Hello tout le monde, je publie enfin un chapitre qui me tient beaucoup à cœur, car il présente des personnages que j'aime beaucoup. Pour une fois, je vais plutôt faire des commentaires en bas, pour éviter de spoiler. Bonne lecture!

Warnings : violence physique légère

oOoOoOo

Chapitre 10 - Les jumeaux cachés, ça n'existe pas dans la vraie vie

Cher Sebastian,

Comment va la vie à Londres ? Ici en Cornouailles, tout se passe bien. J'ai déménagé à Fal Vale pour le travail j'avais cru qu'il s'agissait d'un trou paumé, mais en fin de compte c'est un endroit agréable, moins stressant que la capitale. Je suis technicien en chef maintenant, ce qui fait que je vais moins souvent sur les rails, et que j'ai une équipe à gérer. C'est beaucoup de travail, beaucoup de responsabilité, mais c'est aussi beaucoup plus intéressant.

Sebastian sourit en se remémorant les réticences de son frère quelques mois auparavant, quand il avait dû déménager en Cornouailles : son e-mail n'était qu'une longue plainte sur le paysage désolé et l'absence de vie sociale. À présent, Severin avait l'air d'avoir changé d'avis.

J'ai rencontré un garçon là-bas (enfin, je dis un garçon... on a quasiment le même âge). Il s'appelle Richard, il est chauffeur de train. C'est lui qui m'a accueilli et m'a montré les lieux quand je suis arrivé. Il fait partie d'une troupe de théâtre sur son temps libre, il joue d'ailleurs à Londres de temps en temps.

Il est adorable, gentil, attentionné... Je l'adore. Et devine quoi ? Il m'a demandé de sortir avec lui ! On est ensemble depuis un mois maintenant, et il est la meilleure chose qui me soit arrivé depuis longtemps. J'espère que tu pourras venir bientôt, j'adorerais que tu le rencontre. En attendant, je t'ai mis en pièce jointe quelques photos.

Si Sebastian avait été heureux de recevoir des nouvelles de son frère, sa bonne humeur fût vite douchée lorsqu'il ouvrit les documents. Les photos représentaient toutes Richard, et Severin était également dans quelques-unes. L'uniforme et la casquette de conducteur n'étaient pas un assez bon déguisement pour que Sebastian ne reconnaisse pas le visage du jeune homme qui hantait sa vie depuis plus d'un an. Il passa rapidement en revue les images, toutes montrant ces mêmes cheveux noirs, ces mêmes yeux sombres et impénétrables, ce même sourire heureux, dont Sebastian avait longtemps cru qu'il lui était réservé.

Ça doit être une blague... songea-t-il alors que la colère commençait à envahir ses veines. La dernière photo lui fit l'effet d'une douche froide qui noya ses derniers espoirs.

Severin et Jim – ou Richard, quel que soit son vrai nom – étaient assis sur un banc devant un lac, à la lumière du soleil couchant, en train de s'embrasser passionnément.

Sebastian resta figé un moment, les yeux rivés sur l'hérésie qui lui faisait face. Finalement, il claqua d'un geste brusque l'écran de son ordinateur et pris sa tête entre ses mains. Il avait beau fermer les yeux, il ne pouvait s'empêcher de revoir cette image. Il avait l'impression qu'elle lui brûlait la rétine, tandis que sa poitrine se serrait comme un étau implacable. Il n'arrivait pas à croire que Jim ai pu lui mentir à ce point. Tricher sur son identité, c'était quelque-chose qui ne portait pas à conséquence – il l'avait fait lui-même. Se servir de lui comme couverture était gênant, mais il le lui avait pardonné depuis longtemps. Le mener en bateau et jouer avec ses sentiments était cruel, mais il s'y était habitué – et appréciait même la douleur, étrangement. Mais cette fois ci, Jim avait atteint le point de non-retour. Sebastian avait beau être accommodant, le tromper avec son propre frère n'était pas quelque-chose qu'il pouvait supporter.

Il se leva et attrapa son téléphone, puis se mit à marcher dans la pièce tandis qu'il tapait un court SMS à son petit ami.

Où es-tu ?

La réponse ne fût pas longue à arriver.

En déplacement. Je te dirais où quand j'y serais.

Le sniper jeta violemment l'appareil sur son lit avant de se rasseoir en poussant un soupir de résignation. Puis il rouvrit son ordinateur, tenta d'ignorer la photo tandis qu'il la fermait, et se mit à taper frénétiquement une réponse à son frère.

oOoOoOo

Richard Brook était en route vers la gare lorsqu'il reçut un message de son petit ami. Légèrement surpris, il ouvrit le SMS : ce n'était pas dans les habitudes de Severin de lui écrire aussi tôt.

Ce dernier lui demandait simplement de le retrouver à la porte arrière de la gare. L'endroit était quasiment infréquenté, Severin voulait sûrement lui parler seul à seul. Le jeune homme n'avait aucune idée de quoi il pouvait s'agir, mais lui répondit néanmoins qu'il serait au point de rendez-vous.

Lorsqu'il arriva, l'endroit était désert. Richard s'adossa au mur et retira ses écouteurs, puis se contenta de fixer le ciel en laissant ses pensées divaguer.

Severin arriva quelques minutes plus tard. Richard lui sourit et lança un joyeux « Salut ! », mais il se rendit vite compte à l'expression du blond que quelque-chose n'allait pas. Il n'eut pas à demander, car l'autre s'approcha de lui et lui lança :

-Richard. Depuis combien de temps tu connais mon frère ?

Richard fronça les sourcils, perplexe. Lui et Severin n'avaient que rarement parlé de leurs familles respectives.

-Ton frère ? Tu l'as à peine mentionné, je ne le connais pas.

-Bien sûr que si, que tu le connais.

Le ton de Severin restait calme, mais Richard le connaissait trop bien pour se laisser duper. Le jeune homme bouillonnait d'une colère sourde, dont il n'avait pas la moindre idée de l'origine. Malgré son inquiétude, Richard préféra demeurer prudent.

-Je ne comprends pas ce que tu veux dire, lui répondit-il.

-Mon frère Sebastian. Depuis combien de temps ça dure ? Tu sortais déjà avec lui avant qu'on soit ensemble ?

Sortir avec Sebastian ? Richard eut beau essayer, il n'arrivait pas à remettre en place les pièces du puzzle. Il n'était avec le blond que depuis un mois, après être resté seul pendant longtemps. Alors pourquoi le jeune homme croyait-il qu'il sortait avec quelqu'un d'autre ?

Severin avait fait un pas en avant, et seuls quelques centimètres les séparaient, alors que Richard était plaqué contre le mur. Severin était plus grand et plus fort que lui, et en cet instant le jeune homme faisait peu confiance au sang-froid de son petit ami.

-Ça doit être un malentendu, Severin, répondit-t-il en maîtrisant avec difficulté les tremblements de sa voix. Je te jure que je ne connais pas ton frère !

Severin appuya sa main contre le mur près de la tête du petit brun et se pencha vers lui. Richard faisait son possible pour tenter de fusionner avec les briques. Il n'arrivait pas à comprendre ce que son compagnon avait contre lui et ne pas connaître la raison de la colère de l'homme qu'il aimait l'effrayait plus que l'ambiance de menace imminente, ce qui n'était pas peu dire.

-Arrête, gronda Severin. Je n'avalerais plus un seul de tes mensonges... Jim.

La réponse de Richard se coinça en travers de sa gorge.

-J... Jim ? Lâcha-t-il, abasourdi.

Finalement le puzzle se mit en place.

James. C'était James qui était responsable. D'une manière ou d'une autre, Severin avait entendu parler de son frère – probablement par Sebastian – et l'avait confondu avec lui. Les gens faisaient souvent cette erreur tant qu'ils n'avaient pas vu les jumeaux ensemble, et Richard espérait du plus profond de son cœur que Severin n'aurait jamais l'occasion de le rencontrer.

Et s'il le traitait ainsi de menteur, c'est que Sebastian ne lui avait pas parlé en terme très élogieux du criminel.

-Sebastian m'a prévenu, continua le blond. Tu aurais dû te douter qu'on finirait par découvrir le pot aux roses un jour ou l'autre.

...Et Sebastian sortait avec Jim. C'était la seule explication possible.

Richard prit son visage dans ses mains. Il ne pouvait pas croire que son frère ai trouvé un nouveau moyen de mettre en pièce son bonheur et sa vie privée, alors qu'il faisait tout pour se tenir loin de lui. Severin n'avait pas la moindre idée de la complexité des relations dans lesquelles il s'était embourbé. Et Richard ne voyait pas comment se sortir de ce pétrin.

-Severin... je ne connais pas Sebastian, je te le jure.

Il releva les yeux vers Severin. Le grand blond le regardait durement.

-Et je ne suis pas Jim !

-Si tu n'es pas Jim, alors qui est-il ?

Le criminel avait été très clair sur ce point : personne ne devait connaître leur lien de parenté. Lui-même n'avait de toute manière pas très envie de crier au monde qu'il était le frère d'un meurtrier.

-Je ne peux pas t'en parler... dit Richard à mi-voix.

Severin recula et le toisa d'un air attristé.

-Alors tu ferais mieux de m'oublier. C'est moi, ou mon frère mais il est hors de question que je reste dans une relation avec un menteur.

Et voilà le bout de l'impasse. Le cœur de Richard se serra encore plus, si c'était possible. Parler de Jim à Severin mettait ce dernier en danger. Mais garder le silence voulait dire que Severin le quitterait, et Richard ne pouvait pas s'y résoudre.

-Je ne suis pas un menteur.

Soudain une faible lueur d'espoir apparu dans l'esprit paniqué du jeune homme. Si Sebastian et Jim étaient ensemble... peut-être que ce dernier accepterait qu'il mette quelqu'un dans la confidence ? Sebastian n'était apparemment pas plus au courant que Severin concernant les jumeaux, et Jim ne tarderait pas à être confronté au même problème que Richard.

-Écoute, je vais tout te raconter, fit Richard d'une voix qui avait peine à ne pas trembler. Je te parlerai de Jim... mais pas maintenant. C'est trop long à expliquer, et nous avons des choses à faire.

Severin hésita un moment, fixant durement son compagnon, avant de répondre :

-Très bien. On se retrouvera à la pause déjeuner. J'espère sincèrement que tu auras une bonne explication à me donner d'ici là.

Puis il tourna les talons et s'éloigna. Ce n'est que lorsqu'il fût hors de vu de Richard qu'il ajouta, dans un murmure:

-...parce que je n'ai pas envie de devoir renoncer à toi.

oOoOoOo

Sebastian s'était précipité vers Baynes Street dès que Jim lui avait annoncé qu'il y était. Le sniper s'était bien gardé de prévenir son petit ami du savon qu'il allait lui passer; il connaissait trop bien le criminel, qui allait à coup sûr s'inventer une excuse potable le temps qu'il arrive.

-James fucking Moriarty ! s'exclama-t-il en ouvrant à la volée la porte de son bureau. Cette fois-ci c'en est trop !

-Tu es en retard, mon amour, se contenta de répondre l'autre avec un sourire mi-figue mi-raisin. Qu'est-ce que j'ai encore fait, cette fois ?

-Ça.

Il balança sans ménagement sur le bureau des copies des photos que lui avait envoyées Severin, puis croisa les bras en fixant son futur ex-petit ami d'un regard furibond, tandis que ce dernier tendait la main vers les documents.

Jim passa toutes les photos en revue, contenant de plus en plus mal un sourire puis il releva les yeux vers le sniper qui fulminait, revint aux photos, et explosa de rire.

C'en fût trop pour Sebastian, qui s'approcha du criminel et l'attrapa par le col de sa veste – se retenant à grand peine de le prendre par la gorge – envoyant par la même occasion son fauteuil rouler en arrière de quelques centimètres.

-Tu trouves ça drôle, espèce d'enflure ? Ça fait combien de temps que ça dure ? Tu pensais peut-être qu'on n'allait pas s'en apercevoir ?

Il fallut quelques secondes à Jim pour maîtriser son hilarité, et finalement répondre à Sebastian :

-Sebby... Regarde mieux. Ce n'est pas moi sur ces photos...

-Tu te fous de moi ?

-Je suis beaucoup plus sexy.

-Tu seras nettement moins sexy quand j'aurais transformé ton visage en pâté pour chat !

Il lâcha Jim et lui mis une photo sous le nez.

-Richard Brook. Trente et un ans, fait du théâtre, et te ressemble trait pour trait. Et tu oses me soutenir que ce n'est pas toi.

Jim se renversa dans son fauteuil, l'air très sûr de lui.

-C'est mon frère jumeau.

Sebastian marqua un temps d'arrêt, et fixa son petit ami d'un air désabusé.

-Mais bien sûr ! Un jumeau secret !

Jim se contenta de hausser les sourcils, comme pour mettre Seb au défi de le contredire. Ce dernier ne gobait pas du tout la nouvelle.

-Et pourquoi tu ne m'en as jamais parlé, hein ?

Jim se passa une main lasse sur le visage, avant de relever les yeux vers le sniper.

-Parce que le but d'un jumeau secret, Moran, c'est justement d'être secret. Ça t'arrive de réfléchir ? Richard habite en Cornouailles, et ton frère aussi. Tu crois que je fais chaque jour l'aller-retour Londres-Fal Vale, que je conduis des trains en même temps que je gère la Firme, tout ça juste pour te tromper avec ton frère ? Ça serait beaucoup de travail pour pas grand-chose.

Sebastian haussa les épaules.

-Beaucoup de travail pour pas grand-chose, dit l'homme qui maintient une fausse identité depuis plus d'un an juste pour...

Il fronça les sourcils, incertain.

-Pour quoi, d'ailleurs ?

-Tu le sauras bien assez tôt. Mais là n'est pas la question.

-...Je suppose que tu as raison. Et donc, tu es en train de me dire que tu as un frère jumeau... dont tu vole l'identité... qui est chauffeur de trains... et qui sort avec mon frère. Je ne suis pas statisticien, mais je vois quand même un petit problème. Pas toi ?

-Eh bien... il se pourrait que j'aie orienté la mutation de Severin vers Fal Vale, histoire d'avoir un homme de confiance près de Richard.

-Attend... quoi !? s'étouffa à nouveau Sebastian. Severin surveille Richard pour toi ?

Jim sourit.

-Non. Il travaille bien pour la compagnie de chemins de fer, et il n'a jamais entendu parler de moi. Mais ça ne fait pas de mal d'avoir quelqu'un que je pourrais au besoin contacter et convaincre de prendre des mesures en cas de danger. Richard déteste que je lui attribue des gardes du corps, j'ai dû trouver une autre méthode.

-Laisse-moi deviner. Tu comptais utiliser l'argument « J'ai ton frère en otage » pour le convaincre de protéger Richard ?

Jim balaya le commentaire de Sebastian d'un mouvement éloquent.

-C'est plus subtil que ça. De toute manière, je n'en ai plus besoin maintenant, on dirait.

Sebastian soupira. Comme toujours, le criminel avait des idées aussi tordues que géniales, mais n'avait rien compris à la nature humaine…

-Et je suppose que ça ne t'as pas traversé l'esprit de me prévenir de la situation ? Tu devais bien être au courant qu'ils sortaient ensemble, et tu aurais dû te douter que je finirais par l'apprendre.

-Evidemment que je le savais. Je ne m'attendais juste pas à ce que tu me fasses si peu confiance et que tu sautes aussi vite aux conclusions.

-C'est ton frère jumeau, Jim ! s'écria le sniper, exaspéré. Il te ressemble comme deux gouttes d'eau et tu lui vole régulièrement son identité, et ensuite tu t'étonnes que je vous confonde ? Et pour ce qui est de la confiance, ça ne serait pas la première fois que tu me raconte des craques. Tu sais que je t'aime, et que je ferais n'importe quoi pour toi, mais côté confiance, tu repasseras.

Un ange passa. Jim savait qu'il était en tort, mais aurait préféré mourir que de l'admettre. Heureusement que son petit ami le connaissait et ne lui en tenait pas rigueur.

-Tu devrais appeler Severin et lui expliquer la situation, dit-il finalement. Si tous les Moran sont pareils, Richard risque de se retrouver avec un ouragan sur les bras. Et lui est loin d'avoir mon assurance dans ce genre de situation.

-Tiens, tu te soucis de Richard, maintenant ? railla Sebastian.

-Je te rappelle que c'est mon frère. Il a beau être mon jumeau, nous sommes très différents. Que ça lui plaise ou non, je suis obligé de veiller sur lui.

-Bah… tu lui as trouvé un petit ami, je suppose qu'il peut au moins t'être reconnaissant pour ça.

oOoOoOo

Lorsqu'il conduisit enfin le dernier train de la journée au hangar, Richard avait l'impression d'avoir passé la journée la plus longue de son existence. Il avait tenté de joindre Jim, sans succès, et expliquer la situation à Severin sans appuie autre que sa propre parole avait été difficile. Le jeune homme avait fini par entendre raison, mais Richard avait bien remarqué qu'il restait sur la défensive. Il lui faudrait du temps pour regagner entièrement sa confiance.

Il soupira en se rappelant que sa journée était loin d'être terminée. En quittant Severin pour retourner au travail, il avait pris une décision, et il comptait s'y tenir. Il avait fouillé dans le téléphone du blond pour trouver le numéro de Sebastian – vu l'opinion douteuse que son petit ami avait déjà de lui, il n'était plus à ça près. Il ne connaissait pas l'aîné des Moran, et n'avait qu'une vague idée du genre de relation qu'il pouvait bien avoir avec Jim, mais Richard sentait qu'il était de son devoir de le mettre en garde contre le criminel. Si Sebastian était bel et bien amoureux de Moriarty, il serait probablement impossible de lui faire changer d'avis, mais au moins il aurait essayé.

Il s'installa dans un parc non loin de la gare où il travaillait pour passer l'appel. L'endroit était quasiment vide à cette heure-ci, il était donc certain de ne pas être dérangé.

Le téléphone ne sonna pas longtemps, et la personne à l'autre bout du fil décrocha presque immédiatement.

-Sebastian Moran ? s'enquit le jeune homme.

-…Jim ? fit la voix du sniper après une brève hésitation.

-Je ne suis pas Jim, mais c'est une erreur fréquente. Ecoute, je n'ai pas beaucoup de temps.

-Tu dois être Richard ! lança l'autre, soudain plus joviale. Jim a fini par me parler de toi.

Richard se renfrogna. Mauvaise nouvelle pour lui.

-Quoi qu'il t'ai dit sur moi, ne le crois pas. Il ment comme il respire, et tu ne fais pas exception. Tu penses que tu es spécial… mais il ne fait que te manipuler.

oOoOoOo

Assis sur le canapé de son appartement, Sebastian ne pouvait retenir un sourire amusé aux propos de Richard. Jim, assis à côté de lui, le pressait de mettre le haut-parleur, en vain.

La voix dans le combiné repris :

-Je sais que c'est difficile à entendre…

-Richard, le coupa Sebastian. Je connais Jim mieux que tu ne l'imagines. Et il sait qu'il vaut mieux éviter de me manipuler. Je lui fais confiance, jusqu'à un certain point.

-Tu ne devrais pas.

Le sniper se tourna vers son petit ami :

-Est-ce que je devrais te faire confiance, Jim ?

-…jusqu'à un certain point, admis le criminel avec un sourire mi-figue mi-raisin.

oOoOoOo

La voix de son frère fit à Richard l'effet d'un coup dans le ventre.

-Il est avec toi ? lâcha-t-il. Oh non…

-Tu t'inquiètes pour mon sniper, Richie ? continua Jim. Comme c'est gentil de ta part. Dis à Severin que tout ira bien pour Sebastian.

La voix du criminel se fit plus insidieuse, tandis que Richard se renfonçait sur son banc.

-Parce que c'est de ça que tu as peur, pas vrai ? Que ton petit ami te tienne pour responsable si quelque-chose arrivait à son frère ?

-Non, répondit Richard avec fermeté. C'est juste que j'ai de l'empathie, contrairement à toi. Sebastian fait partie de ma famille maintenant, et je te tiendrais pour responsable si quoi que ce soit lui arrivait.

Le silence s'installa pendant quelques instants, avant que Jim ne reprenne la parole.

-Je l'aime. Ça te parait suffisant, comme garantie ?

Richard hésita. Il connaissait assez bien son frère pour savoir qu'aimer quelqu'un n'était pas une garantie de sa sécurité néanmoins, il le connaissait aussi assez bien pour savoir qu'il n'obtiendrait rien de plus.

-Je suppose que ça suffira.

-C'est ton frère ?

Richard sursauta en entendant la voix derrière lui.

-Depuis combien de temps tu es là ? demanda-t-il en se retournant vers Severin.

-Passe-moi le téléphone, dit simplement celui-ci en s'asseyant sur le banc à côté de lui.

Richard ne discuta pas et lui tendit l'objet.

-Monsieur Moriarty ?

-Je plaide coupable.

-Richard m'a expliqué la situation, annonça le cadet des Moran. Je vais être très clair. Je me fiche que vous soyez un criminel. Je me fiche que vous sortiez avec mon frère.

Richard lui jeta un regard alarmé. Parler de cette manière à Moriarty était une très, très mauvaise idée pour sa survie.

-Mais je vous préviens : si vous touchez à un cheveu de Richard, si vous lui faites du mal, de quelque manière que ce soit…

Il s'interrompit un instant et croisa le regard de son petit ami.

-Eh bien, je crois que vous savez déjà à quoi ressemble un Moran quand il est en colère.

oOoOoOo

Dans leur appartement londonien, Sebastian ne pût retenir un petit éclat de rire en voyant la tête que tirait Jim. Ce dernier jeta un coup d'œil au blond, avant de sourire à son tour.

-En effet, je le sais, mais merci pour le rappel. D'ailleurs, je devrais peut-être te rappeler que Richie est mon frère. Il ne serait pas dans mes intérêts de lui faire du mal.

-Vu la manière dont il parle de vous, je n'ai pas l'impression qu'on ait la même définition de « faire du mal ».

-Je ne…

Il s'interrompit en sentant la main de Sebastian sur son épaule.

-Jim ! fit ce dernier d'une voix lourde de sens.

Le criminel soupira.

-Très bien. Je ne porterais pas la main sur Richard, tu as ma parole… et la surveillance de Sebastian. J'ai déjà assez d'un seul tigre enragé à la maison.

Seul un bip persistant lui répondit. Jim rendit le téléphone à Sebastian en souriant.

-Tu devrais être fier de ton frère. Il en a plus entre les jambes que la plupart des hommes cis.

Sebastian lui retourna son sourire.

-Je le suis.

oOoOoOo

Note - Je reviens à la fin faire quelques précisions. Premièrement, la ville où habitent Richard et Severin (Fal Vale) est fictive, et tirée du roman Le Chien des D'Urbervilles, de Kim Newman, un livre sur Moran et Moriarty que j'ai énormément aimé et que je vous conseille très vivement. Ce roman ainsi qu'une remarque de Jim dans Le Dernier Problème, sont la raison du métier que j'ai choisi pour Richard. Deuxièmement, je tiens à remercier grandement mon amie Finrod pour m'avoir suggéré l'idée que Sev soit trans, ainsi qu'Arsène pour son aide et ses conseils sur comment intégrer ce détail. Troisièmement (et dernièrement), je vous annonce que je suis en train d'écrire une fanfic centrée sur Severin et Richard, qui devrait être terminée d'ici fin avril / mi-mai (mais il est possible que je la publie uniquement après celle-ci, je verrais).

Et tant que je suis là, n'oubliez pas de laisser un review, ça fait toujours plaisir et ça me permet de m'améliorer !