLIE !
La fille tourna un regard noir vers le roux qui l'avait rattrapé.
- J'ai des oreilles…
- Pourquoi tu ne réponds pas alors ?
- Tsss… peut être parce que je n'ai pas envie.
Tsss ? C'était à Kanda ça ! D'ailleurs le garçon la regarda avec des yeux ronds, et Lavi en fit de même. Elle prenait les mimiques du kendora ? Elle n'allait quand même pas devenir son sosie en tous poings ? Ce serait l'horreur !
- …
- Bon quoi ?
Le rouquin eut un léger blanc. Il l'avait appelait uniquement pour entendre sa voix, sans aucune raison particulière. Il se trouvait donc bloqué. Le bookman prit la première chose qui lui passa par la tête. En faite, non. Il savait ce qu'il voulait dire à la jeune femme. Le problème était de l'amener dans la conversation.
- Qui tu aimes ?
- Le jeu de Krory était truqué, je te l'ai dis. Et en quoi ça t'intéresse ?
- T'es pas obligé de me parler avec ce ton aussi froid… Pure curiosité.
- Kanda.
Hein ? Yû tourna la tête vers la fille qui le suivait. Les pommettes délicatement roses, il la fixa avec de grands yeux. Lavi, quand à lui, ne trouva tout bonnement rien à répondre, et la regarda sans bouger.
- M-mais… murmura le porteur de katana.
- Ce n'est pas ce que tu veux entendre depuis toujours, ajouta-elle toujours aussi froidement au bookman.
Kanda eut un soulagement. Chose qu'il ne garda pas pour lui.
- Merci Kanda…, dit l'adolescente ironiquement. Bref… Si tu veux tellement les entendre ses mots là, les voilà ! J'aime Yû !
- C'est encore une tournure de phrase pour me faire comprendre que tu ne l'aimes pas ? vérifia le roux.
- … Oui.
- Non, parce que… Hum… C'est un peu gênant de le dire ! Mais ces derniers temps j'avais l'impression que tu éprouvais des sentiments pour moi… Ce qui est totalement crétin, finit-il avec un rire nerveux.
Tous se retournèrent vers Lavi. Une feuille vola à travers le silence qui s'installa. Le groupe continua son chemin en laissant le bookman derrière. Hallucinant ! Il était hallucinant ! Un vieux paysan accosta le rouquin. Il était petit, une grande barbe, et des vêtements poussiéreux.
- Icscuse moui, mon p'tit !
- Do you speak English ?
- Qu'i-ce qu'em dit l'p'tit ? Ti n'ourais pô vu une carriole passit dans l'coun ? Parc'qu'vraimunt, je suis poumais ! Ti sais où s'trauv' le port ?
- Heu… Excusez-moi, ça fait longtemps que je n'ai pas parlé français. Pourriez-vous parler moins vite et articuler un peu plus ?
- Ti, soris pô, où, s'trouv', le port ?
- … Je ne comprends toujours rien. Oh ! Quelqu'un peut venir m'aider ? Eslie ! Tu parles français, non ?
- Débrouilles toi.
- Merci, fit-il abandonné à son sort.
- Parce que ti comprunds, faut qu'j'vunde mes m'lons moui. Si pô d'm'lons vendu, pô d'billets. Y mis p'tits unfants pourront rin manger… C'y dur l'vie paysun.
- … ?
Karwel, qui écouté tout de même quelques mètres plus loin, poussa Lavi pour se placer devant le vieil homme qui avait des paquets de melons sous les bras.
- Bonjour, qu'est-ce qu'il vous faut ?
- Où s'trauv' le port, s'te plit?
- Bien sur, le port se trouve là-bas. Vous suivez le chemin sur un kilomètre et demi environ, puis vous entrerez dans une ville. Vous tournez à gauche après le cloché, et vous marchez. C'est juste en face.
- Mirci b'coup ma p'tite ! Parce que ti copun il sert à rin, rit-il.
La française lui sourit. Le vieil homme lui passa un fruit pour la remercier, et suivit ses indications. Elle se tourna vers le garçon, lui afficha un regard noir, lui colla le melon dans le thorax et repartit.
- Quel bookman !
- Désolé, mais je ne comprenais rien à son accent !
- …
- Tu ne veux pas le partager avec moi ? dit-il en tendant la boule verte.
- Non.
- Eslie ! dit-il en lui attrapant le poignet. Je suis désolé ! J'ignore ce que j'ai fait, mais pardonne moi ! S'il-te plait !
- … Tu n'écoutes pas…
- Je n'écoute pas ! Tu refuses de me parler ! J'ai au moins le droit de savoir pourquoi !
- Tu sais quoi ? Mes premières hypothèses étaient peut être justes après tout. Tu es superficielle !
- Que… ?
- T'es soûlant, Lavi ! lui adressa-t-elle toujours de dos en retirant son poignet et en poursuivant ses pas.
Lavi, après un moment, passa le fruit sous le bras et rejoint le groupe. Les exorcistes arrivèrent enfin à destination, un petit hôtel qui se dressait entre deux bâtisses. L'Innocence n'était pas loin d'ici. C'était donc le mieux. Eslie s'affala dans son lit. Une chambre pour elle seule, entre celle d'Arystar et… Lavi. Au moins un mur les séparait. Le bookman, lui, se trouvait au bar du gîte, un verre à la main, depuis au moins vingt minutes, noyant ses questions et sa tristesse.
- Tu bois quoi là ? demanda Allen.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
Krory qui se trouvait derrière Walker, s'approcha pour le renifler.
- Tu pus l'alcool, Lavi.
- Et alors, hi hi, j'ai bien le droit !
- Baka ! Comment tu vas faire pour chercher une Innocence si tu es complètement défonçait ?
- C'est… hi hi… mon affaire mon petit Yû !
Kanda, une veine gonflée sur le front, attrapa le vêtement du garçon et le tira dehors. L'air était orageux, et le ciel sombre. Il allait bientôt pleuvoir. Il le traîna sur une quinzaine de mètres, et s'approcha d'un bassin d'eau qui se trouvait dans le parc près du gîte.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Kanda ne répondit pas. Il prit dans sa main une poignée de cheveux de la tête du rouquin, la leva, puis l'enfonça dans l'eau glacée. Lavi poussa un cri et sortit son chef. Trempait, il tomba à la renverse.
- Non mais tu n'es pas bien !
- Reprend toi, bordel ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Lavi se posa la main sur le front. Il avait bien reprit conscience. C'était impressionnant comment un simple bain d'eau froide pouvait vous réveiller un soul. Kanda s'assit à côté du garçon. Il attendit, puis reprit Lavi par le col pour lui replonger la tête sous l'eau.
- Mais arrête ! Une fois suffisait !
- Tu ne m'as pas répondu. Qu'est-ce que tu as ?
- …
- Répond où t'y retourne une troisième fois.
- Je… je ne comprends pas…
- C'est vis-à-vis d'Eslie ?
- Hum…
L'adolescente se leva, et posa les pieds sur le parquet en bois rouge. Elle marcha jusqu'à la fenêtre ornée de grands rideaux noirs. Elle posa la main sur la poignée et la tourna. L'adolescente poussa les deux vitres, laissant entrer l'air humide du dehors. Elle observa le parc. Il était grand. D'ici on pouvait même apercevoir un étang entouré de saules pleureurs. Son regard se posa sur la silhouette assise dos à elle sous sa fenêtre.
- Oh ! Yû !
Elle se préparait à l'appeler lorsqu'elle aperçut un autre apôtre de dieu à ses côté. De quoi ils pouvaient bien discuter ces deux là ? Elle se pencha un peu plus et tendit l'oreille. Elle arrivait en milieu de conversation, mais elle sut en entendant son nom, qu'ils parlaient d'elle.
- …Eslie ?
- Hum…
- Tu en penses quoi ? demanda Yû.
- Je ne sais pas. Elle est bizarre. Je pensais qu'on avait tissait des liens, mais… Pff ! Elle ne sait pas ce qu'elle veut ! Elle n'est pas facile à suivre. Pourtant…
- Si tu as des trucs à dire tu peux le dire franco, je suis de bon cœur aujourd'hui.
- Ben… bon c'est sur c'est du bonnet C qu'elle fait.
- … Ce genre de répliques tu peux te l'ais garder, par contre.
- Elle s'enflamme pour un rien ! Elle est lunatique !
- Tu n'es pas un peu à bout de nerfs là ?
- Hier, je lui ais demandé de me parler de sa vie avant son adoption. Rien ! Que dalle ! Elle m'a carrément renvoyé boulet !
- C'est sur que c'est la seule femme à t'envoyer boulet, dit Kanda ironiquement. Quelle idée aussi de lui parler de ce genre de chose ?
- J'ai beau faire des efforts elle voit rien ! Ce n'est qu'une égoïste, pleurnicharde, qui n'est même pas capable d'avouer ses sentiments… Non, parce que ça se voit qu'elle est amoureuse. Mais comment tu veux que le gars le sache. Même nous on ne le sait pas ! M'énerve ! Si elle se sent si mal, elle avait qu'à rester à la Congrégation ! Personne ne la forçait à venir !
Karwel, les larmes aux yeux par ces paroles, claqua la fenêtre violement. Allen arriva en courant dans la chambre, inquiet.
- Ça va ? Qu'y a-t-il ?
Eslie, n'arriva pas à parler. Lavi avait raison se n'était qu'une pleurnicharde. Walker s'avança et la prit dans ses bras.
- C'est horrible dehors, rit-elle. Le paysage est gâché.
- Tu veux parler ?
- Non, merci. Je crois que je vais aller faire un tour dehors. Tu le diras aux autres ?
- Ok. Heu… tu ne sors pas avec ta tenue ?
- Non, j'ai la flemme de la remettre maintenant.
†††††
Kanda, qui n'avait pas jeté un seul regard au rouquin depuis tout à l'heure, tourna la tête, intrigué par la drôle de voix qu'il venait d'adopter. Que… ? D'où elle sort cette bouteille ? Il venait de se repocharder la tronche… Pas étonnant qu'il sorte de quelles répliques. Le bookman ne supportait pas l'alcool apparemment. Yû le vit, bouteille à la main, boire entre deux phrases la tête en arrière.
Lavi se retrouva une nouvelle fois la tête sous l'eau.
- Apparemment t'es encore bourré, ajouta Kanda en sortant le bookman de l'eau.
Le roux de nouveau lucide, prit sa tête entre les mains.
- Je suis désolé… je ne sais pas ce qu'il m'a prit de déblatérer tout ces horreurs.
- T'es bourré… Tu l'as pensé en tout cas.
- Non, pas à ce point. C'est l'alcool… je…
- Ne bois pas si tu ne le supportes pas !
- ...
- Pourquoi tu attaches autant d'importance à Eslie ?
- T'es de mèche avec Panda ou quoi ? rit-il. Je ne sais pas, mais en tout cas… je n'aime pas du tout ça. J'ai le cœur comme un étau. Et puis un Kanda ça me suffit !
- …
Kanda se leva, et ordonna à Lavi d'aller se coucher car il n'allait pas tarder à avoir mal à la tête. Il marcha ensuite dans la direction de la forme qui était passé dans son champ de vision. Elle se dirigeait vers le fond du parc.
- Tu fais quoi ?
- Je me balade !
- En courant ?
- Et alors !
Il attrapa le bras d'Eslie et posa son regard de glace dans le sien.
- Qu'y a-t-il ?
- Bats-toi ! hurla-t-elle en activant son Innocence.
Kanda lâcha un soupire. Encore avec cette idée…
- J'ai besoin de me défouler !
- Je vois ça. Mais si tu insistes… Je vais te réduire en charpies ! dit-il avec un sourire diabolique.
- C'est ce que l'on va voir ! Le gagnant pose la question qu'il veut au perdant !
- … Ok.
Eslie lui fonça directement dessus, katana en main. Yû para. L'adolescente s'acharna sur lui avec rage. Elle voulait enlever cette haine, par n'importe quel moyen. Il fallait qu'elle évacue. Le crissement des lames qui s'entrechoquer raisonnait. Kanda bloqua l'arme d'Eslie avec la sienne, prit appuis sur l'autre main et d'un coup de pied en l'air fit voler le sabre adverse. Eslie, par le choc, en tomba par terre. Elle se retrouva avec la lame sous la gorge.
- Je te l'avais dis. T'es vaincu.
- Mouais… bravo. T'es imbattable… je m'en remets à toi.
- … Je l'avoue, tu as raison… Personne ne peut rivaliser. Et si tu te faisais la boule à zéro plutôt ? rit-il, en détachant son attention de sa partenaire.
- Et puis quoi encore, je ne suis pas vaincu mon Kandanounet ! dit-elle en prenant impulsion sur les mains pour pouvoir écarter le sabre de sa tête.
- Que… T'avais déclaré forfait ! Tu te prends pour qui ? Raclure !
- Peut importe les moyens utilisés ! Seul le résultat compte !
- Fausse guerrière !
- Prétentieux !
Eslie attrapa le premier bâton de bois qui lui passa sous la main. Son katana ayant volé à plusieurs mètres, elle ne pouvait pas aller le chercher. Elle frappa de toutes ses forces le katana vers la gauche. Yû ne lâcha pas, mais ne put empêcher son bras de faire l'écart attendu par la fille. Elle se prépara alors à enfoncer le bout du morceau de bois en plein dans l'estomac du garçon, lorsque Kanda chercha à parer. Cependant, le coup qu'il allait porter sur « l'arme » d'Eslie, se retrouva en faite à frapper dans du vent.
- Quoi ?
Le bâton étant à présent dans sa main gauche, l'adolescente l'abattit sur le crâne du garçon qui n'eut le temps de contrer et se retrouva à terre.
- Vaincu, sourit-elle.
- Comment tu as fait ? demanda-t-il avec un sourire une fois qu'il eut reprit ses esprits. J'ai bien vu ton mouvement vers mon ventre pourtant.
- Je l'ai fais ! Mais tu n'as pas vu (puisqu'en combat le regard est porté sur l'arme) que mon bras gauche à prit le bâton derrière mon dos. Il m'a suffit de continuer le mouvement du bras droit pour te faire croire à l'attaque, et de lever le gauche pour ensuite te frapper à la tête (puisque tu regarder vers le bas).
- Hum…
- …
- Tsss… tu me fais penser à Allen de part tes méthodes pour surprendre l'adversaire.
- Merci en tout cas. Ça m'a fait du bien.
- J'y vais, alors ?
Eslie hocha la tête. Kanda lui lança un dernier regard, mais la fille détourna la tête et partit. Elle avait besoin d'être seule maintenant. Karwel décida d'aller faire un tour près de l'étang. Elle s'assit au bord de la rive, et mit les pieds dans l'eau. Une douce odeur lui chatouillait les narines.
- T'en veux ?
- Hein ? Heu… Non merci, dit-elle avec un sourire en repoussant le poisson grillait de devant son nez.
- Pas grave ! Ça en fera plus pour moi !
L'homme s'assit à côté d'elle. Il était plutôt grand, avec un large pantalon marron à bretelles et un pull blanc usé. Ses cheveux bruns ondulés s'ébouriffaient sur sa tête, qui portait une énorme paire de lunettes.
- Tu préfères peut être une petite partie de cartes ? dit-il cigarette à la bouche.
- Non, merci je ne sais pas jouer.
Il lui sourit.
- La fumée ne te dérange pas au moins ?
- Non… Pourquoi êtes vous là ? demanda-t-elle.
- Bah… Affaires de routine. Une besogne dont je suis chargé de régler. Et toi ? Que fais une si jolie jeune fille au bord d'un étang, les yeux bouffis ?
- Ils ne sont pas bouffis !
- … Pourquoi as-tu pleuré ? dit-il avec un sourire affecté.
- Je… Pourquoi ça vous intéresse ? Je ne vous connais pas après tout ! rit-elle tristement.
- Curiosité. Tu n'es pas forcé de répondre.
- Un idiot…
- Que t'aimes et qui t'as blessé.
- Pourquoi vous demandez si vous avez la réponse ?
L'homme rit.
- C'est quoi ton prénom ?
- Eslie.
- Très jolie ! dit-il en se levant, sa brochette de poisson toujours à la main.
- Vous partez ?
- Mouais. Il faut pas que je perde trop de temps non plus, ou je vais me faire taper sur les doigts. Il ne faut pas trop négliger son travaille. Au plaisir ! ajouta-t-il en balançant son sac sur l'épaule et en s'éloignant. On se reverra peut être…
- Je peux au moins savoir votre nom ?
Il s'arrêta et tourna la tête avec un grand sourire.
- Peu importe…
- Ce n'est pas juste ça, dit-elle.
- La vie est rarement juste, malheureusement.
Il lui adressa un signe de main et poursuivit sa route, disparaissant derrière les arbres. Une fine pellicule de pluie commença à tomber. Eslie leva la tête vers le ciel gris. Elle se leva, et rejoins le bâtiment. Demain, les recherches allaient commencer, et attraper froid ne servirait à rien.
