Le chapitre 10 se déroule juste après le précédant.
Quand Bella affronte les conséquences
J'étais au poste de police, planquée dans les toilettes, à attendre que mon père et son coéquipier Marks finissent d'interroger ce détraqué de Jonathan Lynch. La famille de la petite Cassidy avait été prévenue et ils étaient déjà à l'hôpital, au chevet de l'enfant. Charlie m'avait embarqué avec lui, l'air furieux et intraitable. Au début, je pensais que sa colère était due au fait que je me sois jetée dans la gueule du loup sans réfléchir, mais face à mon reflet dans le miroir, mes déductions avaient pris un autre tournant. Le sweat que je portais appartenait à Edward, le jeans était le plus moulant en ma possession, mes cheveux avaient une allure complètement sauvage, ma bouche étaient gonflées d'avoir été trop embrassée et -que n'importe quelle divinité me protège- j'avais un horrible suçon violacé qui entachait mon cou ivoire. A moins que mon père ne soit aveugle, je n'avais pas une seule chance d'essayer de lui faire croire que je n'étais pas avec mon amoureux. Si j'attachai mes boucles brunes pour masquer leur désordre, on ne voyait plus que la marque des lèvres de mon vampire. J'étais coincée et sans aucun moyen de contacter Edward.
Je regagnai le bureau de mon père et m'assis sur son fauteuil, patientant dans l'obscurité qu'il termine son travail. J'étais frigorifiée, la température ne devait pas excéder les dix degrés et j'étais nue sous mes vêtements enfilés dans l'urgence. Je repliai mes jambes contre ma poitrine, ignorant mon malaise de ne porter aucun dessous et tentai d'élaborer une histoire crédible qui me sortirait de ce pétrin. C'était ardu de se concentrer car à l'arrière fond de ma conscience, il y avait ce bourdonnement, comme un besoin lancinant que je ne pouvais pas comprendre.
Le temps que le chef de Police me rejoigne, l'horloge avait déjà dépassé minuit et mes orteils étaient totalement engourdis par le froid. Heureusement, mon boniment était bien ancré dans mon cerveau. Lorsque j'aperçus Charlie, je compris que sa démarche lourde témoignait de sa fatigue et le creux entre ses sourcils, de son mécontentement. Sans se presser, il alluma la lumière, rapprocha la chaise en plastique de son bureau et s'assit en face de moi, son expression de flic fermement plaquée sur son visage. Le silence s'installa entre nous pendant de longues minutes et à bout de nerf, je finis par le briser. Apparemment c'était à mon tour d'être interrogée.
- Je suis désolée Papa.
Des excuses me paraissaient être un bon endroit pour commencer.
- Tu es désolée d'avoir sauvée une petite fille ? questionna-t-il placidement.
Je secouai la tête et baissai les yeux, résolue à ne pas m'embourber dans des mensonges prématurés.
- Regarde moi Bella, ordonna-t-il.
J'optempérai. Ses perles chocolats -les mêmes que les miennes- étaient impassibles.
- J'ai reçu un appel paniqué de toi à vingt-deux heure trente-quatre où tu m'affirmais que Cassidy Lynch était en danger, que la voiture de ses parents n'étaient pas garés devant leur maison et que tu l'as entendue hurler à l'aide. Tu n'étais pas certaine qu'il y ait quelqu'un avec elle, mais tu as quand même prit ma batte de Baseball avec toi. Tu m'as ensuite demandé de te rejoindre là-bas le plus rapidement possible. C'est exact ?
Son ton était celui d'un fonctionnaire, alors j'opinai sans ouvrir la bouche.
- Il y a plusieurs points que j'aimerai éclaircir avec toi.
Je demeurai silencieuse, incertaine de la marche à suivre. Je détestai mentir, encore plus à mes parents. Pourtant depuis que je connaissais Edward, c'est ce que je faisais au quotidien, en omettant de les renseigner sur sa nature et sur le lien qui nous unissait réellement. Mon amoureux avait raison, les cachotteries sur sa présence constante auprès de moi étaient pesantes. J'avais hâte de vivre ma vie à ses côtés en toute "légalité".
- Avant de m'appeler du téléphone fixe de la maison, où étais-tu ?
- Dehors.
Sa moustache frémit en guise d'avertissement.
- Avec Edward, capitulai-je.
- N'était-il pas censé passer les fêtes en famille sur les pistes de ski dans le Montana ?
C'était moi qui l'en avais informé et le sous-entendu était limpide. Même si c'était faux, Carlisle avait servi ce prétexte pour ses collègues à l'hôpital, du coup j'avais adopté le même avec mon père ce matin. Seigneur, j'avais l'impression que ça faisait des jours que s'était écoulé Thanksgiving.
- C'est ce qui était prévu, en effet.
Je me dépliai de la chaise et frottai mon visage en soupirant. C'était le moment d'utiliser mon bobard.
- Edward s'est disputé avec sa famille et n'a pas voulu les accompagner à Big Sky, je l'ignorai jusqu'à ce que je l'appelle vers dix-neuf heure trente. Je n'ai pas supporté de l'entendre aller aussi mal, alors, sur un coup de tête j'ai pris mes clés et l'ai rejoint chez lui.
Je levai mes yeux vers Charlie et m'excusai une nouvelle fois de ne pas l'avoir prévenu.
- Je ne voulais pas te déranger dans ton travail et j'ai respecté mon couvre-feu de semaine. J'ai quitté la maison des Cullen avant vingt-deux heure quinze.
Mensonge, mensonge, mensonge... chantonna lugubrement ma conscience.
- Et ensuite ?
- Lorsque j'ai traversé la rue, j'ai entendu les cris de Cassidy alors je me suis dépêchée d'entrer pour te prévenir et je suis repartie aussi vite pour être certaine que la petite n'était pas en danger. Tu connais la suite, marmonnai-je, plus bas.
Le visage de Charlie était de marbre. Au fur et à mesure de "mes aveux", sa mine s'était faite plus sévère et septique.
- Tu es sûre ?
J'approuvai du menton.
- C'est curieux, parce que Lynch a tout avoué et il a affirmé que l'enfant ne s'était pas débattue. Elle a avalé le verre de jus rempli de somnifère sans se douter de rien et s'est endormie dix minutes plus tard devant la télé. À aucun moment elle n'a appelé à l'aide. Bien sûr, il pourrait mentir sur ce point et dans ce cas, la fillette pourra le confirmer facilement.
Bon sang que je suis stupide ! Évidemment qu'elle n'avait pas eu l'opportunité de crier ! Je m'effondrai sur la table en bois et masquai mon visage derrière mes bras pour éviter que Charlie détecte ma grimace de désespoir. Que devais-je répondre ? Il était inenvisageable pour moi de vendre le secret d'Edward. Je préférais me damner plutôt que de mettre les Cullen en danger d'exposition. Mais il n'y avait aucun moyen "humain" qui m'aurait permis d'apprendre la détresse de Cassidy Lynch. Le coup de ce détraqué était parfait, aucun témoin et une petite fille de huit ans, inconsciente, en guise de victime. Personne ne l'aurait jamais soupçonné, il n'aurait jamais été arrêté. Toutefois, par un monstrueux hasard, il était tombé sur le seul vampire télépathe qui avait une haine farouche de la violence infantile. Ce même vampire qui avait pour compagne la fille du Chef de Police de la ville.
- Dis-moi la vérité Bella. Je ne serais pas en colère, je veux juste comprendre.
Je délogeai lentement ma tête de mes mains et lui fis face. Ses perles chocolats paraissaient m'implorer. Mais comment lui confesser un secret qui ne m'appartenait pas ?
- Fais-moi confiance ma fille.
Impuissante, les larmes me montèrent encore aux yeux. C'était mon Papa. Celui que j'admirais quand j'étais enfant, celui qui me faisait voler dans ses bras sur les plages de galets et de sables humides. Celui qui me portait jusqu'à mon lit quand je m'endormais dans ses bras sécurisant. Mon père de qui je m'étais éloignée durant mon adolescence et qui avait accepté sans protester de me rejoindre en Californie. Mon père qui m'avait permis de rencontrer l'homme de ma vie. Mon père qui au final n'exigeait qu'une seule chose de moi, mon honnêteté. Je me sentais tellement coupable de lui mentir systématiquement.
Pendant une seconde, je caressai l'idée de tout lui raconter. De lui avouer à quel point j'aimais cet homme merveilleux, que j'allais lui offrir ma vie et mon âme sans rien regretter. Qu'il ne devait jamais s'inquiéter de mon bonheur ou de ma sécurité car j'étais entourée par le plus aimant des compagnons. Pendant un instant, je souhaitais plus que tout lui ouvrir mon cœur et me confier à la seule personne qui m'aimait autant qu'Edward.
Mais je ne pouvais pas. Ce n'était pas mon secret. Des questions entraîneraient d'autres questions et même si je savais que Charlie n'était pas du type à cancaner, l'existence des vampires ne devaient pas être divulguée. Je pris une grande inspiration et me lançai dans ce qui allait être ma plus grande tentative d'imposture. Je le faisais pour les Cullen, pour Edward, m'encourageai-je.
- Tu te souviens de mon délire nocturne ?
Il hocha prudemment la tête. Comment aurait-il pu oublier, cela faisait à peine dix jours...
- Eh bien, je ne sais pas ce qui est arrivé cette nuit là, mais un truc a changé en moi. Comme une sorte de déblocage, mentis-je, la voix tremblante. Crois-tu au surnaturel ? Aux événements inexplicables ?
Le visage de mon père se fit cireux, il était comme pétrifié et moi, je jouais avec le feu.
- Ce qu'il s'est vraiment produit, c'est que je suis passée devant la maison des Lynch et je savais que Cassidy était en danger. J'avais un terrible sentiment, comme si une catastrophe se profilait et j'ignorais comment le déchiffrer. J'ai tenté de passer outre et j'ai alors poursuivi ma route. Mais dès que j'ai franchi le seuil de la maison, j'ai eu la vision de cet homme déshabillant totalement la fillette et l'attachant sans ménagement aux barreaux de son lit.
Je frictionnai mes avant-bras pour tenter de les réchauffer. Je me maudissais de le tromper ainsi.
- Que devais-je faire ? Si j'avais raison, je n'aurais jamais pu vivre avec le viol d'une petite fille dans la conscience et si j'avais tort, eh bien, ça n'aurait été qu'un malentendu sans grandes conséquences. Sans plus tergiverser, je t'ai appelé et j'ai foncé en priant pour que Cassidy n'ait rien, mais elle était attachée exactement comme dans ma vision. Je fis une pause avant d'ajouter : voilà la vérité Papa, ta fille est complètement cinglée.
Je me tus et détournai le regard, j'étais incapable de prévoir sa réaction. Comment mon père si terre à terre pouvait envisager que son unique enfant soit anormale ? Et même si je venais d'inventer ce mensonge en m'inspirant des habiletés d'Alice, il y avait un fond de vérité. Quelque chose clochait chez moi. Que ce soit mon don de bloquer tous les pouvoirs vampiriques, ma capacité à ressentir la présence de mon compagnon ou encore ce désordre inexpliqué dans ma chambre suite à ma jouissance. Des phénomènes qui n'avait rien d'ordinaires arrivaient de plus en plus souvent dans ma vie. Depuis mon enfance, je m'étais sentie à l'écart de mes camarades, en discordance avec les autres jusqu'à ce que je rencontre Edward. Aujourd'hui, tout semblait prendre lentement sens. Je n'avais plus peur du surnaturel et je l'acceptais même avec pragmatisme. Mais ça, c'était moi, pas Charlie.
Je lui jetai un prudent coup d'œil et l'observai marmonner des paroles inintelligibles. Je distinguais les mots "maman", "journal", "grenier", entrecoupé d'une flopée de jurons. Finalement, il parut se reprendre quand une porte claqua au loin.
- C'est la première fois que ce genre de pressentiment t'arrive ? questionna-t-il, circonspect.
Il devait penser que c'était une coïncidence, juste un coup de chance. Incapable de faire autrement, ma tête se secoua en signe de négation.
- Avec une quasi inconnue oui, mais c'est déjà arrivé avec mes proches.
C'était minable la manière dont je m'appropriai les pouvoirs de ma meilleure amie. Malgré tout, ce n'était pas entièrement faux, dans la mesure où j'avais vraiment eu une connexion avec Edward. J'étais presque certaine aussi que le bourdonnement dans mon cerveau, l'envie obsédante, provenait de mon amoureux. Cependant, inutile de rappeler sa présence constante dans mon environnement. Mon père sembla se décrisper, puis dans un mouvement mécanique se leva pour s'approcher de moi. Il tourna mon fauteuil sur le côté pour que je puisse lui faire face et sans que je l'anticipe, il saisit mon visage en coupe et planta ses yeux dans les miens. C'était toujours bizarre de me faire toucher par un humain, mais contrairement à Jacob, je ne ressentis aucun malaise, mieux encore, j'étais réconfortée. Charlie se plia pour que nous soyons à peu près au même niveau et de sa voix bourru, attesta :
- Tu n'es pas cinglée Bella, quoi qu'il t'arrives, tu as épargné une grande douleur à Cassidy. C'était courageux et bien de ta part.
Il effaça une larme de ma joue et ajouta avec cette lueur d'amour dans les pupilles.
- Je suis fière de toi ma fille.
Menteuse, menteuse, menteuse... et de nouveau l'infecte culpabilité. Je détournais le regard, incapable de le soutenir plus longtemps.
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Charlie me ramena une heure plus tard, sans plus de parole. Pour lui, tout était dit. Je le connaissais assez pour savoir qu'il n'ébruiterait pas cette histoire et qu'il me couvrirait dans son rapport d'enquête. Malheureusement je craignais aussi d'être de plus en plus épiée. J'espérai vraiment que cela détournerait son attention des Cullen et plus particulièrement d'Edward. Après tout, il ne manquerait plus qu'il s'aperçoive du changement de couleur d'iris, du manque d'appétit et de la froideur de pierre. Mon compagnon était extrêmement prudent chez moi, mais il suffisait d'un faible soupçon pour que toute la façade s'effondre. Ce qui était avantageux pour moi, c'est que Charlie devait repartir aussitôt au commissariat pour gérer ses troupes, ce qui me laisserait le reste de la nuit pour élaborer un plan défensif avec mon tout récent fiancé. J'étais exténuée d'avance.
- Bella, je sais que tu as eu une dure journée, mais j'ai besoin de t'avertir.
Je me reconnectai à la réalité et réalisai que nous étions stationnés devant notre garage. Malgré la pénombre, je remarquai que les joues de Charlie étaient étrangement rouges.
- Qu'y a-t-il ? demandai-je, inquiète qu'il aborde mes supposés pouvoirs. J'en avais assez d'inventer des salades.
- Bon, ce n'est pas obligatoire de rendre cela pénible, mais mon devoir de père est de te mettre en garde.
Euuh ? Il prit une profonde inspiration et parut s'armer de courage :
- Edward et toi m'avez plutôt l'air sérieux et je suis réellement heureux pour vous, s'empressa-t-il d'ajouter. Mais tu dois te méfier de certaines choses. J'ai conscience que tu es une adulte, mais tu es encore jeune, Bella. Il y a des aspects importants à ne pas négliger quand on... eh bien, quand on est physiquement impliqué dans...
Qu..quoi ? C'est pas vrai bon sang ! Après une dispute avec mon amoureux, la journée passée à cavaler à droite à gauche pour Thanksgiving, une crise de larme, un bain, une discussion intensive avec Edward, un orgasme, un sauvetage, le pire mensonge que j'ai prononcé depuis la traque de James, j'avais le droit à une conversation sur le sexe avec mon paternel ? Vraiment ? Cette journée ne finirait-elle donc jamais !
- Oh, je t'en prie ! Pas ça ! m'exclamai-je, morte de honte.
- Je sais que c'est gênant mais...
- Non Papa, l'interrompis-je, tu ne sais pas.
Si je voulais étouffer cet élan dans l'œuf, je devais prendre le taureau par les cornes.
- Edward et le plus formidable fi... petit-ami, me repris-je, que la Terre est portée. Il est doux, protecteur et m'aime à la folie. Il ne me forcera jamais à rien et notre vie intime ne regarde que nous. Je t'ai avoué beaucoup aujourd'hui, mais ça, c'est strictement privée et ça ne regarde personne. Merci de te préoccuper de moi Papa, mais non merci.
J'avais été cinglante sur les bords, mais je refusais de partager cela avec quiconque, que ce soit Alice, Renée ou Charlie. Le temps seul à seul avec Edward était rare et précieux et il n'appartenait à personne d'autre.
- Jure-moi seulement que vous vous comportez tous deux en êtres responsables, persista-t-il, avec une pointe de supplique dans la voix.
J'allais répliquer avec un "évidemment" résolu, quand le souvenir de la soirée me frappa de plein fouet. Juste avant que mon vampire capte le plan de Jonathan Lynch, j'avais était prête à m'offrir à lui de toute les manières possibles. En faite, nous avions été à deux doigts de dépasser la quatrième base et j'étais sûre comme l'enfer que nous n'avions aucun préservatif à ce moment là. L'irresponsabilité dans toute sa splendeur, me fustigeai-je intérieurement. Mince, que répondre à Charlie ? Afin d'échapper à son regard inquisiteur, je détachai ma ceinture de sécurité et ouvris la portière. Je jouais le tout pour le tout.
- Je regrette vraiment que tu me forces à formuler cela à voix haute, mais sache que je suis toujours vierge. Bonne nuit Papa, et je m'enfuis loin du véhicule de fonction.
Je me propulsai à l'intérieur de la maison et fus accueillie dès que j'entrai par le magnétisme écrasant d'Edward. Mince, à tout les coups il avait assisté à cette conversation et allait s'en vouloir de s'être comporté comme un adolescent excité. A vrai dire je m'en voulais aussi, nous ne devions pas prendre le risque d'une grossesse mystère. En gravissant les escaliers vers ma chambre, je prévoyais déjà de prendre rendez-vous avec un gynécologue pour qu'il me prescrive la pilule. J'étais familière du processus puisque j'avais vu ma mère la prendre pendant des années. Elle avait arrêté quand j'avais treize ans, parce qu'elle ne cessait d'oublier de l'avaler. C'était durant cette période que j'avais noté sa solitude et l'avais donc exhortée à faire des rencontres. Naturellement, Renée étant Renée avait enchaîné les sorties délurées, jusqu'à ce qu'elle se fasse une frayeur et croit qu'elle attendait un bébé. Je me remémorai très bien ce jour où je l'avais trouvé entrain de pleurer dans sa chambre, c'était moi qui avait acheté le test à la pharmacie et tout ce que je pouvais penser, c'était combien mes responsabilités allaient doubler en m'occupant de Renée et d'un nouveau-née. Ma mère avait eu de la chance, c'était juste un retard dans son cycle menstruel. Elle avait alors pris le parti de changer de moyen de contraception en optant pour un stérilet.
Quoiqu'il en soit, en attendant que je puisse débuter la pilule, je devais faire en sorte de planquer des préservatifs dans ma chambre. Peut-être qu'Alice pourrait m'aider à m'en procurer discrètement ? Je n'allais pas pousser Edward, mais bon sang, si une occasion se présentait, je n'allais pas hésiter une seule seconde. D'ailleurs, quand était mes prochaines règles ?
Je fronçai les sourcils en actionnant l'interrupteur de ma chambre. Edward était assis sur mon rocking-chair, son irritation palpable dans la petite pièce. Le bourdonnement s'intensifia de manière exponentielle, mais mon esprit était focalisé sur le décompte des jours. Nous étions le 24 novembre, enfin le 25 depuis quelques heures et j'essayai de me souvenir de la dernière fois que j'avais été incommodé par des écoulements de sang. Je savais que je les avais eu à la mi-septembre lors du conseil de famille et au début octobre quand Edward était parti en urgence m'acheter des tampons. Ouais, ça avait été assez humiliant comme situation, mais je les avais eu une semaine plus tôt. Il semblerait que j'avais maintenant une dizaine de jours de retard. C'était singulier dans la mesure où mon cycle s'était très vite régulé et que j'avais rarement un ou deux jours de décalage. Mais là, deux fois de suite ? Je n'étais évidemment pas enceinte, alors avais-je quelque chose d'autre qui clochait chez moi ? Je veux dire, en y réfléchissant, j'aurais dû avoir mes règles le jour où je m'étais disputée avec Edward et m'étais retrouvée sédatée à l'hôpital. Sûrement que l'incursion mentale avait détraqué mon organisme, à moins que ce soit un effet secondaire des médicaments. Je l'ignorais et à vrai dire je m'en fichais un peu si mon cycle était bousillé. La raison principale de tout ce bazarre, c'était la possibilité de procréer, si elle m'était enlevée, ça ne ferait aucune différence. Je comptais bien devenir un vampire dans quelques années et dans l'intervalle, un bébé mutant n'était certainement pas dans nos projets. En plus, c'était une raison en moins qu'Edward culpabilise de me transformer. Soudainement, j'espérai que je sois stérile pour enlever un poids des épaules de mon amoureux. Ça signifiait aussi du sexe sans protection durant les prochains mois ou années, ce qu était incontestablement un plus. Conclusion, pas de drame majeur à ce que mes règles disparaissent subitement.
- À quoi tu penses ?
Je clignais plusieurs fois des paupières, regagnant le présent. Edward avait l'air aussi débraillé que moi, tandis que ma chambre était revenue à son état normal. Il avait dû ranger pendant mon absence au poste. Ses poings étaient serrées sur ses cuisses mais curieusement, sa taille et ses jambes étaient recouverts par un plaid. Il avait l'air franchement énervé mais je ne pouvais m'empêcher de le trouver craquant. Seulement, il y avait cet émotion dans ses prunelles onyx qui me poussait à ne pas le taquiner.
- Tu veux vraiment savoir ?
Il leva les yeux aux ciel et hocha sèchement la tête. Okay... mon homme était grognon.
- Je crois que nous avons agis comme deux adolescents excités tout à l'heure, formulai-je simplement.
Une lueur incompréhensible dansa dans le regard d'Edward mais je n'eu pas le temps de l'analyser, qu'il se pinçait déjà le nez en plissant le front.
- J'ai aussi eu droit à mon propre sermon, maugréa-t-il.
Il ne fit rien pour élaborer, alors je supposai qu'il était encore dans le déni. Le connaissant, il voudrait patienter jusqu'au mariage ou une absurdité de ce genre. Néanmoins nous savions tous les deux qu'à moins que nous cessions tout contact, il y avait de fortes chances pour que nous nous enflammions tous les deux avant l'été. Il n'y avait qu'à constater, les quelques fois où nous nous étions retrouvés complètement seul, ça avait conduit à des séances de pelotages de plus en plus intense. Je me dirigeai vers lui pour m'asseoir sur ses genoux mais il bondit hors de la chaise à bascule pour se poster face à la fenêtre. Euh..? J'étais épuisée, je ne cherchais pas à comprendre et à la place m'avachis sur mon lit.
- Très bien, soupirai-je, il y a eu un problème dans ma version des faits alors j'ai..
- Oui, j'étais là, j'ai tout entendu, m'informa-t-il sans douceur.
- Oh, et qu'est-ce qu'en a pensé Charlie ?
Surtout garde ton calme Bella...
- Rien qui ne mérite d'être soulevé. L'essentiel c'est que j'ai convaincu Jasper d'utiliser son don pendant l'interrogatoire et il a fait avouer à ce porc ses précédents viols sur l'enfant.
- Attends, quoi ? Jasper était au commissariat ?
- Alice a eu une vision de moi décapitant ce salopard de violeur. Elle a sonné l'alarme et tout le monde est rentré à la villa. Si tu veux tout savoir, grogna-t-il, c'est uniquement grâce à Carlisle que ton père l'a appréhendé. Au moment où il t'a poussé, il était déjà mort dans mon esprit. .
Ceci expliquait certainement son ressentiment actuel. J'étais dépassée, la fatigue commençait à m'assommer et j'ignorais comment détendre mon amoureux. Je décidai de procéder par étapes.
- Et que viens faire Jasper au poste de police ? insistai-je.
- Nous étions cachés derrière le bâtiment, dans les hautes herbes de la prairie. Disons que c'était dans l'intérêt de tout le monde d'enfermer ce salopard le plus longtemps possible.
Traduction : Jonathan Lynch ne devait jamais recroiser la route de mon vampire.
Il me tournait toujours le dos et j'en avais marre de le voir aussi tendu, alors je me levai pour aller le serrer dans mes bras. Je souhaitais l'apaiser, pour que ses pulsions meurtrières disparaissent au profit de notre amour. C'était vrai quoi, nous nous étions enfin mis d'accord sur notre avenir. Enfin nos choix convergeaient au même endroit. Il fallait se focaliser sur ça et non sur les crimes "impunis". Cependant, lorsque ma main effleura son omoplate, il se déroba pour s'appuyer contre mon armoire. Mon sang ne fit qu'un tour. Une fois mais pas deux, mon beau.
- C'est quoi ton problème ? aboyai-je, agressive.
Je détestai le sentiment de rejet qui m'envahissait.
- Rien, grommela-t-il.
- Pas à moi Edward, le prévins-je.
Sans crier gare, il se tourna vivement vers moi et me plaqua contre la fenêtre. Le bourdonnement explosa dans mon cerveau, se muant en décharges électriques cuisantes. Edward emprisonna mes poignets loin au-dessus de moi et mon crâne tapa rudement sur le carreau. J'étais tétanisée par la faim que je lisais dans les prunelles onyx de mon vampire. Il y avait une beauté funeste dans sa bestialité. Ses cheveux sauvages, sa mâchoire contractée, l'éclatante blancheur de sa peau, tout cela m'éblouissait au delà des mots.
- Mon problème c'est toi, siffla-t-il à quelques centimètres de ma bouche.
J'étais trop hébétée par son haleine pour bien saisir ses paroles. A part ses mains et son souffle, nos corps étaient maintenus séparés.
- Quand j'écoutais les pensées de cet enfoiré de violeur, il n'y avait que toi. Quand Carlisle essayait de me ramener à la raison, je ne songeais qu'à toi. Quand il m'a fait la morale pour mon comportement irresponsable, il n'y avait que ton parfum suave qui flottait dans l'air. Quand mes frères me surveillaient dans la prairie, il n'y avait que la douceur de ta peau et la chaleur de ton corps. Quand Charlie t'interrogeait, c'était aux goûts de tes seins et à la splendeur de tes soupirs dont je rêvais. Quand j'hurlais sur Rosalie, c'est à la sensation exquise de mon doigt en toi qui m'obsédait.
Le manque de contact était le plus atroce des tourments. Oh, le besoin de le toucher, l'inhaler, le savourer... Un faible gémissement m'échappa lorsqu'il continua son énumération avec encore plus de passion.
- Quand je courais vers ta maison, c'est ta bouche sucrée et aventureuse qui me tentait. Quand je nettoyais ta chambre, je te voulais totalement et éperdument. Quand Charlie te retenais dans sa voiture, c'était le désir irrépressible de te posséder qui m'animait. Quand je t'ai entendue monter les escaliers pour me rejoindre, l'envie de te revendiquer me torturait. Et oh douce Bella, quand je renifle ton excitation, c'est à la saveur de celle-ci dont je souhaite m'abreuver.
Les narines d'Edward se dilatèrent un peu plus, alors que sa langue lécha ses lèvres avidement.
- Mon problème Bella, c'est que j'ai la trique depuis quatre interminables heures.
Et il me relâcha pour se réfugier de l'autre côté de la pièce. Seigneur tout puissant. J'étais haletante et dégoulinante de désir pour cet être mythique. Je réalisai que le bourdonnement que je percevais était la frustration sexuelle d'Edward. Il avait l'habitude de la soif de mon sang, mais pas de la soif de mon corps. Il était en proie à une lutte inimaginable pour ne pas m'allonger quelque part et me prendre de toutes les manières qu'il avait décrites. Je serais parfaitement hypocrite d'insinuer que je ne désirais pas cela non plus. Mon Dieu, j'étais à deux doigts de le supplier de me posséder sans restriction. Pourtant mon instinct me dictait de mettre un frein à tout cela, que ce n'était pas le moment, que nous le regretterions tous les deux. Clairement, si nous cédions, ça allait être du sexe bestial, purement primal. Je me haïssais d'être aussi raisonnable, mais je ne pouvais laisser mon aimé s'excuser de notre première fois. Nous méritions les sentiments et la douceur, l'amour et la tendresse, la joie et la plénitude. Pas du sexe vampirique, mais une union correspondant à Edward et Bella.
Je me redressai et m'avançai jusqu'à me tenir à moins d'un mètre de la silhouette rigide d'Edward.
- Amour, chuchotai-je pour ne pas le brusquer.
Ses prunelles farouches rencontrèrent les miennes en un instant.
- Tu vas t'en aller d'ici et te libérer en toute intimité. Nous ne ferons rien ce soir.
L'intense soulagement que je notais dans ses traits m'indiquèrent que j'avais fait le bon choix. Mon compagnon opina une seule fois et disparut sans autre forme de procès. Immédiatement, son aura dense se dissipa, toutefois, je ressentais encore sa frustration à l'arrière de mon cerveau. Je me mis en pyjama tranquillement, démêlai mes cheveux et me faufilai sous ma couette. A la minute où je fermai les yeux, tout mon corps frémit et se relaxa. Le bourdonnement se volatilisa et enfin, je plongeai dans un sommeil réparateur. Tout allait bien.
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Lorsque je sortis du lit le vendredi, l'après-midi était déjà bien entamée. Même si j'étais à peine consciente, je savais qu'Edward m'avait rejoint, puis était reparti quand l'aube avait pointé. J'avais très bien dormi et pour la première fois depuis dimanche dernier, je me sentais pleinement reposée. Malgré les événements de la veille, j'étais bigrement heureuse. Mon amoureux et moi avions enfin des projets d'avenir concret ! Au lieu de stagner sur la différence d'âge qui allait se creuser, je me focalisais sur la joie de vivre en totale indépendance avec lui. Je ne me faisais pas trop de soucis pour mes inscriptions à l'université, j'étais une élève avec un dossier exemplaire et je me doutais qu'Edward me suivrait où que j'aille. Le seul point qui me chiffonnait, c'était le financement. J'avais les capacités intellectuelles pour rejoindre Dartmouth, mais je ne croyais pas être assez brillante pour obtenir une bourse d'étude. Mes parents avec leurs maigres salaires pourrait à peine payer un semestre et je refusais de les endetter inutilement.
Bien sûr, mon compagnon ne battrait pas même un cil avant de tout payer, d'acheter une maison, une nouvelle voiture, et toutes autres dépenses nécessaires. Tandis que j'entendais Charlie parler au téléphone avec ses subalternes dans le salon, je m'appesantis mentalement sur le sujet. J'allais me marier avec Edward -oh mon Dieu. Je me le répétais. Bella Swan allait épouser Edward Cullen. Comme il l'avait si bien dit, il voulait pourvoir à tous mes besoins, ce qui impliquait de dépenser des milliers de dollars pour mes études. J'essayai d'analyser mes sentiments. Le souci c'est que je ne connaissais pas l'étendue de sa fortune. Virtuellement, les Cullen vivaient comme si elle était illimitée, dépensant sans compter. Le truc, c'est qu'excepté Carlisle, personne ne travaillait réellement, alors d'où venait cet argent ? J'avais du mal à envisager que les placements boursiers d'Alice rapportent autant. Et puis, était-ce équitable dans un couple que l'un paie pour toutes les dépenses ? Pour un gentleman du siècle dernier probablement, mais pour une fille du vingt-et-unième siècle, c'était dérangeant. Jamais je ne m'étais représentée vivre au crochet d'un époux riche et pourtant c'est ce qui allait arriver.
Avec n'importe qui d'autre, j'aurais crié au scandale, mais voilà, c'était Edward. Mon doux vampire félin qui m'aimait plus que tout. Comment lui tenir rigueur de prendre soin de moi alors que c'était ce que je souhaitais faire aussi ? Ultimement je me rendis compte que ce n'était pas son argent qui était difficile à digérer, mais sa tendance à vouloir me couvrir de présents. Quand nous serions mariés, je n'aurais plus d'excuses pour ralentir ce penchant de sa personnalité. Pourtant je n'avais pas besoin d'une automobile flambant neuve, ni le luxe d'une villa, encore moins de bijoux parant mon cou. Tout ce que je désirais, c'était la paix avec mon compagnon. Vivre simplement notre amour en toute quiétude. C'était cela le but de mon existence. Je me détendis sous la douche, ravis d'avoir clarifiée cette question. Je me fichais de la richesse matérielle de mon amoureux, nous allions unir nos cœurs avant tout. Son argent ne devait pas créer de dispute inutiles, je devais juste apprendre à gérer comme avec le reste.
Un peu plus opérationnelle, je finis par descendre pour élaborer un déjeuner avec les restes du repas d'hier. Charlie n'évoqua pas un seul instant "mon don" et préféra me relater comment le père de Cassidy avait débarqué au poste de police en pleine nuit, fou de rage. Les officiers avaient dû le sortir de force pour éviter que le coupable soit blessé. Vu le visage de Charlie, ça ne lui aurait pas franchement déplu. Je n'imaginais même pas la trahison que devait ressentir Henry Lynch, son propre frère... Je le chassai de mon esprit, cela appartenait au passé dorénavant, ça ne devait pas évincer ma bonne humeur.
L'après-midi s'écoula lentement, Charlie était pendu à son portable, même si c'était son jour de congé et moi je m'immergeai dans mon travail scolaire, rien de passionnant à l'horizon donc. Il me tardait d'avoir des nouvelles d'Edward, alors quand mon père s'éclipsa après notre dîner léger au commissariat et que la sonnette retentit, je me précipitai vers la porte d'entrée. Je n'étais franchement pas surprise de tomber sur Alice, étant donné que je n'avais pas senti la présence de mon compagnon. J'étais tout de même très contente de la voir.
- Bellaaaaaaa ! sautilla-t-elle, telle une fée des neiges. Elle était habillée tout en blanc.
Ma meilleure amie était toute joyeuse et pétillante, un immense sourire ornait son visage. Elle entra chez moi d'un bond et me serra fort dans ses bras, en me faisant tournoyer sur place.
- Tu vas bientôt être ma sœur ! Il faut absolument que nous commencions à planifier le mariage du siècle. Je suis si heureuse pour vous deux, vous méritez tout le bonheur du monde. Je sais déjà quelle robe te plairas, se réjouit-elle à toute vitesse.
Misère, le secret n'avait pas tenu longtemps.
- Doucement Alice, mes parents ne sont pas encore au parfum.
- On s'en fiche, nous avons à peine huit mois pour organiser le mariage de tes rêves. Le temps presse !
Je l'entraînai vers le canapé et grâce à de l'expérience, je réussis à orienter la conversation vers un autre sujet. Très peu pour moi les cérémonies officielles.
- Révèle moi d'abord comment tu l'as appris.
- Je te préviens, c'est assez biscornu, je sais qu'Edward a parlé à Carlisle hier. Cet après-midi, j'ai eu la vision des parents discutant en tête à tête et c'est là que j'ai compris que tu avais accepté d'épouser mon frère en été, pépia-t-elle.
Aïe.
- Qui d'autre le sait ?
Elle afficha une moue gênée et je n'eu pas besoin qu'elle élabore plus.
- J'étais si excitée ! Jasper était juste à côté de moi et je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire. Comme il avait gagné son paris contre Emmett, il s'est empressé de ramasser ses gains. Bien sûr Rose a entendu et en moins de cinq minutes, toute la maison connaissait la nouvelle.
- Bon sang, ils n'ont pas encore parié sur mon dos ?
J'étais un peu irritée, même si c'était prévisible. Les secrets ne duraient jamais longtemps dans cette famille.
- Ne sois pas si naïve Bella, mon frère souhaite t'épouser depuis le premier baiser et il s'est finalement décidé à demander ta main depuis le conseil de famille en septembre. J'ignore toujours comment il y est parvenu d'ailleurs. Dans toutes mes visions tu refusais systématiquement, peu importe les longues déclarations et les situations romantiques. Ensuite, tu sais que depuis ton séjour à l'hôpital, je ne vois plus rien te concernant, alors il faut absolument que tu m'expliques comment il s'y est prit pour que tu dises oui dès la première fois. D'ailleurs, vous m'avez bien roulé dans la farines ! Me cacher ça pendant six jours, chapeau, rigola-t-elle, pas rancunière une minute.
- Quel pari Alice ? m'entêtai-je.
Il était plus facile de contrer le lutin joyeux en lui posant des questions directes que d'affronter la réalité.
- Emmett affirmais que tu ne te laisserais pas mettre la bague au doigt avant que tu sois vampire, alors que Jasper était certain qu'Edward te ferait craquer avant juillet.
Je soupirai, visiblement, elle n'était pas au courant des derniers évènements. Juste par esprit de contradiction, je l'informai que Jasper n'avait pas encore gagné, puisque je n'avais toujours pas de bague. Elle renifla de dérision, se moquant de mon attitude enfantine.
- Crois-moi, ce n'est qu'une question de temps. Mon frère la garde près de lui depuis des mois. Trèves de bavardages inutiles, avez-vous prévu une date ?
- Non Alice, comme tu l'as si bien rappelé, ça fait à peine six jours. Il faut d'abord que nous en parlions à mes parents.
- Détail, assura-t-elle.
- Non ce n'est pas un détail et tu en as conscience, déclarai-je tranquillement. Écoutes, tu peux manigancer ce que tu veux, débuter le dessin de ma robe, planifier le mariage de tes rêves...
- Mais ? se renfrogna-t-elle, se doutant que c'était trop beau pour être vrai.
- Mais ne fait rien de concret, pas de réservation, pas d'achat extravagant et pas de confection de robe parfaite.
Je lui saisis les mains pour qu'elle soit entièrement avec moi. Ma meilleure amie avait la fâcheuse tendance à se perdre dans ses visions et généralement, un lien physique l'aidait à s'ancrer dans le présent.
- J'ai besoin de temps Alice. Cette décision est toute récente et avant samedi soir, je ne m'étais jamais imaginée être mariée aussi jeune.
Ça faisait du bien de se confier à quelqu'un qui n'était pas intégralement impliqué. Finalement, c'était une bonne chose qu'elle l'ait découvert toute seule.
- Tu sais à quel point je déteste attirer l'attention et malheureusement ça sera moi, le personnage principal de cette cérémonie. Si ça ne tenait qu'à moi, nous irions simplement à la mairie remplir le formulaire. Ou encore moins, nous ne ferons rien, car je ne n'ai pas besoin de tout ces artifices pour promettre d'aimer éternellement ton frère. Je ne crois pas vraiment en l'institution du mariage.
Elle fronça ses sourcils si joliment tracés.
- Mais alors, pourquoi avoir accepté de l'épouser ?
Je fais un demi sourire, presque désabusée par sa question.
- Sais-tu à quel point j'aime ton frère, Alice ? je demande sérieusement.
- J'en ai une bonne idée, réplique-t-elle précautionneusement.
- Eh bien, laisses-moi t'expliquer, dis-je fermement. Ça fait mal à en mourir.
Je prends sa main et la pose sur ma veste en laine.
- Juste ici.
Ses prunelles fauves s'écarquillent de choc. Je poursuis néanmoins mon discours.
- Mon élu m'a montré comment aimer, et cela me rend encore plus amoureuse de lui. Il est tout pour moi. Le voir triste ou blessé, cela me paralyse, Alice.
Je laisse retomber sa main et ferme les yeux, satisfaite.
- Oh Bella... souffla-t-elle. Je n'ai jamais entendu quelque chose d'aussi beau, tu m'as rendue toute guimauve.
Je clignai des yeux, désorientée.
- Ah bon ? Rien de nouveau à cela pourtant, je t'ai déjà confié que j'allais aimer Edward jusqu'à mon dernier souffle.
- Mais non idiote, je parle de ce que tu as dit juste après, s'esclaffa-t-elle.
Je plissai le front, déconcertée.
- Je n'ai rien ajouté de plus sentimental. Tu es sûre que ce n'était pas plutôt une vision ?
Alice commença à s'exaspérer.
- Voyons, je t'ai demandée pourquoi avoir accepté d'épouser mon frère et tu m'as faite la plus bouleversante des déclarations !
- Je t'ai juste dit que le mariage est ce qu'Edward désire. Qu'il en a besoin et que cela signifie énormément pour lui. C'est uniquement pour cette raison que j'ai accepté de l'épouser. Je ne vois pas ce qui est bouleversant là-dedans.
Face à ma sincérité flagrante, ma meilleur amie s'alarma.
- Tu ne te souviens vraiment pas avoir certifier à l'instant que tu aimais Edward au point que ça t'en faisais mal à mourir ?
Je secouai la tête, c'était quelque chose que j'avais déjà pensé lorsque mon vampire avait failli m'abandonner, mais je n'avais jamais prononcé cette phrase à voix haute.
- Bella, je t'assure que je n'ai eu aucune vision. Tu as même placé ma paume sur ton cœur et j'en ai perçu les battements. Tu sais très bien que lorsque je suis plongée dans les chemins du possible, mon ouïe n'est pas aussi développée. C'était trop net et trop réel pour que ce ne soit pas vrai et puis je te rappelle que tu as la capacité de me bloquer.
J'étais estomaquée, alors je la priai de me rapporter précisément ce qui était arrivé. Elle s'empressa de le faire et je tiquai au mot "élu" ça m'évoqua fugacement quelque chose, mais ça s'évanouit la seconde suivante. Donc apparemment, non seulement j'avais eu une sorte d'absence, mais en plus j'avais remplacé mes souvenirs par autre chose. Encore une bizarrerie qui s'additionnait à l'entité qu'était Bella Swan.
- Bon n'en parlons plus Alice, je suppose que tout deviendra plus compréhensible quand je serai vampire. Dis moi plutôt comment a réagi Edward quand tout le monde a appris pour nos fiançailles.
Heureusement, elle accepta mon changement de sujet sans rechigner.
- En faite, il n'était pas là, il n'est pas rentré depuis sa dispute avec Rosalie. Je ne crois pas qu'il soit au courant, puisque qu'il a cassé son téléphone hier matin, lors de son match de tennis.
Ah, c'était pour cela qu'ils avaient été forcé de venir jusqu'ici pour empêcher l'exécution de Lynch. Je l'interrogeai donc sur le pourquoi de cette altercation, même si j'étais déjà agacée contre la peste blonde. Ce que j'adorais avec mon lutin joyeux, c'était qu'elle n'hésitait jamais à partager ce qu'elle savait. Edward avait toujours la peur de générer des conflits et souvent, il n'arrivait pas à faire la différence entre les pensées privées de quelqu'un et ses actions réelles. Ce qui signifiait que c'était la personne la moins commère de la planète. Du coup, Alice était généralement une source d'information intarissable.
- Bon, tu sais à quel point Edward est sensible en ce qui concerne les enfants maltraités ?
J'acquiesçai, pour moi c'était loin d'être une faiblesse, cela prouvait juste à quel point mon compagnon était un être foncièrement bon.
- Depuis qu'il est fiché auprès des Volturi, il n'a plus le droit d'agir directement pour les protéger et lorsque nous séjournons dans des grandes métropoles, cela le rend littéralement fou. Normalement, plus il y a d'habitants et plus nous nous fondons dans la masse, mais pour Edward, c'est juste un calvaire quotidien de gérer l'afflux de pensés au kilomètre carré. Alors, pour éviter qu'il n'y ait des dérapages, Carlisle a décidé que nous nous installerions uniquement dans des petites villes, là où il y aurait moins de chance de tomber sur des criminels. Bien sûr, sa majesté Rosalie lui en veux pour ça, étant donné qu'il y a beaucoup moins de distractions. Bref cette querelle dure depuis des décennies, le fait qu'Edward est failli craquer hier, en a juste remis une couche. Comme d'habitude, d'ici quelques jours, ils n'y penseront plus et se pardonneront facilement.
J'étais éberluée par cette explication.
- Ce n'est pas logique pourtant ! m'écriai-je. Rosalie n'est pas censée aimer les enfants plus que tout ? Elle devrait plutôt aider Edward à les sauver, au lieu de s'énerver contre lui.
- Oui, mais tu oublies qu'elle est aussi terrorisée par les Volturi. Elle était encore un nouveau-née quand ils sont venus en 1933, donc instable et encore plus impétueuse. Elle a réussi à se mettre à dos Jane qui lui a fait subir son don. Ensuite, Felix a menacé de la démembrer et depuis, Rose est excessivement prudente en ce qui concerne les règles de notre monde.
J'avais déjà eu le topo sur les Volturi et je n'ignorais pas la puissance dévastatrice du pouvoir de Jane, pourtant cette histoire n'était qu'un prétexte pour moi. Si j'avais compris une chose avec les Cullen, c'était qu'ils étaient férocement loyaux les uns envers les autres. Ils se soutenaient mutuellement et respectaient toujours leurs faiblesses. Je ne comprenais pas pourquoi la naïade blonde s'opposait continuellement à mon compagnon.
- Si elle n'est pas heureuse du choix de Carlisle, qu'est-ce-qui la retient de partir ?
Alice fit un demi-sourire triste.
- C'est déjà arrivé, à un moment donné, nous avons tous déserté la demeure familiale pour voyager et se ressourcer. Avec nos sens sur-développés, il n'existe aucune sorte d'intimité entre nous. Quand nous étions en Alaska, chaque couple vivait dans sa maison, ce qui nous permettait d'être proche tout en ne s'étouffant pas.
- Oh et où résidait Edward ?
- Il s'était trouvé un petit chalet dans les bois et il vivait comme un vrai ermite. Nous nous inquiétons tous pour lui, alors c'est pour cela qu'Esmée a choisi Forks, elle savait que cette maison plaisait à Edward et que ça nous ferait tous du bien de séjourner au même endroit.
J'hochai la tête pour montrer que j'avais saisi et puisque nous évoquions les déménagements, je trouvai que c'était une bonne occasion pour aborder nos projets d'avenir avec ma meilleure amie.
- Avant qu'il y ait tout ce drame chez les Lynch, Edward et moi avons beaucoup discuté.
Je lui détaillai ma peur du regard des autres concernant le mariage et comment nous allions le caser avec notre départ en Europe et l'annonce de ma disparition. J'enchaînai avec la lassitude de mon amoureux de se contenter du rôle du petit-ami lycéen et qu'il souhaitait plus que tout avoir la bénédiction de mes parents. Je lui racontai aussi qu'Edward avait enfin changé d'avis en ce qui concernait ma transformation. Il n'était plus totalement contre et avait accepté que je le rejoigne dans son éternité. Avant qu'Alice ne s'emballe trop, je lui confessais que ni l'un, ni l'autre, ne désirions quitter les États-unis en juillet. Que si moi j'étais prête à embrasser cette vie, mon compagnon ne l'était pas. De plus, nous admettions tous les deux que c'était affreusement cruelle de laisser croire à mes parents que j'étais morte pendant mon voyage de noces. Alors naturellement, j'avais émis l'idée de repousser ma mutation jusqu'à ce qu'Edward soit totalement à l'aise avec. Ce qui nous menait à notre futur intégration à l'université l'année prochaine et à la construction d'une petite vie.
- Je t'avoue néanmoins que je redoute la réaction de Carlisle. Il avait été clair lors du conseil de famille. S'il refuse le compromis que nous avons établi avec Edward, je crains que ça ne crée davantage de discordes.
Au fur et à mesure de la conversation, nous nous étions mises à l'aise sur le sofas. Sa tête reposait sur mon épaule tandis que mes doigts s'amusait avec les bracelets qu'elle portait. Ça faisait vraiment du bien d'être entièrement honnête avec une autre personne que mon amoureux. Je savais qu'Alice nous soutiendrait toujours, ça avait été la seule à se battre contre la tentative de rupture d'Edward.
- Je ne pense pas que tu devrais t'inquiéter beaucoup. Dans le meilleur des cas, nous vous rejoindrons à Hanover, sinon, Esmée ne laissera jamais Carlisle vous chasser définitivement de la famille. Tout le monde est conscient que si tu souhaites demeurer humaine, mon frère resteras près de toi. Personne n'avait l'intention de couper les ponts avec vous deux. Alors dans le pire des cas, nous nous retrouverons tous une fois que tu seras transformée.
- Tu crois que les Volturi seront un problème si vous nous suivez dans le Vermont ? m'angoissai-je.
- Pour être précis, Hanover se situe à la frontière du New Hampshire, bien qu'il y est de forte chance pour que nous reprenions la propriété d'Emmett à Killington, qui elle, est vraiment dans le Vermont.
Je levai les yeux au ciel, faussement ennuyée. Parfois j'oubliais que je traînais avec des êtres surnaturel à la mémoire eidétique.
- Tu noies le poisson, Alice.
Elle me tira la langue.
- Bon d'accord, si tu insistes. Il est de notoriété que les italiens ont des sbires un peu partout dans le monde. La rumeur veut qu'ils soient trois ou quatre dans toute l'Amérique du nord. À moins que nous fassions parler de nous au niveau national, il y a très peu de chance que nous attirions leur attention. Même si nous tombions nez à nez avec un vampire à la solde des Volturis, il faudrait qu'il comprenne que tu es au courant de notre secret pour qu'il fasse un rapport. Entre la télépathie d'Edward et mon pouvoir, c'est quasiment impossible que nous nous fassions prendre, me rassura-t-elle.
La conversation dériva ensuite sur toutes les propriétés que possédait les Cullen de part le monde, pour finalement s'attarder sur Noël qui approchait. Comme j'étais certaine que ça lui ferait plaisir, je proposais à ma meilleure amie une virée shopping pour les cadeaux de Noël. J'avais déjà une solide idée de ce que je voulais offrir à Edward et d'après mes recherches internet -j'avais pris soin d'utiliser l'ordinateur dans le magasin des Newton, pour que mon stalker de fiancé ne triche pas- tout était à Seattle. Pour les autres personnes, je comptais bien sur l'aide d'Alice. Elle fut tout de suite excitée et nous convînmes d'y aller dès que possible.
Ensuite, venue de nulle part, le lutin joyeux fit une allusion coquine au suçon que j'arborais sur le cou. Elle essaya de me cuisiner sur ma relation avec son frère mais je tins bon. Je ne désirais pas embarrasser Edward avec son problème d'hier, alors je m'axais plutôt sur le retard de mes règles. Rougissante, je consentis à dire que j'avais un furieux besoin de préservatif. Elle se tordit de rire sur le sofa et me promit de rester discrète et de m'en procurer dès lundi. C'était idiot, mais j'étais effrayée que cela ne parvienne jusqu'aux oreilles de mon père, si quelqu'un me surprenait à en acheter.
Juste avant que Charlie ne rentre, Alice embrassa ma joue et s'éclipsa de la maison. Je grignotai un ou deux gâteaux avant de monter dans ma chambre. J'étais impatiente de revoir mon vampire, il m'avait terriblement manqué aujourd'hui. À coup sûr j'allais faire en sorte de passer ma journée avec lui demain, même si Charlie ne bossait que la matinée. Je me pelotonnais contre mes coussins et entamai un nouveau bouquin. C'était Renée qui m'avait envoyée la trilogie, il y a quelques jours. Elle avait vu les films et décidée de m'offrir la saga policière qui était en promotion. Ça me changerait des histoires à l'eau de rose et des classiques, le roman avait l'air bien sombre et j'adorais les meurtres à huis-clos.
J'en étais au troisième chapitre quand mon rythme cardiaque s'emballa et qu'Edward se matérialisa dans ma chambre. Il verrouilla silencieusement ma fenêtre et m'accorda son sourire tordu en guise de bonsoir. Je devais me faire violence pour ne pas sauter sur lui et l'étreindre de toute mes forces.
- Salut toi, murmura-t-il en déposant un baiser sur mon front.
Une douce chaleur se propagea dans tout mon corps et je me décalai pour lui laisser de la place. A voix très basse pour ne pas déranger les ronflements de Charlie je lui demandais comment il allait. Ses prunelles étaient à nouveaux dorées et je fus complètement rassurée quand il me répondit qu'il allait beaucoup mieux maintenant qu'il pouvait entendre les battements de mon cœur. J'embrassai l'arrête de sa mâchoire et me complus dans les effluves de son odeur.
- Que lis-tu, amour ?
Je devinai que ce n'était pas le moment d'aborder des sujets plus importants, alors je suivis le mouvement.
- Le tome 1 de Millénium, ça s'appelle Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, c'est suédois. Je me perds avec tous ces noms à consonance slaves et ces endroits inconnus, mais l'intrigue a l'air vraiment pas mal. Es-tu déjà aller en Suède ?
- Oui, nous y avons même habité durant la Seconde Guerre Mondiale, c'était juste après notre premier séjour à Forks et avant la venue d'Alice et Jasper. Ça doit faire au moins deux décennies que je n'y ai pas mis les pieds.
- Comment c'est là-bas ?
- C'est l'endroit rêvé pour un vampire végétarien.
Tout près de mon oreille, il me décrivit l'archipel de Stockholm, l'immensité des forêts entrecoupés de lac. La diversité de la faune, le climat qui variait en fonction de la position géographique. Cette impression de constant crépuscule lorsque le jour ne se terminait jamais en été. Je m'endormis, bercée par le ténor de velours de mon compagnon, rêvant de soleil de minuit et de jour polaire.
. Le passage en italique m'a été fortement inspiré par la trilogie de Jodi Ellen Malpas : Une nuit. Franchement cette histoire d'amour est magnifique avec des lemons torrides et une écriture assez sympa. Si ça vous intéresse, je peux vous envoyer les trois tomes en epub par mails, ils sont super !
. Oui, petit clin d'œil aux romans de Stieg Larsson, la suite des aventures de Lisbeth Salender vient de sortir et je suis tellement excitée de lire le tome 5 que j'étais incapable de ne pas en parler.
Saluuut u_u
Donc ouais, ce chapitre est principalement une séquelle du précédent, mais c'était nécessaire. Il y aura une ellipse temporelle dans le suivant qui je pense sera beaucoup plus long.
Dites moi vos impressions, je les guette avec impatience ;)
Soundousse :3
